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21 août 2015 |
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Camaraderie philosophique [1] |
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Après s'être cantonnée à l'enseignement pendant des siècles, la philosophie sort de son cocon et envahit tous les domaines : thérapie, conseil, séminaires, ateliers de groupe, café philo, administration, philo pour enfants, etc. Chaque jour, de nouvelles pratiques s'élaborent. La dernière en date propose la camaraderie.
Larousse Lexis définit le
camarade
comme suit : Ainsi donc, la philosophie pourrait devenir une pratique généralisée. Mais attention, ce type de camaraderie est d'une exigence à laquelle nous ne sommes pas habitués. Quatre philopraticien-ne-s nous aident à comprendre en quoi consiste cette nouvelle pratique. F. B. |
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SOMMAIRE |
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En quoi la camaraderie philosophique est-elle originale ?
par Maria Joao Neves Vous est-il arrivé de rêver d'un voyage au quatrième siècle av. J.-C., d'entrer dans l'Agora et d'être chahuté par un dialogue philosophique ? N'avez-vous jamais, après un entraînement, bourré de dopamine énergisante, senti le besoin d'une marche en plein air en compagnie intelligente ? Et de penser alors quelle chance avaient les péripatéticiens... N'avez-vous jamais, en lisant le livre d'un de vos philosophes préférés, désiré lui parler, lui poser une question, et qu'il vous réponde ? Vous êtes-vous déjà senti épuisé, désappointé et malheureux avec toutes les limitations imposées par les concepts d'académie ? Vous êtes-vous déjà demandé, pendant que vos amis vous parlent des problèmes avec leurs enfants, leur patron ou partenaires : est-ce vraiment tout ce que l'amitié peut offrir ? Si vous avez répondu « oui » à l'une de ces questions, nous avons une bonne nouvelle : l'Agora du 21e siècle est accessible maintenant ! Vous y trouverez la « Camaraderie philosophique » — un endroit pour le partage de l'expérience philosophique qui manque à tant de personnes parmi nous !
Non, non, non... ce n'est pas la thérapie de groupe ni le coaching ni aucun autre truc Nouvel-Âge !
C'est de la philosophie ! Pourquoi, me demandez-vous ?
À cause de ces trois éléments principaux : « Jusqu'ici, rien à reprocher, » dites-vous, « mais ça ne semble pas si différent ni nouveau... » En quoi la camaraderie philosophique est-elle une pratique philosophique vraiment nouvelle ? 1. Forme — Les camarades entretiennent une relation symétrique, contrairement à la consultation philosophique ou aux cafés-philo où il y a toujours une relation hiérarchique entre le philosophe et le client, ou le philosophe et le participant du café-philo. En camaraderie, l'animateur est seulement primus inter pares. 2. Camaraderie — Les camarades se voient eux-mêmes comme partageant une tentative commune en tant que participants à la même réflexion, plutôt que de s'affirmer eux-mêmes en tant qu'individus isolés avec des buts différents. Ils n'argumentent pas ensemble, n'analysent pas les autres n'affirment rien de personnel contrariant les autres, mais complémentent et enrichissent les réflexions des autres. Chaque individu est donc concerné par ce qui arrive aux autres, et envers le groupe en tant que tout (Lahav 2015). 3. Expérience — Les camarades recherchent une expérience de compréhension significative atteinte au moyen d'une réflexion philosophique sur une question fondamentale de la vie. Cette compréhension n'est pas qu'intellectuelle, mais nous touche globalement au plus profond de notre être. C'est une expérience transformationnelle ; elle change notre état d'esprit, au moins temporairement (Lahav, 2015). La seule question qui reste, je pense, est : quand commençons-nous ? |
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par Carmen Zavala Réfléchir sur les questions pertinentes à partir d'une perspective philosophique est quelque chose que la plupart de nous aiment faire silencieusement et en paix, seul en soi-même. En même temps, il nous est évident que plus nous réfléchissons et argumentons principalement en soi-même, moins le résultat de notre recherche sera juste, vaste et/ou pertinent. Nous avons besoin de la voix nourrissante et des yeux des camarades philosophiques pour rester en contact avec la réalité et garder son acuité à tous les niveaux. Traditionnellement, ce besoin est comblé entre collègues universitaires lorsque nous publions les thèses défendant nos positions dans les débats publics. Dans les sessions de camaraderie philosophique que nous avons amorcées depuis quelques mois, nous tendons vers ce but de plusieurs façons. Nous proposons un questionnement et quelques exercices pour organiser et focaliser la réflexion. Un participant dit quelque chose que je pourrais penser hors de propos, hors contexte ou même incohérent. Mon réflexe conditionné consiste à dénoncer l'erreur. Mais la réflexion me pousse à réprimer l'urgence et à continuer plutôt à l'écouter. Mes observations ne mèneraient sûrement à rien. L'expérience montre que les autres ne changent pas d'avis ni n'admettent une faute simplement en leur opposant de bons arguments qui les pousseraient à revenir sur leurs positions. Les humains tendent plutôt à se défendre (même s'ils ne sont pas attaqués) et même à attaquer les autres lorsqu'ils sont critiqués. Mes commentaires ne feraient que nous faire perdre du temps dans un débat probablement hors sujet. Je continue plutôt à écouter ; quelque chose d'intéressant pourrait surgir, un aspect que je n'avais pas pensé en relation avec le sujet. Ceci me ramène aussi à la réalité : plusieurs gens voient effectivement les choses avec des perspectives multiples ; une personne n'a qu'un seul point de vue. En tant que philosophe je cherche une façon de concevoir ces autres visions du monde et une inspiration qui pourrait en provenir. En ce sens, la camaraderie philosophique est une pratique philosophique qui ne vise pas principalement à aider ou conseiller les autres, mais plutôt à améliorer notre propre réflexion en l'enrichissant et la raffinant à travers la présence et la voix des autres. |
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Les 4 textes sont extraits de :
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