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La Liberté
Comme nous sommes tous unis par la nature, nous sommes tous égaux et naturellement libres.
L'homme soumis à la sujétion court après la liberté.
Toute personne est libre de son consentement.
« Soyez résolus à ne plus servir, et vous voilà libres. »
La libération ne provient pas d'une conquête violente dirigée vers l'extérieur, mais du changement d'attitude intérieure face à la tyrannie et à l'habitude.
Elle s'opère par la non-collaboration : le choix délibéré d'échapper à l'asservissement par une passivité manifeste.
L'Habitude
L'habitude est le tout premier facteur d'asservissement. Elle anesthésie le désagrément de l'oppression.
Celui qui naît dans les fers et qui est nourri dans le servage considère son état comme naturel ; il perd le souvenir de sa liberté originelle.
L'accoutumance fait que l'« on ne regrette jamais ce qu'on n'a jamais eu. ».
Comme le peuple n'éprouve pas le désir de ce qu'il n'a jamais connu, il reste figé dans une passivité confortable.
L'habitude devient alors un obstacle presque insurmontable : elle dénature l'homme en lui faisant oublier qu'il possède, par droit de naissance,
une volonté souveraine.
Pour se libérer, on doit d'abord rompre les chaînes de l'habitude ;
on ne peut se révolter contre une privation que si l'on prend conscience de ce qui nous a été dérobé.
Le Tyran
Les courtisans ne peuvent compter sur le tyran puisqu'ils lui ont appris, par leur servilité, qu'il peut tout impunément, qu'il est au-dessus des lois et contraint à aucun devoir.
Sa seule volonté tient lieu de raison. Paré du prestige de toutes les dévotions, il obtient la soumission totale.
Pourquoi donc lui sont-ils soumis ?
Ils admirent l'éclat de la magnificence qu'ils lui ont projeté ; il est l'incarnation, le miroir de leur volonté d'élévation. Assoiffés de ses faveurs, ils s'approchent
du souverain comme le papillon approche la flamme qui va le brûler.
Le moindre privilège encage une loyauté indéfectible ; et la fidélité est d'autant plus empressée qu'ils
la conçoivent comme une loyauté à soi-même — transmissible de génération en génération, dans un cycle perpétuel qui leur fait croire à la grandeur par procuration.
Mais le Tyran ne leur donne que ce qu'il a reçu d'eux ; tout lui appartient parce qu'on lui a tout donné.
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