Passages choisis 050321

L'écologiste sceptique [1]

par Bjørn Lomborg

Éditions Le Cherche Midi © 2004

Le passages sont choisis et ordonnés selon les 14 thèmes majeurs de l'environnement. Ceux-ci apparaissent dans l'ordre du livre mais comportent une numération différente de celle des chapitres.

La litanie

  1. Démographie et bien-être

  2. Espérance de vie et santé

  3. Besoins alimentaires et faim dans le monde

  4. Prospérité du Quart Monde

  5. Forêts

  6. Ressources énergétiques

  7. Épuisement des ressources naturelles

  8. Accès à l'eau potable

  9. Pollution de l'air et de l'eau

  10. Gestion des déchets

  11. Santé publique et produits chimiques

  12. Biodiversité

  13. Réchauffement de la planète

  14. Progrès technologique (OGM)

Le message de ce livre

* * *

La litanie

p. 20

Le sous-titre de mon livre reprend le titre du fameux livre sur l'environnement, L'État de la planète (The State of the World). Réédité tous les ans depuis 1984 par le directeur du Worldwatch Institute, Lester Brown [2], il s'est vendu à plus d'un million d'exemplaires. Cette publication périodique tente de répertorier avec professionnalisme et justesse les principales menaces qui pèsent sur le monde. Malheureusement, comme nous allons le voir, il est la plupart du temps difficile de mener à bien l'ensemble de ces objectifs. Par bien des aspects, cependant, L'État de la planète est l'un des ouvrages les mieux documentés et les plus ambitieux sur la politique environnementale, ce qui en fait un intervenant essentiel dans le débat sur le sujet [3].

À un niveau supérieur, ce document altère notre point de vue sur le milieu dans lequel nous vivons, en nous récitant une litanie sur un environnement qui ne cesserait de se dégrader. Notre opinion est soumise quotidiennement à des images et à des messages émanant de la télévision, des journaux, des discours politiques, des conversations au bureau, en famille ou entre amis. C'est pourquoi, en 2000, le magazine Time commençait un article en ces termes : « Chacun sait que la planète se porte mal [4]. »

Cette litanie, on la raconte même aux enfants, comme dans Young Oxford Books de Oxford University Press, qui affirme : « L'équilibre de la nature est fragile mais essentiel à la vie. Les humains ont modifié cet équilibre, arrachant à la terre son manteau vert, asphyxiant l'air et empoisonnant les mers [5]. »

De la même façon, un autre article du Time nous apprend que « pendant plus de quarante ans, la Terre a envoyé des signaux de détresse » mais que, « malgré notre célébration du Jour de la Terre... le déclin des écosystèmes de la planète n'a pas été freiné [6]. » Le « Global Environment Supplément » du New Scientist d'avril 2001 parle de la « catastrophe » qui menace et du fait que nous risquons d'expédier « l'humanité à la poubelle de l'histoire de l'évolution ». Notre rôle est résumé dans le titre « Autodestruction » :

« Nous autres humains sommes aussi petits que l'astéroïde qui provoqua l'extinction des dinosaures... Nous causons de plus en plus de dégâts. Dans les vingt prochaines années, la population augmentera d'un milliard et demi d'individus. Tous ces gens auront besoin de nourriture, d'eau et d'électricité, mais déjà les sols s'épuisent, les poissons sont décimés, les puits s'assèchent et la combustion des énergies fossiles met en danger des millions de vies humaines. Nous courons au cataclysme [7]. »

Cette conception de l'environnement est omniprésente. Cette litanie nous est familière [8]: sur notre Terre, l'environnement est dans un triste état [9]. Les ressources s'épuisent. La population croît, faisant fondre les réserves de nourriture. L'air et l'eau sont de plus en plus pollués. Nombre d'espèces sont en voie d'extinction : nous en exterminons plus de 40 000 chaque année. Les forêts disparaissent, les réserves de poissons se tarissent, les récifs de corail périssent... la liste de nos méfaits est interminable.

Nous souillons notre planète, rétrécissons la superficie de terre arable, bitumons la nature, détruisons la vie sauvage, décimons la biosphère, et nous finirons par nous tuer nous-mêmes. L'écosystème mondial s'effondre. Nous approchons rapidement de la limite absolue de la viabilité, et la croissance arrive à son terme [10].

Cette litanie, nous l'avons entendue si souvent que le fait de la réentendre une fois encore est presque rassurant. Le problème est qu'il semblerait que la réalité lui donne tort.

Les choses vont mieux, ce qui ne veut pas forcément dire qu'elles vont bien.

 Tout au long de ce livre, je tenterai de décrire les domaines majeurs qui circonscrivent les potentiels, les gageures et les problèmes de l'humanité, tant par le passé que dans le présent et l'avenir. Ces domaines sont choisis soit du fait de leur importance absolument évidente (par exemple le chiffre de la population sur terre), soit parce que les modèles indiquent qu'ils auront une importance décisive sur le développement de l'humanité (pollution atmosphérique, réchauffement climatique), soit encore parce qu'ils sont fréquemment mentionnés lorsqu'il est question de l'état de la planète (peurs de produits chimiques tels que les pesticides) [11].

Au cours de cette description, je vais devoir remettre en question les idées reçues sur l'effondrement des écosystèmes, car elles sont tout simplement en décalage avec la réalité objective.

Non, nous ne manquerons ni d'énergie ni de ressources naturelles [12]. Il y aura de plus en plus de nourriture par habitant. De moins en moins de gens meurent de faim. Selon Samuel Preston, dans Mortality Patterns in National Population, en 1900, l'espérance de vie était de 30 ans ; elle est aujourd'hui de 67 ans. D'après l'ONU, la misère a reculé davantage au cours des 50 dernières années que dans les 500 années précédentes, et ce dans presque tous les pays.

Bien que son impact soit exagéré et les conjectures pour l'avenir pessimistes au-delà du raisonnable, le réchauffement climatique est bien réel. Mais le remède consistant en une réduction prématurée et radicale de la consommation d'énergie fossile est bien pire que le mal lui-même et, de plus, ses conséquences ne poseront pas au monde de problème insoluble pour l'avenir. Nous n'allons pas non plus voir disparaître 25 à 30 % de toutes les espèces au cours de notre vie : de fait, ce chiffre serait plus proche de 0,7 %. Les pluies acides n'exterminent pas les forêts, et l'air et l'eau qui nous entourent sont de moins en moins pollués.

En fait, selon presque tous les critères mesurables, le sort de l'humanité s'est effectivement amélioré.

Mais attention! le fait que l'immense majorité des indicateurs montrent que le sort de l'humanité s'est grandement amélioré n'implique pas que tout soit encore entièrement satisfaisant. La première affirmation concerne le monde tel qu'il « semble être, alors que la seconde concerne le monde tel qu'il devrait être [13]».

Lors de mes tournées de conférences, j'ai découvert à quel point il est vital de souligner cette distinction. Beaucoup croient pouvoir prouver que j'ai tort, par exemple en évoquant la faim dans le monde : « Comment pouvez-vous dire que les choses continuent à s'améliorer alors que 18 % des habitants des pays en voie de développement sont encore sous-alimentés? »

Et pourtant, il y a dans le monde de moins en moins de gens qui souffrent de la faim. En 1970, 35 % de l'ensemble de la population des pays en voie de développement étaient sous-alimentés. En 1996, le chiffre était de 18 % et l'ONU prévoit que ce chiffre chutera à 12 % en 2010 [14], soit 237 millions d'affamés en moins. Jusqu'à aujourd'hui, environ 2 milliards de personnes de plus ont de quoi s'alimenter.

Malgré ce progrès remarquable, 680 millions de gens auront encore faim en 2010, ce qui est évidemment encore trop.

La distinction est essentielle ; on peut se fixer un but, que moins de gens souffrent de la faim. C'est un objectif politique. C'est très lent, mais quand les choses s'arrangent, on sait que l'on est sur la bonne voie. Sans doute peut-on faire plus pour améliorer les problèmes de nutrition, mais la façon de l'aborder est bonne. Il est avéré que l'on sauve des vies et que l'on peut espérer une diminution du nombre des gens qui souffrent de la faim.

Exagération et bonne gestion.

La répétition constante de la litanie et des exagérations sur l'environnement est lourde de conséquences. Elle engendre en nous la peur et nous fait dépenser nos ressources et notre énergie à résoudre des problèmes imaginaires en ignorant les questions réelles et urgentes (pas nécessairement environnementales). C'est pourquoi nous devons avoir connaissance des faits et disposer des meilleures informations possibles afin de pouvoir prendre les mesures les plus adaptées. Comme l'écrit Gro Harlem Brundtland, un des auteurs du rapport sur l'environnement, Notre avenir commun [15], dans un grand magazine scientifique : « La politique qui ne tient pas compte de la science et de la connaissance ne survivra pas à l'épreuve du temps. De fait, il n'y a d'autre fondement pour de saines décisions politiques que les meilleures attestations scientifiques. Cela est d'autant plus valable dans les domaines de la gestion des ressources et de la protection de l'environnement [16]. »

Déclarer que nos peurs les plus courantes ne sont pas fondées ne signifie pas pour autant qu'il faille négliger l'environnement. Loin de là. Il serait bienvenu de se pencher sur la gestion de nos ressources et de s'attaquer à des problèmes tels que la gestion de la forêt et de l'eau, la pollution atmosphérique et le réchauffement climatique. Mon objectif est de fournir les informations nécessaires pour savoir où faire porter les efforts en priorité. Je m'appliquerai à démontrer tout au long de cet ouvrage que bien souvent, les solutions proposées sont tout à fait inefficaces. Ces informations indiquent qu'il ne s'agit pas d'abandonner toute action, mais qu'il y a lieu de concentrer notre attention sur les problèmes les plus importants et les plus urgents.

Principe fondamental : les tendances.

Pour comprendre l'état réel de la planète, il faut nous concentrer sur les principes fondamentaux et regarder les réalités et non les mythes. Considérons ces deux exigences, en commençant par les principes fondamentaux.

L'évaluation de l'état de la planète doit passer par le principe de comparaison [17]. À quelqu'un qui lui disait « la vie est dure », Voltaire aurait répondu : « comparée à quoi [18]? » J'estime qu'il est indispensable que tout soit comparé avec ce qu'il en était avant. La comparaison nous indique l'évolution : est-ce mieux ou moins bien? Cela signifie que nous devons savoir quelle est la tendance.

[...]

1. Démographie et bien-être

p. 89

Dans ce chapitre, nous allons étudier le bien-être de l'humanité, terme à définir au préalable. Le bien-être ne se limite évidemment pas à une question d'argent, mais concerne tout le potentiel humain à développer [19].

[...] Selon l'ONU, « l'objectif réel du développement devrait être de créer un environnement permettant aux gens de jouir de vies longues, saines et créatives. Bien que cela puisse sembler une simple évidence, on l'oublie souvent face à la préoccupation immédiate de l'accumulation de biens et de richesses [20]». [...]

[...] l'ONU a élaboré l'Indice de développement humain (Human Development Index). Cet indice tente de définir le type d'environnement qui permet aux individus d'avoir de bonnes conditions de vie. Son objectif est de mesurer combien d'années les gens peuvent espérer vivre, quelle somme de connaissances ils peuvent acquérir et à quel niveau de vie ils peuvent prétendre. En termes pratiques, il mesure l'espérance de vie, le taux d'illettrisme, le niveau d'études et le revenu. De même, la Banque mondiale s'efforce d'évaluer la qualité de vie des individus sur la base des critères qui sont l'espérance de vie, la malnutrition, l'approvisionnement en eau et l'assainissement, l'illettrisme et la consommation d'énergie [21].

p. 90

Combien sommes-nous sur terre?

Le nombre d'êtres humains sur la terre augmente chaque jour, et la barre des 6 milliards a été dépassée en 1999 [22]. Comme on peut le voir sur la figure 11, la forte croissance de la population mondiale a débuté vers 1950 et se terminera probablement vers 2050 [23]. L'accroissement de la population est dû principalement à une chute importante du taux de mortalité résultant d'un meilleur approvisionnement en aliments, en médicaments, en eau potable et en assainissement [24]. D'autre part, l'augmentation n'est pas due au fait que, dans les pays en voie de développement, les familles ont de plus en plus d'enfants.

[25]

Au début des années 50, les femmes, dans les pays en voie de développement, donnaient naissance à plus de six enfants en moyenne, alors que la moyenne est de trois environ aujourd'hui [26]. Comme l'un des conseillers de l'ONU le dit plutôt crûment : « Ce n'est pas que les gens se sont reproduits comme des lapins, mais bien plutôt qu'ils ont cessé de mourir comme des mouches [27]. »

En termes historiques, ce développement est connu sous le nom de « transition démographique », qui fait l'objet de la figure 12 [28]. Dans une société agricole traditionnelle, les revenus sont faibles et la mortalité élevée. Cependant, les enfants travaillant pour subvenir aux besoins de leurs parents âgés rapportent plus qu'ils ne coûtent, ce qui explique le taux de natalité élevé. Avec des conditions de vie, de santé et d'hygiène améliorées et une prospérité économique générale, le taux de mortalité chute. La transition vers une économie plus urbaine et développée fait que les enfants ont plus de chances de survivre et donc commencent à coûter plus qu'ils ne rapportent, faisant des études, travaillant moins et confiant la garde de leurs parents à des institutions spécialisées. Conséquence : le taux de natalité baisse [29]. Dans l'écart existant entre les taux de mortalité et de natalité décroissants, la population augmente. Dans le cas de la Suède, elle a été multipliée par cinq [30].

Actuellement, nous constatons une tendance similaire dans les pays en voie de développement, où le taux de mortalité a chuté considérablement et où le taux de natalité commence à baisser. Au Sri Lanka, cette tendance est évidente sur la figure 12, où on prévoit que la population sera multipliée par six avant de se stabiliser vers 2030 [31]. L'ONU estime que dans les pays en voie de développement, les femmes auront en moyenne 2,1 enfants, ce qui représente une reproduction stable [32], d'ici à 2045-2050 [33]. Actuellement, le taux de reproduction dans les pays en voie de développement est de 3,1 enfants, un taux déjà inférieur à ce qu'il était aux États-Unis et en Australie dans les années 60 ou au Danemark au début des années 20 [34].

La population mondiale va continuer de croître encore quelque temps après 2035 car les chiffres de la population ont leur propre « dynamique ». Même quand le taux de natalité aura atteint le niveau de remplacement de 2,1 enfants par femme, il y aura plus de jeunes que de vieux dans la population. À leur tour, ils mettront au monde 2,1 enfants, qui créeront eux aussi une légère prépondérance des jeunes, etc.

Cette dynamique est déjà aujourd'hui la cause première de la croissance démographique : on prévoit un accroissement de la population mondiale de 3,3 milliards dans les 50 prochaines années, mais même si la fécondité mondiale descendait instantanément jusqu'au niveau de remplacement, l'accroissement serait quand même d'environ 2,3 milliards [35].

Figure 13 – Prospection de l'augmentation de la population mondiale en valeur absolue et en pourcentage, 1950-2050, La baisse spectaculaire entre 1959 et 1962 est due au « grand bond en avant » de la Chine, qui a conduit à une famine catastrophique et a coûté la vie à près de 30 millions de personnes (WFS 1996 : 3 : 3,15). Prévisions de 2001. (Source : USBC 2001 a.)

Comme le montre la figure 13, au début des années 60, la croissance de la population mondiale culminait à juste un peu plus de 2 % par an. Depuis, elle a baissé à 1,26 % et il est prévu qu'elle baisse encore jusqu'à 0,46 % d'ici à 2050. Mais même ainsi, la croissance absolue de la population n'a culminé qu'en 1990, année où près de 87 millions d'individus sont venus s'ajouter à la population mondiale. Aujourd'hui, la croissance est d'environ 76 millions par an et aura chuté à environ 43 millions d'ici à 2050 [36].

L'ONU calcule régulièrement combien nous sommes sur terre et combien nous serons dans l'avenir. Ces chiffres ont été revus à la baisse de 1,5 milliard pour 1994, 1996 et 1998 et à la hausse de nouveau d'un demi-milliard pour l'an 2000, en raison des variations de la baisse de fécondité dans différents pays [37]. Les dernières prévisions à long terme datant de 2000 apparaissent sur la figure 11 [38]. Celle-ci montre qu'il y aura presque 8 milliards d'individus sur terre d'ici à 2025 et environ 9,3 milliards d'ici à 2050. On estime que la population mondiale se stabilisera à un peu moins de 11 milliards en l'an 2200 [39].

p. 93

La contribution des pays industrialisés à la population mondiale va continuer à baisser. Après avoir augmenté au cours des siècles précédents, elle est descendue y de 32 % en 1950 à 20 % aujourd'hui, et poursuivra sa baisse jusqu'à atteindre 13 % en 2050 [40].

p. 94

Surpopulation

Nous entendons souvent parler de la surpopulation de la Terre. Elle est souvent illustrée par de grandes photos de foules bigarrées, denses et compactes ou de stations de métro bondées [41].

Dans La Bombe P (Fayard, 1968), son best-seller sur l'explosion démographique, le célèbre biologiste Paul Ehrlich écrit :

« Psychologiquement, l'explosion démographique est d'abord assimilée à une nuit torride et puante à Delhi. Les rues grouillent de gens. Des gens qui mangent, qui se lavent, qui dorment, qui travaillent, discutent et crient. Des gens qui passent les mains à travers les vitres des taxis pour mendier. Des gens qui défèquent. Des gens qui urinent. Des gens qui se cramponnent à l'extérieur des bus. Des gens qui mènent des animaux à travers les rues. Des gens, encore des gens, toujours des gens [42]

Toutefois, le problème n'est pas le nombre d'individus en tant que tel. La plupart des pays avec la plus forte densité de population se trouvent en Europe. La région du monde la plus peuplée, le Sud-Est asiatique, a la même densité de population que le Royaume-Uni. Les Pays-Bas, la Belgique et le Japon ont une densité de population bien plus élevée que celle de l'Inde et, proportionnellement à leur superficie, l'Ohio et le Danemark sont plus peuplés que l'Indonésie [43].

Aujourd'hui, Ehrlich et d'autres partagent cet avis. Néanmoins, deux autres interprétations de la surpopulation commencent à se faire entendre. L'une d'elles évoque des images de familles affamées, vivant à l'étroit dans des conditions misérables et mourant prématurément [44]. De telles images sont fidèles à la réalité mais sont la conséquence de la pauvreté et non de la densité de population. Nous évoquerons la pauvreté par la suite.

p. 95

On dit souvent que la vie urbaine n'est pas d'une grande qualité. Un ouvrage classique sur l'environnement affirme que « dans les pays riches comme dans les pays pauvres, un grand nombre de gens ne peuvent être logés confortablement. Les gens vivent dans des conditions déplorables sans eau potable ni assainissement [45]». Cet argument est inexact. S'il est avéré, d'après les normes occidentales, que l'on vit pauvrement dans les bidonvilles, le fait est que les habitants de ces bidonvilles vivent mieux que s'ils étaient restés en zone rurale [46].

Dans les régions où la densité de population est la plus élevée, les maladies infectieuses les plus graves, telles que la malaria et la maladie du sommeil, posent d'autant moins de problèmes que les immeubles sont rapprochés, ce qui supprime les marécages où moustiques et mouches se reproduisent. De plus, les réseaux d'adduction d'eau, les égouts et les services d'hygiène sont nettement meilleurs en zone urbaine que rurale [47]. Il est beaucoup plus facile d'accéder à l'éducation à la ville — dans la plupart des pays en voie de développement, il y a une différence de plus de 10 % en matière d'éducation entre ville et campagne — et les citadins sont généralement mieux nourris [48].

À vrai dire, ce sont les zones rurales qui contribuent le plus, et de loin, au problème de la pauvreté dans le monde [49]. Les agglomérations et les villes, elles, sont des centres de pouvoir qui produisent une plus grande croissance économique. Les zones urbaines dans les pays en voie de développement produisent 60 % du PIB avec un tiers de la population seulement. L'Institut de ressources mondiales (IRM) conclut clairement que « les villes se développent parce que dans l'ensemble, elles procurent des avantages sociaux et économiques plus importants que les zones rurales [50]».

2. Espérance de vie et santé

p. 97

Le propos essentiel de ce chapitre est de montrer à quel point la vie et la santé se sont sensiblement améliorées au cours des deux derniers siècles : on vit plus vieux et en meilleure santé. C'est l'un des grands miracles de notre civilisation.

Espérance de vie.

Jusqu'à l'an 1400 environ, l'espérance de vie était étonnamment courte — un nouveau-né n'avait que 20 à 30 ans d'espérance de vie en moyenne [51]. À cette époque, la mortalité infantile était incroyablement élevée : seul, un enfant sur deux survivait au-delà de sa cinquième année [52].

Concernant les débuts de l'histoire de humanité, nous avons peu ou pas de statistiques précises sur lesquelles nous appuyer, aussi les chiffres sont-ils basés sur l'observation des squelettes et les extrapolations mathématiques de la croissance de la population. Certaines des études les plus fiables des squelettes de l'âge de pierre en Afrique du Nord indiquent une espérance de vie de 21 ans au plus. Nous savons, d'après les recherches effectuées dans les tombes sur les momies et les squelettes, qu'un citoyen de la Rome antique vivait en moyenne 22 ans [53].

La figure 15 nous montre l'évolution de l'espérance de vie en Angleterre pendant la plus grande partie du second millénaire. On voit bien que la durée moyenne de vie était de 30 et quelques années, entre 1200 et 1800, avec une exception : la Peste noire, au XIVe siècle, qui fait baisser l'espérance de vie des nouveau-nés à 18 ans [54]. De plus, il faut savoir que les statistiques de 1200 à 1450 sont établies d'après le recensement des propriétaires mâles, ce qui probablement fait surestimer la longévité de la population moyenne [55].

Figure 15 – Espérance de vie à la naissance pour les propriétaires terriens mâles en Angleterre, entre 1200 et 1450, et pour les deux sexes, en Angleterre et au pays de Galles ou au Royaume-Uni, entre 1531 et 1998 [56]. (Source : Russell 1978 : 47, Wrigiey et Schofield 1981 : 230, Keyfitz et Flieger 1968 ; Flora et al. 1987 : 108, Banque mondiale 1999a, 2000c. L'espérance de vie aux États-Unis entre 1849 et 1998 est très similaire, USBC I975 : 56, Banque mondiale 1999a, 2000c.)

À partir de 1541, nous avons de bien meilleures informations au niveau national pour les deux sexes, fournies par de larges extraits des registres des paroisses. La durée de vie moyenne passe à 35 ans environ, fléchissant légèrement jusqu'en 1700 pour remonter doucement jusqu'à 1850, fluctuations passagères dues aux disettes épisodiques, aux épidémies et à l'inefficacité des réseaux de distribution des produits alimentaires [57]. Après 1850, l'espérance de vie est montée en flèche. Durant les 150 années qui suivirent, l'augmentation fut prodigieuse. Elle passa pratiquement du simple au double.

L'évolution fut la même dans la plupart des pays industrialisés. En France, l'espérance de vie était en 1800 d'environ 30 ans [58]. Au Danemark, elle tournait autour de 44 ans en 1845 [59]. Tous les pays sont arrivés à une espérance de vie de plus de 70 ans, avec une moyenne de 77 ans pour les pays industrialisés [60]. En revanche, l'espérance de vie dans le reste du monde était encore très basse au début du XXe siècle. On estime généralement qu'en 1900 elle était toujours de 30 ans environ pour la moyenne mondiale [61]. En 1950, les gens vivaient en moyenne 46,5 ans et, en 1998, jusqu'à 67 ans [62]. Ainsi l'espérance de vie a plus que doublé en un siècle.

p. 99

Espérance de vie dans le monde en voie de développement.

Figure 17 – Pourcentage d'individus avec leur espérance de vie maximum en 2000. (Source: PNUD 200le [63].)

Il reste encore beaucoup à faire pour améliorer la situation en Afrique en matière de prévention du sida mais aussi, comme nous le verrons plus loin, en matière de nutrition et de production économique. Mais l'essentiel est de souligner que plus de 85 % de la population mondiale peut espérer vivre au moins jusqu'à 60 ans, en moyenne plus de deux fois plus longtemps que ce à quoi les gens pouvaient aspirer il y a à peine un siècle. Un progrès inimaginable.

p. 101

Mortalité infantile.

L'amélioration de l'espérance de vie est essentiellement due à une chute impressionnante de la mortalité infantile. La raison principale pour laquelle nous vivons beaucoup plus longtemps qu'il y a cent ans n'est pas que nous mourons plus âgés mais que beaucoup moins de gens meurent prématurément. De 1900 à nos jours, l'espérance de vie des nouveau-nés de sexe féminin, aux États-Unis, a augmenté de presque 32 ans (passant de 48 à presque 80 ans) tandis que celle d'une personne de 60 ans a connu une hausse plus modeste de 7,8 ans [64].

Figure 18 – Mortalité infantile pour 1000 naissances viables en Suède, de 1750 à 1998, avec une tendance lissée sur neuf ans. (Source : Mitchell 1975 : 127-32, Banque mondiale 1999a, 2000c.)

p. 103

La maladie.

Nous vivons plus longtemps, mais sommes-nous plus souvent malades? Absolument pas. Généralement, nous avons acquis une meilleure santé au fil des siècles.

Nous avons souvent une impression tout à fait fausse de ce qu'était la vie autrefois. Elle est véhiculée par des films mettant en scène des personnages qui, bien que vêtus salement, vivent en parfaite harmonie avec la nature.

Malheureusement, la réalité était tout autre au XVIIIe siècle, comme l'explique ici Lawrence Stone, historien réputé de l'université de Princeton :

« L'ignorance quasi totale d'hygiène personnelle et collective faisait que l'eau et la nourriture étaient sources constantes de contamination...

Ces conditions sanitaires primitives déclenchaient continuellement des infections bactériennes gastriques, dont la plus redoutable était la dysenterie, qui emportait de nombreuses vies sans distinction de sexe ni d'âge, en l'espace de quelques heures ou de quelques jours. Provoqués par un régime alimentaire déséquilibré chez les riches et par la consommation de nourriture avariée ou insuffisante chez les pauvres, les problèmes gastriques de tous ordres étaient chroniques. La fréquence de vers intestinaux... était une maladie lente et répugnante qui minait la population et la maintenait en mauvaise santé... Dans les régions marécageuses dépourvues d'assainissement, la malaria sévissait de manière récurrente et affaiblissait la population... [et] peut-être encore plus terrible, il y avait la force lente, inexorable et destructrice de la tuberculose... Pour les femmes, l'accouchement était une épreuve très dangereuse... [et enfin] il y avait la menace constante de mort accidentelle par négligence, imprudence ou due aux animaux comme les chevaux — qui semblent avoir été au moins aussi dangereux que les automobiles — ou d'éléments comme l'eau, etc.

On oublie que peu d'adultes étaient à la fois en bonne santé et séduisants, sans parler de l'odeur ni de la saleté qui étaient tout à fait courants... Hommes et femmes ont souvent dû avoir des haleines fétides à cause de dents gâtées, de maux d'estomac constants dont on trouve mention dans de nombreuses archives, tandis qu'ulcères purulents, eczéma, croûtes, plaies suppurantes et autres maladies de peau étaient monnaie courante et duraient souvent des années [65]

Dans la lutte toujours actuelle entre la santé et la mort, nous pouvons identifier certains événements essentiels qui réduisent les taux de mortalité. D'abord, les niveaux de vie plus élevés de la fin du XVIIIe siècle ont permis de mieux se nourrir, mieux se vêtir et se loger et donc d'avoir une plus grande résistance à la maladie. En outre, les nouvelles conditions de vie, par exemple la plus grande proximité dans laquelle les gens vivent, ont entraîné une évolution des agents pathogènes, qui ont souvent perdu de leur virulence [66].

De plus, l'amélioration de l'hygiène publique, des réseaux d'adduction d'eau et d'assainissement, de l'éducation en matière d'hygiène et les mesures de quarantaine de la fin du XIXe siècle ont favorisé la diminution des maladies infectieuses [67]. Enfin, au XXe siècle, l'amélioration des traitements médicaux s'est accompagnée d'un large éventail de technologies nouvelles pour lutter contre la maladie [68]. Pendant les deux derniers siècles, nous avons donc connu un déclin notable des taux de mortalité et une amélioration de l'espérance de vie.

Figure 20 – Fréquence des maladies infectieuses et non infectieuses aux États-Unis entre 1900 et 1998, taux de mortalité brut pour 100 000. Les maladies infectieuses comprennent la pneumonie et la grippe, la tuberculose, le sida et autres infections. Le pic prononcé de 1918 correspond à l'épidémie de grippe espagnole qui a fait 20 millions de victimes dans le monde entier, dont 500 000 personnes aux États-Unis. (Source : Armstrong et al. 1999, Martin et al. 1999 : 27-8, CDC 1999a : 622.)

p. 108

Un autre indicateur de la santé d'une population est la taille de ses citoyens. La taille est étroitement liée à la santé et à une alimentation adéquate de l'état d'embryon jusqu'à celui d'adulte, et des citoyens de plus grande taille peuvent être le signe de meilleures normes de santé. Les individus de grande taille ont un taux de mortalité relativement moins élevé (mais ce seulement jusqu'à la taille d'environ 1,92 m !) [69]. Et en regardant la figure 22, on voit que nous sommes devenus de plus en plus grands en l'espace des deux derniers siècles [70].

p. 109

Conclusion.

On peut dire que, d'une façon générale, la santé des êtres humains s'est considérablement améliorée durant les deux derniers siècles. On vit deux fois plus longtemps qu'il y a un siècle et cette évolution s'est produite dans les pays industrialisés comme dans les pays en voie de développement. Dans les deux cas, la mortalité infantile a chuté de plus de 50 %.

Cela ne doit pas nous faire oublier les drames actuels : l'épidémie de sida en Afrique et les améliorations fondamentales qui sont encore possibles pour le tiers-monde. Mais, dans l'ensemble, la vie et la santé sur cette planète se sont considérablement améliorées.

3. Besoins alimentaires et faim dans le monde

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4. Prospérité du Quart Monde

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5. Forêts

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6. Ressources énergétiques

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7. Épuisement des ressources naturelles

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8. Accès à l'eau potable

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9. Pollution de l'air et de l'eau

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10. Gestion des déchets

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11. Santé publique et produits chimiques

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12. Biodiversité

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13. Réchauffement de la planète

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14. Progrès technologique (OGM)

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Le message de ce livre

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[1] Bjørn Lomborg, L'écologiste sceptique, Éditions Le Cherche Midi, © 2004 (750 pages).

Pollution atmosphérique, épuisement des ressources naturelles, déforestation : la planète court-elle à sa perte? Non, répond Bjørn Lomborg. À rebours des discours écologistes alarmistes, ce scientifique danois, statisticien et ancien membre de Greenpeace, clame haut et fort que la planète va mieux. Chiffres à l'appui, il démontre avec précision que, globalement, la qualité de l'air est meilleure et que les habitants des pays en voie de développement meurent moins de faim aujourd'hui qu'hier. Mais attention, affirmer que les choses vont mieux ne veut pas forcément dire qu'elles vont bien...

Événement mondial, L'écologiste sceptique est un ouvrage iconoclaste et exemplaire pour qui veut connaître le véritable état de la planète, à l'heure où la controverse fait rage au sein d'une partie de la communauté scientifique.

Bjørn Lomborg est professeur associé de statistiques dans le département de sciences politiques de l'université d'Aarhus au Danemark et directeur de l'Institut danois d'évaluation de l'environnement. Traduit dans de nombreux pays, son livre a fait l'objet de différents débats et films. (diffusés en France sur Arte)

[2] Jusqu'à 2000, Lester Brown était président du Worldwatch Institute dont il est maintenant président du conseil et premier chercheur.

[3] Naturellement, il existe nombre d'autres articles et rapports sur l'environnement qui sont meilleurs d'un point de vue académique (par ex. les nombreux rapports de l'ONU, de l'IRM [Institut des ressources mondiales] et de l'EPA, ainsi que ceux de la recherche fondamentale auxquels j'ai souvent recours dans ce livre et que l'on trouve dans la bibliographie).

[4] Hertsgaard 2000.

[5] Scott 1994 : 137.

[6] Linden 2000.

[7] New Scientist 2001 : 1.

[8] Le terme de « litanie », ainsi que la description qui suit, est de Régis (1997).

[9] J'entends souvent dire que personne ne fait plus de telles déclarations, mais une description presque identique était la ligne directrice du magazine Time pour sa présentation de l'état de la nature dans son édition spéciale de 2001 : « Tout au long du siècle dernier, la race humaine a fait tout ce qui était en son pouvoir pour dominer la nature. Nous avons condamné des cours d'eau, abattu des forêts et appauvri les sols. La combustion des énergies fossiles qui avaient mis des millénaires à se former a envoyé dans l'atmosphère des milliards de tonnes de gaz à effet de serre, altéré la composition chimique de l'atmosphère et sensiblement réchauffé la planète en quelques dizaines d'années. Et, tandis que notre population comptait plus de six milliards de personnes en l'an 2000 et continuait à se répandre sur les continents, des dizaines d'espèces de la flore et de la faune s'éteignaient chaque jour, dont le colobus rouge de Miss Waldron, premier primate à disparaître en plus de cent ans.

« Au début du XXIe siècle, certains signes qui ne trompent pas étaient annonciateurs de catastrophes : l'exploitation de la planète atteignait ses limites et la nature allait prendre sa revanche. La glace fondant dans les régions polaires indiquait un rapide changement de climat. La météo était encore plus capricieuse que d'habitude, avec trop de pluie à certains endroits et trop peu à d'autres. Des incendies ravagèrent l'ouest des États-Unis l'été dernier, et de récentes tempêtes dévastatrices s'abattirent sur la planète depuis la Grande-Bretagne jusqu'à Taïwan. On ne pourrait imputer à aucun événement en particulier le réchauffement climatique mais selon les spécialistes, l'effet de serre provoquera une multiplication et une aggravation des inondations et des sécheresses. Le climat plus chaud a déjà provoqué une augmentation des maladies tropicales telles que la malaria et la fièvre jaune. D'autres signes alarmants émanent d'une planète surchargée : la chute des récoltes de céréales et de la pêche et une lutte plus féroce pour des réserves d'eau qui se raréfient. » Anon. 2001b.

[10] Les déclarations les plus concentrées qui présentent peut-être le meilleur exemple de la litanie viennent du livre Our Anery Earth d'Isaac Asimov et Frederik Pohl (1991 : 9) : « Il est déjà trop tard pour sauver notre planète. Trop de mal a déjà été fait : les terres cultivées sont devenues désertiques, les forêts ont été abattues et transformées en friches, les lacs ont été empoisonnés et l'air est plein de gaz nocifs. Il est même trop tard pour nous sauver nous-mêmes des effets d'autres processus dangereux, car ils sont déjà déclenchés et se poursuivront fatalement. La température continuera à monter dans le monde entier. La couche d'ozone continuera à se trouer. La pollution affectera ou tuera de plus en plus d'êtres vivants. Toutes ces choses sont déjà allées si loin qu'elles ne peuvent qu'empirer avant de s'améliorer. Le seul choix qui nous reste est de décider jusqu'à quel point nous voulons qu'elles aillent. »

[11] Il est impossible d'examiner tous les domaines importants, mais je crois que ce livre couvre la majorité d'entre eux, et le débat en Scandinavie n'a pas abordé de champs nouveaux significatifs. Les nouvelles suggestions sont cependant toujours les bienvenues.

[12] Cette affirmation ainsi que les suivantes seront étayées par des documents dans les chapitres à venir.

[13] À proprement parler, cela n'est pas vrai parce que de mieux en mieux a une connotation éthique (qu'est-ce que mieux?) mais ne donne généralement pas lieu à controverse, par exemple est-il mieux pour un bébé d'avoir une chance de survie ou non? La différence entre « est » et « devrait être » présentée ici a ses origines chez David Hume (1740 : 468-9).

[14] WFS 1996 : I tableau 3 ; FAO 1999c : 29.

[15] [Commission mondiale sur l'environnement et le développement (présidée par Mme. Gro Harlem Brundtland), Notre avenir à tous, Les Éditions du Fleuve © 1988. (aussi connu sous le nom de Rapport Brundtland)]

[16] L'argument suivant s'appuie sur Simon 1995 : 4 et suiv.

[17] IRM 1996a : 105.

[18] Par ex. Easterlin 2000.

[19] Bien que ce ne soit pas toujours le cas (PNUD 1996a : 5), les simples indicateurs de richesse tels que le PIB par habitant sont, de manière inattendue, souvent étroitement liés aux critères tels que l'espérance de vie, la mortalité infantile et l'illettrisme ainsi qu'aux droits civiques et politiques (Dasgupta et Weale 1992 ; Pritchett et Summers 1996).

[20] PNUD 1998.

[21] Banque mondiale 1998b : Tableau 1.2.

[22] L'ONU a fixé au 12 octobre 1999 cet événement (UNFPA 1999), même s'il est évident que c'est bien trop précis quand on sait que les incertitudes sur le nombre d'habitants d'un pays comme le Nigeria sont toujours de l'ordre de dizaines de millions (Okolo 1999).

[23] La plupart des estimations sont tirées du rapport 2000 de l'ONU sur l'évolution de la population mondiale (PNUD 2001a-c). L'ONU utilise plusieurs hypothèses différentes concernant l'évolution de la fécondité, une optimiste (basse), une pessimiste (haute) et une « entre les deux » (appelée variante moyenne). En accord avec la plupart des ouvrages, je me réfère ici aux chiffres de la variante moyenne.

[24] Chiras 1998 : 131.

[25] [note(8) Fig.11] À noter que la prospective à long terme (PNUD 1998b) est basée sur la révision de 1996 (PNUD 1998a) qui est comparable à la nouvelle révision de 2000 (PNUD 2001a).

[26] Les chiffres présentés ici concernent la fécondité totale, c'est-à-dire le nombre d'enfants qu'une femme peut mettre au monde durant sa vie si elle suit le modèle courant. Pour une population stable, il faut une fécondité totale d'un peu plus de deux enfants (car certains mourront avant d'avoir eux-mêmes des enfants). Cela est mesuré par le Taux de fécondité total, TFT (Heilig 1996). En 1950 le TFT dans les pays en voie de développement était de 6,16 ; pour la période 1995-2000, il est estimé à 3,00 et pour 2000 à 2005, à 2,80 (PNUD 1999a : I : 12).

[27] Conseiller ONU Peter Adamson, cité dans Miller 1998 : 293.

[28] Par exemple Berry étal. 1993 : 57 et suiv.

[29] La chute de la fécondité a bien d'autres causes, en particulier la plus grande indépendance des femmes, suite à une meilleure éducation et à une législation plus favorable, qui les fait renoncer à avoir plus d'enfants au profit de leur carrière ou d'une augmentation de leur temps libre. Voir Dasgupta 1995 et Gallagher and Stokes 1996.

[30] De 1,781 million en 1750 (Mitchell 1975 : 23) à 8,910 millions en 2000 (PNUD 1999a : I : 386). Dans une analyse de la fécondité chez les Suédois sur les 250 dernières années, Eckstein (1999 : 164) « a observé que les augmentations de salaires et la baisse de la mortalité infantile étaient pour une grande part responsables de la baisse de la fécondité en Suède ».

[31] De 4,1 millions en 1911 (Mitchell 1995) à 23 millions en 2030 (USBC 2001a).

[32] Le taux de stabilité est légèrement supérieur à 2 enfants par couple, car certains de ces enfants n'auront pas d'enfants eux-mêmes (soit par choix, soit parce qu'ils seront morts avant d'atteindre l'âge d'en avoir).

[33] PNUD 2001a : 2.

[34] TFT pour les pays en voie de développement, PNUD 2001a : 4, pour les États-Unis 3,314 en 1960-65, pour l'Australie 3,27 ; PNUD 1999a : I : 418, 84, et le Danemark avait un TFT de 3,3 en 1920 (Statistiques Danemark 1995 : 8).

[35] PNUD 2001a : 1, 1999a : XI, 10.

[36] La croissance a culminé en 1964 à 2,167 % pour l'ensemble de la planète et à 2,624 % pour les pays en voie de développement (USBG 2000).

[37] Pour l'année 2050, les prévisions sont passées de : 9 833 millions (révision de 1994) à 9 366 millions (révision de 1996), à 8 909 millions (révision de 1998) et maintenant à 9 322 millions (IRM 1996a, IRM 1998a, PNUD 1999a : I : 8, 2001a : 1).

[38] Malheureusement, on a tendance à ne montrer que la progression croissante de la population jusqu'en 2000, donnant l'impression d'un accroissement de la population incontrôlé, par ex. : Gore 1992 : 32-33, Burne : 1999 : 104.

[39] De nouveau, en utilisant la projection à long terme de 1998, qui est fondée sur la révision de 1996, et qui ressemble beaucoup à celle de l'année 2000, PNUD 1998b.

[40] PNUD 2001a : 1, voir Bailey 1995 : 12. USBC 2000.

[41] Par ex. : Porrit 1991 : 116, Time 1997 : 31.

[42] Ehrlich 1968 : 16.

[43] Les numéros 1 sont Hong Kong avec une densité de population de 5 952 habitants au km2 et Singapour avec 4 817. Le premier pays en tant que tel est le Bangladesh avec 832 hab/km2, suivi par l'île Maurice et la Corée, après lesquels viennent la Hollande, qui est n° 6 avec 414, la Belgique n° 8 avec 332, puis n° 9 : le Japon avec 331, n° 10 : l'Inde avec 283. L'Asie du Sud a 242 hab/km2, alors que le Royaume-Uni en a 239, le Danemark 121, l'Ohio 106, et l'Indonésie 101 (Banque mondiale 1997a : tableau 1, USBC 1999a : 29). Bien qu'il ne faille pas y voir de lien de cause à effet, il s'avère qu'une analyse rétroactive de tout l'ensemble des données montre un lien positif et non négatif entre la densité de population et le PIB par habitant.

[44] Bailey 1995 : 15.

[45] Chiras 1998 : 133. Il continue : « Les problèmes sociaux sévissent. La promiscuité dans les centres urbains joue un rôle important dans une quantité de maux sociaux, mentaux et physiques. Beaucoup de psychologues sociaux affirment que le divorce, les maladies mentales, l'abus d'alcool et de drogue et les troubles sociaux résultent en partie du stress créé par le surpeuplement... Les expériences réalisées avec des animaux tendent à étayer la thèse selon laquelle le surpeuplement n'est pas une condition de vie saine. » (Le même argument est défendu par Cunningham et Saigo 1997 : 129-130.) Être soumis au surpeuplement diminue le bien-être psychologique (par ex. Fuller et al. 1996), mais cela ne dépend pas essentiellement du nombre physique de gens dans une ville mais plutôt de la richesse exprimée en nombre de pièces par personne qui, nous le verrons, a augmenté au fil du temps (figure 38, p. 137). De plus, ces études tendent à mettre systématiquement en évidence les problèmes plutôt que les opportunités de la ville (par ex. : Verheij 1996 : Simon 1996 : 464 : pour un exemple clair, voir FNUAP (Fonds des Nations unies pour les activités en matière de population 1996 : chapitre 2).

[46] Miller 1998 : 313 : « En dépit du chômage, de la misère, du surpeuplement, des dangers de l'environnement et des maladies qui sévissent, la plupart des gens qui vivent dans des "squats" ou dans des bidonvilles sont mieux lotis que les pauvres en zones rurales. » Bien sûr, le sort des nouveaux venus dans les bidonvilles n'est pas comparable à celui de la population rurale moyenne, mais sans doute beaucoup d'entre eux ont quitté la campagne parce que leurs conditions de vie y étaient moins bonnes que la moyenne. Voir par ex. Swar et Kassim 1997 : 1 532 pour un essai partiellement raté.

[47] 89 % des citadins sont approvisionnés en eau potable, par rapport à seulement 62 % des populations rurales, et pour l'assainissement, les chiffres sont de 79 % contre 25 % (UNICEF 2000 : 95 ; voir Banque mondiale 1994 : 6, 27). Pour l'accès moindre aux services d'hygiène dans les zones rurales, voir Banque mondiale 1999c : 26.

[48] Plus des deux tiers des 44 pays étudiés ont montré une différence de plus de dix points en pourcentage (UNICEF 1997 : 39). Pour les villes souffrant le moins de malnutrition, voir Haddad et al. 1999 : 21.

[49] Naylor et Falcon 1995 : 507 ; voir aussi Haddad et al. 1999 : 18.

[50] IRM 1996a : 10, voir The Econmist, 31 décembre 1999 : 27 et suiv.

[51] Preston 1995 : 30 ; Acsadi et Nemeskeri 1970.

[52] La mortalité infantile se situait entre 440 et 600 pour 1 000 naissances viables (Hill 1995 : 38).

[53] Ce chiffre concerne un enfant romain de 1 an : l'espérance de vie d'un nouveau-né était donc encore plus courte. Cependant, comme il n'était pas courant à l'époque dans la Rome antique d'ériger des pierres tombales pour les enfants morts, l'estimation de l'espérance de vie des nouveau-nés est très difficile (Russell 1978 : 45). Ces données concernent les 400 premières années de notre ère (Boddn and KeUer 1998 : 91).

[54] Statistiquement parlant, la peste affectait surtout les jeunes — l'espérance de vie des trentenaires est restée constante à environ 22 années supplémentaires pendant toute cette période (Russel : 1978 : 47, 56). La faible espérance de vie du XIVe siècle est aussi corroborée par les archives tenues avec soin par les moines bénédictins de Canterbury, qui montrent qu'ils vivaient en moyenne 28 ans, bien que leurs conditions de vie fussent bien meilleures que celles du reste de la population. Si nous convertissons cela en espérance de vie pour l'ensemble de la population, nous arrivons à 22 ans à partir de la naissance (pour e20 = 28, e0 = 22 ; Hatcher 1986 : 28, 32). Cette conversion devrait être juste, car bien que mieux nourris et bénéficiant de meilleures conditions d'hygiène et de protection, ils vivaient aussi en vase clos, ce qui peut avoir favorisé la contagion parmi eux.

[55] Pas tellement parce qu'ils étaient propriétaires terriens, puisque le régime et les conditions de vie des classes supérieures n'étaient pas tellement meilleures que celles des paysans (Russel 1978 : 44), mais parce que c'étaient des hommes — les femmes avaient des vies beaucoup plus courtes étant donné les risques liés à l'accouchement et aux durs travaux des champs (Russel : 1978 : 45).

[56] La différence d'espérance de vie entre l'Angleterre et le pays de Galles et le Royaume-Uni entier est infime (de 0,2 an inférieure pour le Royaume-Uni en 1998, ONS 2000b : 60).

[57] Fogel (1989) précise que seulement 5 à 15 % de la mortalité excessive est due à un manque général de nourriture — la mauvaise distribution est de loin le facteur le plus déterminant rendant difficile l'acheminement de la nourriture depuis les endroits où elle est en surplus vers ceux où elle manque.

[58] Preston 1995 : 31.

[59] Statistiques Danemark 1995.

[60] Le Japon a même atteint 80 ans. (Banque mondiale 1997a : tableau 1).

[61] Preston 1976 : IX.

[62] Keyfitz and Flieger 1990 : 105 ; Banque mondiale 2000a : 233, 2000c.

[63] Espérance de vie en 2000 prise comme moyenne de l'espérance de vie pour la période 1995-2000 et 2000-2005.

[64] 48,3 ans en 1900 (USBC 1975 : I, 55) ; 79,7 ans pour 2000 (USBC 1999a: 93). Pour une personne âgée de 60 ans, la différence est calculée pour une femme de race blanche ayant une espérance de vie supplémentaire de 15,2 ans en 1900 et de 23 ans en 2000 (USBC 1975 : 1, 56, 1999a : 94).

[65] Citations de Stone 1979 : 62-64, 306.

[66] Haines 1995 : 58.

[67] CDC 1999b.

[68] Haines 1995 : 58 ; Porter 1997 : 426.

[69] Fogel 1995 : 66.

[70] Bien qu'à des époques plus lointaines, nous ayons été un peu plus grands et plus proches de la taille actuelle. Pour Londres, la taille des hommes est estimée à 170 cm pendant la préhistoire, 169 cm à l'époque romaine, 173 cm au temps des Saxons, 172 cm au Moyen Âge et pendant les règnes des Tudor et des Stuart, puis elle descend à 171 cm à l'époque géorgienne et à 166 cm à l'époque victorienne pour remonter seulement de nos jours à 175 cm. (Werner 1998 : 108).

[71] J

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