Voltaire invente l'opinion publique

 Cogitations 

 

François Brooks

2023-01-08

Essais personnels

 

Voltaire invente l'opinion publique

SOMMAIRE

Du moine copiste au journaliste contemporain

Voltaire invente l'opinion publique

Procès de l'immoralité divine

Redéfinition du concept de divinité

Du moine copiste au journaliste contemporain

Si Dieu n'existait pas,
il faudrait l'inventer

Voltaire, Lettre en réaction au
Traité des Trois Imposteurs, 1774.

Voltaire appartient au siècle des Lumières. Qu'est-ce que les Lumières ? est le titre d'un texte de Kant qui déclare que c'est une époque où l'humain sort de l'enfance pour assumer pleinement la responsabilité de penser par soi-même ; c'est-à-dire donner priorité à l'usage de la raison dans ses agissements, et non à l'obéissance aveugle dogmatique.

Le Siècle les Lumières (le 18e siècle) est surtout la conséquence d'un progrès technologique fabuleux : l'invention de l'imprimerie. Avant le 15e siècle, on utilisait des moines copistes qu'il fallait d'abord éduquer aux usages chrétiens et à la vie communautaire. Ils étaient formés aux techniques calligraphiques exclusivement manuelles. Tous les livres s'écrivaient en latin, la langue savante. Le lettré talentueux s'installait sur la table à copier chaque jour de très longues heures. La fabrication d'un seul exemplaire de la Bible nécessitait un an de travail. Seule une institution aussi puissante que l'Église avait les moyens d'entretenir des ouvriers aussi peu productifs. La transmission du savoir était une entreprise lente et coûteuse. Ses agents étaient soigneusement choisis, et l'instruction ne rejoignait qu'une très mince couche de la société.

Les siècles qui ont suivi Gutemberg (~1400-1468) ont vu les livres se reproduire avec une facilité prodigieuse à un coût minime. Cette révolution technologique a privé l'Église du monopole de la diffusion des idées. Voltaire disposait d'une presse à domicile. Il pouvait écrire et imprimer ses pamphlets rapidement. L'imprimerie a fait naître l'éditorialiste. Aujourd'hui, notre philosophe serait blogueur. Bref, il fut le plus remarquable pionnier du journalisme d'opinion. Non qu'elles n'existassent point avant ; mais pour qu'elles produisent et pénètrent l'intelligentsia, il fallait d'abord le moyen de les diffuser à grande échelle.

La diffusion des idées va aussi de pair avec l'élaboration de la langue qui les diffuse. Avant Voltaire, depuis l'Antiquité, on écrivait en latin. Le français était une langue vulgaire qui commençait à percer chez quelques élites du temps de Montaigne. Descartes délaissa le latin pour écrire en français. Nous n'en avons pas conscience, puisque nous sommes nés dans la culture francophone ; on pense aujourd'hui en français comme le poisson vit dans l'eau ; mais il a fallu le constituer : établir l'orthographe, la grammaire, la ponctuation, la typographie. Des Essais de Montaigne aux romans de Voltaire, les livres évoluent. Et, de Voltaire à aujourd'hui, on constate une constante transformation de l'écriture.

Depuis l'invention d'Internet, la diffusion des idées envahit la planète uniformément. Le moine du Moyen-Âge faisait la même chose dans son atelier de copiste que le journaliste aujourd'hui dans la salle de rédaction. Rien n'a changé ; on fabrique les idées comme des objets manufacturés ; nous ne sommes jamais sortis de la pensée religieuse, c'est-à-dire du principe qui cherche à établir la concorde et le consensus. Religion et politique sont traditionnellement la même chose. De nos jours, Voltaire n'aurait pas beaucoup d'influence. On neutraliserait ses lumières en le traitant de complotiste, comme on traitait jadis ceux que l'on voulait discréditer d'hérétiques. On l'accusait d'athéisme alors qu'il était déiste.

Notre philosophe serait certainement étonné de constater que le succès de son double projet de tolérance et de liberté d'expression, a engendré une censure aujourd'hui beaucoup plus puissante qui cible moins les individus, mais reste attentive à l'émergence de mèmes potentiellement féconds. Chacun ressent la liberté de tout dire, mais le pouvoir d'influence massive n'appartient qu'à quelques conglomérats d'information concertés qui orchestrent la pensée des individus en répétant en boucle l'idéologie dominante, et en ne tolérant les articles qui déplaisent que pour mieux discréditer les dissidences. On dénonce la Chine et la Russie, mais l'Occident fait pareil ; aucun régime n'échappe à la propagande ; c'est le ciment de la culture, analogue aux prières religieuses récitées inlassablement qui génèrent le doux sentiment d'appartenance répondant au grégarisme naturel de l'humain.

Voltaire invente l'opinion publique

Voltaire est l'inventeur du journalisme d'opinion ; il est à l'origine de ce que l'on entend aujourd'hui par l'opinion publique en tant que pouvoir des masses sur les politiques. Sa pensée précède immédiatement la Révolution française. Nous vivons aujourd'hui pour ainsi dire sous le régime philosophique voltairien.

L'opinion du citoyen lambda a très peu d'influence ; elle se range généralement sur celles des éditorialistes influents comme le musicien suit le chef d'orchestre. Le journaliste accompli réunit sous son chapeau plusieurs talents. D'abord, il maîtrise les codes de la communication de masse : c'est un littéraire accompli. Expert en rhétorique, il connaît le poids des mots comme personne. Il dispose également d'un réseau social influent dont la crédibilité est établie en fonction de précieuses alliances. Il a enfin accès à de puissants moyens techniques de communication de masse : journaux, radio, télévision, cinéma, Internet.

Votre opinion est beaucoup plus libre que la sienne, mais il appartient à un réseau d'influence important, analogue au pouvoir de la noblesse traditionnelle et à celui de la religion d'État. Le prestige et la crédibilité de l'organe de presse pour lequel il travaille lui ouvrent votre attention.

Le journaliste est un idéologue qui prend les guides du débat sous les apparences de la neutralité du ton interrogatif. Comme Voltaire, il se présente toujours comme défenseur du citoyen et de la morale. Convivial et parfois familier, il impose l'autorité en ne se départissant jamais de la dignité qui le caractérise. Souverain comme le monarque, il choisit le sujet et le cadre de la discussion ; il établit les règles, minute le temps de parole qu'il distribue aux invités, et il se réserve toujours le mot de la fin. Bref, il est le prêtre moderne qui orchestre la chorale qui génère l'opinion dont il se sert pour renforcer le pouvoir de l'idéologie qu'il pratique. Il semble agir librement, mais il est toujours salarié ; c'est-à-dire tributaire de la doctrine de celui qui le nourrit, et dont il s'interdit évidemment de mordre la main.

Avec les Encyclopédistes, Voltaire a révélé le pouvoir de la rationalité qu'ils attribuèrent au peuple en s'autoproclamant chefs d'orchestre de la raison au nom du mouvement des Lumières. Leur génie est d'avoir contribué à instituer un pouvoir supplémentaire à ceux de l'Église et de la monarchie en montrant la supériorité de leurs arguments sur l'autorité en place. Le pouvoir du journalisme est né du principe que l'autorité suprême a besoin d'une courroie de transmission efficace avec le peuple. Dans une époque où la science progresse de manière spectaculaire, le mysticisme clérical ne suffisait plus.

S'imposant comme le nouveau pouvoir — le 4e pouvoir — à travers ses talents rhétoriques, le journaliste impose l'autorité au nom de la raison. Il domine en mettant en avant le penser par soi-même qu'il attribue au peuple qui, de toute façon, agit toujours sous influence. L'éditorialiste invente sans cesse des rationalisations plaisantes qui forcent l'adhésion. Il légitime ses prétentions au nom de la liberté, invitant quiconque à le contrarier, comme le pugiliste costaud et sûr de lui provoque le combat. En fait, il n'est rien d'autre qu'un bagarreur intellectuel muni d'un puissant appareil d'influence. Il propage ce que Deleuze définissait comme l'information en tant que mots d'ordres auxquels les citoyens doivent se conformer. Son pouvoir semble plus puissant que celui de l'argent et de la tradition puisqu'il sait comment établir les alliances en montrant les avantages de ses redoutables arguments.

On présente toujours Voltaire comme le champion de la liberté d'expression — droit inaliénable de tout citoyen. Mais l'attrayant principe de la liberté d'opinion s'aveugle sur le fait que les citoyens ne jouissent pas tous également du pouvoir d'influencer, et que leur rayonnement se limite généralement à la sphère privée. Les dirigeants ne s'adressent jamais directement au public sans passer par l'appareil journalistique qui, par conséquent, s'impose comme le pouvoir le plus puissant.

La nouveauté chez Voltaire consiste à concéder la liberté aux philosophes — penseurs patentés de l'époque — d'exprimer leurs opinions publiquement et d'exercer le pouvoir d'influencer par un autre moyen que la fortune, le rang ou l'institution ecclésiastique auxquels ils appartiennent. Mais comment ébranler un pouvoir séculaire impitoyable ? Comment supplanter le pouvoir absolu de Dieu dont se réclamaient l'Église et le roi ? Un événement inattendu se produisit.

Procès de l'immoralité divine [1]

Du temps de Voltaire, tout le monde croyait en Dieu, mais pas comme aujourd'hui. La foi chrétienne était alors un dogme monobloc qui établissait le corpus de tout ce en quoi le fidèle devait croire, et comment il devait y croire. Nous jouissons maintenant d'une grande souplesse religieuse : chacun fait sa croyance à la carte ; mais à l'époque, l'Église avait établi une forme de foi universelle — catholique — aucune dérogation n'était permise. La moindre divergence entraînait la suspicion d'athéisme. La définition de Dieu en tant que Créateur tout-puissant et Père céleste infiniment bon fondait la foi chrétienne, mais, le 1er novembre 1755, un terrible événement allait tout changer : le tremblement de terre de Lisbonne.

Si la pensée de Voltaire est aussi puissante, et aussi remarquable, c'est qu'il est un moraliste astucieux et audacieux qui s'est permis de questionner la définition de Dieu en tant que Père infiniment bon au nom de la raison. Son Poème sur le désastre de Lisbonne laisse pantois. Les questions du philosophe jettent la honte sur Dieu lui-même. Quelle audace ! Après le cataclysme, personne ne peut plus reconnaître le Créateur tel que défini par l'Église.

Le philosophe s'attaque indirectement à Dieu à travers une critique imparable du concept de Leibniz établissant la perfection du monde. En 1759, il développe sa critique dans l'innocent conte satyrique Candide ou l'Optimisme. Non, tout n'est pas parfait dans le meilleur des mondes possibles ! L'idée le révolte. Évidemment, au lendemain de l'hécatombe, les opinions cléricales faisaient tout leur possible pour disculper Dieu ; mais comment une telle horreur pouvait-elle se justifier par une entourloupette rhétorique du genre « c'est la volonté de Dieu » ? Jugez vous-mêmes.

Poème sur le désastre de Lisbonne [2]

« Direz-vous : « C'est l'effet des éternelles lois
Qui d'un Dieu libre et bon nécessitent le choix ? »
Direz-vous, en voyant cet amas de victimes :
« Dieu s'est vengé, leur mort est le prix de leurs crimes ? »
Quel crime, quelle faute ont commis ces enfants
Sur le sein maternel écrasés et sanglants ?
Lisbonne, qui n'est plus, eut-elle plus de vices
Que Londres, que Paris, plongés dans les délices :
Lisbonne est abîmée, et l'on danse à Paris. »
[...]
« « Tout est bien, dites-vous, et tout est nécessaire. »
Quoi ! l'univers entier, sans ce gouffre infernal,
Sans engloutir Lisbonne, eût-il été plus mal ? »

Dieu pourrait faire mieux. Beaucoup mieux ! Aucun humain n'aurait enterré vivants de partaits innocents ; c'est émotionnellement et rationnellement impossible ! La raison s'y refuse radicalement. Dieu serait-il moins humain que ses créatures ? Entre 50 000 et 70 000 périrent sur une population de 275 000 habitants. Quel dieu bon, et tout-puissant permettrait une telle horreur ? Un tel désastre disqualifie Dieu sous son attribut chrétien le plus fondamental, ou, à tout le moins, oblige à le redéfinir. Les jours du Dieu de l'Église sont désormais comptés.

« ...comment concevoir un Dieu, la bonté même,
Qui prodigua ses biens à ses enfants qu'il aime,
Et qui versa sur eux les maux à pleines mains ?
[...]
De l'Être tout parfait le mal ne pouvait naître ;
Il ne vient point d'autrui, puisque Dieu seul est maître :
Il existe pourtant. Ô tristes vérités !
Ô mélange étonnant de contrariétés !
[...]
Des foudres souterraines engloutissent Lisbonne,
Et de trente cités dispersent les débris,
Des bords sanglants du Tage à la mer de Cadix.

1. — Ou l'homme est né coupable, et Dieu punit sa race,

2. — Ou ce maître absolu de l'être et de l'espace,

Sans courroux, sans pitié, tranquille, indifférent,
De ses premiers décrets suit l'éternel torrent ;

3. — Ou la matière informe, à son maître rebelle,

Porte en soi des défauts nécessaires comme elle ;

4. — Ou bien Dieu nous éprouve, et ce séjour mortel

N'est qu'un passage étroit vers un monde éternel.
Nous essuyons ici des douleurs passagères :
Le trépas est un bien qui finit nos misères.
Mais quand nous sortirons de ce passage affreux,
Qui de nous prétendra mériter d'être heureux ?
Quelque parti qu'on prenne, on doit frémir, sans doute. »

Redéfinition du concept de divinité

Voltaire examine 4 alternatives :

1. Ou bien l'homme est né coupable. Dans ce cas il est juste qu'il soit puni. Mais comment un enfant innocent peut-il être coupable en naissant ? Quelle faute doit-il expier ? Celle de naître ? Dans ce cas pourquoi une si terrible agonie alors que d'autres meurent paisiblement ? Et si l'homme a été créé par un Dieu parfait, comment un être parfait peut-il créer quelque chose d'imparfait ? Où est la bonté d'un Dieu qui crée des êtres coupables ?

2. Ou bien Dieu a tout décidé depuis le début des temps, et il suit son plan de manière impitoyable, indifférent aux souffrances. Mais alors, en quoi l'indifférence serait-elle une manifestation de bonté ? Comment un Dieu bon pourrait-il garder les bras croisés en assistant aux calamités actuelles qu'il avait jadis amorcées par sa Création ?

3. Ou bien le Créateur n'y peut rien puisque la matière, par nature imparfaite, se joue de son autorité. Comment pourrions-nous donc affirmer que Dieu est tout-puissant ?

4. Ou bien Dieu nous éprouve pendant notre vie, mais nous réserve un bonheur paradisiaque éternel. Dans ce cas, pourquoi certains souffrent-ils considérablement plus que d'autres pour gagner le même paradis ? Où est l'infinie justice de Dieu en nous traitant de manière inégalitaire ? D'autre part, comme le suggère Voltaire, est-ce bien nécessaire de tant souffrir ? Une fois au Paradis, comment être heureux après avoir été tant déchiré ? La mémoire n'est-elle pas blessée à jamais ? La personne qui n'a pas souffert autant n'est-elle pas en mesure d'être plus heureuse ? Un maître qui récompenserait davantage celui qui a davantage souffert n'échappe pas à la question : était-ce nécessaire que je souffre autant ? Pourquoi un Dieu tout-puissant a-t-il besoin de la souffrance des boucs émissaires ? Et en quoi un Dieu souverain aurait-il besoin de quoi que ce soit, et à plus forte raison, de faire souffrir ?

Quelle que soit l'approche, un tel Dieu est impossible ; il échappe à la raison. La cohérence est un attribut de la perfection. Le chaos est le contraire de la divinité.

Comment Voltaire résout-il le dilemme ?

Le désastre du tremblement de terre de Lisbonne apporte l'occasion d'une réflexion qui prend les théologiens au dépourvu. Après une telle analyse, il ne reste qu'une alternative. Ou bien Dieu est une chimère, ou bien il est indifférent. Plus tard, l'athéisme gagnera les esprits, mais pour le moment, Voltaire choisit de croire que Dieu a créé le monde, mais qu'il n'intervient plus dans sa création. Ce qui veut dire que Dieu s'est retiré pour laisser la place à la liberté. Notre philosophe était friand de liberté.

Mais le poème prend une autre direction. Voltaire juge Dieu très sévèrement par le biais d'une critique adressée à Leibniz. Non ! nous ne vivons pas dans le meilleur des mondes possibles. Comme il est tout-puissant, Dieu aurait certainement pu faire mieux.

« Dans le mieux ordonné des univers possibles,
Un désordre éternel, un chaos de malheurs,
Mêle à nos vains plaisirs de réelles douleurs,
Ni pourquoi l'innocent, ainsi que le coupable,
Subit également ce mal inévitable.
Je ne conçois pas plus comment tout serait bien »

[...]
« ... tout ce qui naît expire ;
De la destruction la nature est l'empire.
Un faible composé de nerfs et d'ossements
Ne peut être insensible au choc des éléments ;
Ce mélange de sang, de liqueurs, et de poudre,
Puisqu'il fut assemblé, fut fait pour se dissoudre
 ; [3]
Et le sentiment prompt de ces nerfs délicats
Fut soumis aux douleurs, ministres du trépas :
C'est là ce que m'apprend la voix de la nature. »

Voltaire rejette l'idéalisme de Platon et le matérialisme d'Épicure pour recommander le doute enseigné par Pierre Bayle. Bref, notre philosophe ne sait plus quoi penser, alors il choisit le doute et l'espérance pour adoucir l'accusation :

« Ce monde, ce théâtre et d'orgueil et d'erreur,
Est plein d'infortunés qui parlent de bonheur.
Tout se plaint, tout gémit en cherchant le bien-être :
Nul ne voudrait mourir, nul ne voudrait renaître.
Quelquefois, dans nos jours consacrés aux douleurs,
Par la main du plaisir nous essuyons nos pleurs ;
Mais le plaisir s'envole, et passe comme une ombre ;
Nos chagrins, nos regrets, nos pertes, sont sans nombre.
Le passé n'est pour nous qu'un triste souvenir ;
Le présent est affreux, s'il n'est point d'avenir,
Si la nuit du tombeau détruit l'être qui pense.
Un jour tout sera bien, voilà notre espérance ;

Tout est bien aujourd'hui, voilà l'illusion.
Les sages me trompaient, et Dieu seul a raison.
Humble dans mes soupirs, soumis dans ma souffrance,
Je ne m'élève point contre la Providence. »

Qu'aurait-il pu choisir d'autre ? La sortie en trombe contre l'immense cruauté de l'Act of God lui aurait attiré de gros ennuis. N'oublions pas que l'Inquisition sévissait encore à l'époque ; il la dénonçait avec prudence. Si la pensée de Voltaire eut des répercussions révolutionnaires, le philosophe était loin d'être dissident. Il conspuait l'Église pour ses infamies, mais il savait bien que la foi constituait un élément de concorde indispensable, et il comptait parmi ses amis de nombreux ecclésiastiques.

Voltaire a initié le premier coup de grâce. Aujourd'hui, Dieu est mort. Nietzsche l'a constaté. Mais dans l'avion sur le point de s'écraser, on prie encore silencieusement, à tout hasard, comme un défi lancé à Dieu de prouver son existence. Même si la raison nous empêche d'y croire, nous sommes toujours dotés d'un module mental programmé pour appeler À l'aide ! : c'est ce que Voltaire appelait l'espérance.

[1] Voir le texte Dieu plaide coupable (Le Shack), Philo5 2012.

[2] Voltaire, Poème sur le désastre de Lisbonne (1756), Hachette © 2013, OEuvres complètes Garnier, 1877, tome 9.

[3] Ce vers rappelle la chanson de Paul Simon : Everything Put Together Falls Apart, 1972.

Philo5
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