090608

Les 4 filtres de l'analyse philosophique

par François Brooks

   Introduction

1. Correction du langage

2. Cohérence du propos

3. Intérêt suscité

4. Ancrage idéologique

5. Exemplaire d'analyse philosophique

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Introduction

S'il écrit pour lui-même, l'auteur a toujours le loisir de rédiger librement ses articles sans suivre aucune règle. Cet exercice comporte déjà en soi une très grande valeur. Il permet à l'écrivain de se regarder l'esprit tel celui qui s'observe dans le miroir. C'est le premier pas de l'écriture : l'autofiction. On peut en rester là. Mais si on décide de se transmettre, il faut rendre nos écrits publics. Pour que ceux-ci passent la rampe, il faut éviter l'effet Tour de Babel où chacun parle pour soi sans arriver à rien transmettre. La consultation philosophique propose une analyse qui aide à formuler les textes de manière à ce qu'ils soient reçus favorablement dans l'arène publique.

L'analyse philosophique cherche à comprendre l'auteur qui se sert de la langue écrite comme médium de communication pour transmettre ses idées. Ce médium pose des limites contre lesquelles nous butons sans cesse. La maîtrise de la langue est très variable d'un auteur à l'autre. Son esprit se déroule dans la réflexion écrite qui apparaît telle que sa pensée se formule. Et nous savons combien celle-ci reste souvent obscure malgré une abondance d'écrits qui auraient pourtant dû nous la faire bien comprendre.

La langue est un instrument public alors que la pensée est le produit d'une réflexion personnelle. Il y a donc une confrontation permanente entre la signification publique du langage et la signification personnelle, privée, qui cherche à s'exprimer.

Évidemment, chacun prête sa propre lecture au texte qu'il a sous les yeux. Ceci est parfaitement légitime et constitue une sorte d'analyse en soi. Mais l'analyse, pour être utile à l'auteur, doit se faire au moyen de certains filtres qui vérifient l'ancrage chez les philosophes et doit sans cesse se justifier par ceux-ci, hors de l'interprétation personnelle du conseiller philosophique. Une analyse objective absolue est bien sûr impossible. Chacun y va de sa propre inspiration. Mais voici quelques balises qui vont nous guider pour essayer d'échapper à la subjectivité du conseiller et nous ramener aux racines, aux archétypes, qui doivent se révéler à travers son examen.

L'analyse philosophique se fait au moyen de 4 filtres : 1. la correction du langage, 2. la cohérence du propos, 3. l'intérêt suscité et 4. l'ancrage idéologique. Ces 4 filtres sont les questions qui sans cessent pilotent l'analyse du conseiller.

1. Les règles usuelles de la langue utilisée sont-elles respectées ?

a. Orthographe

b. Ponctuation

c. Grammaire

d. Structure de la phrase

Il serait bien sûr dérisoire de vouloir transmettre un message sans respecter les protocoles de communication. Le récepteur se demanderait sans cesse le sens qu'il doit donner à un assemblage de mots bricolés rapidement dans un code personnel. Si la pensée veut se transmettre, elle doit respecter un minimum de règles. Comme le français met à notre disposition une grammaire qui ajoute au texte suffisamment de redondance, quelques fautes peuvent se glisser sans nuire à une bonne transmission du message. Mais pas trop. Le strict respect des règles assure un minimum de brouillage.

2. Le texte présente-t-il des idées logiques et cohésives ? De plus, l'auteur est-il bien conscient des paradoxes qu'il suscite ?

  1. Afin d'échapper aux interminables confrontations et mésinterprétations vaudevillesques si chères aux esprits pointilleux, le discours doit d'abord respecter la logique élémentaire. Ainsi, il doit éviter d'affirmer le pareil et son contraire.

  2. Mais il y a plus : le texte ne doit, ni se contredire, ni même sembler se contredire. Il doit y avoir cohérence et apparence de cohérence. Zénon d'Élée nous l'a bien fait comprendre en démontrant avec une logique béton qu'Achille ne rejoindra jamais la tortue partie avant lui. Son discours est cohérent mais manque de cohésion. Il ne colle pas à la réalité.

  3. Aucun écrit ne peut se constituer sans poser au moins un paradoxe. Toute pensée repose sur au moins un mensonge fondateur (Gödel). La certitude absolue en philosophie correspond au mouvement perpétuel en science. L'auteur doit reconnaître les limites de ses raisonnements et les paradoxes qu'ils engendrent.

3. La forme est-elle respectée : structure, intérêt et aspect graphique ?

a. Le texte doit être présenté de manière à ce que le lecteur s'y retrouve. Table des matières, résumé, index et structure du document (1-Introduction, 2-sujet amené, 3-développement, 4-synthèse, 5-conclusion) sont des atouts précieux à la transmission des idées. À travers un assemblage de mots et de paragraphes, une structure cohérente doit apparaître pour qu'apparaisse le sens du texte.

b. La forme comprend aussi la nécessité d'intéresser le lecteur par de croustillantes anecdotes et de multiples liens servant à actualiser l'attention du lecteur, sans oublier bien sûr l'humour, universel lubrifiant de la communication. Combien de philosophes géniaux ne se sont-ils pas nui en négligeant cet aspect essentiel de leur travail sombrant dans le verbalisme et la logomachie !

c. De plus, l'aspect graphique assure la forme nécessaire d'une bonne transmission. Il faut chercher à maximiser la lisibilité par le choix d'une police appropriée, la disposition des paragraphes, les illustrations, la couleur etc.

4. Quel est l'ancrage philosophique ? Quelles sont les références ?

Ce dernier filtre est au cœur même de la consultation philosophique. Si nous sommes propriétaires de certaines de nos idées, la plus grande majorité trouve sa genèse ailleurs. À quoi bon réinventer la roue alors que, depuis 2500 ans, les philosophes nous en ont fabriqué d'excellentes qui sont bien connues et fonctionnent admirablement. Pourquoi ne pas nous jucher sur leurs épaules ? Les philosophes sont les archétypes de notre pensée occidentale. Une idée se transmet d'autant plus facilement que le texte est bien jalonné de références citant les archétypes où il prend source. Comme tout bon programmeur utilise une bibliothèque de routines usuelles, l'écrivain trouve son avantage à maîtriser les concepts des philosophes qui lui sont autant d'outils pour l'aider à formuler sa pensée, la transmettre et la propulser au-delà de l'opinion commune. Ainsi donc, reconnaissant ses origines, le penser par soi-même peut alors se manifester.

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5.  Exemplaire d'analyse philosophique [1]

Voici l'analyse philosophique du texte de M. Delplanque, élève de terminale, qui nous présente sa réflexion sur la religion.

Lisez d'abord la version originale.

Voyez ensuite l'analyse philosophique.

[1] Merci à M. Delplanque qui a aimablement prêté son texte.


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