Déterminisme et impunité

 Spéculations philosophiques 

 

François Brooks

2004-04-14

Essais personnels

 

Déterminisme et impunité

 

Celui à qui la morsure d'un chien donne la rage est assurément excusable, et cependant on a le droit de l'étouffer.

Spinoza Lettre à Oldenburg, 1776.

Le travail éloigne de nous trois grands maux : l'ennui, le vice et le besoin.

Voltaire, Candide ou l'Optimisme, 1759.

* * *

S'il est un système philosophique séduisant, c'est bien le déterminisme. En effet, c'est reposant de penser qu'il existe une logique universelle qui se passe de la volonté humaine et du libre arbitre. Plus besoin de combattre nos pulsions personnelles puisqu'elles sont naturelles. Tous mes agissements sont excusables puisqu'ils sont inscrits dans la nature, et que le Grand Maître de l'Univers a tout prévu, réglé, orchestré. Je ne suis qu'un pion sur l'échiquier de la vie et Dieu décide de tous mes mouvements, même les plus répréhensibles, puisque dans son omniscience, un mal apparent et ponctuel n'est qu'une étape passagère vers un but ultime irréprochable.

Cette philosophie, à l'état embryonnaire dans les oracles de l'Antiquité, fut ensuite partagée par les stoïciens, calvinistes, jansénistes et spinosistes. Elle n'a cessé de séduire selon les époques, tantôt à la sauce religieuse, tantôt à la sauce scientifique rationnelle. Mais elle a aussi provoqué chaque fois une levée de boucliers de penseurs qui craignaient que cette perspective n'engendre une débâcle d'immoralités. En effet, si le déterminisme excuse tout comportement, les tenants du libre arbitre perdent l'emprise sur la volonté humaine.

Dans une lettre à son ami Oldenburg, Spinoza dissout l'inquiétude en expliquant que celui qui devient enragé suite à la morsure d'un chien doit être excusé, mais qu'on n'en sera pas moins excusé de l'étrangler après ses méfaits. Ainsi donc, la débâcle d'immoralités se trouve stoppée par la crainte de conséquences néfastes.

Loin d'annoncer l'impunité, le déterminisme tente plutôt d'expliquer que les comportements humains sont une suite de causes et d'effets équilibrés.

Mais est-ce suffisant ?

Dans le délicieux roman Candide ou l'Optimisme, Voltaire pousse le raisonnement à la limite. Candide traverse la vie en passant par les plus horribles tragédies tout en essayant de donner raison à son maître Panglos qui lui a enseigné tout jeune que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Le philosophe conclut le roman en valorisant la frugalité, la famille et le travail plus que tout autre chose :
—Vous devez avoir, dit Candide au Turc, une vaste et magnifique terre ?
— Je n'ai que vingt arpents,
répondit le Turc ; je les cultive avec mes enfants ; le travail
     éloigne de nous trois grands maux : l'ennui, le vice et le besoin
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Philo5
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