La Réalité (1)

 Spéculations philosophiques 

 

François Brooks

2003-10-08

Essais personnels

 

La Réalité (1)

 

Le psychisme ne fait pas de distinction entre le réel et l'imaginaire.

Nancy Croussette.

J'ai tendance à penser que la réalité est ce que je perçois et ce qui m'en reste en mémoire. Ainsi, elle m'apparaît beaucoup plus comme un concept personnel acquis d'un contexte, que comme une vérité commune. Voyons ce que d'autres en disent.

Le Dictionnaire Hachette[1] dit que la réalité est le caractère de ce qui a une existence réelle, de ce qui existe comme chose et non seulement comme idée, illusion, apparence.

Bertrand Vergely[2], définit l'idée ainsi :
Idée : la réalité est constituée de matière et de forme. La forme, purement intellectuelle, donne vie à la matière. L'idée désigne la forme qui donne vie à la matière et, par extension, à la réalité tout entière.

Aristote nous apprend que toute chose est composée de deux entités : la matière et la forme. Autrement dit, la chose et l'idée qu'on s'en fait.

Mais est-ce donc dire que nos idées ne sont pas réelles ? Certains, à l'instar du dictionnaire Hachette, décrivent parfois « la réalité » comme étrangère à nos pensées. Du temps où il était à la mode de consulter un psychologue, le mien disait parfois « vous êtes hors de la réalité... la réalité, c'est ceci ou cela... ». Et « sa » réalité me confondait puisqu'il me donnait l'impression que mes idées étaient invalides, qu'il avait accès à quelque chose que, sans lui, je ne pouvais atteindre, et du coup, en sa présence, je me sentais complètement démuni puisque mes pensées sortaient du cadre de la réalité : « sa réalité ». En fait, pour lui, tout ce qui n'était pas émotion était irréel. J'étais bien coincé puisque, tout au long de mon enfance, on m'avait appris à réprimer mes émotions que l'on dénonçait comme menaçantes (sauf quelques-unes auxquelles j'avais droit), et cet aspect de ma personnalité étant atrophié, j'avais tendance à croire que c'étaient précisément ces émotions qui étaient irréelles.

Platon affirme au contraire que les idées sont la seule vraie réalité. Mais qu'est-ce qui est vrai ? La vérité varie d'une époque à l'autre, et d'un individu à l'autre. Sur cent naufragés du Titanic, cent versions différentes de cette réalité, cent vérités différentes.

Vergely [3] m'a fait voir une autre façon de considérer la réalité. Celle-ci résout les contradictions entre Platon, ma toute première éducation et mon ex-psychologue. Je le cite : Le réel désigne ce qui n'est pas nous. Ce qui nous résiste.

Ainsi, le réel est bien figuré par les autres[4]. Nous croyons les connaître. Nous ne les connaissons pas. Ils sont autres que ce que nous pensons. Si bien que c'est en étant en conflit avec la facilité que nous les rencontrons.

Dans ce rapide inventaire, j'ai trouvé plusieurs façons de concevoir la réalité :

1. Une chose concrète, et non une simple pensée. (Hachette)

2. La combinaison de forme et matière. (Aristote)

3. Les émotions. (psychologue)

4. Les idées. (Platon)

5. Ce qui nous résiste, et par extension, la vie. (Vergely)

Il m'est bien difficile alors de concevoir « la réalité » comme quelque chose de spécifique et d'absolu. Selon mon interlocuteur ou la situation dans laquelle je me trouve, elle entre dans l'une ou l'autre des cinq catégories. La réalité n'est-elle pas, somme toute, très relative ? Quelle est la vôtre ?

[1] Dictionnaire Hachette Encyclopédique, © 1997.

[2] Bertrand Vergely, Les grandes interrogations politiques, Les Essentiels Milan # 145 © 1999, p. 59.

[3] Ibid., p. 54.

[4] Ce qui rappelle la maxime de Sartre : « L'enfer c'est les autres. » En combinant les deux idées, on peut alors penser que : L'enfer, c'est la réalité.

Philo5
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