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2014-09-26 |
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© 2003-2014 |
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Un Credo post-religieux [a] |
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SOMMAIRE |
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Platon, Phédon (85c-d), ~ 387 av. J.-C.
J'avoue que personnellement je ne ressens vraiment aucun sentiment de culpabilité pour les folies commises par d'autres, même si ce sont mes ancêtres. De l'indignation ou de la colère, ou de la pitié, mais pas de sentiment de culpabilité. Sommes-nous responsables de ce qu'ont fait ceux qui nous ont précédés ? Je peux les plaindre et essayer de ne pas répéter dans ma vie leurs erreurs passées. Me sentir coupable ? Non. Et ma colère contre l'Église d'ici a disparu il y a longtemps, je ne suis pas porté vers ce sentiment-là ; quoique, à dire vrai, elle refait surface de temps à autre, surtout quand l'Église prétend avoir le monopole de la vérité et de la vertu et veut diriger la société au nom de sa morale. Et j'ajoute que je n'ai pas connu de haine envers notre Mère-la-Sainte-Église-catholique-apostolique-et-romaine. Je me reprocherais plutôt mon sentiment de pitié envers elle. Nous avons tourné le dos à cette Église qui ne nous convenait plus ni dans sa morale ni dans sa conception du monde. Chacun peut se remémorer le parcours de son abandon des croyances chrétiennes. Ce n'est pas le lieu de raconter ici le mien. Je veux plutôt réagir à certains passages du texte de Guy Durand paru dans La Presse du 18 septembre 2004. Et rappeler d'abord à ce théologien qu'il y a peu de pays aujourd'hui, en Occident du moins, où l'on retrouve une religion officielle, et qu'il n'y en aura plus demain dans un monde globalisé et pluraliste. L'humanité graduellement laisse derrière elle ce moment de son histoire. Et il est malséant de vouloir s'accrocher à un passé qui ne reviendra pas. Durand n'est pas le premier défenseur récent de l'Église de Rome à entonner le refrain de l'incommensurable supériorité de cette même Église qui, selon ses dires, « a donné naissance aux droits de la personne, à la liberté individuelle, à la valorisation de la femme, au souci des démunis. » Des livres et des articles ont été écrits, des colloques ont été tenus pour soutenir cette thèse (Les grandes inventions du Christianisme, sous la direction de René Rémond, Éditions Bayard, 1999). Des historiennes et des historiens distingués ont conclu leurs recherches historiques par ces affirmations péremptoires et étonnantes. Le commun des mortels, ou les accepte de bonne foi, ou s'en indigne. Il s'étonne à tout le moins que les maîtres de l'Inquisition et du totalitarisme spirituel qui ont fait des petits au 20e siècle, que ceux qui niaient la liberté de conscience il y a encore 150 ans au Concile Vatican 1, aient pu avoir donné naissance à la liberté individuelle et aux droits de la personne, que ceux qui maintiennent encore la femme dans une position secondaire dans leur entreprise aient pu avoir quelque influence significative sur la valorisation de la femme dans notre civilisation, et que ceux qui prêchaient aux pauvres la résignation aient pu avoir quelques soucis profonds d'éradiquer la pauvreté et les inégalités en ce monde, puisque c'était l'autre monde qui était le vrai. Celui-ci n'était qu'une vallée de larmes qu'il fallait accepter. Si l'Occident est devenu plus ou moins une terre de liberté, de tolérance et de paix, contre qui donc avons-nous dû lutter tous ces siècles pour y parvenir ? L'Église faisait partie de la cohorte de ceux contre qui nous avons dû lutter. Avant les barbaries séculières du 20e siècle, nous avons connu les barbaries religieuses des siècles passés. Qui donc a exterminé les Albigeois, a prêché les Croisades et persécuté les Juifs et tous les dissidents et tous les hérétiques de ce monde ? Qui a été responsable du massacre de la Saint-Barthélemy à Paris en 1572 ? Qui a trahi sa parole et a mis à mort Jean Hus et ses compagnons à Prague en 1415 ? Qui a brûlé vif Giordano Bruno à Rome en 1600 ? Les dragonnades du siècle de Louis XIV ont été inspirées par qui ? On massacrait au nom de la religion chrétienne à la fin du XVIIe siècle en France, faut-il le rappeler ? Et on excommuniait encore à qui mieux mieux au XXe dans cette Église dont on dit qu'elle est à l'origine des droits de l'homme et de la liberté de conscience. Et voilà qu'un théologien de Montréal nous affirme que les quelques libertés dont nous jouissons et que les droits de la personne qui sont incarnés dans nos lois sont des cadeaux de l'Église de Rome et qu'on trouve leurs origines dans les Évangiles. Ces derniers siècles l'Église catholique a plutôt suivi que précédé l'évolution morale et intellectuelle de l'Occident. Elle a admis la démocratie et la liberté de conscience bien tardivement. Et la différence qu'il y a entre une secte et une grande religion n'est, en somme, que leur nombre d'adhérents. Avec quelques millions de membres et quelques ajustements à sa doctrine, une secte devient une religion socialement respectable et acceptée. Je suppose que, si l'on veut chercher les valeurs chrétiennes, il faut les aller chercher dans les Évangiles. Contrairement à l'Église, le Jésus des Évangiles n'avait pas une aversion irrationnelle contre la femme, ne désirait pas le pouvoir et ne se servait pas de la faiblesse et de la perversion humaines comme une excuse pour la tyrannie et l'oppression. Mais on ne peut certes pas absoudre le Jésus des Évangiles des crimes commis en son nom. Jésus, s'il a vraiment existé, n'était pas l'être que la tradition et la légende veulent bien nous laisser croire. Nous n'avons qu'à lire les Évangiles, rien que les Évangiles. Il n'était pas le modèle de la tolérance et de la modération qu'on nous peint dans l'imaginaire populaire. Lisez l'Évangile de Jean, et tous les autres d'ailleurs, vous y verrez un autre Jésus, assez extravagant, intransigeant, immodéré et autoritaire. « Je suis la lumière du monde » lui fait dire Jean l'évangéliste. « Je suis la voie, la vérité et la vie, personne ne va à mon Père que par moi. » « Je suis le pain vivant... si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement... Qui a bu mon sang et a mangé ma chair aura la vie éternelle. » C'est assez cannibale comme métaphore ! « Ce langage-là est trop fort », se plaignaient les disciples, « qui peut l'écouter ? » (voir la Bible de Jérusalem, l'Évangile selon Saint-Jean). Si l'on ne se rebiffe pas contre de telles prétentions, ce n'est que parce que l'on accepte, que l'on croit que Jésus, le fils de Marie, est Dieu. Zoroastre ou le Bouddha ou Mahomet ou Confucius ou Lao-Tseu ou Mani ne se déclaraient pas Dieu ou Fils de Dieu, comme le fait l'humble Jésus de Nazareth. « Moi et mon Père ne faisons qu'un. » Aux pharisiens qui doutaient, qui s'indignaient et qui lui jetaient quelques pierres, Jésus demandait : « Qu'ai-je fait pour mériter un tel opprobre ? » « Étant un homme, tu t'es fait Dieu. » On voit alors Jésus leur répondre qu'ils ne sont pas dignes de passer jugement sur lui. « Vous êtes de ce monde, je ne suis pas de ce monde », peut-on lire encore dans Jean. Je suis prêt à m'asseoir avec le théologien Guy Durand et lire les Évangiles avec lui, rien que les Évangiles, qui sont censés être le dépôt de la révélation divine, nous assure-t-on. Pas les gros commentaires inutiles que les théologiens depuis 2 000 ans ont écrits pour expliquer le message de Jésus de Nazareth. La Parole de Dieu a-t-elle donc besoin de tant de commentaires et d'éclaircissements ? J'ai repris récemment la lecture des Évangiles. Je suis aussi abasourdi aujourd'hui, et même plus, que je ne l'ai été dans la vingtaine quand je les ai lus et que j'ai rejeté cette prétendue révélation divine, cette vision du monde faite d'un Dieu qui s'incarne pour expier les péchés du monde et apaiser la colère de son Père Céleste, d'un Jugement dernier où les bons et les méchants seront départagés et ces derniers seront projetés dans un feu éternel, tandis que les premiers recevront la récompense éternelle pour leur foi en Jésus. Jean-Paul II croit toujours en l'existence de Satan. Je suppose que Satan ne vit pas au Ciel. Voyez comment les Évangiles rapportent les paroles de Jésus sur les châtiments qui attendent ceux qui n'auront pas cru en lui, qui auront démérité de son Père céleste. Je ne trouve pas ni dans Confucius, ni dans Lao-Tseu, ni dans le Bouddha de telles extravagances. « Quand le Fils de l'Homme viendra dans sa gloire, escorté de tous les anges, alors il prendra place sur son trône de gloire. Devant lui seront rassemblées toutes les nations, et il séparera les gens les uns des autres, tout comme le berger sépare les brebis des boucs. Il placera les brebis à sa droite et les boucs à sa gauche. Alors le Roi dira à ceux de droite : venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume qui vous a été préparé depuis la fondation du monde.... Alors il dira à ceux de gauche : Allez loin de moi, maudits, dans le feu éternel qui a été préparé pour le Diable et ses anges... Et ils s'en iront, ceux-ci à une peine éternelle et les justes à la vie éternelle. » (Voir la Bible de Jérusalem.) Et il est clair pour Jésus que l'enfer n'est pas une condition spirituelle, mais un lieu de tourment physique qui durera éternellement. Je passe sur la difficulté qu'ont eu à résoudre les théologiens, de corps qui brûlent éternellement. C'est assez comique de les lire sur ce point. Mais il n'y a rien d'impossible aux théologiens. Pourquoi je ne suis plus chrétien Si je ne suis plus chrétien, c'est parce que je ne crois plus aux dogmes de l'Église du Christ. Il y a toujours eu des Chrétiens qui ont été embarrassés par les passages extravagants des Évangiles sur la damnation éternelle. Origène avait donné une interprétation originale et assez généreuse de ces passages troublants des Évangiles, où à la fin, tout, même Satan et ses anges, serait réconcilié avec Dieu. Mais Augustin ne l'entendait pas de cette oreille ; il qualifiait la position d'Origène de sacrilège et surpassant « toutes les erreurs dans sa perversité ». Le Christianisme sans l'enfer est impensable. C'est pourquoi Jean-Paul II croit toujours dur comme fer à l'existence de Satan, tout comme il croit aux anges gardiens, et à bien d'autres fantaisies. Le cinquième concile oecuménique (an 553) condamnait Origène comme un hérétique et dénonçait toute une liste de ses erreurs, surtout celle qui affirmait que l'enfer était un état de tourment spirituel qui durerait aussi longtemps que nécessaire, mais pas plus, pour la réhabilitation de l'homme déchu. « Tant de charité et de bonne volonté étaient intolérables », commente une philosophe de l'Université de Regina, Shadia Drury. La position d'Origène avait surtout le malheur de ne pas être conforme au texte évangélique. C'est pourquoi Augustin aussi bien que Thomas d'Aquin ont défendu avec âpreté la doctrine de l'enfer comme lieu de tourment physique éternel. Le Docteur Angélique soutenait que les damnés seraient « punis non seulement dans leur âme, mais aussi dans leur corps. » Il insistait sur le fait que le feu de l'enfer était corporel et qu'il brûlerait les corps ressuscités des damnés pendant toute l'éternité. Quand nous lisons les textes « sacrés » de l'Église de Rome de façon impartiale, nous ne pouvons qu'être scandalisés. Nous y voyons une religion avec une vision diabolique de la réalité du monde. Nous nous trouvons dans un monde où nous avons tous été condamnés à un tourment éternel par le seul fait que nous sommes les descendants supposés d'un couple mythique, Adam et Ève, et un monde où il n'y a aucun moyen pour nous d'obtenir par nous-mêmes notre propre salut. Il fallait qu'il envoie son Fils Unique expier la faute originelle. Seul Dieu décide de notre salut et ses critères et ses choix sont incompréhensibles. Et les récompenses de ceux qui seront sauvés et qui seront admis en Paradis pour l'éternité incluront celle de voir éternellement les tourments éternels des damnés. Thomas d'Aquin explique, en effet, que la vue des tourments des damnés de l'enfer est partie intégrale du plaisir d'être au Ciel. Le saint homme déclarait que de pouvoir « voir parfaitement les souffrances des damnés » rendait le bonheur des sauvés « plus délicieux », et les rendait capables « de donner plus de reconnaissance à Dieu ». À la question de savoir si ces élus n'auraient pas de pitié ou de compassion pour les damnés, le Docteur Angélique répondait, avec sa logique ordinaire, qu'avoir pitié consiste à participer au malheur d'autrui, « mais les élus ne peuvent connaître aucune tristesse, » aucun chagrin, donc ils n'ont pas de pitié pour les damnés. Au contraire, disait ce profond théologien, les « bienheureux se réjouiront de la punition des méchants » considérée comme la manifestation de la justice de Dieu (voir sa Somme théologique, S94, articles 1,2,3). Il ne faut pas prendre des Évangiles ce qui nous plait et rejeter ce qui fait problème. C'est notre Cardinal qui nous le rappelait lors de son élévation récente au cardinalat. Je suis ici assez d'accord avec le Cardinal. Une fois n'est pas coutume. La religion de Jésus n'a pas été pervertie par les Évêques de Rome, par Paul de Tarse, que je ne peux qualifier de saint, par l'Église constantinienne ou augustinienne, et par tous ceux qui ont commis les plus grands crimes en son nom. L'intolérance, l'esprit vindicatif et impérieux aussi bien que l'amour du prochain se trouvent dans les paroles qu'on attribue au Jésus des Évangiles. « Je vomirai les tièdes de ma bouche », « qui n'est pas avec moi est contre moi », « n'allez pas croire que je suis venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive » ; ce ne sont pas là des paroles d'un homme modéré et tolérant. Le Christ des Évangiles ne semble pas avoir surmonté ses contradictions et demeure pour moi un personnage ambigu. Socrate, le Bouddha ou Lao-Tseu me semblent lui être supérieurs. À côté du sermon admirable sur la montagne, fabriqué après coup par l'évangéliste (les évangiles ne sont pas des narrations historiques) il y a de nombreuses et terribles condamnations aux feux de l'enfer. Il faudrait tout un livre pour répondre aux affirmations de Guy Durand. Il écrit : « Malgré ses excès, encore une fois, l'Occident chrétien est une terre de liberté, de tolérance, de paix. Il n'est d'ailleurs pas question ici de foi personnelle ni de croyances, encore moins de pratiques liturgiques, mais de culture, de culture commune. » « Refuser l'héritage culturel chrétien, refuser ses symboles et ses manifestations, c'est refuser l'histoire qui a fait ce pays, disons-le encore une fois. C'est aussi refuser le présent en niant les droits de la grande majorité des citoyens qui sont encore de culture chrétienne. » « Refuser l'héritage, c'est hypothéquer l'avenir. Il n'y a pas d'avenir sans passé. » Il n'y a rien de stable dans l'histoire. La « culture commune » change continuellement. Le christianisme est venu à un moment donné de l'histoire humaine, après l'Égypte, les cultures de la Mésopotamie, la juive comprise, après la Grèce et Rome. Affirmer sans broncher et sans plus que « l'Occident chrétien (en mettant l'accent sur chrétien) a donné naissance aux droits de la personne, à la liberté individuelle, à la valorisation de la femme, au souci des démunis », comme si tout avait commencé avec les Évangiles, est faire preuve d'une certaine ignorance de l'histoire. J'ai l'air ridicule si je rappelle que la démocratie, la liberté de conscience et l'État de droit sont nés péniblement et partiellement en Grèce avec Solon en -594 avant notre ère, si toutefois nous pouvons mettre une date à de tels phénomènes. Tout se fait graduellement dans l'histoire. Rome, de son côté, a entrepris sa lutte pour la démocratie dès -509, lutte qui durera jusque vers -264 ; et elle connut un apogée de civilisation, inspiré par les penseurs stoïciens, entre 96 et 180 de notre ère, un État de droit qui n'a pas duré longtemps, mais qui a laissé un souvenir impérissable dans la mémoire des peuples d'Occident. Voici, pour exemple, la vision du stoïcien Cicéron : « La vraie loi est la droite raison en accord avec la nature, universelle dans sa perspective, invariable, éternelle... On ne peut s'y opposer ou l'altérer, on ne peut l'abolir, on ne peut se libérer de ses obligations envers elle par aucune législation, et on ne doit pas chercher ailleurs qu'en nous-mêmes la source de cette loi. Cette loi n'est pas différente à Rome ou à Athènes, dans le présent ou dans l'avenir ; ... elle est et sera valide pour toutes les nations et pour tous les temps. ... Qui lui désobéit se nie lui-même et sa propre nature. » (De republica III, 22 ; De officiis I, 23 ; De legibus I,15.) C'est là un résumé de l'idéal qui a été recherché, poursuivi, l'est encore aujourd'hui et le sera demain, et aussi longtemps qu'il y aura une civilisation humaine qui luttera pour faire triompher cette idée et cet idéal. Guy Durand se plaint et s'indigne que l'on puisse délaisser l'héritage sacré et la foi de nos pères et mères. Refuser l'héritage, c'est hypothéquer l'avenir, il n'y a pas d'avenir sans passé, écrit-il. C'est exactement la plainte et l'accusation que Celse adressait vers 175 de notre ère aux Chrétiens. « Vous ne vous attendez pas, je suppose, à ce que les Romains délaissent, pour embrasser votre foi, leurs traditions religieuses et civiles, et invoquent votre Dieu, le Très-Haut ou de quelque nom que vous l'appeliez ... » (Celse, Contre les chrétiens, J. J. Pauvert éditeur, collection Liberté, 1965, p. 160.) Encore quelques siècles, cependant, et Rome était devenue chrétienne, le glaive de Constantin et de Théodose aidant, et celui de beaucoup d'autres empereurs chrétiens, parce que les Romains « éclairés » ne croyaient plus aux dieux romains, et que « les masses » trouvaient consolations et refuge dans les nouveaux mystères venus du Moyen-Orient et d'Égypte. Ces derniers semblaient convenir davantage à l'état de l'opinion publique et à la situation de l'Empire dans sa période de décadence. « Il est une nouvelle race d'hommes nés d'hier, sans patrie, ni traditions, ligués contre toutes les institutions religieuses et civiles, poursuivis par la justice, universellement notés d'infamie, mais se faisant gloire de l'exécration commune : ce sont les Chrétiens. » C'est par ces mots que Celse débute son pamphlet contre les Chrétiens et veut maintenir la tradition romaine qui s'étiolait. Nous ne savons guère, quant à nous, ce que sera l'avenir, mais nous savons qu'il sera différent du passé, même si le passé dure longtemps. Pourquoi faut-il s'étonner si après 2 000 ans nous ne croyons plus aux dogmes chrétiens ? Ils ne nous conviennent plus, voilà tout, du moins à un certain nombre d'entre nous. Une nouvelle tradition prend forme depuis quelques siècles en Occident, ou plutôt renoue avec celle née en Grèce aux sixième et cinquième siècles avant ce que l'on appelle encore l'ère chrétienne. Nous avons la prétention de nous déclarer non chrétiens dorénavant, comme les Chrétiens il y a 2 000 ans eurent l'audace de ne plus s'appeler Romains, refusant les dieux de Rome ; nous ne sommes plus des chrétiens parce que nous ne croyons plus aux dogmes chrétiens, bien que nous soyons forcément sortis d'une longue tradition chrétienne, qui a eu ses sommets et ses abîmes, tout comme les premiers chrétiens en leur temps surgissaient d'une longue tradition plurielle du bassin de la Méditerranée. Et aujourd'hui, la vision chrétienne du monde, avec ses dogmes et sa morale, ne semble plus convenir au temps nouveau de l'histoire. Alors, que croyons-nous donc sur les grandes et « indécidables » questions ? « Faut-il « croire en dépit de tout », comme le propose le théologien dominicain Jean-Marie-Roger Tillard ? Je résumerais ainsi, pour ma part, la nouvelle vision, le nouveau credo des hommes et des femmes d'Occident, minoritaires encore, bien sûr, comme l'étaient les premiers Chrétiens il y a 2 000 ans dans l'Empire romain. D'où vient donc que je crois ce que je crois ? Comment tout cela s'est-il formé en moi au fil des négations et des interrogations ? À 76 ans, dans toute l'opacité de mon être, mais avec une sourde force de conviction personnelle et dans une adhésion radicale, je suis arrivé à croire ce que maintenant je crois. Je ne peux pas prouver tout ce que je crois. Mais du plus profond de mon être, je ne peux pas croire autrement. « Voici donc, disait Jean Rostand, ce que je crois, parce qu'on ne peut jamais que croire, et que toute la différence est entre les téméraires qui croient qu'ils savent et les sages qui savent qu'ils croient. Voici ce que je crois, parce qu'on ne peut s'empêcher de croire quelque chose, même quand la raison suprême serait peut-être de suspendre le jugement... Voici ce que je crois, quand je suis seul avec moi-même, et non pas en présence des autres, qui trop souvent nous altèrent en nous provoquant au consentement ou à la contradiction. Voici ce qui, tout compte fait, me paraît le moins invraisemblable, ce pour quoi, très honnêtement, je parierais si j'avais, sur les grandes et indécidables questions, à tenir un pari, non pas un pari frauduleux à la Pascal, où l'on nous fait le coup de l'angoisse et de l'infini, mais un bon pari honnête et paisible où l'on peut garder toute sa tête. » Quel pourrait donc être le credo d'un non-chrétien, d'un humaniste athée, au début de ce millénaire ? En voici un parmi d'autres. Et je ne le donne pas pour plus qu'il ne vaut. « On ne peut souvent, disait Freud, se retenir de dire ce que l'on pense, et l'on s'en excuse alors en ne le donnant pas pour plus que cela ne vaut. » |
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Je crois que c'est notre devoir de chercher la vérité et, si nous ne la pouvons trouver, d'adhérer à celle qui nous semble la plus juste et la plus difficile à réfuter, et de s'y accrocher comme à un radeau sur les eaux agitées de la vie. Platon, Phédon (85c-d), ~ 387 av. J.-C. |
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Le mot « Dieu » n'est pour moi rien de plus que l'expression et le produit de l'humaine faiblesse, et la Bible un recueil de légendes, certes honorables, mais primitives, et néanmoins très puériles. Albert Einstein, Lettre sur Dieu (God Letter), destinée à Eric Gutkind, 3 janvier 1954. |
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« Dieu » est un mot pour exprimer non pas nos idées, mais l'absence de celles-ci.
Ira D. Cardiff, What Great Men Think of Religion, Le nec plus ultra de la perversité est ce qui est généralement présenté à l'humanité comme le credo du christianisme. John Stuart Mill, Autobiographie, Ch. 2, 1873. |
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On croit en quelque chose parce que l'on a été conditionné à y croire. Aldous Huxley, Le Meilleur des mondes, Ch. 17, 1932. Le plus grand crime contre l'esprit est de croire sans l'ombre d'une évidence.
Thomas Henry Huxley (Grand-père d'Aldous, et créateur du mot agnosticisme), |
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Un homme sage proportionne donc sa croyance à la garantie qu'il en a. David Hume, Enquête sur l'entendement humain, Section 10, 1748. |
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Parfois, certains ne veulent pas entendre la vérité parce qu'ils ne veulent pas voir leurs illusions détruites.
Nietzsche, [Citation apocryphe], |
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Un contemporain a dit, non sans raison, que dans cet âge matérialiste qui est le nôtre les vrais chercheurs scientifiques sont les seuls qui soient profondément religieux. Albert Einstein, Comment je vois le monde, (Section Religion et science), 1949. |
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Croire ce qui n'est pas, refuser de croire ce qui est, voilà deux universelles manières de se tromper. Søren Kierkegaard, Les Oeuvres de l'amour, 1re partie, Ch. 1, 1847. |
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La recherche de la vérité est la plus noble occupation de l'homme ; la diffuser est un devoir. Anne-Louise-Germaine de Staël, De l'Allemagne, 4e partie, Ch. 2, 1810. |
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Ce ne sont pas les rayons du soleil ni les traits lumineux du jour qu'il faut pour dissiper cette terreur et ces ténèbres de l'âme, mais une vision claire de la nature et son explication raisonnée. Le principe dont nous nous servirons comme point de départ, c'est que rien ne peut être engendré de rien par une intervention divine. Si la crainte subjugue tous les mortels, c'est que sur la terre et dans le ciel ils voient beaucoup de choses dont ils ne peuvent en aucune façon apercevoir les causes, et ils pensent que cela arrive par une puissance divine. C'est pourquoi, lorsque nous aurons vu que rien ne naît de rien, alors nous verrons plus facilement ce que nous cherchons : d'où provient chaque chose et comment toutes choses se forment, sans l'aide des dieux. Lucrèce, De la nature des choses, Livre 1, vers # 146-158 , ~ 50 av. J.-C.. |
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Les foules n'ont jamais eu soif de vérités. Devant les évidences qui leur déplaisent, elles se détournent, préférant déifier l'erreur, si l'erreur les séduit. Qui sait les illusionner est aisément leur maître ; qui tente de les désillusionner est toujours leur victime. Gustave Le Bon, Psychologie des foules, Livre 2, Ch. 2, § 2, 1895. |
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Les convictions sont des ennemis de la vérité plus dangereux que les mensonges. Nietzsche, Humain, trop humain, Section 9, # 483, 1878. |
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La conviction est une bonne motivation, mais un mauvais juge. Albert Einstein, Lettre à Willem de Sitter, , 14 avril 1917. |
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Seule une conception du monde, qui a accompli tout ce que le rationalisme a réalisé, a le droit de condamner le rationalisme. Albert Schweitzer, Philosophie de la civilisation, Tome 1, 1923. |
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Je ne suis pas le maître de croire quand je n'ai pas d'évidence. Vous supposez toujours ce qu'il faut prouver. Voltaire, Dictionnaire philosophique portatif, Article : CATÉCHISME CHINOIS, 1764. |
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Il n'y a que deux véritables erreurs que l'on peut faire sur le chemin de la vérité : ne jamais commencer et ne pas aller jusqu'au bout.
Le Bouddha, Gautama Siddhârta, [Citation apocryphe]. |
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Les hommes préfèrent croire ce qu'ils souhaitent être vrai. Francis Bacon, Novum Organum, Livre 1, Aphorisme # 49, 1620. |
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Ne vous fiez pas : Mais quand vous savez par vous-mêmes que ces choses sont nuisibles, blâmables, réprouvées par les sages, et que, lorsqu'on les accomplit, elles mènent à la souffrance et au malheur ; alors, rejetez-les. Quand vous savez par vous-mêmes que ces choses sont bénéfiques, irréprochables, louées par les sages, et que, lorsqu'on les accomplit, elles mènent au bien-être et au bonheur ; alors, mettez-les en pratique et demeurez-y.
Le Bouddha, Gautama Siddhârta, Kalama Sutta,
(Anguttara Nikaya, AN 3.65), |
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Oui, mon cher sceptique, vous avez raison, seule la vérification expérimentale décide ultimement de la vérité d'une théorie.
Albert Einstein, Sur la théorie généralisée de la gravitation |
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La plupart des gens aimeraient mieux mourir que penser ; en fait, c'est ce qu'ils font. Bertrand Russell, L'ABC de la relativité, Ch. 11, 1925. |
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Il n'y a pas de vérité absolue. Et ceux qui l'affirment, qu'ils croient en des dogmes religieux ou à la science, ouvrent la porte à la tragédie. Toute information est imparfaite. Nous devons la traiter avec humilité. [En substance.]
Jacob Bronowski, documentaire : L'Ascension de l'homme (The Ascent of Man), |
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Il y a deux catégories de personnes, celles qui veulent savoir et celles qui veulent croire. Nietzsche, Lettre à Elisabeth Nietzsche (sa soeur), Écrite à Bonn, le 11 juin 1865. |
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D'aucuns se préoccupent de croyance et de foi ; Omar Khayyâm, Les Roubaïates, ~ 1048-1131. |
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À ceux qui ne sont pas philosophes, je ne recommande point mon traité, car je n'ai aucune raison d'escompter qu'il puisse leur plaire. Je sais, en effet, combien sont enracinés les préjugés, auxquels tant de personnes s'adonnent sous couleurs de religion. Et je sais qu'il n'est pas plus possible de délivrer la foule de la superstition que de la crainte. L'entêtement lui tient lieu de constance et, loin de se laisser gouverner par la raison, elle s'abandonne à des élans impulsifs pour décerner, ou louanges ou blâmes. À lire ces pages, je n'invite donc ni la foule ni ceux qui cèdent aux mêmes passions qu'elle. Je préférerais leur voir ignorer cet ouvrage, plutôt que d'exercer leur malveillance, en y appliquant une interprétation qui serait erronée, d'après leur coutume invariable. Car, sans en retirer pour eux-mêmes le moindre profit, ils trouveraient l'occasion de nuire à certains esprits — dont la pensée serait libérée, s'ils ne s'imaginaient devoir mettre la raison au service de la théologie. Or, à cet égard, je suis persuadé que mon livre peut être utile à bien des gens. Benoît de Spinoza, Traité des Autorités théologique et politique, Préface, 1670. |
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Se passer de Dieu... Je veux dire : se passer de l'idée de Dieu, de la croyance en une Providence attentive, tutélaire et rémunératrice... n'y parvient pas qui veut.
André Gide, Son Journal, tome 2 (1939-1949), 1947.
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* * * Voici mes convictions, mes interprétations, mes vérités, dites-vous. Fort bien, mais où sont vos raisons, vos fondements, vos preuves ? |
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1. Mes croyances ne sont pas absolues, mais approximatives et évolutives ; on peut les étudier, les remettre en question et les changer. 2. Ce que je crois n'est pas basé sur des textes dits révélés, sur la fantaisie, le rêve ou une vaine espérance, mais sur la réalité, quelque obscure et problématique qu'elle puisse être, une réalité que nous devons étudier, connaître et accepter, quelles que soient les conclusions auxquelles nous arrivons et quel que soit l'univers qui nous est ainsi révélé. 3. Je ne peux pas prouver tout ce que je crois, mais du plus profond de mon être je ne peux pas croire autrement. 4. Je crois qu'il est souhaitable et possible de connaître les « lois » simples qui « gouvernent » l'ensemble de l'univers et qui président à son évolution inexorable ; que ces « lois » [1], ces régularités observées, sont objectives, extérieures à nous, « invariables », inviolées [2], universelles, vérifiables et falsifiables. 5. Je crois que ces « lois » de l'univers sont progressivement connues des humains, qu'elles ne sont pas de pures inventions de leur cerveau [3], et qu'elles ne sont pas la propriété de l'un ou de l'autre sexe, ou de quelques cultures particulières. [4] 6. Je crois que tous les humains peuvent y avoir accès [5] et que, si d'aventure il y a d'autres roseaux pensants dans l'univers, ils découvriront les mêmes « lois de la nature » que nous, et expliqueront de la même manière la naissance et la mort des étoiles, l'explosion des supernovas, la formation des trous que l'on dit noirs [6], et la structure des protons, des atomes ou de l'ADN. 7. Je crois que notre destin est de ce monde [7] où nous pourrions être seuls de notre espèce [8] et où nous avons fait irruption par la plus grande des chances et le plus incroyable des hasards. [9] 8. Je pense, comme Aristote, que « ce qui est engendré par hasard n'est pas engendré en vue d'un but » [10] ; je dis aussi comme Leucippe que « rien n'arrive pour rien, mais tout pour une raison et par nécessité » [11] ; que tout dans cet univers est, en effet, le fruit du hasard et de la nécessité, et que les humains sur cette planète ne sont que de simples possibles et non pas le but recherché et nécessaire de l'univers, semblables en cela aux abeilles, aux dinosaures, aux roses et aux nénuphars, aussi bien, hélas, qu'aux rats, à la mouche tsé-tsé, à la peste, à la variole et aux plantes vénéneuses. 9. Je crois comme Lao-Tseu, Héraclite et le Bouddha, Anaximandre, Parménide, Démocrite, Lucrèce et le baron d'Holbach [12], que « notre » univers est venu à l'existence sans l'aide d'un dieu [13], par quelque phénomène aléatoire du vide quantique, comme le pensent Lawrence Krauss, Stephen Hawking et Victor Stenger ; j'opine avec Alexander Vilenkin, Andrei Linde et Lisa Randall qu'un multivers est possible [14], et je conclus comme Bertrand Russell et Jacques Monod [15] qu'il est sans compagnon divin inutile. 10. Je pense qu'il n'y a pas de début absolu à l'univers, que le Big bang dont on parle n'est qu'un moment, qu'un épisode dans « l'infini » [16] déploiement des choses, dans « l'éternité du monde » ; et j'affirme comme la Bible qu'il ne faut pas invoquer le nom de dieu en vain; je veux dire, ici, qu'il est, en effet, vain et inutile de se référer à un dieu pour expliquer le monde. 11. Je crois que la planète Terre et la vie qu'elle abrite sont pour nous ce qu'il y a de plus précieux dans l'univers, que notre lot, notre devoir, notre souci, ou même notre mission, est de prêter vie, notre vie, si l'on peut, à cet univers pour le temps qu'il durera dans le multivers ; que c'est là la plus sacrée de nos tâches de Terriens, notre joie, notre passion et notre dramatique aventure.
12.
Je crois que ce qui subsistera de nous après notre mort seront les descendants et les souvenirs que nous laisserons après nous, et les atomes dont nous étions faits
et qui seront recyclés dans l'univers ; je crois que nous serons éternellement anéantis, quoi qu'en pensât
Pascal
et espérât
Socrate [17],
et, comme Tchouang-Tseu,
Épictète
et
Marc-Aurèle,
je crois qu'il faut accepter notre destin sans se plaindre ... comme Job,
sans trop gémir comme
Cioran [18]
et sans être trop désespéré comme Omar Khayyâm : 13. Je suis d'avis que nous devons nous reconnaître pour ce que nous sommes, des êtres finis et mortels qui participons tous de l'infirmité commune : jamais rien ne pourra totalement nous satisfaire, et nous serons probablement toujours irrémédiablement ignorants du secret ultime des choses. 14. Nobliau ou grand seigneur de l'univers, « notre destin est fait de joies et de peines terrestres passagères, et de connaissances limitées. Évitons les peines, si l'on peut, et combattons notre ignorance » (Voltaire). Sachons nous réconcilier avec notre condition, sortis de l'univers, connaissons l'univers. Là est notre tâche et notre destin, là est la sagesse humaine, là, le bonheur des terriens. 15. Je crois que l'univers s'est éveillé lors de notre venue en ce monde, et que cet éveil n'est qu'un accident local dans l'immense univers ; Je crois que certains systèmes physiques très complexes sont devenus conscients de l'univers dont ils font partie, et qu'ils sont le produit d'une évolution par sélection naturelle, un processus non dirigé dont le développement est le résultat d'accidents répétés de l'histoire et le fruit de légers avantages reproductifs que certains organismes possèdent sur d'autres. Je crois que l'univers est, dans son ensemble, dénué de vie, de conscience et de raison, et que notre existence en ce monde n'est pas le signe d'un projet grandiose que poursuivrait l'univers [21]. Je crois que l'univers s'est éveillé [22], mais localement, accidentellement et en mode mineur, moderato cantabile. 16. Je crois que nous ne savons pas pourquoi il en est ainsi. Mais je crois qu'il en est ainsi. Voilà mon credo. Je réfute le credo catholique [b] 17. Je ne crois pas en un dieu qui aurait créé le Ciel et la Terre [23] ; on sait assez comment la terre a été formée et les cieux étoilés ont été allumés « au-dessus de nos têtes ». Et nous n'avons pas besoin de « cette hypothèse » pour expliquer ce qu'on appelle trivialement le Big Bang. [24] 18. Je crois qu'il faut résolument écarter de nos esprits tous les dieux de la Terre, et ne plier jamais genoux devant de fictives divinités ni devant aucune humaine autorité. 19. Je ne crois pas à la fable du dénommé Jésus-Christ [25], fils unique de ce que l'on appelle le Père Éternel, qu'il ait été conçu d'un Saint-Esprit, et soit né d'une vierge de Palestine, il y a 2 000 ans, pour le salut du genre humain. 20. Je peux admettre, à la rigueur, qu'un Galiléen ait souffert sous Ponce-Pilate, ou sous un autre, qu'il ait été crucifié, qu'il soit mort et ait été enseveli ; ce sont là des choses que l'on peut vérifier, qui peuvent donc être vraies ou fausses, et qui arrivent lorsque l'on n'est pas raisonnable et que l'on se prend pour le fils de Dieu et le Roi des Juifs. 21. Il est absurde de dire que ce crucifié soit descendu aux enfers, qu'il soit ressuscité, et qu'il ait monté au ciel. [26] 22. Il est extravagant d'affirmer qu'un faux prophète de Palestine [27] soit « assis à la droite » d'un Être éternel, et qu'il viendra juger les vivants et les morts. [28] 23. Il est inutile et également absurde de croire en un Saint-Esprit, troisième personne d'un dieu trin. [29] 24. Il est indigne de proposer à la croyance des Terriens cette histoire d'un dieu qui, courroucé par une prétendue faute originelle d'un supposé premier couple d'humains, damne l'humanité entière aux feux éternels d'un enfer absurde ; et il est risible de penser que cette humanité ne puisse être sauvée de la damnation éternelle, édictée par un Être Suprême, que par l'envoi sur Terre de son fils unique, qui devra expier par sa mort sur une croix la faute autrement irréparable. On multiplie les inepties pour continuer de croire. 25. Je n'estime guère l'Église catholique, qui se qualifie elle-même de sainte, et je lis son histoire avec tristesse, horreur, colère et indignation. [30] 26. J'admire sans réserve les croyants en une divinité qui vouent leur vie au soulagement des maux qui affligent les Terriens, mais il me semble tout à fait inutile de faire accompagner ce dévouement admirable de dogmes absurdes ; j'ai en sainte horreur les fables, les censures, les mensonges, les fabrications de faux, les inquisitions et les excommunications ; et je n'ai que faire d'un dieu qui nous menace des feux de l'enfer (voir les Évangiles) tout en disant nous aimer. [31] 27. Je trouve inutile de croire en la communion des saints, mais absolument nécessaire de promouvoir la solidarité de tous les humains sur Terre, « d'être bon envers les bons, et bon aussi envers ceux qui ne le sont pas, on obtient ainsi la bonté même (Lao-Tseu) » [32] ; « d'aimer son prochain comme soi-même (Le Lévitique, Jésus) », mais ne le condamner jamais aux enfers (Jésus), « de reconnaître les bienfaits par des bienfaits, et ne se venger jamais des injures, de faire aux autres comme à soi-même » (Confucius) [33], tel que le recommandent tous les codes moraux de la Terre. 28. Quant à la « rémission des péchés », nous avons les tribunaux pour les crimes contre l'humanité, les vols, les viols et les évasions fiscales ; nous invitons les humains à se corriger de leurs défauts et à se repentir de leurs fautes ; nous faisons ce que nous pouvons pour faire progresser l'humanité et lui enlever de l'esprit de fausses et d'inutiles croyances, et nous travaillons avec acharnement et quelque succès à neutraliser les papes qui déraisonnent au Vatican, les cardinaux, les archevêques, les évêques et les prêtres qui pontifient et qui fabulent dans les églises et les cathédrales, les rabbins qui font de même dans les synagogues, les bonzes qui marmonnent dans les pagodes, les ministres qui moralisent à l'eau de rose dans les temples, et les imans et les mollahs qui prient et crient dans les mosquées.
29.
Il est inadmissible, me semble-t-il, d'affirmer sans preuve que l'individu survit à la mort de son corps, qu'il y ait une vie
éternelle [34] ;
je crois comme Tchouang-Tseu et
Albert Einstein
« qu'il n'y a que des âmes faibles pour entretenir une telle pensée par peur ou par un égotisme
ridicule [35] »
et je dis avec Omar Khayyâm :
30. Je crois, enfin, que notre vie serait plus belle et plus riche, plus vite nous réaliserions que la mort est un terme, une fin, et non un commencement, que « le ciel est sous nos pas et non au-dessus de nos têtes, que le seul Dieu que nous devons aimer et vénérer est notre frère et soeur en humanité » (Vivekananda) [36], et tout ce qui chemine avec nous sur Terre ; qu'il n'y a pas de Providence qui nous guide et nous protège, pas de Christ qui nous aime et qui nous sauve, pas de résurrection des corps ni de transmigration des âmes, qu'il n'y aura pas de Paradis pour nous accueillir et nous procurer un bonheur éternel (ni d'enfer pour nous rôtir éternellement), que la vie que nous vivons est la seule qui nous sera donnée. Dura lex, sed lex. Dures vérités, mais vérités tout de même. 31. Abandonnons ces mysticismes débilitants qui troublent les coeurs et qui égarent les esprits, ces dogmes et ces dévotions inutiles qui distraient les humains de la vérité la plus haute : l'univers est comme un temple et la vie est sacrée ; il n'y a pas de dieu à chercher ; seul est véritablement religieux qui étudie les mystères du monde et qui sert, qui respecte et qui sauve les vivants. [37] 32. Je ne vois pas ce que l'affirmation gratuite d'un dieu caché, silencieux, muet et sourd, donc à toutes fins utiles inexistant, vient ajouter de lumières à ce monde ténébrescent, que nous devons illuminer, ombres noctiluques que nous sommes, de nos désirs et de nos amours, de nos rêves et de nos chants, de nos connaissances et de nos créations. 33. Allons, du courage, la vérité nous libérera, de dogmes extravagants, de craintes inutiles et de vaines espérances. 34. Il nous revient de chérir et de célébrer cette vie éphémère, de prendre soin de cette terre condamnée, de compatir aux souffrances de nos semblables désespérés, de s'étonner du silence cosmique, de l'inexistence d'un dieu aimant et compatissant, de s'extasier devant l'infinie puissance et créativité de l'univers, et, « réparateurs obscurs des lacunes de Dieu » (V. Hugo), de palier à ses manques, d'exalter la présence de l'homme, de chanter malgré tout les beautés éphémères du monde pendant le peu de temps qu'on y passe. 35. Voilà nos seules jubilations, nos seules obligations, nos seules adorations, voilà nos seules prières.
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[a] [Né à Scoudouc, Nouveau-Brunswick, Roger Omer Léger (1928-2025) fut professeur de philosophie au Collège militaire de Saint-Jean-sur-Richelieu et fondateur des éditions Lambda. Directeur de la revue Idées et pratiques alternatives de 1983 à 1986, il devint plus tard membre de l'Association humaniste du Québec, qui, depuis 2004, dans l'esprit post-Révolution tranquille, s'engage activement à promouvoir la pensée critique en faveur de la laïcité. (NDLR)]
[1]
J'ai mis le mot « lois » entre guillemets pour indiquer l'ambiguïté du mot dans l'expression « lois de la nature », et le problème qui est soulevé
quand on parle des « lois de la nature », car immédiatement on pense à un législateur suprême ;
Voltaire
ne savait trop que répondre à l'objection de l'existence des êtres organisés et des lois de
Newton
qui expliquent le mouvement des planètes et des étoiles, et il pensait, comme l'auteur des Principia, qu'il devait y avoir un dieu créateur et organisateur du monde.
Bien avant William Paley,
Voltaire
avait utilisé la métaphore de l'horloge :
« L'univers m'embarrasse, et je ne puis concevoir une horloge sans un horloger » ; une meilleure compréhension de la mécanique céleste que
Laplace a mise au point entre 1790 et 1825, corrigeant ainsi
Newton,
la théorie de l'évolution de
Darwin
et de Wallace développée entre 1835 et 1859, éliminant ainsi la théorie de la fixité des espèces et de leur création directe par Dieu, et la physique moderne du
20e siècle, qui explique, quoique encore imparfaitement, comment notre Univers est venu à l'existence, rendant ainsi Dieu inutile comme hypothèse
pour expliquer le Big Bang et l'existence de l'Univers, vont lever définitivement l'impasse dans laquelle se trouvait des hommes comme
Newton
et
Voltaire
qui a combattu l'athéisme toute sa vie : voir entre beaucoup d'autres textes :
L'histoire de Jenni ou le sage et l'athée, sa
Première Homélie sur l'athéisme, les neuf chapitres de la Première Partie des Éléments de la philosophie de Newton, et le
Dictionnaire philosophique aux mots
ATHÉE,
ATHÉISME.
Le Baron d'Holbach, le prince des athées, avait pourtant publié son Système de la nature en 1770, bien avant
Laplace et son Exposition du Système du monde (1796) et son Traité de la mécanique céleste (5 vol., 1799-1825),
Darwin
et son Origines des espèces, et la physique moderne et son explication des premières secondes de l'Univers ...
Quant au sens de tout cela, il n'y en a pas, ou plutôt que celui qu'on invente à son sujet ; tout ce que l'on sait, c'est qu'il y a la mort ; et il est proprement
immoral d'inventer quoique ce soit sur l'au-delà de la mort.
[2] Il n'y a pas de miracles, que de choses admirables, étonnantes et non encore expliquées, miraculum, ... et qui sont souvent des mirages. [3] Comme l'affirment certains tenants du postmodernisme : « Les lois de la gravitation n'existaient pas avant Newton » ! disent certains philosophes des sciences. Bien évidemment qu'elles n'existaient pas telles que formulées par Newton, mais la gravitation existait bel et bien. La folie de ceux qui pensent que leur verbe et leur verve créent le monde ! Nos connaissances scientifiques, qui s'expriment dans des théories et des lois, ne reflètent que partiellement et graduellement la réalité ; certains postmodernes affirment qu'elles ne la reflètent pas du tout, qu'elles ne sont que de pures créations de nos cerveaux. Ce sont nos cerveaux qui les fabriquent, qui les formulent, sans doute, mais pas arbitrairement. Nous sommes en conversation avec la nature et non pas avec nous-mêmes seuls ! [4] Elles ne seraient que de mythologiques narrations de mâles blancs d'Occident, prétend tout un mouvement de pensée qui sévit principalement sur les campus américains et qui réunit des féministes et des philosophes postmodernes ; la science, pour eux et elles, ne serait qu'une narration comme une autre, un mythe parmi d'autres mythes qui jalonnent l'histoire des mythes et des religions. C'est l'extrême où est tombé le postmodernisme ; livres à lire : Impostures intellectuelles, des professeurs Jean Bricmont et Alan Sokal, chez Odile Jacob, 1997, et Higher Superstition, the Academc Left and its Quarrels with Science, des professeurs Paul R. Gross et Norman Levitt, Johns Hopkins UP, 1998 (1994). On peut et on doit consulter l'oeuvre abondante du philosophe de McGill, Mario Bunge, pour une critique dévastatrice des thèses postmodernistes : Social Science under Debate, University Toronto Press, 1998, Finding Philosophy in Social Science, Yale University Press, 1996, The Sociology-Philosophy Connection, (1999) Transactions Publishers, USA, Emergence and Convergence, Qualitatative Novelty and the Unity of Knowledge, (2003) UTP, Philosophy in Crisis, the Need for Reconstruction (2001) Promotheus Books. Dans Facing Up, c. 12 (2001) S. Weinberg commente l'Affaire Sokal et ce qu'elle implique et illustre. [5] Quelque difficiles que soient devenues les sciences au début de ce millénaire, et particulièrement difficiles d'accès au commun des mortels, je pose qu'en théorie tous les humains peuvent y avoir accès, si on y met les efforts et le temps voulus, contrairement aux dogmes des religions qui nous seront à jamais incompréhensibles, et inutiles dans notre tâche d'expliquer et de comprendre l'univers. [6] Black Holes and Time Warps, Einstein's Outrageous Legacy, Kip S. Thorne, foreword by Stephen Hawking, (1995) W. W. Norton & Company, New York, London. [7] Il n'y a pas d'autre monde, de paradis ou d'enfer ; si l'enfer n'est plus de mise aujourd'hui pour un croyant (le pape François vient de le déclarer publiquement en mars 2014 quoiqu'il affirmât « qu'il serait naïf de ne pas y croire » un mois plus tard, et il abandonnait aussi la croyance en Adam et Ève ; son prédécesseur avait abandonné la croyance aux Limbes en 2008 ; les lumières s'allument lentement et faiblement au Vatican) ; il devrait en être de même du paradis ; nous sommes un merveilleux et étonnant épiphénomène temporaire de l'univers. Lire The Accidental Universe, d'Allan Lightman, 2014. [8] On a toujours cru à la pluralité des mondes habités, chez les Anciens comme chez les Modernes, de Giordano Bruno à Fontenelle, de Voltaire à Carl Sagan, et on y croit aujourd'hui plus que jamais. Il serait étonnant, en effet, si nous étions seuls dans l'Univers, et tout aussi étonnant si nous ne l'étions pas, dans ce vaste Univers où les mêmes lois régissent le comportement des atomes et des molécules. L'Univers grouille de formes élémentaires de vie quand les conditions le permettent. Le problème, c'est la formation de la vie complexe telle qu'elle existe sur terre. Le livre à lire est Rare Earth, Why Complex Life is Uncommon in the Universe, Copernicus (1999), des professeurs Peter D. Ward et Donald Brownlee, un livre sur l'astrobiologie et l'histoire de la Terre, sur la probable rareté sinon la probable unicité de l'espèce humaine dans l'univers ; c'est un grand débat scientifique ; seule l'observation déterminera l'exactitude de la thèse ici rappelée ; les faits semblent nous diriger vers cette conclusion, malgré les découvertes récentes de nombreuses planètes dans d'autres systèmes solaires ; il faut cependant attendre la fin de l'histoire, c'est-à-dire des recherches en cours ; des mêmes auteurs : Life and Death of Planet Earth, how the new science of astrobiology charts the ultimate fate of our world, Owl Books, 2004 ; à lire aussi : Destiny or Chance, our solar system and its place in the cosmos, du grand astronome australien Stuart Ross Taylor, (1998) Cambridge University Press ; à lire aussi : A Glorious Accident, Understanding Our Place in the Cosmic Puzzle, (1997) sous la direction de Wim Kayser, une série d'entretiens avec Oliver Sacks, S. J. Gould, Stephen Toulmin, Freeman Dyson, Daniel C. Dennett et l'impayable et désolant Rupert Sheldrake.
[9]
Creatures of Accident, the Rise of the Animal Kingdom, Wallace Arthur, Hill and Wang (Farrar, Straus and Giroux), NY (2006) ;
Autopsie du hasard, J. L. Boursin, et P. Caussat, collection Études supérieures, Bordas, 1970.
Au sens strict du terme, que tout arriverait sans rime ni raison, le hasard n'existe pas.
« Le hasard est le chemin que Dieu emprunte quand il veut voyager incognito », s'amusait à dire
Einstein.
Or, comme le mot Dieu pour
Einstein
est un autre mot pour Univers... Il n'y a pas de dieu personnel pour
Einstein.
Dans Destiny or Chance, our solar system and its place in the Cosmos, Stuart Ross Taylor affirme que l'histoire du système solaire
(la position de la Terre par rapport au soleil, l'existence accidentelle de la lune, sa grosseur et le moment de son impact, l'existence de Jupiter, etc.),
et de la vie sur Terre (la disparition accidentelle, inopinée, des dinosaures, grâce à un météorite, il y a 66 millions d'années) sont des preuves suffisantes du caractère
hasardeux de l'existence de l'espèce humaine sur Terre et dans l'Univers ; nous aurions pu ne pas être ; nous ne sommes pas une nécessité, encore moins le but
de l'Univers. C'est ce que semblent nous indiquer nos connaissances actuelles ; jusqu'à nouvel ordre, je crois que nous sommes autorisés à conclure que l'humanité n'est
qu'un simple possible, comme tous les autres êtres vivants qui existent, qui ont existé ou qui existeront un jour sur Terre. Il n'y a pas pur hasard ni entière nécessité.
Tout est le fruit étonnant du hasard (si on définit le hasard : la rencontre de deux lignes causales indépendantes) et de la nécessité, car tout arrive pour une raison
et par nécessité dans ce monde, comme l'ont affirmé, jadis,
Leucippe
et
Démocrite,
ces grands ancêtres, et l'a réaffirmé
Leibniz
au 17e siècle avec son principe de la raison suffisante, quoiqu'il l'ait utilisé à mauvais escient, me semble-t-il, quand il l'a appliqué à l'Univers dans son
ensemble, comme l'ont fait erronément avant lui
Aristote
et
Thomas d'Aquin.
[10] Finalisme : thèse qui veut que l'Univers existe en vue d'un but ; dans l'opuscule Invitation à la philosophie, Éditions mille et une nuits, 1998, p. 14, Aristote a cette petite phrase : « or aucune chose engendrée par hasard n'est engendrée en vue d'un but, et il n'y a pas pour elle d'accomplissement. » Darwin disait que Cuvier et Linné étaient des nains à côté d'Aristote. Une apparente finalité, la téléonomie, existe dans les formes vivantes, mais n'est en aucun cas un indice d'une finalité dans les choses vivantes. La grande question est de savoir si l'être humain est le but de la vie sur Terre, le but de l'évolution des formes vivantes sur cette planète, et si Dieu, si cette entité inconnue et supposée, ce concept impossible, cette non-existence absolue, est le but de l'univers dans son ensemble. Livres à lire : L'Origine des espèces de Darwin (1859) ; Evolution, the triumph of an idea, (2001) sous la direction de Carl Zimmer, HarperCollin ; aussi : Book of Life, sous la direction de Stephen J. Gould, W.W. Norton & Company, 2001. Dans The Fith Miracle, the Search for the Origin and Meaning of Life, Simon & Schuster (1999), Paul Davies défend âprement la thèse de la finalité de toutes choses, de la vie et de l'intelligence réflexive, de la conscience humaine, inévitable résultat des lois de la nature. Pour sa part, dans Notre existence a-t-elle un sens, une enquête scientifique et philosophique (préface de Trinh Xuan Thuan (2007), Presses de la Renaissance, Paris, 538 pages), dans la veine de Paul Davies, Jean Staune répond par l'affirmative à sa grande interrogation : l'univers nous indique qu'il a un sens ; il interprète les données de la science moderne dans un sens spiritualiste. Une somme impressionnante, mais à mon sens fautive. Lire plutôt Challenging Nature, The Clash of Science and Spirituality at the frontiers of life (2006), Lee M. Silver, HarperCollins Publishers, 444 pages. Voir aussi Human, the science behind what makes us unique, (2008), Michael S. Gazzaniga, Ecco, HarperCollins Publishers, et encore The Structure of Evolutionary Theory, Stephen J. Gould, (2002) Belknap Press of Harvard University Press (en 1433 petites pages !). On peut lire avec plaisir et profit le livre riche et dense de Robert Bernier, L'Enfant, le lion, le chameau, une pensée pour l'homme sans Dieu, 2010, chez l'auteur. [11] Cyril Bailey, The Greek Atomists and Epicurus, p. 83, cité par Bertrand Russell in History of Western Philosophy, George Allen and Unwind, p. 86. [12] Baron d'Holbach, Le Système de la nature, 1770. [13] Dans une déclaration officielle du pape Benoît XVI, il est affirmé que Dieu est à l'origine du Big Bang, comme il est à l'origine de l'espèce humaine dans le cours de l'évolution des formes vivantes, selon son dire aussi ; quand le concept du Multivers sera généralement accepté, les papes affirmeront sans broncher et triomphalement que Dieu est à l'origine du Multivers. Vous ne pourrez jamais prendre les papes en défaut. Ils ont réponse à tout. Vous ne pouvez faire entendre raison à ceux qui délirent, même s'ils le font doucement dans leurs homélies et leurs encycliques. [14] Voir Andrei Linde, An Eternally Inflationary Self-Replicating Universe, Scientific American, 1999 ; et de Martin Rees, Our Cosmic Habitat, Princeton University Press, 2001, et Just Six Numbers, the deep forces that shape the Universe, Basic Books, 2000 (1999), et surtout Before the Beginning, Our Universe and Others, (1997), AddisonWesley, Foreword by Stephen Hawking (voir la recension qu'en fait Stephen Weinberg dans Facing Up) ; aussi de Lisa Randall, Warped passages: unravelling the mysteries of the universe's hidden dimensions (2006), Ecco HarperCollins, New-York ; Scientific American, août 2011, Questions about the Multiverse, Does the Multiverse Realy Exist? by George F. R. Ellis ; Brian Green, The Hidden Reality, Parellel Universes and the Deep Laws of the Universe, Alfred A. Knopf, New York, 2011 ; Higher Speculations: Grand Theories and Failed Revolutions in Physics and Cosmology, Helge Kragh, Oxford University Press, 2011 ; Universe or Multiverse, edited by Bernard Carr, Cambridge University Press, 2011 ; Issues in the Philosophy of Cosmology, George F. R. Ellis in Philosophy of Physics, edited by Jeremy Butterfield and John Earman, Elsevier, 2006. [15] Bertrand Russell, Outline of Philosophy, c. 27, Man's Place in the Universe; The Comprehensible Cosmos, where do the laws of Physics come from? de Victor J. Stenger ; et Le Hasard et la nécessité de Jacques Monod ; Lee Smolin, Time Reborn, from the crisis in physics to the future of the universe, 2013, Alfred A. Knopf, Canada. [16] J'avais utilisé le mot infini dans une première version ; mais il y a quelques difficultés à se servir de ce terme. Certains pourront m'accuser ici de contradiction flagrante : si on admet un infini, on admet un Être distinct du monde, etc., on admet alors Dieu, le Dieu des théologiens et des philosophes spiritualistes. J'ai volontairement employé le mot infini pour illustrer l'infini mystère des origines, qui ne nous indique pas pour autant l'existence d'un Dieu personnel, créateur bienveillant et aimant de l'Univers ; nous ne savons pas ! Ce que nous savons de l'Univers, par contre, ne nous indique aucunement l'existence d'un dieu personnel. On ne doit pas invoquer le nom de Dieu en vain! Et je ne peux accepter le dieu inutile de Spinoza et d'Einstein. Il y a l'Univers. Natura ! Faut-il spéculer hardiment et outrancièrement sur ce que nous ne savons pas et que nous ne pouvons pas savoir ? [18] Cioran, Oeuvres, Gallimard, Quarto, Paris, 1995, 1818 pages. [19] D'aucuns protesteront : Michel-Ange, Bach, Mozart, Beethoven, les tragiques Grecs, Confucius, Gautama Siddhârta, Newton, Shakespeare, Darwin, Einstein ? Brefs éclairs que la nuit cosmique emporte ! Et non des fragments d'éternité que l'on croit entrevoir !
[20]
Les Rubayat [quatrins] d'Omar Khayyâm (1048-1131) : [21] Le rêve de Teilhard de Chardin.
[22]
Lu quelque part [Peter Godfrey-Smith, article Not Sufficiently Reassuring: Anti-Materialism,
publié dans la revue littéraire britannique London Review of Books (Vol. 35, n° 2) le 24 janvier 2013.] :
[23] Je suis ici le Credo officiel de l'Église de Rome contenu dans le Compendium du catéchisme de l'Église catholique, Libreria Editrice Vaticana, 00120 Citta del Vaticano (2005), et je le nie point par point.
[b]
[ CREDO CATHOLIQUE : [24] The first Three Minutes of the Universe, (1977) Steven Weinberg ; The Grand Design, (2010) Stephen Hawking et Leonard Mlodinow, Bantam Books, New York ; A Universe from Nothing, Why there is something rather than nothing, (2012) Lawrence M. Krauss, Free Press ; Jim Holt, cependant, enquête : Why does the World exist? An existential detective story, (2012) W. W. Norton.
[25]
Alvar Ellegard, Jesus, One Hundred Years Before Christ, A Study in Creative mythology, (1999), The Overlook Press, Woodstock, New-York ;
la conclusion de son étude se démarque totalement de toutes les autres sur le sujet :
il conclut que : [26] Les Chrétiens ont emprunté cette croyance aux croyances « païennes » de l'Antiquité gréco-romaine : « descendre dans l'Hadès ». [27] Les prophéties affirmées par le Jésus des Évangiles et qui sont manifestement fausses. [28] Il en est de même du jugement dernier, présent dans toutes les mythologies du bassin méditerranéen. [29] Hans Küng, Dieu existe-t-il ? Seuil, 1980, p. 808. [30] Absolute Monarchs, A History of Papacy, (2011) John Julius Norwich, Random House ; Religion in human evolution: From the Paleolithic to the Axial Age, (2011) Robert N. Bellah, 746 pages, The Belknap Press/Harvard University Press. [31] Il est amusant de voir les théologiens en particulier et les croyants en général minimiser les passages franchement extravagants, scandaleux ou carrément absurdes des Évangiles, du Nouveau et de l'Ancien Testament, qui sont censés avoir été inspirés par Dieu et écrits sous sa dictée. L'explication qu'ils donnent est aussi extravagante que leurs croyances : Dieu devait se conformer à l'esprit des hommes auxquels Il parlait. L'absurde n'a jamais fait reculer les croyants, bien au contraire. Ils croient ce qui est absurde, ne sachant pas que c'est absurde et, pour certains, parce que c'est absurde ou en dépit de l'absurdité de ce qu'ils disent. Après 2 000 ans, l'absurde est devenu banal, admis universellement, allant de soi, il serait absurde de ne pas y croire ; on n'en voit plus l'absurdité. On s'habitue à tout ! S'abaisser à des explications naturelles n'est pas leur fait. Douter ? Vous n'y pensez pas ! Se servir de sa raison ? Quelle absurdité ! [32] Lao-Tseu, Dao de jing, c. 49. [33] Confucius, Analectes, XII, 22. [34] La croyance en la vie éternelle est à la base des grandes religions, et il semble bien qu'une grande partie de l'humanité ne puisse se passer de cette croyance, pour le moment du moins. Gibbon en fait l'une des cinq causes de la victoire finale de la religion chrétienne sur ses concurrentes, le mithraïsme et le gnosticisme entre autres ... quoique le glaive de Constantin et de bien d'autres empereurs chrétiens ait eu quelque part à cette victoire ; voir son The History of the Decline and Fall of the Roman Empire, c. XV. [35] Living Philosophies, a series of intimate credos, World Publishing Company, 1943 (1930), c. 1, Albert Einstein, p. 6. [36] Will Durant, Story of Civilization, vol. 1, Our Oriental Heritage, Simon & Schuster, 1963, (1935), c. 22, p. 618. [37] Albert Einstein, Science et religion, NYT Magazine, 9 novembre 1930, (traduction : Roger Léger, 2007)
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