Mes lectures  000815

L’Art d’avoir toujours raison

[et de se faire détester de tous]

par Schopenhauer

Éditions mille et une nuits © 1983

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BASE DE TOUTE DIALECTIQUE. 1

 

STRATAGÈMES

 

1. EXAGÉRER.. 1

2. JOUER SUR LES MOTS. 1

3. GÉNÉRALISER (1) 1

4. CACHER SON JEU.. 1

5. LES FAUX ARGUMENTS DE L’ADVERSAIRE. 1

6. AFFIRMER PÉREMPTOIREMENT. 1

7. NOYER LE POISSON.. 1

8. SUSCITER LA COLÈRE DE L’ADVERSAIRE. 1

9. BROUILLER LES PISTES. 1

10. PAR L’ANTITHÈSE. 1

11. L’INDUCTION.. 1

12. TITRE RONFLANT. 1

13. CONTRASTE ENGAGEANT. 1

14. TRIOMPHE PROCLAMÉ. 1

15. SE DÉCOINCER.. 1

16. INCITER À SE COMMETTRE, À COHÉRENCE  1

17. INTRODUIRE UNE DISTINCTION.. 1

18. DÉTOURNER LA CONVERSATION.. 1

19. GÉNÉRALISER (2) 1

20. CONCLURE. 1

21. À QUESTION STUPIDE, RÉPONSE STUPIDE. 1

22. PÉTITION DE PRINCIPE. 1

23. RÉFUTER LES EXAGÉRATIONS. 1

24. FORCER LA THÈSE. 1

25. TROUVER UNE EXCEPTION.. 1

26. RETOURNER SON ARGUMENT CONTRE LUI 1

27. EMPIRER LA COLÈRE DE L’ADVERSAIRE. 1

28. RIDICULISER D’AUTORITÉ EN TABLANT SUR LA NAÏVETÉ DE L’AUDITOIRE  1

29. FAIRE DIVERSION (semblable à 18.) 1

30. MYSTIFIER (Name Dropping) 1

31. SE DÉCLARER INCOMPÉTENT. 1

32. FAIRE UNE ASSOCIATION DÉGRADANTE. 1

33. OPPOSER THÉORIE ET PRATIQUE. 1

34. INSISTER SUR LE POINT QU’IL DÉTOURNE. 1

35. FAIRE VOIR QU’IL SE TIRE DANS LE PIED.. 1

36. ÉTOURDIR PAR LA PAROLE. 1

37. RÉFUTER EN DÉNONÇANT LA PREUVE. 1

38. ULTIME STRATAGÈME : INJURIER.. 1

 

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BASE DE TOUTE DIALECTIQUE

 

Tout d’abord, l’essentiel de toute controverse est le fait qu’une thèse soit posée par l’adversaire (ou nous-mêmes, peu importe). Pour la réfuter, il y a deux méthodes possibles :

1.     Les modes :

a.      ad rem

b.     ad hominem ou ex concessis

c'est-à-dire que nous démontrons soit

a.      que cette thèse n’est pas en accord avec la nature des choses, la vérité objective absolue

b.     soit qu’elle contredit d’autres affirmations ou concessions de l’adversaire, c'est-à-dire la vérité subjective relative. Dans ce dernier cas, il ne s’agit que d’une preuve relative qui n’a rien à voir avec la vérité objective.

 

2.     Les méthodes :

a.      réfutation directe

b.     et indirecte.

a.      La réfutation directe attaque la thèse dans ses fondements,

b.     l’indirecte dans ses conséquences.

a.      La directe démontre que la thèse n’est pas vraie,

b.     l’indirecte, qu’elle ne peut pas être vraie.

 

Voilà la base de toute controverse. Mais tout cela peut se passer réellement ou seulement en apparence. Et comme en la matière il n’est pas facile d’avoir des certitudes, les débats peuvent être longs et acharnés. On ne peut savoir avec certitude qui a objectivement raison et cela ne peut être décidé que grâce à la controverse.

 

Du reste, dans toute controverse ou argumentation, il faut que l’on s’entende sur quelque chose, un principe à partir duquel on va juger le problème posé : on ne saurait discuter avec quelqu’un qui conteste ces principes.

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STRATAGÈMES

 

1. EXAGÉRER

 

Étirer l’affirmation de l’adversaire au-delà de ses limites naturelles, l’interpréter de la façon la plus générale possible. Ceci est particulièrement aisé avec des gens qui font des assertions généralisantes.

 

Ex : Les Chinois…

        Les femmes… , les hommes…

        Les jeunes…

        Les homosexuels…

 

À l’inverse, pour assurer la victoire de sa propre affirmation, il faut la restreindre, parler de cas particuliers.

 

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2. JOUER SUR LES MOTS

 

Utiliser l’homonymie pour étendre également l’affirmation à ce qui, à part le même mot, n’a pas grand-chose ou rien du tout en commun avec l’objet du débat, puis réfuter de façon lumineuse et se donner ainsi l’air d’avoir réfuté l’affirmation elle-même.

 

Ex. : — Vous n’êtes pas encore initié aux mystères de la philosophie kantienne.

— Ah, quand il est question de mystères, cela ne m’intéresse pas.

 

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3. GÉNÉRALISER (1)

 

Prendre l’affirmation posée relativement comme si elle l’était de façon générale, ou du moins la concevoir dans un rapport tout à fait différent et la réfuter dans ce sens.

 

Ex. : — Certains homosexuels peuvent avoir des comportements pervers.

— Les homosexuels sont des gens normaux et non pas pervers.

 

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4. CACHER SON JEU

 

Quand on veut arriver à une conclusion, il ne faut pas la laisser prévoir mais obtenir discrètement qu’on en admette les prémisses en disséminant celle-ci au cours de la conversation. Il faut faire approuver les prémisses dans le désordre de façon à cacher son jeu et éviter que l’adversaire tente toutes sortes de manœuvres pour contrer notre thèse. On peut même utiliser des prémisses sans rapport avec le thème pour brouiller les pistes.

 

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5. LES FAUX ARGUMENTS DE L’ADVERSAIRE

 

Le vrai peut réfuter de fausses prémisses, alors que le faux ne peut jamais découler de vraies prémisses. C’est ainsi que l’on peut réfuter des propositions fausses de l’adversaire au moyen d’autres propositions fausses qu’il considère comme vraies ; car c’est à lui que nous avons affaire et il faut utiliser son mode de pensée.

 

Ex. : Si notre interlocuteur est adepte d’une secte quelconque que nous n’approuvons pas, nous pouvons utiliser contre lui les préceptes de cette secte.

 

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6. AFFIRMER PÉREMPTOIREMENT

 

Tout discours s’appuie sur des prémisses. Pour élaborer une thèse, il faut s’entendre sur un certain nombre d’affirmations. En s’appuyant sur une « vérité d’évidence », en postulant ce que l’on aurait à prouver, on peut conduire l’interlocuteur à reconnaître la validité de notre thèse.

 

La répartie à ce stratagème consiste à réfuter systématiquement chacune des prémisses de notre interlocuteur.

 

Ex. : Affirmer l’incertitude de la médecine en affirmant l’incertitude de tout savoir humain.

 

 

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7. NOYER LE POISSON

 

Poser beaucoup de questions à la fois et élargir le contexte pour cacher ce que l’on veut véritablement faire admettre. En revanche, exposer rapidement son argumentation à partir de concessions obtenues, car ceux qui sont lents à comprendre ne peuvent suivre exactement la démonstration et n’en peuvent voir les défauts et les lacunes éventuelles.

 

Ex. : Tout débat à la Chambre des communes en fournit d’abondants exemples.

 

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8. SUSCITER LA COLÈRE DE L’ADVERSAIRE

 

Mettre l’adversaire en colère, car dans sa fureur il est hors d’état de porter un jugement correct et de percevoir son intérêt. On le met en colère en étant ouvertement injuste envers lui, en le provoquant et, d’une façon générale, en faisant preuve d’impudence. Si on le connaît personnellement, on peut exhiber son point faible. En parlant ouvertement ce dont il a honte on va brouiller son esprit et il sera incapable de formuler un jugement cohérent.

 

Ex. : Sachant que notre interlocuteur a déjà été condamné pour un délit au criminel ou au civil, on peut le mentionner ouvertement dans la discussion pour discréditer son intégrité.

 

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9. BROUILLER LES PISTES

 

Ne pas poser les questions dans l’ordre exigé par la conclusion qu’il faut en tirer, mais dans toutes sortes de permutations ; il ne peut savoir ainsi où on veut en venir et ne peut se prémunir. On peut aussi utiliser ses réponses pour en tirer diverses conclusions, même opposées, en fonction de leur nature. Ce stratagème est apparenté au quatrième dans la mesure où il faut dissimuler sa manière de procéder.

 

Ex. : L’inspecteur de police, durant son interrogatoire, va poser toutes sortes de questions sans rapport apparent entre elles afin, plus tard, de pouvoir en tirer des conclusions qui vont dans le sens de son enquête sans que le prévenu ne l’ait vu venir.

 

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10. PAR L’ANTITHÈSE

 

Quand on se rend compte que l’adversaire fait exprès de rejeter les questions qui auraient besoin d’une réponse positive pour soutenir notre thèse, il faut l’interroger sur la thèse contraire, comme si c’était cela que l’on voulait le voir approuver ; ou tout du moins, lui donner le choix entre les deux de telle sorte qu’il ne sache plus quelle est la thèse à laquelle on souhaite qu’il adhère.

 

Ex. : L’important est de prendre le dessus sur l’adversaire, lui montrer qu’il a tort et que nous avons raison. Nous pouvons donc feindre momentanément adhérer à sa thèse, l’appuyer avec nos propres arguments,  pour ensuite le trouver en défaut sur un point qui la fasse s’effondrer.

 

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11. L’INDUCTION

 

Faire croire à l’adversaire qu’il a reconnu lui-même une « vérité générale admise » en lui faisant concéder plusieurs cas particuliers par induction.

 

Ex. : L’acier est un métal solide à la température ambiante. L’or aussi est un métal solide à la température ambiante. De même que l’aluminium, le bronze etc. Donc, on peut dire que tous les métaux sont solides à la température ambiante.

 

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12. TITRE RONFLANT

 

Choisir une désignation flatteuse pour désigner notre thèse, notre fonction, notre titre. Ou à l’inverse, utiliser des termes orduriers pour désigner une thèse que l’on cherche à discréditer. Un orateur trahit souvent à l’avance ses intentions par les noms qu’il donne aux choses.

 

Ex. : Désigner la personne atteinte de la maladie du SIDA comme « sidéen » plutôt que comme « sidatique » , le premier terme s’apparentant à l’habitant d’un pays plutôt que le second qui désigne celui qui est affublé d’une maladie. Désigner les protestants comme « L’Église Unie » alors que les catholiques les considèrent comme des « hérétiques ». Parler des cols bleus comme des « fiers à bras » ou parler des intellectuels comme des « pousseux de crayon » pour discréditer leur fonction sociale.

 

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13. CONTRASTE ENGAGEANT

 

Pour faire en sorte qu’il accepte notre thèse, nous devons lui en présenter le contraire et lui laisser le choix, ayant pris soin de mettre en évidence l’aspect péjoratif de cette antithèse. L’adversaire, sous peine qu’on croit qu’il cultive l’art du paradoxe, ne pourra faire autrement que de se rallier à notre manière de penser.

 

Ex. : C’est comme quand on met du gris à côté du noir : on dirait du blanc ; alors que si on le met à côté du blanc, on dirait du noir.

 

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14. TRIOMPHE PROCLAMÉ

 

Un tour pendable consiste, quand il a répondu à plusieurs questions sans que ces réponses soient allées dans le sens de la conclusion vers laquelle nous tendons, à déclarer qu’ainsi la déduction à laquelle on voulait aboutir est prouvée, bien qu’elle n’en résulte aucunement. Il faut le proclamer triomphalement.

 

L’interlocuteur se retrouvera complètement déstabilisé du fait que, ne trouvant aucun lien entre le discours et la conclusion, on laisse entendre qu’il n’est pas assez subtil pour l’avoir saisi. Il a donc le choix entre perdre la partie ou paraître lent d’esprit. Il y a toutes les chances qu’il choisisse d’être perdant pour faire croire qu’il a compris le lien bidon et sauvegarder sa réputation « d’intelligent ».

Ce stratagème fonctionne admirablement avec les timides et les lents d’esprits mais il peut générer la haine et la vengeance sournoise.

 

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15. SE DÉCOINCER

 

Si nous avons posé une thèse paradoxale que nous avons du mal à démontrer, il faut présenter à l’adversaire n’importe quelle proposition exacte, mais d’une exactitude pas tout à fait évidente, afin qu’il l’accepte ou la rejette. S’il la rejette par méfiance, nous le confondons par l’absurde et triomphons ; mais s’il l’accepte c’est que nous avons tenu des propos raisonnables et nous pouvons ajuster notre tir en conséquence. Ou bien nous ajoutons le stratagème no 14 et affirmons alors que notre paradoxe est démontré. Il faut pour cela être d’une extrême imprudence, mais il y a des gens qui pratiquent ceci très adroitement de façon instinctive.

 

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16. INCITER À SE COMMETTRE, À COHÉRENCE

 

Quand l’adversaire fait une affirmation, nous devons chercher à savoir si elle n’est pas d’une certaine façon, et ne serait-ce qu’en apparence, en contradiction avec quelque chose qu’il a dit ou admis auparavant, ou avec les principes d’une école ou d’une secte dont il a fait l’éloge, ou avec les actes des adeptes de cette secte, qu’il soient sincères ou non, ou avec ses propres faits et gestes. Ce stratagème est très facile à appliquer puisque, n’ayant pas eu l’opportunité de faire le « ménage » dans leurs idées reçues, la plupart des gens sont des paradoxes ambulants.

 

Ex. : S’il prend parti en faveur du suicide, lui demander aussitôt : « Pourquoi ne te suicide-tu donc pas? » Ou bien s’il dit que Montréal est une ville désagréable, s’écrier aussitôt : « Comment se fait-il que tu y habites? » etc.

 

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17. INTRODUIRE UNE DISTINCTION

 

Si l’adversaire a une parade qui nous met dans l’embarras, nous pourrons souvent nous tirer d’affaire grâce à une distinction subtile à laquelle nous n’avions pas pensé auparavant — si tant est que l’objet du débat admette une double interprétation ou deux cas distincts.

 

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18. DÉTOURNER LA CONVERSATION

 

Si nous nous rendons compte que l’adversaire s’est emparé d’une argumentation qui va lui permettre de nous battre, nous devons l’empêcher de parvenir au bout de sa démonstration en interrompant à temps le cours de la discussion, en nous esquivant ou en détournant le débat vers d’autres propositions.

 

Ex. : Lorsque l’adversaire vous dit que vous avez tort, faites-lui remarquer que son lacet de soulier est détaché.

 

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19. GÉNÉRALISER (2)

 

Si l’adversaire exige expressément que nous argumentions contre un certain aspect de son affirmation, et que nous n’ayons rien de valable à dire, il faut se lancer dans un débat général et la contrer.

 

Ex. : Si nous devons dire pourquoi une certaine hypothèse physique n’est pas fiable, nous parlerons du caractère fallacieux du savoir humain et l’illustrerons par toutes sortes d’exemples.

 

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20. CONCLURE

 

Si nous lui avons demandé les prémisses et qu’il les a admises, il faut, non pas lui demander en plus la conclusion, mais la tirer nous-même ; et même s’il manque l’une ou l’autre des prémisses, nous la considérerons comme admise et tirerons la conclusion. Nous donnerons ainsi l’illusion à l’adversaire qu’il approuve de fait cette conclusion puisque ce sont ses prémisses qui la soutiennent.

 

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21. À QUESTION STUPIDE, RÉPONSE STUPIDE

 

En cas d’argument spécieux ou sophistique de l’adversaire dont nous ne sommes pas dupes, nous pouvons certes le démolir en expliquant ce qu’il a d’insidieux et de fallacieux. Mais il est préférable de lui opposer un contre-argument aussi spécieux et sophistique afin de lui régler son compte. Car ce qui importe, ce n’est pas la vérité mais la victoire.

 

Ex. : Si l’adversaire avance un argument ad hominem[1] il suffit de le désarmer par un contre-argument ad hominem ; et d’une manière générale, au lieu d’avoir à discuter longuement de la vraie nature des choses, il est plus rapide de donner une argumentation ad hominem quand l’occasion se présente.

 

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22. PÉTITION DE PRINCIPE

 

S’il exige que nous concédions une chose d’où découlerait directement le problème débattu, il faut refuser en prétendant qu’il s’agit là d’une pétition de principe[2] ; car lui et les témoins du débat auront tendance à considérer une proposition proche du problème comme identique à ce problème ; nous le privons ainsi de son meilleur argument.

 

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23. RÉFUTER LES EXAGÉRATIONS

 

La contradiction et la querelle incitent parfois l’adversaire à exagérer notre affirmation. En le contredisant, nous pouvons donc le pousser à tirer une affirmation, éventuellement exacte dans les limites requises, au-delà de la vérité ; mais une fois que nous avons réfuté cette exagération, il semble également que nous ayons réfuté la thèse originelle.

 

À l’inverse, nous devons nous garder de nous laisser entraîner par la contradiction à exagérer ou à élargir le champ de notre thèse. Souvent aussi, l’adversaire lui-même essaiera directement de faire reculer les limites que nous avions fixées : il faut immédiatement y mettre un terme et le ramener aux limites de notre affirmation.

 

Ex. : « Voilà ce que j’ai dit, et rien de plus ».

 

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24. FORCER LA THÈSE

 

On force la thèse de l’adversaire en en tirant de fausses conclusions et en déformant les concepts, pour en faire sortir des propositions qui ne s’y trouvent pas et qui ne reflètent pas du tout l’opinion de l’adversaire car elles sont au contraire absurdes ou dangereuses. Comme il semble qu’il découle de sa thèse des propositions qui, soit se contredisent elles-mêmes, soit contredisent des vérités reconnues, ce stratagème passe pour une réfutation indirecte, une apagogie (démonstration par l’absurde).

 

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