EXISTENTIALISME 

Jaspers

18831969

Psychiatre allemand

 Existentialisme transcendant

* L'ENGLOBANT *

L'englobant est Transcendance, forme ultime de l'existence individuelle.

L'Univers entier est chiffré.

La science est connaissance extérieure ; l'existence est connaissance intérieure.

Chacun dramatise sa vie par les situations limites pour accéder à l'existence.

La foi philosophique se distingue de la foi religieuse.

L'Englobant comporte 7 modes

L'Englobant est l'être lui-même, c'est-à-dire tout être individuel n'étant pas englobé par un autre.

  1. Le Dasein
    Simple présence matérielle de tout objet dans le monde, y compris le corps physique. C'est l'être-là — là où l'on se trouve soi-même — présence corporelle. Ce mode — le Dasein — ignore qu'il existe. En un mot, c'est la matière.

  2. La conscience en général
    D'abord subjective, puisqu'elle est rattachée à nous — unique sujet de la pensée absolue — et ensuite objective par les perceptions consensuelles partagées — notamment par les observations et descriptions scientifiques. L'Univers ne sait pas qu'il existe ; la conscience lui apporte l'existence.

  3. Esprit créateur de sens
    En tant qu'entité vivante participant aux idées fondatrices par l'imagination créatrice de sens. Sans l'esprit, le monde n'a aucun sens.

  4. Existence libre
    En tant que dasein confronté au monde, l'existence prolonge le sens de la vie au-delà de la mort. L'humain existe librement et peut donc transcender librement sa propre existence.

  5. Le monde
    Lieu et espace où tout existe et se produit, et auquel on a accès de quelque façon que ce soit, mais en tant qu'entité s'opposant à ce que je suis moi-même. Je suis dans le monde, mais je ne suis pas ce monde.

  6. La transcendance
    C'est l'englobant de l'englobant, fondement originaire de tout être. C'est le Dieu de Moïse, l'Être même, innommable, irreprésentable, au-delà de toute individualité, englobant la totalité. L'Être absolu ne peut être vu directement, mais il apparaît toujours sous forme de chiffre. Il n'est jamais ceci ou cela, il est tous les chiffres. Dit simplement, la transcendance est l'absolu que recherche tout homme.

  7. La raison
    Force génératrice de vérité unifiante agissant sur tous les autres modes. La raison assure la cohésion entre les modes de l'englobant

Les modes de l'Englobant sont engagés dans une lutte dynamique incessante. Chaque mode prend son sens des rapports avec tous les autres pour constituer la vérité. La non-vérité apparaît lorsqu'un mode s'isole et se pose en absolu.

Chiffre et communication

L'Univers entier est chiffré. Tout peut devenir chiffre : la nature, l'histoire, l'échec, les symboles du langage. Ainsi donc, tout est susceptible d'être déchiffré. C'est par le déchiffrement que les choses prennent sens ; celui-ci nous permet d'accéder à la transcendance. Le chiffre ne se révèle jamais entièrement ; comme Dieu, il conserve toujours une part de mystère, un sens caché, un aspect à révéler. Aussitôt déchiffrée, la chose redevient chiffre. Le chiffre est l'essence de toute chose.

Le langage est un outil de déchiffrement et de communication. Si le Dasein (l'être-là) commence avec le corps, l'existence commence à deux. Je ne peux accéder à l'existence qu'à travers l'autre qui y accède réciproquement. « Tout ce qui ne se réalise pas dans la communication n'existe pas. » (Introd. à la philosophie, p. 133.)

L'existence accède à la transcendance grâce aux chiffres (symboles à déchiffrer), qui sont le langage de la transcendance dans l'immanence. Par la lecture des chiffres, l'immanence apparaît comme transcendance.

Science extérieure vs existence intérieure

« L'homme est toujours plus que ce qu'il sait de lui » (inconscience), et davantage que ce que l'on connaît de lui (ignorance). C'est pourquoi la science est limitée dans la connaissance de l'homme puisqu'elle est objective. L'être ne peut être objectivé ; il a accès à la transcendance alors que la science s'arrête où celle-ci commence.

La connaissance scientifique et objective pose une limite fondamentale. En science, tout l'être se réduit à l'objectif, c'est-à-dire à ce qui peut être étudié de l'extérieur. Pourtant, je ne peux me connaître moi-même que de l'intérieur par l'existence.

Accès à l'existence (l'être-soi) par les situations limites

Au premier abord, l'humain vit toujours dans une sorte de somnolence tranquille où les choses, régies par l'habitude, semblent aller de soi. Un jour ou l'autre, il est soumis à des expériences particulières qui le confrontent à sa propre existence. L'existence s'appréhende dans l'expérience des situations limites que sont la mort, le combat, la souffrance, la faute, qui provoquent l'éveil. Ces épreuves font vaciller l'attachement aux conditions extérieures qui deviennent incertaines et menaçantes : l'individu est alors radicalement renvoyé à lui-même.

Lorsque je me demande « Qu'est-ce qui est réel, qu'est-ce que la réalité ? » je suis vite confronté aux limites des réponses empiriques ou scientifiques. Je dois alors choisir entre la résignation, le désespoir, ou en venir à la Transcendance. En choisissant la Transcendance, je confronte la limitation de ma propre liberté ; c'est alors que je ressens la véritable existence. L'existence constitue un déchirement entre notre présence dans le monde (Dasein (être-là)) et notre aspiration à la « transcendance ». « La décision philosophique fondamentale est la suivante : l'être qui — au niveau phénoménal de la réalité empirique — n'est pas, mais peut être et doit être, et décide par là dans le temps de son être éternel. »

Ce que l'homme peut être de façon authentique n'est pas encore donné avec son simple être-là (Da-sein) empirique, mais est la tâche qu'il doit accomplir dans sa liberté. L'existence (l'être-soi) est donc tout ce qui constitue essentiellement mon moi.

La foi philosophique

La foi qui repose sur l'autorité d'un guide (prêtre), d'une religion (l'Église) ou d'un courant populaire (marxisme, freudisme, racisme, nihilisme) est dogmatique, c'est-à-dire qu'elle repose sur une révélation. La foi philosophique se distingue en ce qu'elle provient de l'intériorité, de l'être individuel — l'être-soi — alors que la foi religieuse est constituée par des groupes autour d'institutions publiques extérieures.

La foi philosophique se base sur le principe d'une réflexion par soi-même, sur soi-même, librement engagée. Elle cherche à établir un rapport constant avec la transcendance. Le rapport à la transcendance de l'individu prend la forme d'une relation avec un Dieu impersonnel, intime, privé, et impossible à représenter. La foi philosophique diffère d'une personne à l'autre ; elle consiste à exercer un jugement sur soi-même, éclairé par la tradition culturelle dont on a hérité. Le jugement est une réflexion dynamique qui ne s'arrête jamais sur un dogme, mais se maintient toujours vivant et continuellement remis en question.

Après avoir tout raisonné et tout expliqué, le philosophe ressent qu'il subsiste encore un plus profond mystère. En dépassant le jeu des questions et des réponses que la recherche philosophique pousse à l'extrême, nous arrivons au silence de l'être.

Sources

Philo5
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