EMPIRISME 

Condillac

17151780

Abbé catholique et logicien français

Empirisme, sensualisme, langage

* SENSATION *

La sensation est à l'origine de toutes nos connaissances réelles (allégorie de la statue).

L'art de raisonner se réduit à une langue bien faite.

Un seul sens suffit à l'âme pour que germent toutes ses facultés

L'expérience de pensée d'une statue qui ne serait dotée que du sens de l'odorat nous permet de reconstituer la naissance de chacune de nos facultés. Dès la première odeur, l'attention naît. Dès la seconde odeur, la notion de temps (avant - après) se manifeste. Immédiatement ensuite, lorsque toute odeur cesse, la mémoire surgit. Lorsque survient une nouvelle odeur, la statue peut alors lui comparer son souvenir, et ainsi apparaît le jugement ; elle éprouve maintenant le plaisir, l'aversion ou l'indifférence. Survient l'étonnement lorsqu'une nouvelle odeur se présente, et celui-ci laisse place à l'habitude si l'odeur a été maintes fois reconnue par la mémoire. Du plaisir qui fixe l'attention, naîtront le désir et l'imagination. Du désir naissent toutes les passions : l'amour, la haine, l'espérance, la crainte, la volonté.

Dorénavant, tous les efforts de la volonté seront dirigés vers l'imagination des moyens d'éprouver à nouveau les odeurs plaisantes et d'éviter les déplaisantes. La statue cherchera l'étonnement de la nouveauté pour échapper à l'ennui, mais aussi la familiarité par le maintien d'habitudes dans un équilibre qu'elle jugera satisfaisant.

À partir d'un seul sens, nous pouvons retracer la genèse de toutes nos facultés mentales. Être, ce n'est donc pas « penser », comme l'affirmait Descartes ; être, c'est avant tout sentir.

« Toutes nos connaissances et facultés viennent des sens. » « Les sens ont les uns sur les autres le même empire que l'imagination a sur nous. » « Nous sommes toujours mûs par le plaisir et la douleur. »

Être, c'est sentir

Il n'y a pas de distinction entre ce que je vois et mon oeil. Quand je regarde un objet, il est dans mon oeil ; les sons et bruits sont dans mes oreilles ;  à première vue, rien ne permet de distinguer le monde extérieur de moi-même : mes sensations sont dans mes organes sensitifs et non extérieures ; je m'identifie à elles à un point tel que je suis incapable de les éprouver comme distinctes de moi-même ; elles sont mon être même.

Le toucher, faculté sensible primordiale

De nos cinq sens, seul le toucher permet d'accéder à l'étendue. Les quatre autres ne permettent pas de nous distinguer du monde extérieur. Lorsque nous sentons, nous devenons odeur tout entier ; de même, ce que nous voyons est perçu comme une sensation colorée dans l'oeil même, et non extérieure ; les sons nous captivent : de prime abord, nous pensons qu'ils naissent dans la tête.

Le sens du toucher comporte une particularité singulière. Si l'odorat, l'ouïe, la vue et le goût permettent à l'être d'exister, le toucher permet à l'être de concevoir un monde extérieur. Par l'expérience de la continuité et de la contiguïté, il instaure le sentiment d'espace, et procure à l'esprit un indice de l'existence du monde extérieur.

En intégrant le toucher aux autres sens, l'être se distingue du monde et le sentiment d'individualité apparaît.

L'art de raisonner se réduit à une langue bien faite

Le langage est inné puisqu'il appartient à notre configuration mentale, mais il n'y a pas d'idées innées. Le langage dit tout ce que nous sentons ; il représente une synthèse de l'ensemble de nos sentiments. Lorsqu'il se met à analyser leur composition, il exprime des idées. Comme elles sont acquises par l'analyse, elles ne sont donc pas innées. Chaque langue est une méthode analytique, qui crée les connaissances.

Les noms représentent des idées abstraites, c'est-à-dire séparées de ce qui les constitue. Issus de l'analyse de nos sentiments, ce sont des généralisations qui permettent de raisonner. Ils constituent toutes nos connaissances. On ne connait que ce qu'on arrive à nommer à la suite de l'analyse. L'art de raisonner, c'est-à-dire d'analyser, se réduit à une langue bien faite.

Le langage permet de fixer nos idées. Il est une représentation abstraite des idées générales produites à partir des données particulières des sens. Toute langue bien faite exprime une connaissance exacte de la réalité.

Sources

Philo5
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