EXISTENTIALISME 

Merleau-Ponty

19081961

Philosophe français

 Existentialisme perceptuel

 Phénoménologie du langage

* CHAIR DU MONDE *

Il y a un lien indissoluble entre la conscience et le corps ; la conscience est perception. L'Homme est « chair du monde ». Être, c'est percevoir.

Le corps humain a une taille, une masse, une sensibilité propre à sa constitution telle que décrite par la science : ouïe (± 20-20 000 Hz), vision (spectre de l'oeil : ± 380-780nm), masse (± 3.5-200kg), etc. Mais vivre, ce n'est pas exister en tant que la somme de ces attributs objectifs ; ce n'est pas non plus habiter le corps à partir d'une sensation subjective individuelle. Il n'y a pas de division entre corps, esprit et environnement ; le corps, l'esprit et le monde sont indissociables.

On ne peut considérer la conscience comme conscience de quelque chose, c'est-à-dire comme si elle consistait en une représentation objective du phénomène noème-noèse (Husserl). La conscience est avant tout perceptive — y compris la conscience de soi — c'est-à-dire qu'elle se produit comme par magie à partir du corps de tout être vivant du seul fait de la sensibilité. L'humain est un être encastré dans ses perceptions vitales. Aussitôt que la perception apparaît, elle boucle sur elle-même et sur les objets présents — elle devient ainsi le monde lui-même, elle coexiste indissociablement.

Le monde est constitué d'objets (cerf-volant) reconnaissables par leur forme visible (enveloppe) et leur structure invisible (squelette). L'observateur — qui est lui-même un objet du monde — est en même temps ce qui perçoit et une partie de ce qui est perçu ; et ce n'est qu'à ce titre que l'on peut dire qu'il existe : son corps est la chair du monde : (matière + vie + psyché(société)). Le corps perçoit les phénomènes dans la mesure où les objets présentés à la conscience (objets perçus) prennent un sens (jeu). De la perspective individuelle — toujours partielle — le corps reconstitue les objets à partir de la signification qu'il leur donne (cerf-volant => jeu => plaisir). Son existence est essentiellement perceptuelle ; il ne peut jamais s'exclure de sa propre perception ; il appartient au monde.

Le corps n'est ni matière ni vie ni psyché, mais les trois à la fois. Pendant que le savant théorise objectivement sur le monde, il oublie sa propre sujétion à ce monde dont il fait partie, et qui l'influence bien plus qu'il voudrait nous faire croire.

Il est impossible que je connaisse votre expérience personnelle du monde. Ce que vous ressentez du rouge n'est connu que de vous seul. Personne ne peut savoir véritablement ce qu'un autre individu perçoit intérieurement. Si le concept d'arbre est « public », il n'en demeure pas moins une sensation « privée » en raison du fait que la perspective et l'appareillage sensoriel dont chacun dispose — le corps — est unique.

L'être se constitue à partir de ses perceptions ; plus encore, rien ne distingue l'être de ses perceptions et du monde ; il est tout entier l'un et l'autre. L'expérience de notre propre corps contient une indépassable ambiguïté parce qu'il n'est ni une chose ni une pensée, mais les deux à la fois, indissociablement. Dès que la perception sensible apparaît, le monde entier se constitue tel que la perception le présente. Être, c'est percevoir.

L'homme connaît la position de chacun de ses membres en se les représentant dans l'espace par un schéma corporel. Il ne se tient pas face au monde, mais il constitue la « chair du monde » dans laquelle s'amalgament les structures, les formes, le sens, et le devenir perceptible de toutes choses. La science n'est pas le monde, elle n'en produit qu'une explication.

Un objet est donné sur le fond de ce qui n'est pas vu de lui (on ne peut voir un objet dans toutes les perspectives à la fois). Une phrase n'est compréhensible que sur le fond de ce qui est déjà dit et de ce qu'elle tait.

Puisque le monde est essentiellement constitué de perceptions, il n'y a ni transcendance ni immanence. La dichotomie matière/esprit est radicalement impensable puisque l'un ne va pas sans l'autre. L'existence découle directement du primat de la perception, et non d'une ontologie conceptuelle puisque celle-ci serait impossible sans l'ensemble des perceptions qui supportent les déductions qu'elle comporte.

Sources

Philo5
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