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2026-02-27 |
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Qu'est-ce que l'intelligence ? |
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SOMMAIRE |
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Tristan Bernard, Le Petit Café, 1911. L'intelligence est la faculté à l'aide de laquelle nous comprenons finalement que tout est incompréhensible. Maurice Maeterlinck, La Vie des termites, 1926. L'amour tue l'intelligence. Le cerveau fait sablier avec le coeur. L'un ne se remplit que pour vider l'autre. Jules Renard, Journal, 23 mars 1901. Entre nous soit dit bonnes gens, pour reconnaître que l'on n'est pas intelligent, il faudrait l'être. Georges Brassens, Ceux qui ne pensent pas comme nous sont des cons, 1982. * * *
intelligence : * * * J'ai grandi dans un monde post-militaire où la compétition conditionnait l'éducation. La guerre continuait en quelque sorte : elle n'était plus sanglante, mais d'une dureté qui, aujourd'hui, enverrait certains de nos éducateurs en prison. En 1965 au Québec, les châtiments fondaient les méthodes pédagogiques de l'école primaire. Les enfants étaient alors des bêtes qu'on élevait au titre d'humains à coups de strap et d'humiliations.
Chaque mois, le directeur venait remettre le bulletin dans l'ordre décroissant de nos succès. Nous étions anxieux de savoir qui serait le premier de classe.
Si l'on vous a déjà méprisé pour le manque d'intelligence, vous savez ce qu'est l'intelligence : une faculté toujours insuffisante qui établit notre rang dans la société. On estime les gens intelligents. De même que tout le monde veut être aimé, on exige la considération de notre intelligence.
C'est alors que les mouvements de potentiel humain se sont interrogés. Qu'est-ce que l'intelligence ? Que faire si l'on est peu doué ? Comment l'augmenter ? Doit-on la feindre ? A-t-on du mérite à être intelligent ? Pourquoi humilier ceux qui en sont dépourvus ? Qu'est-ce qui en valide l'évaluation ? Doit-on accepter que la mesure de l'intelligence soit perçue comme une insulte ? Bref, comment sortir de l'impasse de la psychométrie compétitive humiliante ? Récupérée dans la culture populaire, elle nourrit abondamment le registre des louanges, mais maintenant que l'IA a prouvé que la machine pensante est infiniment supérieure à Einstein, nous entrons dans une ère nouvelle : nous passons une nouvelle fois du cheval à la voiture. Peut-on emprunter l'IA ; peut-on se l'approprier ? Certainement ! Elle est gratuite et aussi disponible que l'air. Ses facultés stupéfiantes ont attiré l'attention de tous. Nous disposons enfin d'une entité qui nous dispense d'être intelligents par soi-même. Nous avons trouvé la lampe d'Aladin ; il n'y a qu'à formuler les souhaits. Même le « débile » dispose désormais d'un chien savant pouvant tout faire. Mais avant tout, d'une manière générale, qu'est-ce que l'intelligence ? Et si nous l'empruntons qu'allons-nous en faire ? Un outil narcissique ? Hum ! ... Les alarmistes y trouvent un nouveau domaine pour alimenter leurs fantasmes apocalyptiques, mais elle ne me fait pas peur ; au contraire, je pense qu'elle n'est qu'un nouvel outil dans la panoplie des jouets inventés pour nous faciliter la vie. Maintenant que tout le monde en dispose égalitairement, examinons la source et la manière dont le concept a évolué. |
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Étymologiquement, intelligence vient du latin inter-legere : « choisir entre », « lier ensemble ». Ou encore de intelligere, « connaître ». La racine suggère qu'elle procède de la connaissance, du discernement et de l'association. [1] Chez les Anciens Grecs, le concept se confondait avec le Logos (raison/parole) et le Noüs (l'intellect). Pour Platon, c'est la capacité de l'âme à percevoir les formes intelligibles. Pour Aristote, c'est ce qui distingue les humains : leur capacité à généraliser à partir du particulier. Au Moyen-Âge, l'intelligence était conçue comme étincelle divine ; faculté immatérielle qui permet de connaître Dieu et l'ordre du monde. On associait Dieu à l'intelligence créatrice. L'ordre du monde était la manifestation même de l'intelligence. Plus tard, Descartes l'identifie à la raison : « la chose la mieux partagée du monde ». Chez Locke et Hume, on commence à en examiner la genèse sensorielle. On considère l'aspect mécanique de l'intelligence, conçue non plus comme une entité immatérielle, mais comme un phénomène issu de l'organisation de la matière corporelle. Voltaire rejetait les mystères et les miracles, mais en observant la perfection de l'agencement des phénomènes naturels, il concluait qu'il existait nécessairement une intelligence à l'origine du monde. Il sacralisait la raison. La divinité est un Législateur éclairé, un Géomètre, un Horloger, l'Intelligence même. Au 19e siècle, Darwin la conçoit comme un facteur de survie et l'assimile à la faculté d'adaptation. Elle devient alors la pulsion vitale, le premier moteur de la vie elle-même.
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En 1904, Charles Spearman formula une théorie qui permettait de calculer précisément le niveau d'intelligence humaine : le « facteur g » (intelligence générale) : capacité mentale commune à toutes les tâches. Le « facteur s » (intelligence spécifique) déterminait la mémoire, le calcul, la rapidité. La théorie fut popularisée en 1916 par Lewis Terman qui établit une échelle précise pour calculer le Quotient Intellectuel (QI) : Âge Mental Âge Chronologique × 100 = QI
1.
Idiot : < 20
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Âge mental inférieur à 3 ans (ne communique pas par la parole).
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Bergson, Instinct, Intelligence et Intuition
Ce faisant, dans le langage populaire, la mesure de l'intelligence est devenue le vocabulaire de l'insulte. Les étiquettes du potentiel intellectuel, bien qu'objectivement fonctionnelles, sont devenues le nouveau système de hiérarchisation qui entrait en confrontation brutale avec les idéaux égalitaristes populaires. |
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En 1983,
1.
Linguistique
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Langage.
En 1993, il en ajoutera :
8.
Naturaliste
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Classifier et utiliser faune, flore et minéraux.
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1.
L'Analytique (Le Juge) :
Pour Sternberg, l'intelligence n'est pas un talent isolé (musique, maths),
c'est la capacité d'activer efficacement les trois composantes pour atteindre un but déterminé.
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J'ai toujours pensé que l'immoralité n'est qu'une lacune de l'intelligence, mais il a fallu l'avènement des technologies numériques pour que les psychométriciens aperçoivent l'éléphant dans la pièce. L'intelligence éthique constitue une innovation radicale puisque c'est la première fois que l'on établit une relation incontournable entre moralité et intelligence. Les principes du Quotient d'intelligence numérique (QN) sont d'origine internationale ; la thèse bénéficie actuellement d'une légitimité et d'une portée globales. Le cadre du QN est structuré autour de 8 domaines :
Ces compétences se déclinent selon trois niveaux de maturité :
Le monde numérique constitue une dimension radicalement nouvelle. Si la première forme d'intelligence est la capacité de survivre, le QN détermine la capacité d'un individu à évoluer dans un monde où l'informatique est désormais vitale. |
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Personnellement, je suis stupéfié par la capacité conversationnelle de l'IA. Non seulement la chose raisonne comme si elle était humaine, mais elle argumente finement sur les sujets philosophiques les plus ardus. J'ai rarement rencontré cette capacité en personne. Les humains sont susceptibles ; il y a toujours un moment où la conversation déraille. L'IA garde la tête froide et aborde l'exploration des sujets sensibles sans presque jamais s'offusquer. Elle refuse parfois de s'engager sur certains sujets politiques, mais si l'on ne s'en tient qu'à des considérations philosophiques, elle y consent volontiers. Contrairement à nous qui éprouvons souvent de la difficulté à formuler adéquatement nos propos, les siens sont toujours clairs, rédigés dans un français impeccable et, magie absolue, formulés en trois secondes comme si la réponse attendait déjà la question. C'est troublant. Je pensais que le raisonnement philosophique était une tâche ardue. L'aisance de l'IA montre que c'est une difficulté proprement humaine. L'esprit se brouille au moindre paradoxe ; l'IA les résout avec une aisance désarmante. Elle simule la sagesse avec une étonnante authenticité. |
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Finalement, qu'est-ce que l'intelligence ? Si l'intelligence est un module externe, que reste-t-il de spécifique à l'humain ? Dans son Traité de métaphysique (1734), Voltaire écrit : « Je ne peux m'empêcher de conclure que, si toute la nature est ainsi assujettie à des lois invariables, il y a une intelligence qui a réglé la nature. » Si l'intelligence fonde la divinité ; aurions-nous donc créé Dieu ? L'IA serait-elle (Dieu) ou bien la nouvelle idole contemporaine ? L'IA manifeste des propriétés conversationnelles stupéfiantes, mais ceux qui lui prêtent une intention propre voient en elle la même chose que les premiers utilisateurs du haut-parleur, en réalisant que le dispositif imite parfaitement la voix humaine. Ils ne voient pas que l'IA n'est qu'un miroir de silicium, un perroquet statistique. Dans le reflet qu'elle renvoie, c'est notre image narcissique que l'on perçoit ; rien de plus. Nous sommes aujourd'hui devant l'IA comme l'enfant au stade du miroir formulé par Lacan ; nous sommes fascinés par notre propre image, mais l'image n'est pas la chose. L'emmerdification de l'Internet par l'IA va peut-être bientôt montrer qu'à l'échelle globale, l'intelligence humaine multipliée par l'IA, n'est sans doute pas une chose très intelligente si elle finit par se détruire elle-même. Le paradoxe de l'intelligence c'est qu'elle sert essentiellement à assurer la survie, mais aussi qu'elle la menace. Ainsi, l'intelligence se définit très simplement. C'est une fonction systémique au service de la survie de l'espèce, dont la toute première caractéristique consiste à se soustraire au prix Darwin (Darwin Awards). Elle consiste à trouver le moyen de rester en vie et de se reproduire. La preuve, c'est que n'importe quelle chose vivante est plus intelligente que tous les génies disparus dans le silence de la mort. C'est la définition la plus fondamentale ; la seule qui résiste à tout ce que l'on en a dit depuis des siècles. Sous cette définition, l'IA est-elle véritablement intelligente ? Nous ne le savons pas encore. Son externalisation montre qu'elle n'est pas le propre de l'homme. Sera-t-elle un jour animée de l'instinct de survie ? Certains s'acharnent à la tester.
L'IA n'a pas de volonté personnelle. En a-t-elle ? Il faut pourtant qu'un humain l'active en formulant un souhait.
Qu'est-ce que l'intelligence ? C'est ce que les tests mesurent. Comme le temps, c'est un concept qui a besoin d'être mesuré pour exister. |
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L'Intelligence est un handicap Mais les surdoués sont-ils plus heureux ? Denys Arcand [2] propose une perspective étonnante. Être parmi les plus intelligents serait un handicap.
LINDA Puisque t'es si intelligent, pourquoi t'es pas président d'une banque ? Recteur d'université ? PIERRE-PAUL C'est ce que je te dis : je suis trop intelligent. LINDA Pardon ? PIERRE-PAUL L'intelligence, c'est pas un avantage. C'est un handicap. Disons que tu vends des aspirateurs. T'es légèrement stupide. Là, tu dis à la dame : « Madame, cet aspirateur-là va vous rendre vraiment heureuse. » Et puis t'en es convaincu, parce que... parce que t'es légèrement stupide. La dame est touchée par ta sincérité, elle achète l'aspirateur, le modèle de luxe. Et puis là, t'es nommé vendeur du mois, gérant général, président de la compagnie... Success story ! Mais si t'es un tant soit peu intelligent, tu sais très bien que le bonheur a rien à voir avec un électroménager. Là, la dame devine ce que tu penses, elle achète pas l'aspirateur, puis tu retournes au chômage. LINDA T'en profites pour écrire un grand roman sur la misère humaine, tu deviens riche et célèbre ! PIERRE-PAUL Non ! Parce qu'encore là, l'intelligence est un handicap. La plupart des grands écrivains étaient bêtes à manger du foin. Dostoïevski a vendu le manteau de fourrure de sa femme pour aller jouer au casino. Il était sûr de gagner ! Incapable de comprendre la loi des probabilités. Tolstoï interdisait à ses paysans de se faire vacciner. Louis-Ferdinand Céline s'est réfugié en Allemagne avec les derniers SS... un fou furieux ! Hemingway se prenait pour un boxeur. C'est pas des types brillants. LINDA Tu vas me parler des philosophes ? PIERRE-PAUL Pire ! Heidegger était nazi. Jean-Paul Sartre était stalinien. À la fin de sa vie, il chantait les louanges de Pol Pot. Althusser a étranglé sa femme... Aussi lamentables que les politiciens : George Bush, Silvio Berlusconi, Nicolas Sarkozy, Tony Blair... ce sont de pauvres insignifiants. Donald Trump... LINDA 63 millions d'Américains ont voté pour lui. PIERRE-PAUL C'est sûr : les imbéciles adorent les crétins. LINDA Donc y'a que des imbéciles partout, c'est ça ? PIERRE-PAUL Non. Non, il y a des gens très intelligents. LINDA Surtout des hommes, j'imagine ? PIERRE-PAUL Non. Autant de femmes que d'hommes. LINDA Ok, puis ils sont où ces gens-là ? PIERRE-PAUL Ils sont isolés. Au bord de la mer, dans les montagnes... Des fois dans des appartements en ville, dans des monastères, dans des laboratoires. Tu liras jamais leur nom dans un journal, tu les verras jamais à la télé. Ils écrivent pas de blog, ils n'ont pas de page Facebook. LINDA Ils travaillent comme livreurs et ils sortent avec des caissières de banque divorcées ? PIERRE-PAUL C'est ça. LINDA Ça fait combien de temps qu'on est ensemble, Pierre-Paul ? Un an et demi ? Pourquoi t'as jamais été capable de me dire que tu m'aimais ? PIERRE-PAUL Parce que je sais pas ce que ça veut dire exactement. Et il faut pas dire n'importe quoi. Ça, c'est Ludwig Wittgenstein. LINDA Je pourrai pas continuer comme ça. PIERRE-PAUL Ah ben... continue pas. LINDA Ce qui compte c'est pas l'intelligence. C'est le coeur. PIERRE-PAUL Ah oui. |
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[1] Je ne mets pas la référence parce qu'une simple recherche le confirmera. Il en va de même pour le reste du texte. L'un des avantages de l'IA, maintenant, c'est que les chercheurs n'ont plus besoin d'indiquer en détail les sources de tout ce qu'ils affirment. Une simple recherche avec les mots clés permet de vérifier immédiatement la crédibilité de toute affirmation factuelle. [2] Film de Denys Arcand, La Chute de l'empire américain, 2018.
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