SOCIOLOGIE 

Tocqueville

18051859

Homme politique français - Protosociologue

Penseur de la démocratie libérale moderne

 Despotisme démocratique

* UNMOT *

 La démocratie instaurée par l'égalité et la liberté amène l'individualisme et installe une forme douce de despotisme, forme de gouvernement la moins mauvaise.

Les hommes préfèrent l’égalité à la liberté ; ils acceptent mieux la pauvreté que l’aristocratie. L’égalité a précédé la liberté. Nous avons besoin d’être dirigés mais nous voulons rester libres. La démocratie brise la longue chaîne qui remontait du paysan au roi ; l’individualisme apparaît, certaines associations se forment. La liberté démocratique mène au despotisme doux.

« Dans les siècles démocratiques [...] le dévouement envers un homme devient plus rare : le lien des affections humaines s'étend et se desserre. [...]

Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde : je vois une foule innombrable d'hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme. Chacun d'eux, retiré à l'écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres : ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l'espèce humaine ; quant au demeurant de ses concitoyens, il est à côté d'eux, mais il ne les voit pas ; il les touche et ne les sent point ; il n'existe qu'en lui-même et pour lui seul, et s'il lui reste encore une famille, on peut dire du moins qu'il n'a plus de patrie.

[...] Nos contemporains sont incessamment travaillés par deux passions ennemies : ils sentent le besoin d'être conduits et l'envie de rester libres. [...] Ils imaginent un pouvoir unique, tutélaire, tout-puissant, mais élu par les citoyens. [...] Ils se consolent d'être en tutelle, en songeant qu'ils ont eux-mêmes choisi leurs tuteurs. [...]

[...]

Je ne nierai pas cependant qu'une constitution semblable ne soit infiniment préférable à celle qui, après avoir concentré tous les pouvoirs, les déposerait dans les mains d'un homme ou d'un corps irresponsable. De toutes les différentes formes que le despotisme démocratique pourrait prendre, celle-ci serait assurément la pire.

[...] Chaque citoyen, alors qu'on le gêne et qu'on le réduit à l'impuissance, peut encore se figurer qu'en obéissant il ne se soumet qu'à lui-même, et que c'est à l'une de ses volontés qu'il sacrifie toutes les autres. » [1]

Sources

[1] Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique II, 1840. Éd. Gallimard © 1961, Folio-Histoire #13, pp. 145, 434-436.

Philo5
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