STRUCTURALISME 

Saussure (Ferdinand de)

18571913

Linguiste suisse

Père du structuralisme

Linguistique

* LANGAGE *

Le langage permet de communiquer avec des signes. Le signe est produit par l'association d'objets perçus par les sens. Cette association engendre les symboles linguistiques : les signifiants (mots, parole). L'association est l'opération psychique qui transforme les objets (image / son / mot / geste) en concepts.

Le langage

Le langage est issu de l'entraînement qui consiste à créer des concepts distincts à partir de signes associatifs. L'association de perceptions sensorielles — par exemple, un son et la vue d'un arbre — produit le signe qui constitue le signifiant. Le son acquiert alors une valeur signifiée par le concept qui apparaît dans la pensée. Le langage est le processus de reconstitution spontanée de cette association chaque fois qu'un seul des deux termes est présenté : la vision de l'arbre seul incite à prononcer le son « aRbR », et, inversement, le son entendu suscitera spontanément l'imagination d'un arbre. Le langage nous maintient dans un processus permanent de conceptualisation.

Signifiant

Signifié

ARBRE (le mot)

(imaginé /
   conceptualisé)

ce qui est dit

ce que l'on pense que ça désigne

Image / Parole / Mot / Geste

Concept

forme exprimée

signification perçue

(l'icône)

Justice (le concept)

BALANCE (le mot)

(la constellation)

Signe

Interprétation

De la tache au signe

Toute lettre, mot, image ou son est d'abord perçu comme une tache, une forme indistincte, un amas de couleurs ou un grésillement indéfini. Un caractère n'est jamais qu'une tache d'encre, un gribouillage insignifiant, jusqu'à ce qu'un esprit entraîné reconnaisse la forme d'une lettre. Lorsqu'une tache d'encre est interprétée comme un signe, c'est que l'esprit lui associe un symbole. La tache est une perception sensorielle à la portée de tout animal ; c'est la culture qui lui attribue une signification particulière.

« Il n'y a pas un seul terme employé en linguistique auquel j'accorde un sens quelconque. »[1]

Quand on parle, on associe deux perceptions, par exemple, la vue d'un arbre réel et le son « aRbR ». Cette association est un signe lorsqu'elle est interprétée comme un mot signifiant. Celui-ci permet alors de communiquer le concept signifié présent dans notre pensée.

Le Signe : de la matière à l'esprit

Le dessin de l'arbre est un signifiant, peu importe la langue. Mais le son « aRbR » est un signifiant français de même que le mot formé des lettres « a.r.b.r.e ». Le signifiant est une représentation sensible — matériellement perceptible (image / son / mot / geste) — figurant un objet réel ou imaginaire qui prend valeur de symbole. L'exercice psychique qui consiste à associer l'arbre réel au son « aRbR » produit une imagination d'arbre dans le cerveau humain entraîné. De cette association surgit le signifié, c'est-à-dire le concept d'arbre qui nous vient à l'esprit.

L'arbre imaginé est le signifié. Le signifiant n'a rien de commun avec la chose réelle. En soi, aucune évidence ne suggère l'association du son à l'arbre ; elle est purement arbitraire. D'où la multiplicité des langues qui emploient toutes des sons différents pour désigner un arbre.

Langue, langage et parole

La langue (français, anglais, chinois, etc.) est un ensemble de signes (vocaux ou visuels) utilisés par une communauté. Elle se distingue du langage qui comprend tout système de signes socialement codifiés. La parole, quant à elle, est propre au locuteur qui utilise une langue donnée.

Tout signe est défini par rapport aux autres, par pure différence ou par analogie (négativement ; ce qu'il n'est pas ou ce à quoi il ressemble) et non par ses caractéristiques propres (positives ; ce qu'il est)[2]. Par lui-même, il ne veut rien dire. Ceci constitue le fondement de la  structure de la langue.

Signifiant - Signifié

Le langage découpe simultanément un signifiant dans la masse informe des sons et un signifié (un concept) dans la masse informe des perceptions. La langue sert à organiser l'ensemble des relations entre le signifiant (la forme sonore) et le signifié (le concept ; le symbole). Le rapport entre signifiant et signifié est arbitraire ; c'est ce qui distingue le signe du symbole. Le signe (image / son / mot / geste) est réel, fixe ; la signification varie selon l'interprétation.

Par exemple, le mot « balance » est un signe (un signifiant) qui peut symboliser une constellation zodiacale (un signifié), mais l'image d'une balance (le signifiant pictural) peut aussi symboliser (signifier) la justice. De plus, la constellation, selon le contexte, sera d'ordre astronomique ou astrologique .

Conventions et contexte

C'est uniquement l'association psychique du sujet qui détermine la relation du signifiant au signifié. Le langage offre des possibilités associatives complexes et illimitées, mais la langue établit les conventions d'usage qui permettent d'établir une communication efficace.

C'est le contexte qui détermine ce que le signe symbolise, ce qu'il veut dire. La langue est un système de signes en relation les uns avec les autres, qui n'existe de façon complète qu'au sein de la communauté des interlocuteurs (vox populi...). Elle a aussi une dimension historique : elle change avec le temps.

Dimension historique et géographique de la langue

Le rapport entre signifiant et signifié est arbitraire. Il est paradoxalement immuable, mais aussi, plus ou moins flexible. La langue est toujours transmise par l'apprentissage. Lorsque nous parlons, ce sont nos ancêtres qui s'expriment à travers nos paroles. D'où son immutabilité. Pourtant, elle se transforme avec le temps, elle est vivante, soumise à l'évolution historique et géographique. C'est pourquoi, par exemple, le français se parle avec de si nombreux accents et expressions selon la région et l'époque.

La valeur linguistique

Lorsque l'on reconnaît les sons comme des mots, c'est qu'on leur attribue une valeur comme on le fait pour l'argent. En soi, les sons n'ont pas plus de signification que le métal brut n'a de valeur. La convention sociale reconnaissant le son « aRbR » comme signifiant quelque chose, est la valeur qui lui est attribuée.

La langue entière n'est qu'un système de valeurs pures attribuées aux mots. Si la pensée n'accédait pas à la valeur linguistique allouée aux signes, elle ne serait qu'une masse amorphe et indistincte ; nous serions incapables de distinguer deux idées de façon nette et constante. En elle-même, la pensée est une nébuleuse sans contour précis préétabli jusqu'à l'apparition du langage.

On peut traduire les mots, tout comme on peut convertir la monnaie. Et comme le cours change d'une devise à l'autre, un mot n'a plus tout à fait le même sens dans une autre langue. Il existe même des mots qui ne sont pas traduisibles puisque certaines langues ignorent parfois le sens d'un terme courant dans une autre langue. Par exemple, les langues inuites comptent de nombreux mots pour dire la neige ; le français en nécessite plusieurs pour décrire ce qu'un seul mot innu désigne.

Sources

[1] F. de Saussure. Lettre à Meillet, 4 janvier 1894.

[2] Voir le concept de théologie négative avec Scot Érigène.

Philo5
                À quelle source choisissez-vous d'alimenter votre esprit ?