Texte référence
À partir des 125 définitions mises en ligne sur le site de Geoffrey Dorne [1]
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On ajoute des termes ou des syntagmes de même nature et de même fonction, parfois de même sonorité finale. Elle sert au développement de l’idée principale.
Ex. : …Et là se fait entendre un perpétuel piétinement, caquettement, mugissement, beuglement, bêlement, meuglement, grondement, rognonnement, mâchonnement, broutement des moutons et des porcs et des vaches à la démarche pesante. (Joyce, Ulysse)
Autre ex. : Français, Anglais, Lorrains, que la fureur rassemble. (Voltaire)
Syn. ou analogues : Série, amas, amplification, énumération, athroïsme, synathroïsme, congerie, conglobation (accumulation d’arguments en faveur d’une thèse, de preuves dans un procès).
L’accumulation d’adjectifs est nommée style épithétique (Lausberg). L’épitrochasme est une série de mots courts, monosyllabiques.
Groupe d’initiales abréviatives, plus ou moins lexicalisé. On les prononce comme s’il s’agissait d’un nouveau mot (prononciation intégrée : l’Urs) ou en considérant chaque lettre séparément (prononciation disjointe : l’U-R-S-S). Dans le cas de la prononciation disjointe, il devient possible de transcrire en toutes lettres cette prononciation : l’uèraissesse, téhéseffe (TSF), achélème (HLM).
Exercice consistant à créer des phrases dont les premières lettres forment un mot.
A ma connaissance
Ce procédé n'est pas utilisé dans la pub
Rare, long, compliqué
On l'imagine mal en signature
Sous un logotype
Tout de même
Il serait temps de réhabiliter
Cette figure
Hautement
Estimable
Prenez une hyperbole moyenne et juchez la sur un tabouret. Radieuse, votre hyperbole devient immédiatement un adynaton, c'est-à-dire une exagération extrême :
Avec un nez pareil, il peut fumer sous la douche…
(allêgorein, parler par images).
Image littéraire dont le phore (la lettre) est appliqué au thème (l’esprit), non globalement comme dans la métaphore ou la comparaison figurative, mais élément par élément, ou du moins avec personnification (Dupriez).
Ex. : La rêverie… une jeune femme merveilleuse, imprévisible, tendre, énigmatique, provocante, à qui je ne demande jamais compte de ses fugues (Breton).
Selon Reboul, c’est une description ou un récit de situations familières et concrètes dont on peut tirer, par analogie, un enseignement abstrait, en général religieux, psychologique ou moral; ainsi le proverbe, la fable, la parabole. L’herméneutique du Moyen-âge fait une lecture essentiellement allégorique de la Bible, posant que le texte a un autre sens que son sens littéral, ou mieux, plusieurs. Une allégorie sous forme de proverbe est essentiellement constituée de métaphores et son sens ne peut être que figuré, elle est dépourvue de sens littéral : Pierre qui roule n’amasse pas mousse.
Retours multipliés d’un son identique dans un énoncé ou un mot. Ces retours se font généralement à l’initiale du mot, ou sur plusieurs syllabes du même mot.
Ex. : Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes? (Racine, Andromaque).
Syn : Paragrammatisme, parachrèse. Voir aussi assonance.
L’allitération peut aussi porter sur des voyelles, comme l’assonance :
Salut, encore endormies
A vos sourires jumeaux
Similitudes amies
Qui brillez parmi les mots!
(Valéry)
Texte transcrit en d’autres mots. On a remplacé les mots par des homophones qui semblent conférer à la phrase un sens nouveau.
Ex. : La rue meurt de la mer (la rumeur de la mer); Ile faite en corps noirs (= il fait encore noir) – (Cocteau); Seau d’eau mégots morts (= Sodome et Gomorrhe) – (Prévert).
Syn. : Langage cuit (Desnos).
L’allographe s’obtient par une métanalyse de la chaîne sonore, à l’instar du rébus (allographe pictographique) ou de la charade.
Exprimer plusieurs syntagmes, voire plusieurs assertions, en un seul mot phonétique. Pour transcrire ce phénomène, on a recours à des élisions ou des juxtapositions graphiques.
Ex. : Doukipudonctan? (Queneau, Zazie). Esketakompri?
Très louche, l'amphibologie. S'il existe une ambiguïté due au désordre des mots ou si un texte se laisse décoder avec plus d'un sens, pas de doute, vous la tenez :
Seulement les rédacteurs ou tous les rédacteurs sont-ils des écrivains refoulés?
L'amphigouri est généralement assez mal vu dans les agences de publicité. Il s'agit en effet d'un texte absurde ou galimatias :
Huiléa. L'huile qui n'a pas peur de rester dans sa bouteille.
Ce vocable (usuel chez le capitaine Haddock) désigne une rupture dans la construction d'une phrase. La phrase commencée s'arrête en chemin pour faire place à une autre, sans souci d'une suite rigoureuse de la pensée ou d'une suite grammaticale dans la phrase :
Les vœux, les vœux, ça devient n'importe quoi, je me demande si Gilles n'a pas perdu son écharpe jaune…
Pour les fanatiques de l'anacoluthe, signalons l'anantapodoton, variété dans laquelle un des termes d'une expression alternative manque.
Pour les fanatiques de Tintin, signalons que le capitaine Haddock emploie le mot anacoluthe dans Le crabe aux pinces d'or, On a marché sur la lune, L'affaire Tournesol et Coke en Stock.
En rhétorique, une anadiplose est une figure de style consistant à la reprise d'un même mot en fin de phrase et en début de phrase suivante. L’anadiplose est l’élément constitutif des chansons en laisse.
Ex.: – Il est bête. Bête il restera. – Le néant a produit le vide, le vide a produit le creux, le creux a produit le souffle, le souffle a produit soufflet et le soufflet a produit le soufflé. (Wikipédia)
Mot obtenu par transposition des lettres d’un autre mot, e.g., chien -> niche.
L’anagramme sert avant tout à composer des pseudonymes : Alcofibras Nasier (François Rabelais).
Si l’anagramme inverse l’ordre sans le bouleverser, on obtient un palindrome : régate / étager.
L’anagramme permet des lectures autres, souterraines, "hypogrammatiques". Kristeva, Meschonic voient dans la conception anagrammatique de l’écriture une "voie d’accès à l’inconscient du travail poétique".
Répétition du même mot en tête des phrases ou de membres de phrases.
Semblable à la nature
Semblable au duvet
Semblable à la pensée
Semblable à l’erreur
(Michaux, l’Espace du dedans)
Remotivation du nom propre par métanalyse, étymologie ou traduction.
Ex. : Je te dis que tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église (Évangile selon Mathieu).
Autre ex. : Ah! qu’il est malin le Malin (Valéry, Mon Faust).
Type de diaphore prenant place dans un dialogue, voire une plaidoirie. Il s’agit de reprendre les mots de l’interlocuteur (ou de la partie adverse), en leur donnant une signification autre, dont on pourra tirer avantage.
Ex. : - Et ce roi, ce n’est pas toi qui l’as tué?
- Je te l’accorde
- Tu me l’accordes! Que Dieu t’accorde alors la damnation pour ce forfait! (Shakespeare).
L’antanaclase est généralement donnée pour synonyme de la diaphore : Le coeur a ses raisons que la raison ne connaît pas (Pascal).
Fondée sur l’homophonie, l’antanaclase peut devenir un jeu :
- Ah! Je voudrais la voir
[la Belle Hélène]
- Tu voudrais l’avoir? (Claudel, Protée).
Contradiction entre les idées. Contradiction dans les termes.
Ex. 1 : Même si c’est vrai, c’est faux (Michaux).
Ex. 2 : C’est assez vague pour être clair, n’est-ce pas? (Vian).
Ex. 3 : Sur le coup de cinq heures et demie six heures (Queneau).
L’antilogie s’apparente au sophisme, au paralogisme, elle est un défaut de raisonnement. L’antilogie appartient au paradoxe.
Antonyme : tautologie.
On emploie un mot dans un sens contraire à celui qui lui est naturel. Elle peut prendre prendre la forme d’une menace voilée ou masquer l’ironie.
Exemples : Ne vous gênez pas! Tu peux te douter que je vais bien la recevoir.
L’antiphrase dérive d’une affirmation implicite telle que : "ce que nous voulons dire est si vrai qu’on peut même dire le contraire sans danger d’être mal compris".
L’intonation, le contexte jouent un rôle fondamental pour cette figure. Dans une locution telle que C’est gai! on se rapproche de l’euphémisme. Voir aussi à litote.
Autre déf. : Manière de s’exprimer qui consiste à dire le contraire de ce que l’on pense (Lexis).
Présenter, mais en l’écartant ou en la niant, une idée inverse, en vue de mettre en relief l’idée principale.
Ex. : D’autres préfèrent le monologue intérieur, moi non, j’aime mieux battre (Michaux).
Autre ex. : Le Canada est le paradis de l’homme d’affaires, c’est l’enfer de l’homme de lettres (Fournier).
C’est un mode courant de soulignement : Cela et pas autre chose.
Autre déf. : Mode d’expression consistant à opposer dans le même énoncé deux mots, ou groupe de mots, de sens opposé (Dubois) : Et monté sur le faîte, il aspire à descendre (Corneille).
Pour Reboul, c’est une figure qui fait ressortir une contradiction en la plaçant à l’intérieur d’une répétition : La France a perdu une bataille, mais la France n’a pas perdu la guerre (de Gaulle).
Voir chiasme.
Prendre un nom commun pour un nom propre, ou un nom propre pour un nom commun.
Autre déf. : Synecdoque désignant une espèce par le nom d’un individu, ou désignant un individu pour une espèce (Reboul).
Ex. : César pour les dictateurs, Harpagon pour avare, Cicéron pour orateur, le Corse pour Napoléon, Londres pour le gouvernement anglais, le Quai d’Orsay pour les Affaires étrangères, l’Hexagone pour la France.
Chute du phonème initial ou suppression de la partie initiale (une ou plusieurs syllabes) d’un mot.
Le démonstratif latin illum, illam a donné, par aphérèse, les articles français le et la. Le mot boutique a été probablement obtenu par aphérèse du grec apothéké (magasin). Il peut aussi s’agir d’abréviation à rebours : bus pour autobus.
L’aphérèse peut être considérée comme le contraire de l’apocope.
Voir à métaplasme.
L'aphorisme est une sentence ou un adage concis résumant une pensée, une théorie… Les slogans publicitaires sont donc des aphorismes. À propos de slogan, attention : l'aphorisme est parfois défini comme une banalité énoncée de manière pompeuse.
(apokoptein, retrancher).
Retranchement d’une lettre ou d’une syllabe à la fin d’un mot.
Ex. : Encor pour encore.
L’aphérèse est la suppression d’une syllabe ou d’un son à l’initiale : t’y vois core moins clair que moi – (Joyce).
L’élision est l’apocope d’une voyelle finale devant un mot commençant par une voyelle.
L’apocope intervient souvent dans la langue parlée sur les finales liquides : tab, prop, quat, chasub, c’est pas croyab!
Voir à métaplasme.
Refus argumenté d’argumenter, soit au nom de la supériorité de l’orateur, e.g., je n’ai aucune leçon à recevoir, soit au nom de l’infériorité de l’auditoire, e.g., ce n’est pas à vous de me donner des leçons.
Elle est une sorte de violence verbale (Reboul).
Autre déf. : En rhétorique, l’apodioxie est le rejet véhément et indigné d’un argument jugé absurde de l’adversaire.
L'apodioxie peut rester implicite : dans le slogan Black is beautiful, l'apodioxie est intégrée à la formule; on revendique ce pourquoi on est méprisé, en retournant la doxa, l’opinion commune.
Autres exemples : Le lait est-il un aliment? Une telle discussion dépasserait le cadre de cet article (Jarry). Nous en discuterons en temps et lieu, car il serait trop long d’en deviser à présent.
Voir aussi à prolepse, anticipation des arguments de l’adversaire.
Consiste à utiliser la négation pour décrire quelque chose ou quelqu'un :
Ce n'était pas encore un senior mais déjà plus un rédacteur junior. Son expérience n'était pas énorme mais pas non plus ridicule. Son book, lui, n'était pas très intéressant mais pas franchement nul non plus.
Pensée d'autant plus profonde qu'elle provient d'un personnage célèbre :
Vous avez beau essayer de descendre la pub, la pub montera au firmament (attribué à Jacques Séguéla).
Caractérisation ou identification d’un substantif ou d’un pronom par un substantif, qui le suit.
Ex. 1 : Déjà coulait le sang, prémices du carnage (Racine).
Ex. 2 : Nuit, mon feuillage et ma glèbe (Char).
(gr. apostrophé, se retourner).
Moyen par lequel l’orateur interrompt son discours et feint de s’adresser à un autre que son auditoire réel, cet autre pouvant être un absent, un mort, un principe etc.
Ex. : Ô rage, ô désespoir, ô vieillesse ennemie.
Les marques de l’apostrophe sont souvent situées à l’initiale du texte, de la strophe, de la phrase, soit par le nom du destinataire : Soleil, je te viens voir pour la dernière fois (Racine), soit par une exclamation ou un vocatif : Ô nuit désastreuse (Bossuet).
L’énonciation peut être également marquée par l’emploi d’un pronom, tu, ou vous, désignant le lecteur.
Des variantes de l’apostrophe sont la dédicace, ou l’adresse.
En rhétorique publicitaire, on appelle personnalisation le procédé qui consiste à inclure dans le message le nom du destinataire.
Mot ou tournure de phrase quelque peu vieillotte. N'a pas sa place dans la pub. Exemple (de ce qu'il ne faut pas faire) :
D'aucuns diront que cette lessive n'a pas inventé la poudre. Peu nous chault. Qu'ils s'esbaudissent, ces crapoussins, elle a moult avantages sur ses concurrents.
(lat. assonare, faire écho).
Répétition, à la finale d’un mot ou d’un groupe rythmique, de la voyelle accentuée que l’on avait déjà rencontrée à la finale d’un mot ou d’un groupe rythmique précédent.
Ex. : Sous le ciel grand ouvert la mer ferme ses ailes (Eluard).
La définition la plus générale de l’assonance est celle qui se limite à en faire la marque du vers classique de la poésie régulière, autrement dit la rime, ou homéotéleute.
Des figures de sons proches sont l’allitération et la paronomase.
Sorte d’ellipse par laquelle on retranche les conjonctions simplement copulatives qui doivent unir les parties dans une phrase. C'est une figure obtenue par suppression des termes de liaison (Reboul).
Ex. : La pluie, le vent, le trèfle, les feuilles sont devenus des éléments de ma vie. Des membres réels de mon corps (Hébert).
Pour Reboul, l’asyndète a une fonction expressive, exprimant un effet de surprise : veni, vidi, vici - Je vins, je vis, je vainquis (César), mais aussi une fonction pédagogique, puisqu’elle permet au récepteur de faire opérer les liens manquants. L’asyndète peut retrancher des copules (être), des conjonctions chronologiques (avant, après) ou logiques (mais, car, donc etc).
L’asyndète est largement usée dans le langage publicitaire, le slogan : Les prix sont libres. Vous êtes libres. Ne dites pas oui à n’importe quel prix (slogan d'une campagne du gouvernement français en 1987).
L'auxèse est un enchaînement quasiment ininterrompu d'expressions hyperboliques (louanges exagérées) :
Gilles est le plus sympa, le plus doué, le plus parfait des planneurs stratégiques.
Recherche des idées, des figures et des mots les plus rares, les plus surprenants, les plus curieux.
Ex. : Les critiques n'ont produit aucun ouvrage et ne peuvent faire autre chose que conchier et gâter ceux des autres comme véritables stryges stymphalides. (Gautier)
Analogues : maniérisme, préciosité, marinisme, sécentisme, asianisme, cataglottisme, concetti.
Le contraire de l'asianisme est l'atticisme et, quoique controversé, le cicéronisme.
Antonymes : concision, laconisme.
Les Précieuses du Grand Siècle excellaient à ce genre d'exercice : Ma commune (suivante), allez quérir mon zéphir (éventail) dans mon précieux (cabinet).
Le positivisme classait toutes les figures baroques sous l'étiquette péjorative de procédisme. Le procédisme consiste à s'épargner la peine de la pensée et spécialement de l'observation, pour s'en remettre à une facture ou une formule déterminée. (Annales médico-psychologiques, citées par Breton, Manifeste du Surréalisme)
Faute de vocabulaire, emploi de mots ou de formes qui ne font pas partie de la langue (par opposition à solécisme).
Les barbarismes sont des altérations, ils sont obtenus par composition, dérivation ou forgés de toutes pièces, mais ils sont toujours le fruit de l’ignorance ou de certaines confusions.
Ex. : Ils avont passé par cheu nous, puis ils nous avont toute recensés… (Maillet).
L’erreur peut venir d’un emprunt à une langue étrangère, il s’agit alors d’un pérégrinisme.
Répétition sans nécessité dans un texte. (Reverso)
(brakhus, court).
Vice d’élocution qui consiste dans une brièveté excessive et poussée assez loin pour rendre le style obscur (Dupriez).
Emploi d’une expression elliptique : Les mains cessent de prendre, les bras d’agir, les jambes de marcher (La Fontaine, cit. Lexis).
En langue, il s’agit de l’emploi d’une expression plus courte qu’une autre, de même sens : Je pense venir, au lieu de je pense que je viendrai (cit. Lexis).
Analogue : Contraction. Voir aussi anacoluthe et zeugme.
La brachylogie n’est pas toujours un défaut : la pause-café, i.e., le moment où l’on prend un café. Elle organise les dialogues, afin d’éviter la répétition des verbes déclaratifs, qui sont peu nombreux : Monsieur, m’aborda-t-il, (dit-il en m’abordant). Hein? sursauta-t-elle (dit-elle en sursautant).
Non, il ne s'agit pas d'un instrument de musique mais simplement d'une transcription graphique de droite à gauche :
! xueov sruelliem (meilleurs voeux!)
(kakos, mauvais).
Expression défectueuse qui, sans constituer une incorrection grammaticale, fait violence à l’usage, à la logique.
Autre déf. : Terme générique couvrant les fautes autres que le barbarisme ou le solécisme.
Exemples : Tout au cours, pour au long, ou au cours. Remplir un but, collision entre atteindre un but et remplir une mission. Il est grièvement malade.
Lexis donne cet exemple : Il est sorti avec sa canne et ses enfants (il s’agirait peut-être d’une anacoluthe ou d’un zeugme dans ce cas).
Le calembour adore la pub. Jeu de mots fondé sur des homonymes, il repose sur la différence de sens entre des mots ou groupes de mots qui se prononcent (ou presque) de la même manière.
Il s'applique souvent à des expressions connues, pour en détourner le sens :
Vous n'auriez pas dû les priver de Teisserre!
Ce mot, inventé en 1918 par Guillaume Apollinaire, désignait des "idéogrammes lyriques". Le poète disposait le texte de façon à dessiner approximativement l'objet dont il est question dans le poème, comme on le faisait auparavant avec les vers rhopaliques et les vers figurés.
(katakhrêsis, abus).
La langue paraissant parfois ne pas offrir de terme propre, on a recours à une dénomination tropologique, qui parfois se lexicalise.
Ex. : L’asphalte derechef déroulait à gauche ses faufilures blanches (Bessette).
Autres ex. : Laine de verre, salade de fruits.
Autre déf. : Métaphore qui consiste à employer un mot au-delà de son sens strict : les pieds d’une table (Lexis).
La catachrèse est synecdochique : Casque pour "lunettes de plongée sous-marine; métonymique ou métaphorique : Langue source ou langue cible.
Autres ex. : Les grandes artères d’une ville, la théorie des dominos (Dulles supposait que si le Vietnam devenait communiste, toutes les autres nations de la région suivraient).
Reboul définit ainsi la catachrèse : trope rendu nécessaire par l’absence de tout terme propre : les ailes de l’avion (par métaphore), le collège (par métonymie).
La catachrèse se rencontre souvent dans le langage technologique contemporain. Ainsi surfer, naviguer, ont été relexicalisés pour s'adapter au vocabulaire de l’Internet.
Placer en ordre inverse les segments de deux groupes de mots syntaxiquement identiques.
Ex. Je jouais avec Juliette et avec lui; avec Alissa, je causais (Gide).
Le chiasme est proche de l'antithèse : Univers nouveau, O nouvelle solitude (Lapointe).
Lexis : Procédé qui consiste à placer les éléments de deux groupes formant une antithèse dans l'ordre inverse de celui que laisse attendre la symétrie : Un roi chantait en bas, en haut mourait un dieu (Hugo)
Selon Reboul, c'est une antithèse dont on pose les termes en miroir : il faut manger pour vivre et non vivre pour manger. Le chiasme est une opposition fondée non pas sur la répétition, comme l'antithèse, mais sur l'inversion : Celui qui s'élève sera abaissé, celui qui s'abaisse sera élevé (Luc, XVIII, 14). Ce n'est pas la conscience qui détermine la vie, c'est la vie qui détermine la conscience (Marx).
(kloasma [?] teinte jaunâtre).
Ironie tournée vers soi. Moquerie, persiflage, sarcasme dont on fait soi-même les frais, mais en attendant de l’interlocuteur un geste de protestation.
Ex. : Suis-je bête!
Autre déf. : S’adresser à soi-même des reproches qu’on veut faire retomber sur les autres; c’est un faux plaidoyer en forme de confession (Dubois) : Oui, je suis coupable de naïveté, pour avoir cru ce qu’on me disait.
Le chleuasme relève de la simulation. L’hyperchleuasme peut être une forme qui dit la vérité, tout en pariant secrètement que son énormité la fera tenir pour humoristique : Je suis Méphisto, annonce tranquillement Méphisto, et tous de pouffer, incrédules, tandis que lui, sous cape, d’encore plus pouffer.
Pour Reboul, c’est une figure d’argument par laquelle l’orateur feint de se déprécier pour mieux se faire apprécier : Et moi qui n’y connais rien… Je suis peut-être un imbécile mais… Cette figure marque le triomphe du bon sens sur les spécialistes, les doctes et les savants, du vécu sur le livresque.
Embarras qu’on éprouve à discuter d’une chose.
Alors que la périphrase se rapporte à un seul mot (e.g., le plancher des vaches pour la terre), la circonlocution concerne plutôt une idée.
La circonlocution est à la phrase ce que la périphrase est au mot : elle étoffe (ainsi une simple phrase peut devenir alinéa) mais n’exprime qu’indirectement son objet.
Idée ou expression trop souvent utilisée, banalité, lieu commun : cheveux d’or, lèvres vermeilles.
Analogues : Stéréotype, syntagme figé (non péj.).
La banalité de l’idée est plus souvent appelée lieu commun, ou topique. Dans certains cas, il s’agit plus justement d’un poncif, c’est-à-dire un thème littéraire ou artistique, mode d’expression qui, par l’effet de l’imitation, a perdu toute originalité (Robert).
Il cesse d’être un défaut de style s’il est employé avec une intention ironique, parodique, ou pour connoter une absence de sincérité.
On rapproche deux entités quelconques du même ordre, au regard d’une même action, d’une même qualité etc. Développée, la comparaison est un parallèle; limitée à un rôle expressif, c’est la comparaison figurative.
Dupriez distingue la comparaison simple (cs) de la comparaison figurative (cf). La première introduit un actant grammatical supplémentaire (substantif), alors que la seconde introduit un qualifiant supplémentaire (adjectif, adverbe). Seule, la comparaison figurative est une image littéraire.
Ex. : Il est malin comme un singe (cs = le singe est malin) et : Il est malin comme son père (cf = son père est malin et a également d’autres qualités).
Dans cet exemple tiré de Boris Vian, les deux formes de comparaisons sont apposées : Un morceau de pain frais comme l’oeil (cf) et comme l’oeil, frangé de longs cils (cs).
Dupriez définit la comparaison figurative comme une comparaison dans laquelle le choix du comparant (phore) est soumis à la notion, exprimée ou sous-entendue, que l’on veut développer à propos du comparé (thème).
Ex. : La parole est comme une rivière qui porte la vérité d’une âme vers l’autre, le silence est comme un lac qui la reflète et dans lequel tous les regards viennent se croiser (Lavelle).
La comparaison est une image dans laquelle thème et phore sont exprimés (ce dernier par un syntagme) et syntaxiquement reliés par une marque de l’analogie : comme, tel, même, pareil, semblable, ainsi que, mieux que, plus que, sembler, ressembler, simuler, être; ou encore une apposition ou un appariement. L’appariement consiste à remplacer la conjonction comme par un mot lexical : La terre et moi faisons la paire (Audiberti).
Dupriez ajoute que si le thème et le phore remplissent des fonctions comme celles de complément du nom / nom ou sujet / verbe, plus rien ne les oppose sur le plan syntaxique et on a une métaphore.
(krasis, contraction).
Contraction de deux syllabes en une seule : C’est pour Mame Foucolle (Queneau).
Synonyme : Contraction. Antonymes : Diphtongaison, diérèse.
Littré appelle synalèphe l’ensemble des phénomènes réduisant deux syllabes en une seule : synérèse, contraction, élision, crase. Voir à métaplasme.
DIAPHORE
(dia, séparation, distinction et phorein, porter).
On répète un mot déjà employé en lui donnant une autre nuance de signification.
Ex. 1 : Le coeur a ses raisons que la raison ne connaît pas (Pascal).
Autre nom : Antanaclase.
Ex. 2 : Il est notoire que les sujets sérieux exigent d’être jugés par des sujets sérieux (Vian).
Ex. 3 : Le roi est mort. Vive le roi! (i.e., le nouveau roi).
La plupart des tautologies sont factices parce qu’il y a diaphore.
(diairesis, division).
Traitement bisyllabique d’une séquence qui comporte deux éléments vocaliques (généralement une semi-consonne [glide] et une voyelle) formant habituellement une seule syllabe. Ainsi, le mot nuage (monosyllabique) est réalisé en nu-age.
Procédé largement utilisé en poésie métrée pour obtenir le nombre de pieds convenu : Les sanglots longs (4) / Des violons (4) (Verlaine).
La synérèse est le phénomène inverse à la diérèse. Voir à métaplasme.
Répétition de la dernière syllabe d'un mot, en écho.
Ex. : - Comment vous appelez-vous?
- Vous. (Breton)
Syn. Rime couronnée
En psychiatrie, l'écholalie est définie comme le fait de répéter machinalement les paroles entendues, comme chez les enfants, et chez les sujets déments ou confus (Lexis).
(elleipsis, manque, ellepein, laisser de côté)
Un ou plusieurs éléments syntaxiques ou sémantiques ne sont pas exprimés dans la phrase, mais le sens de l’énoncé n'est pas affecté.
Ex. : J’ai bien entendu et elle aussi.
L'ellipse est un terme générique pour de nombreuses figures de la soustraction, aussi bien au niveau du mot, de la syntaxe, que du sens : l’asyndète, la brachylogie, la parataxe, le zeugme, l’anacoluthe, l’apposition, l’euphémisme etc.
A un niveau plus général, on parle aussi de récit elliptique, au sujet d'une production dont les moyens narratifs sont minimums.
L'ellipse est souvent constitutive de nombreuses figures, dont l’énallage et l’euphémisme, mais aussi la synecdoque, la métonymie et la métaphore ; ces figures perdraient en fait leur caractère si leurs lexèmes ou syntaxe étaient développés.
Comme toute figure d’atténuation, l’ellipse peut par ailleurs avoir un rôle de soulignement.
(enallagé, substitution)
Echange d'un temps, d'un nom ou d'une personne contre un autre temps, un autre nombre ou une autre personne.
Ex. 1 : Je mourais ce matin digne d'être pleurée
J'ai suivi tes conseils,
Je meurs déshonorée
(Racine, Phèdre) - changement du temps du verbe.
Ex. 2 : Vous ne répondez point? …perfide! je le voi,
Tu comptes les moments que tu perds avec moi.
(Racine, Andromaque) - changement de personne.
Ex. 3 : (Néron à Narcisse) … Néron est amoureux
(Racine, Britannicus) - changement de pronom/nom.
Reboul définit une énallage comme une figure de sens qui consiste à remplacer une forme grammaticale par une autre, inhabituelle : acheter français. Il s'agit d'un déplacement inhabituel : votez utile! (adjectif à adverbe), on les aura! (= nous les aurons, d'une personne à une autre), les lendemains qui chantent (= qui chanteront, d'un temps à un autre).
Lexis : procédé qui consiste à utiliser à la place de la forme grammaticale attendue une autre forme qui en prend exceptionnellement la valeur : il chante terrible.
Insertion dans un syntagme d'un autre syntagme ou d'une phrase :
Je vous disais justement tiens, j'ai oublié mon portable! que j'ai un rendez-vous urgent...
Contrairement au syllogisme qui en comprend trois, l'enthymène est une proposition composée de deux parties : l'antécédent et le conséquent :
J'ai été viré, donc je me mets en free-lance.
Lorsque, de deux propositions corrélatives, l'une commence et l'autre finit par le même mot.
Ex. 1 : La mère est enfin prête; très élégante la mère (Queneau)
Autres noms, épanastrophe, épanalepse.
Ex. 2 : L'enfance sait ce qu'elle veut, elle veut sortir de l'enfance (Cocteau)
Ex. 3 : L'homme peut guérir de tout sauf de l'homme (Bernanos)
(epanalépsis, répétition).
Répéter un ou plusieurs mots, ou même un membre de phrase entier.
Ex. : L’ombre d’elle-même! l’ombre d’elle-même! la malheureuse a vieilli de cent ans! de cent ans! (Colette).
Autre exemple, les sept répliques identiques de Géronte dans les Fourberies de Scapin (Molière) : Mais que diable allait-il faire dans cette galère!
Selon Reboul, l’épanalepse appartient aux figures de la répétition et du pathos :
Ex. : Hélas! Hélas! Hélas! (de Gaulle).
Autre ex. : Car la France n’est pas seule, elle n’est pas seule, elle n’est pas seule (de Gaulle, 18 juin 1940).
Autre déf. : Reprise d’un nom par un pronom dans la même proposition (Lexis) : Pierre, je l’ai rencontré hier. On semble proche alors de la dislocation.
Autre déf. : Répétition d’un ou de plusieurs mots après une interruption d’un ou plusieurs mots (Dubois) : Ô flots que vous savez de lugubres histoires! Flots profonds redouté des mères à genoux (Hugo).
L’épanalepse ne doit pas être confondue avec l’antanaclase, figure de répétition d’un mot avec des sens différents. L’épanalepse diffère de la réduplication en ce sens que dans la première, les syntagmes sont isolables, ce qui n’est pas le cas dans la seconde. Dans l’anadiplose, la répétition a une fonction de coordination et apparaît en début de phrase.
Revenir sur ce qu’on dit, ou pour le renforcer, ou pour l’adoucir, ou même pour le rétracter tout à fait (Fontanier).
Autre déf. : Consiste à rectifier ce qu’on vient de dire (Reboul) : …ou plutôt.