ont dit sur Jean Roscelin
Extrait de « Philosophe-minute » et de « Histoire de la philosophie 1 vol.2 »
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Les individus. Seulement les individus, seuls les êtres singuliers, existent et sont réels. Les espèces, comme la catégorie du cheval, ne sont que des façons de parler, que des appellations (flatus vocis). En réalité, il n'y a que des chevaux particuliers. Il ne faut pas expliquer le concret par l'abstrait mais faire l'inverse. (La pensée de Roscelin nous est connue par-les oeuvres d'Abélard.)
On a peu de chose de lui ; presque tout ce qu'on sait de son enseignement nous vient d'adversaires (comme saint Anselme, et Abélard, qui s'est détaché de son maître). Il est certain qu'il a soutenu la thèse nominaliste, ou plus précisément la « doctrine des voces » (sententia vocum), pour conserver l'expression d'Otto de Freising, dont le témoignage est corroboré par Abélard et Jean de Salisbury : genres et espèces sont des mots (voces), ou des « souffles », des « émissions de voix » (flatus vocis). Ils ne peuvent être des choses, car seuls sont des choses les individus ; un homme particulier est réel, le mot « homme » qui le désigne est réel, mais l'espèce « homme » n'a aucune réalité. En outre, si l'on en croit Abélard, Roscelin estimait que les parties d'un tout n'ont pas d'existence réelle : seul existe proprement le tout ; ce tout change de nature et de nom si on lui soustrait une partie, comme le dit Roscelin lui-même dans une lettre à Abélard. Il semble donc qu'à son interprétation de la logique corresponde une intuition philosophique que l'on retrouvera chez Abélard et Guillaume d'Occam : celle de la réalité exclusive et indécomposable de l'individu.
[1] George Ghanotakis, Philosophe-minute, Éd. LEI © 1996, page 82.
[2] Brice Parain, Histoire de la philosophie 1 vol.2, Éd. Gallimard © 1969, page 1293, texte de Jean Jolivet.