La Philosophie est une imposture

 Spéculations philosophiques 

 

François Brooks

2005-06-03
rev. 2022-08-24

Essais personnels

 

La Philosophie est une imposture
Théorème catastrophique de Gödel

 

Dans tout système formel consistant contenant une théorie des nombres finitaire relativement développée, il existe des propositions arithmétiques indécidables et que, de plus, la consistance d'un tel système ne saurait être démontrée à l'intérieur de ce système.

Kurt Gödel, Le Théorème de Gödel, 1963.

Le Théorème de Gödel[1] explique que dans tout système logique, il y a toujours au moins une proposition indémontrable (indécidable), c'est-à-dire, en laquelle il faut croire pour que ce système prenne forme et opère. Mais alors, la science serait-elle basée sur la foi ?

On se plait à penser, à la suite de Francis Bacon, que la science se fonde sur des réalités irréfutables puisqu'elles sont vérifiées par l'observation. Je l'ai vu, je l'ai mesuré, j'ai déterminé les causes et les conséquences ; donc, c'est VRAI. Pourtant, chaque fois que l'on examine la réalité, on ne part pas de rien ; on se fonde sur des théorèmes qui, eux-mêmes, se fondent sur des axiomes, c'est-à-dire sur des propositions évidentes, premières, non démontrables, dont on tire des conséquences logiques. Bref, la logique s'appuie sur des postulats : des arguments d'autorité.

Toute démonstration scientifique cherche à prouver la vérité d'un fait. Notre pensée causale cherche des certitudes. Elle les trouve en montrant les liens évidents dans la cascade des faits qui précèdent l'observation actuelle. Le hic, c'est que nous vivons dans un monde fermé sur lui-même. Il n'existe aucun point de vue extérieur pour certifier nos observations. Le fameux Deus ex machina n'est qu'une vue de l'esprit. Dieu n'existe pas en tant que réalité mesurable extérieure au monde ; on ne peut le vérifier avec une mesure scientifique. Mais nous n'avons rien d'autre que cette vue de l'esprit pour garantir le monde [2]. Encore que celle-ci diverge considérablement d'un individu à l'autre.

La science déteste l'autoréférence. Toute logique qui se réfère à elle-même pour certifier la vérité d'un phénomène est réputée invalide puisqu'elle se base sur un argument d'autorité. Le génie de Gödel est d'avoir montré que la science ne peut se passer de la foi. C'est-à-dire qu'elle ne peut décider, hors de toute garantie véritable, du fondement de la réalité. La science n'est pas autonome ; elle a besoin d'une autorité pour se constituer.

Si la philosophie est une entreprise de déconstruction de la foi religieuse qui a pour but de nous faire penser par nous-mêmes, compte tenu du Théorème de Gödel qui dit que dans tout système, il y a toujours au moins un élément indécidable qui requiert notre foi, tout système philosophique requiert donc la foi. Ainsi, la philosophie qui prétend nous faire penser par nous-mêmes, hors de la foi, est une imposture. On peut certainement réfléchir, mais le fondement de notre propre pensée, à moins de se prendre pour Dieu [3], émane nécessairement de l'extérieur de soi.

En fait, le monde est un univers fermé qui boucle sur lui-même. Mais pour esquiver le danger de la folie de l'autoréférence, on a besoin d'imaginer un Deus ex machina qui absorbe la responsabilité de l'autorité fondamentale.

[1] Voir David Louapre, Le théorème d'incomplétude de Gödel.

[2] Voir le texte fondateur de Descartes : Dieu garantit le monde.

[3] En annonçant la mort de Dieu, Nietzsche propose en quelque sorte que l'homme se prenne pour Dieu en devenant SURHUMAIN. Voir le texte fondateur Dieu est mort.

Philo5
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