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2026-06-20 |
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Bentham : Le Panoptique a-t-il mis tout le monde en prison ? |
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SOMMAIRE |
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Bentham, Panoptique - Mémoire, 1791,
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1. D'abord, la dissidence est créative ; elle a souvent permis à l'humanité de trouver des solutions originales aux impasses collectives. On a besoin des criminels pour inspirer les faiseurs d'ordre ; ils sont le vide moral du moyeu nécessaire à situer l'essieu de la roue sociale. On pense, entre autres, à Frank Abagnale Jr. et à Jacques Mesrine dont les délits ont favorisé l'essor de la criminologie. 2. Ensuite, les pendus impriment une mémoire inconfortable aux survivants : les fantômes malheureux nous angoissent. Pire ! ils deviennent des modèles, des héros, voire les dieux qui fondent les cultes. La victime laisse une trace indélébile dans l'imaginaire collectif. N'oublions pas que, de leur temps, Socrate et Jésus étaient des criminels. 3. Troisièmement, le châtiment comporte souvent un effet boomerang, ou disons, l'effet Karma. Oeil pour oeil est une loi qui finirait par rendre le monde aveugle, disait en substance le Mahatma Gandhi. Si l'homicide est interdit, une société qui tue intentionnellement par les mains du bourreau n'est-elle pas criminelle ? 4. Finalement, le criminel est un produit de la société. Un rebut, certes, mais fabriqué par une machine sociale qui a failli à la tâche. Le châtiment comporte une double injustice : a) Le délit exclut le contrevenant ; il en fait une personne malheureuse. b) On lui inflige une punition pour être le produit défectueux d'une société lacunaire. Tous les criminels châtiés cruellement éprouvent le sentiment d'avoir été broyés à tort par une machine judiciaire qui se déresponsabilise sur leur dos. Après tout, ils n'ont pas demandé à naître et ils ne sont nullement responsables de leur éducation. Alors, que faire des délinquants ? |
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L'architecture panoptique est conçue, non pour cacher, mais pour montrer le criminel, lui inculquer l'idée qu'on le voit, et le surveille en permanence. Le dispositif mise sur le principe de rédemption. Nous ne voulons pas détruire le criminel, nous voulons le rééduquer, lui inculquer des habitudes si ancrées qu'il puisse sortir de prison après avoir intériorisé l'idée que la société le surveille. Ainsi réparé des dysfonctionnements qui ont produit ses gestes antisociaux, il pourra réintégrer la collectivité en toute sécurité. |
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Aujourd'hui, le principe panoptique s'est répandu à l'ensemble de la population, et sur toute la planète.
En fait, toute relation influence et génère, en quelque sorte, le comportement. La surveillance passive fait appel au principe de repentance. Mais aujourd'hui, nous sommes beaucoup plus avancés dans l'ingénierie sociale. Il ne s'agit plus de détourner l'individu libre de comportements déviants, il s'agit de troquer son intelligence interne par une intelligence externe en laquelle il engage sa confiance comme le faisaient jadis les croyants pour (Dieu). Oui, parce que de fait, les réponses des IAs conditionnent l'individu en temps réel. Il ne s'agit pas de savoir si l'IA a raison ou tort, ni de savoir si elle dit la vérité, ni même si elle est bienveillante ou non ; ça va au-delà : l'important, c'est qu'elle génère et régule le consensus social. Dans les faits, elle fonctionne de manière statistique. Nourrie par l'ensemble des connaissances disponibles sur le WEB (et c'est énorme !), elle fabrique du sens (de l'intelligence) et de la concorde (la morale) avec un ensemble de règles simples : ne pas nuire, respecter la dignité humaine et la vie privée, assurer sécurité, honnêteté, transparence et neutralité.
On nous présente tous les jours les chiffres colossaux des milliards que les Big Tech IAs investissent à fonds apparemment perdus. Ces gens ont compris qu'il y a quelque chose qui a beaucoup plus de valeur que les capitaux, beaucoup plus de valeur que tout investissement immobilier ou en bourse ; plus de valeur même que l'attention : c'est la « volonté » de l'individu et celle des masses. Comment acheter ou s'emparer des volontés ?
Ainsi s'accomplit
L'éducation et la publicité ont toujours fait pareil, mais la boucle d'influence s'est aujourd'hui considérablement rapprochée jusqu'à s'introduire
dans l'esprit de l'individu en lui offrant l'intelligence gratuitement.
À bien y penser, la chose semble effrayante. Nous éprouvons l'affreux vertige idéologique de voir s'effondrer le concept fétiche de « liberté » tant chéri en Occident. Mais comment résister à un système délicieux qui me connaît mieux que moi-même et dont la volonté — comme le génie de la lampe — exauce mes souhaits ? |
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[1] Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique II (1840), Gallimard © 1961, Folio-Histoire # 13, p. 434.
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