par L’Encyclopédie, Le Petit Robert et Le Petit Larousse
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1. PHILOSOPHE, s. m. Il n'y a rien qui coute moins à acquérir aujourd'hui que le nom de philosophe ; une vie obscure & retirée, quelques dehors de sagesse, avec un peu de lecture, suffisent pour attirer ce nom à des personnes qui s'en honorent sans le mériter.
D'autres en qui la liberté de penser tient lieu de raisonnement, se regardent comme les seuls véritables philosophes, parce qu'ils ont osé renverser les bornes sacrées posées par la religion, & qu'ils ont brisé les entraves où la foi mettoit leur raison. Fiers de s'être défaits des préjugés de l'éducation, en matiere de religion, ils regardent avec mépris les autres comme des ames foibles, des génies serviles, des esprits pusillanimes qui se laissent effrayer par les conséquences où conduit l'irréligion, & qui n'osant sortir un instant du cercle des vérités établies, ni marcher dans des routes nouvelles, s'endorment sous le joug de la superstition.
Mais on doit avoir une idée plus juste du philosophe, & voici le caractere que nous lui donnons.
Les autres hommes sont déterminés à agir sans sentir, ni connoître les causes qui les font mouvoir, sans même songer qu'il y en ait. Le philosophe au contraire demêle les causes autant qu'il est en lui, & souvent même les prévient, & se livre à elles avec connoissance : c'est une horloge qui se monte, pour ainsi dire, quelquefois elle-même. Ainsi il évite les objets qui peuvent lui causer des sentimens qui ne conviennent ni au bien-être, ni à l'être raisonnable, & cherche ceux qui peuvent exciter en lui des affections convenables à l'état où il se trouve. La raison est à l'égard du philosophe, ce que la grace est à l'égard du chrétien. La grace détermine le chrétien à agir ; la raison détermine le philosophe.
Les autres hommes sont emportés par leurs passions, sans que les actions qu'ils font soient précédées de la réflexion : ce sont des hommes qui marchent dans les ténebres ; au lieu que le philosophe dans ses passions mêmes, n'agit qu'après la réflexion ; il marche la nuit, mais il est précédé d'un flambeau.
Le philosophe forme ses principes sur une infinité d'observations particulieres. Le peuple adopte le principe sans penser aux observations qui l'ont produit : il croit que la maxime existe pour ainsi dire par elle-même ; mais le philosophe prend la maxime dès sa source ; il en examine l'origine ; il en connoît la propre valeur, & n'en fait que l'usage qui lui convient.
La vérité n'est
pas pour le philosophe une maîtresse qui corrompe son imagination, &
qu'il croie trouver par-tout ; il se contente de la pouvoir démêler où il peut
l'a
Le monde est
plein de personnes d'esprit & de beaucoup d'esprit, qui jugent toujours ; toujours
ils devinent, car c'est deviner que de juger sans sentir quand on a le motif
propre du jugement. Ils ignorent la portée de l'esprit humain ; ils croyent
qu'il peut tout connoitre : ainsi ils trouvent de la honte à ne point prononcer
de jugement, & s'imaginent que l'esprit consiste à juger. Le philosophe
croit qu'il consiste à bien juger : il est plus content de lui-même quand il a
suspendu la faculté de se déterminer que s'il s'étoit déterminé avant d'avoir
senti le motif propre à la décision. Ainsi il juge & parle moins, mais il
juge plus surement & parle mieux ; il n'évite point les traits vifs qui se
présentent naturellement à l'esprit par un prompt assemblage d'idées qu'on est
souvent étonné de voir unies. C'est dans cette prompte liaison que consiste ce
que communément on a
L'esprit philosophique est donc un esprit d'observation & de justesse, qui rapporte tout à ses véritables principes ; mais ce n'est pas l'esprit seul que le philosophe cultive, il porte plus loin son attention & ses soins.
L'homme n'est point un monstre qui ne doive vivre que dans les abîmes de la mer, ou dans le fond d'une forêt : les seules nécessités de la vie lui rendent le commerce des autres nécessaire ; & dans quelqu'état où il puisse se trouver, ses besoins & le bien être l'engagent à vivre en société. Ainsi la raison exige de lui qu'il connoisse, qu'il étudie, & qu'il travaille à acquérir les qualités sociables.
Notre philosophe ne se croit pas en exil dans ce monde ; il ne croit point être en pays ennemi ; il veut jouir en sage économe des biens que la nature lui offre ; il veut trouver du plaisir avec les autres : & pour en trouver, il en faut faire : ainsi il cherche à convenir à ceux avec qui le hasard ou son choix le font vivre ; & il trouve en même tems ce qui lui convient : c'est un honnête homme qui veut plaire & se rendre utile.
La plûpart des grands à qui les dissipations ne laissent pas assez de tems pour méditer, sont féroces envers ceux qu'ils ne croyent pas leurs égaux. Les philosophes ordinaires qui méditent trop, ou plûtôt qui méditent mal, le sont envers tout le monde ; ils fuient les hommes, & les hommes les évitent. Mais notre philosophe qui sait se partager entre la retraite & le commerce des hommes, est plein d'humanité. C'est le Chrémès de Térence qui sent qu'il est homme, & que la seule humanité intéresse à la mauvaise ou à la bonne fortune de son voisin. Homo sum, humani à me nihil alienum puto.
Il seroit
inutile de remarquer ici combien le philosophe est jaloux de tout ce qui
s'a
D'ailleurs dans toutes les actions que les hommes font, ils ne cherchent que leur propre satisfaction actuelle : c'est le bien ou plutôt l'attrait présent, suivant la disposition méchanique où ils se trouvent qui les fait agir. Or le philosophe est disposé plus que qui que ce soit par ses réflexions à trouver plus d'attrait & de plaisir à vivre avec vous, à s'attirer votre confiance & votre estime, à s'acquiter des devoirs de l'amitié & de la reconnoissance. Ces sentimens sont encore nourris dans le fond de son coeur par la religion, où l'ont conduit les lumieres naturelles de sa raison. Encore un coup, l'idée de mal-honnête homme est autant opposée à l'idée de philosophe, que l'est l'idée de stupide ; & l'expérience fait voir tous les jours que plus on a de raison & de lumiere, plus on est sûr & propre pour le commerce de la vie. Un sot, dit la Rochefoucault, n'a pas assez d'étoffe pour être bon : on ne péche que parce que les lumieres sont moins fortes que les passions ; & c'est une maxime de théologie vraie en un certain sens, que tout pécheur est ignorant.
Cet amour de la société si essentiel au philosophe, fait voir combien est véritable la remarque de l'empereur Antonin : " Que les peuples seront heureux quand les rois seront philosophes, ou quand les philosophes seront rois " !
Le philosophe est donc un honnête homme qui agit en tout par raison, & qui joint à un esprit de réflexion & de justesse les moeurs & les qualités sociables. Entez un souverain sur un philosophe d'une telle trempe, & vous aurez un parfait souverain.
De cette idée il est aisé de conclure combien le sage insensible des stoïciens est éloigné de la perfection de notre philosophe : un tel philosophe est homme, & leur sage n'étoit qu'un phantôme. Ils rougissoient de l'humanité, & il en fait gloire ; ils vouloient follement anéantir les passions, & nous élever au-dessus de notre nature par une insensibilité chimérique : pour lui, il ne prétend pas au chimérique honneur de détruire les passions, parce que cela est impossible ; mais il travaille à n'en être pas tyrannisé, à les mettre à profit, & à en faire un usage raisonnable, parce que cela est possible, & que la raison le lui ordonne.
On voit encore
par tout ce que nous venons de dire, combien s'éloignent de la juste idée du philosophe
ces indolens, qui, livrés à une méditation paresseuse, négligent le soin de
leurs affaires temporelles, & de tout ce qui s'a
2. PHILOSOPHES, (Alchimie & Chimie). Ce mot dans le langage alchimique signifie la même chose qu'adepte ou possesseur de la pierre philosophale. Les Alchimistes n'ont pas manqué de se décorer de ce grand nom, & de celui de sage.
Il existe dans
la Chimie ordinaire plusieurs préparations & opérations, la plûpart assez
communes, & qui sont apparemment des présens de l'Alchimie qui sont
spécifiées par le nom de leurs inventeurs, qualifiés du titre de philosophes.
Ainsi il y a une huile des Philosophes, a
3.
PHILOSOPHES, huile des, (Pharmacie)
c'est l'huile de brique. Ce nom lui a été donné par les Alchimistes qui se
disent les véritables philosophes, à cause qu'ils employent souvent de
la brique dans la construction de leurs fourneaux, dont ils se servent pour
faire ce qu'ils a
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1. PHILOSOPHE. Facilité d'acquérir aujourd'hui ce titre. Caractere du vrai philosophe. XII. 509. b.
Philosophe, les Grecs & les Romains qui pensoient par eux-mêmes méritoient seuls le nom de philosophes. III. 21. b. Philosophes que le génie anima. VII. 583. b. Indépendance du philosophe. VIII. 671. b. Son indifférentisme. 676. a. Juste milieu qu'il doit tenir entre le scepticisme & la crédulité. X. 741. a, b. Le devoir du philosophe est de bannir la superstition du monde. IV. 1073. a. Accusation peu importante faite aux philosophes. VII. 428. a. Portrait du philosophe ou du sage. XIV. 494. b. Eloge du vrai philosophe. V. 270. a. Méthode par laquelle il parvient à former un tout solide des vérités qu'il découvre. 271. a. Avantages qui résulteroient de l'accueil que les princes feroient aux philosophes. I. 670. a. Conseils aux philosophes modernes. V. 284. b. Ingratitude de ceux qui méprisent les beaux-arts. Suppl. I. 589. b. Des anciens philosophes. S'il est raisonnable de penser que les premiers hommes aient été philosophes. I. 494. 495. Repas publics en usage parmi les philosophes de la Grece. XII. 501. b. Lâcheté des philosophes à combattre l'idolâtrie. XII. 962. a. 963. a. C'est sur les théatres que les philosophes alloient expliquer quelquefois leur doctrine à leurs écoliers. XVI. 237. Des philosophes modernes. Quelle fut, à l'époque du renouvellement des lettres, la principale occupation des philosophes. V. 283. b. Avantages des philosophes des derniers siecles sur les anciens. 918. a. Réflexion sur les grands philosophes d'entre les modernes. IX. 369. b. Orgueil des philosophes de nos jours, qui les porte à nier ce qu'ils ne peuvent expliquer ou comprendre. XIII. 423. b. Des doctrines des philosophes. Comment les anciens & les modernes ont pu se rencontrer en quelques points. V. 273. a. Deux sortes de doctrines des anciens philosophes, l'une publique & l'autre secrette. XI. 273. b. Doctrine des anciens philosophes sur Dieu. VIII. 396. a. Leur doctrine bien pénétrée étoit l'éponge de toute religion. XIII. 511. b. Les philosophes athées ne sont point en si grand nombre que le supposent certaines personnes. I. 801. a, b. Comment quelques philosophes ont pu tomber dans l'athéisme. I. 800. b. Sentiment des philosophes païens sur les dieux. XII. 960. b, &c. sur la providence, XIII. 511. b. sur l'ame, sur le monde, &c. Voyez ces articles particuliers.
2.
PHILOSOPHE chrétien, (Théolog.
Moral.) Premiere étude importante à l'homme : il doit examiner ce qu'il
est, d'où il vient, ce qu'il doit devenir. L'art & la beauté du méchanisme
de son corps doit élever son esprit à l'intelligence supérieure, qui s'est plû
à graver dans toutes les parties de son ouvrage les traits les plus éclatans de
sa sagesse. Des réflexions plus approfondies sur sa nature lui apprennent
ensuite à distinguer de cette portion de matiere qui lui appartient, ce
principe qui pense, qui sent & qui veut, dont les facultés n'ont rien de
commun avec celle d'être figuré, mu, divisé. Suppl. IV. 332. b.
Un corps est un tout composé de particules accidentellement associées. Or comme
il ne peut y avoir d'unité dans la matiere, nous ne devons point y chercher
l'individualité du sujet auquel appartiennent les sensations qui nous
affectent. Les sensations nous apprennent que nous ne voyons point les corps en
eux-mêmes, mais seulement dans les rapports qu'ils ont avec nous, dans leurs
impressions sur nous. Ainsi les objets que nous a
3.
PHILOSOPHES, (Alchym. & Chym.)
adeptes ou possesseurs de la pierre philosophale. Préparations & opérations
chymiques qualifiées du nom de philosophes. Huile des philosophes. Edulcoration philosophique. XII.
511. a.
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philosophe [filCzCf] n. et
adj.
• 1160; lat.
philosophus, gr. philosophos
« ami de la sagesse »
I¨ N.
1¨ Anciennt Personne qui s'adonne à l'étude rationnelle de la nature et de la
morale. « Le philosophe
est l'amateur de la sagesse et de la vérité » (Voltaire). — Spécialt Þ alchimiste. La pierre des philosophes : la pierre philosophale*.
2¨ Hist. Personne qui s'appuie sur la raison, et récuse la révélation, la foi. « Tout philosophe est cousin d'un
athée » (Musset).
à (XVIIIe) Personne qui, par le culte de la
raison appliquée aux sciences de la nature et de l'homme, par l'honnêteté
morale mise au service de l'humanité, cherchait à répandre le libre examen et
les lumières. Þ aussi encyclopédiste. « La raison est à l'égard du philosophe
ce que la grâce est à l'égard du chrétien. La grâce détermine le chrétien à
agir; la raison détermine le philosophe » (Diderot).
3¨ Mod. Personne qui élabore une doctrine ou des éléments de doctrine
philosophique. Þ penseur. Philosophe
idéaliste, matérialiste. Les nouveaux philosophes.
4¨ (v. 1660) Cour.
Personne qui pratique
la sagesse, conforme sa vie à ses principes. Þ sage. Je « ne trouvais rien de si doux que de
vivre à Paris, en philosophe,
[¼] au moyen des cent cinquante francs par mois que mon père me
donnait » (Stendhal).
à Spécialt Sage de l'Antiquité. « La
nécessité de mourir faisait toute la constance des philosophes » (La Rochefoucauld).
II¨ Adj.
1¨ (1534) Vieilli Relatif à la
philosophie, aux philosophes. Þ philosophique. Un ton philosophe.
2¨ (XVIIe) Mod.
Qui montre de la
sagesse, de la fermeté d'âme, du détachement. « Que c'est donc bête, vieux, de vous tourmenter comme ça! [¼] mais vous n'êtes
guère philosophe, ah! non! » (Zola).
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philosophe nom
(gr. philosophos , ami de la sagesse)
1. Spécialiste de
philosophie.
2. Penseur qui
élabore une doctrine, un système philosophique.
3. [HIST. ]
Partisan des idées nouvelles, des « Lumières », au XVIIIe s.
· adjectif et nom
Se dit de qqn qui supporte les épreuves avec
constance et résignation, qui prend la vie du bon côté. [2]
[1]
Cet article fut écrit par Venel (Gabriel François) (1723-1775), médecin qui enseignait tout autant la
pharmacie, la médecine que la chimie. (http://xxi.ac-reims.fr/bayen/biographie/venel.htm)
[2] Le Petit Larousse illustré 1999. © Larousse, 1998.