par Roger Léger
* * *
« Il
existe un vague sentiment de culpabilité (!) des
Québécois (et de beaucoup d’Occidentaux) pour les excès passés de leur religion
officielle », écrit
Guy Durand dans l’extrait de son livre « Le Québec et la laïcité, avancées
et dérives » (Éditions Varia), que La Presse citait dans une livraison
récente. « Quand ce n’est pas un complexe amour/haine non résorbé,
nourri des frustrations, rancoeurs et déceptions accumulées, »
continue-t-il.
J’avoue
que personnellement je ne ressens vraiment aucun sentiment de culpabilité pour
les folies commises par d’autres, même si ce sont mes ancêtres. De
l’indignation ou de la colère, ou de la pitié, mais pas de sentiment de
culpabilité. Sommes-nous responsables de ce qu’ont fait ceux qui nous ont
précédés? Je peux les plaindre et essayer de ne pas répéter dans ma vie leurs
erreurs passées. Me sentir coupable? Non. Et ma colère contre l’Église d’ici a
disparu il y a longtemps, je ne suis pas porté vers ce sentiment-là; quoique, à
dire vrai, elle refait surface de temps à autre, surtout quand l’Église prétend
avoir le monopole de la vérité et de la vertu et veut diriger la société au nom
de sa morale. Et j’ajoute que je n’ai pas connu de haine envers notre Mère-la-Sainte-Église-catholique-apostolique-et-romaine. Je
me reprocherais plutôt mon sentiment de pitié envers elle. Nous avons tourné le
dos à cette Église qui ne nous convenait plus ni dans sa morale ni dans sa
conception du monde. Chacun peut se remémorer le parcours de son abandon des
croyances chrétiennes. Ce n’est pas le lieu de raconter ici le mien. Je veux
plutôt réagir à certains passages du texte de Guy Durand paru dans La Presse du
18 septembre 2004.
Et
ra
Si
l’Occident est devenu plus ou moins une terre de liberté, de tolérance et de
paix, contre qui donc avons-nous dû lutter tous ces siècles pour y parvenir ?
L’Église faisait partie de la cohorte de ceux contre qui nous avons dû lutter.
Avant les barbaries séculières du 20ième siècle, nous avons connu
les barbaries religieuses des siècles passés. Qui donc a exterminé les
Albigeois, a prêché les Croisades et persécuté les Juifs et tous les dissidents
et tous les hérétiques de ce monde? Qui a été responsable du massacre de la Saint-Barthélemy
à Paris en 1572? Qui a trahi sa parole et a mis à mort
Jean Hus et ses compagnons à Prague en 1415? Qui a brûlé vif Giordano Bruno à
Rome en 1600? Les dragonnades du siècle de Louis XIV ont été inspirées par qui?
On massacrait au nom de la religion chrétienne à la fin du XVIIe
siècle en France, faut-il le ra
Je
suppose que, si l’on veut chercher les valeurs chrétiennes, il faut les aller
chercher dans les Évangiles. Contrairement à l’Église, le Jésus des
Évangiles n’avait pas une aversion irrationnelle contre la femme, ne désirait
pas le pouvoir et ne se servait pas de la faiblesse et de la perversion
humaines comme une excuse pour la tyrannie et l’oppression. Mais on ne peut
certes pas absoudre le Jésus des Évangiles des crimes commis en son nom. Jésus,
s’il a vraiment existé, n’était pas l’être que la tradition et la légende
veulent bien nous laisser croire. Nous n’avons qu’à lire les Évangiles, rien
que les Évangiles. Il n’était pas le modèle de la tolérance et de la modération
qu’on nous peint dans l’imaginaire populaire. Lisez l’Évangile de Jean, et tous
les autres d’ailleurs, vous y verrez un autre Jésus, assez extravagant,
intransigeant, immodéré et autoritaire. « Je suis la lumière du
monde » lui fait dire Jean
l’évangéliste. « Je suis la voie, la vérité et la vie, personne ne va à
mon Père que par moi ». « Je suis le pain vivant… si quelqu’un mange
de ce pain vivra éternellement…Qui a bu mon sang et a mangé ma chair aura la
vie éternelle. » C’est assez cannibale comme métaphore! « Ce
langage là est trop fort», se plaignaient les disciples, « qui peut
l’écouter »? (voir la Bible de Jérusalem,
l’Évangile selon Saint-Jean). Si l’on ne se rebiffe pas contre de telles
prétentions, ce n’est que parce que l’on accepte, que l’on croit
que Jésus, le fils de
Je
suis prêt à m’asseoir avec le théologien Guy Durand et lire les Évangiles avec
lui, rien que les Évangiles, qui sont censés être le dépôt de la révélation
divine, nous assure-t-on. Pas les gros commentaires inutiles que les
théologiens depuis 2000 ans ont écrits pour expliquer le message de Jésus de
Nazareth. La Parole de Dieu a-t-elle donc besoin de tant de commentaires et
d’éclaircissements? J’ai repris récemment la lecture des Évangiles. Je suis
aussi abasourdi aujourd’hui, et même plus, que je ne l’ai été dans la vingtaine
quand je les ai lus et que j’ai rejeté cette prétendue révélation divine, cette
vision du monde faite d’un Dieu qui s’incarne pour expier les péchés du monde
et apaiser la colère de son Père Céleste, d’un Jugement dernier où les bons et
les méchants seront départagés et ces derniers seront projetés dans un feu
éternel, tandis que les premiers recevront la récompense éternelle pour leur
foi en Jésus.
Jean-Paul
II croit toujours en l’existence de Satan. Je suppose que Satan ne vit pas au
Ciel. Voyez comment les Évangiles rapportent les paroles de Jésus sur les
châtiments qui attendent ceux qui n’auront pas cru en lui, qui auront démérité
de son Père céleste. Je ne trouve pas ni dans Confucius, ni dans Lao-Tseu, ni
dans le Bouddha de telles extravagances. « Quand le Fils de l’Homme
viendra dans sa gloire, escorté de tous les anges, alors il prendra place sur
son trône de gloire. Devant lui seront rassemblées toutes les nations, et il
séparera les gens les uns des autres, tout comme le berger sépare les brebis
des boucs. Il placera les brebis à sa droite et les boucs à sa gauche. Alors le
Roi dira à ceux de droite : venez, les bénis de mon Père, recevez en
héritage le Royaume qui vous a été préparé depuis la fondation du monde…. Alors
il dira à ceux de gauche : Allez loin de moi, maudits, dans le feu éternel
qui a été préparé pour le Diable et ses anges.… Et ils s’en iront, ceux-ci à
une peine éternelle et les justes à la vie éternelle. » (voir la Bible de Jérusalem) Et il est clair pour Jésus que
l’enfer n’est pas une condition spirituelle, mais un lieu de tourment physique
qui durera éternellement. Je passe sur la difficulté, qu’ont eu à résoudre les
théologiens, de corps qui brûlent éternellement. C’est assez comique de les
lire sur ce point. Mais il n’y a rien d’impossible aux théologiens.
Si
je ne suis plus chrétien, c’est parce que je ne crois plus aux dogmes de
l’Église du Christ. Il y a toujours eu des Chrétiens qui ont été embarrassés
par les passages extravagants des Évangiles sur la damnation éternelle. Origène
avait donné une interprétation originale et assez généreuse de ces passages
troublants des Évangiles, où à la fin tout, même Satan et ses anges, serait
réconcilié avec Dieu. Mais Augustin ne
l’entendait pas de cette oreille, qui qualifiait la position d’Origène de
sacrilège et surpassant « toutes les erreurs dans sa perversité.» Le
Christianisme sans l’enfer est impensable. C’est pourquoi Jean-Paul II
croit toujours dur comme fer à l’existence de Satan, tout comme il croit aux
anges gardiens, et à bien d’autres fantaisies.
Le
cinquième concile oecuménique (an 553) condamnait Origène comme un hérétique et
dénonçait toute une liste de ses erreurs, surtout celle qui affirmait que
l’enfer était un état de tourment spirituel qui durerait aussi longtemps que
nécessaire, mais pas plus, pour la réhabilitation de l’homme déchu. « Tant
de charité et de bonne volonté étaient intolérables », commente une
philosophe de l’Université de Regina, Shadia Drury. La position d’Origène avait surtout le malheur de ne
pas être conforme au texte évangélique. C’est pourquoi Augustin aussi
bien que Thomas
d’Aquin ont défendu avec âpreté la doctrine de l’enfer comme lieu de
tournent physique éternel. Le Docteur Angélique soutenait que les damnés
seraient « punis non seulement dans leur âme mais aussi dans leur
corps. » Il insistait sur le fait que le feu de l’enfer était corporel et
qu’il brûlerait les corps ressuscités des damnés pendant toute l’éternité.
Quand
nous lisons les textes « sacrés » de l’Église de Rome de façon
impartiale, nous ne pouvons qu’être scandalisés. Nous y voyons une religion
avec une vision diabolique de la réalité du monde. Nous nous
trouvons dans un monde où nous avons tous été condamnés à un tourment éternel
par le seul fait que nous sommes les descendants supposés d’un couple mythique,
Adam et Ève, et un monde où il n’y a aucun moyen pour nous d’obtenir par
nous-même notre propre salut. Il fallait qu’il envoie son Fils Unique expier la
faute originelle. Seul Dieu décide de notre salut et ses critères et ses choix
sont incompréhensibles. Et les récompenses de ceux qui seront sauvés et qui
seront admis en Paradis pour l’éternité incluront celle de voir éternellement
les tourments éternels des damnés. Thomas
d’Aquin explique, en effet, que la vue des tourments des damnés de l’enfer
est partie intégrale du plaisir d’être au Ciel. Le saint homme déclarait que de
pouvoir « voir parfaitement les souffrances des damnés » rendait le
bonheur des sauvés « plus délicieux », et les rendait capables
« de donner plus de reconnaissance à Dieu ». À la question de savoir
si ces élus n’auraient pas de pitié ou de compassion pour les damnés, le Docteur
Angélique répondait, avec sa logique ordinaire, qu’avoir pitié consiste à
participer au malheur d’autrui, « mais les élus ne peuvent connaître
aucune tristesse, » aucun chagrin, donc ils n’ont pas de pitié pour les
damnés. Au contraire, disait ce profond théologien, les « bienheureux se
réjouiront de la punition des méchants » considérée comme la manifestation
de la justice de Dieu (voir sa Somme théologique, S94, articles 1,2,3). Il ne faut pas prendre des Évangiles ce qui nous
plait et rejeter ce qui fait problème. C’est notre Cardinal qui nous le ra
La
religion de Jésus
n’a pas été pervertie par les Évêques de Rome, par Paul de Tarse, que je ne
peux qualifier de saint, par l’Église constantinienne ou augustinienne, et par
tous ceux qui ont commis les plus grands crimes en son nom. L’intolérance,
l’esprit vindicatif et impérieux aussi bien que l’amour du prochain se trouvent
dans les paroles qu’on attribue au Jésus des Évangiles. « Je vomirai les tièdes de ma bouche », « qui n’est pas
avec moi est contre moi », « n’allez pas croire que je suis venu
apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais le
glaive »; ce ne sont pas là des paroles d’un homme modéré et tolérant.
Le Christ des Évangiles ne semble pas avoir surmonté ses contradictions et
demeure pour moi un personnage ambigu. Socrate, le
Bouddha ou Lao-Tseu me semblent lui être supérieurs. À côté du sermon admirable
sur la montagne, fabriqué après coup par l’évangéliste (les évangiles ne sont
pas des narrations historiques) il y a de nombreuses et terribles condamnations
aux feux de l’enfer.
Il
faudrait tout un livre pour répondre aux affirmations de Guy Durand. Il
écrit : « Malgré ses excès, encore une fois, l’Occident
chrétien est une terre de liberté, de tolérance, de paix. Il n’est d’ailleurs
pas question ici de foi personnelle ni de croyances, encore moins de pratiques
liturgiques, mais de culture, de culture commune. » « Refuser
l’héritage culturel chrétien, refuser ses symboles et ses manifestations, c’est
refuser l’histoire qui a fait ce pays, disons-le encore une fois. C’est aussi
refuser le présent en niant les droits de la grande majorité des citoyens qui
sont encore de culture chrétienne. » « Refuser l’héritage, c’est hypothéquer
l’avenir. Il n’y a pas d’avenir sans passé. »
Il
n’y a rien de stable dans l’histoire. La « culture commune » change
continuellement. Le christianisme est venu à un moment donné de l’histoire
humaine, après l’Égypte, les cultures de la Mésopotamie, la juive comprise,
après la Grèce et Rome. Affirmer sans broncher et sans plus que
« l’Occident chrétien, (en mettant l’accent sur chrétien), a donné
naissance aux droits de la personne, à la liberté individuelle, à la
valorisation de la femme, au souci des démunis », comme si tout avait
commencé avec les Évangiles, est faire preuve d’une certaine ignorance de
l’histoire. J’ai l’air ridicule si je ra
Voici,
pour exemple, la vision du stoïcien Cicéron : « La
vraie loi est la droite raison en accord avec la nature, universelle dans sa
perspective, invariable, éternelle… On ne peut s’y opposer ou l’altérer, on ne
peut l’abolir, on ne peut se libérer de ses obligations envers elle par aucune
législation, et on ne doit pas chercher ailleurs qu’en nous-même la source de
cette loi. Cette loi n’est pas différente à Rome ou à Athènes, dans le présent
ou dans l’avenir; ...elle est et sera valide pour toutes les nations et pour tous
les temps. …Qui lui désobéit se nie lui-même et sa propre nature ».(De republica III,22; De officiis, I,23; De legibus,
I,15). C’est là un résumé de l’idéal qui a été recherché, poursuivi, l’est
encore aujourd’hui et le sera demain et aussi longtemps qu’il y aura une
civilisation humaine qui luttera pour faire triompher cette idée et cet idéal.
Guy
Durand se plaint et s’indigne que l’on puisse délaisser l’héritage sacré et la
foi de nos pères et mères. Refuser l’héritage, c’est hypothéquer l’avenir, il
n’y a pas d’avenir sans passé, écrit-il. C’est exactement la plainte et
l’accusation que Celse adressait vers 175 de notre ère aux Chrétiens. « Vous
ne vous attendez pas, je suppose, à ce que les Romains délaissent, pour
embrasser votre foi, leurs traditions religieuses et civiles, et invoquent
votre Dieu, le Très-Haut ou de quelque nom que vous l’a
Pourquoi
faut-il s’étonner si après 2000 ans nous ne croyons plus aux dogmes chrétiens?
Ils ne nous conviennent plus, voilà tout, du moins à un certain nombre d’entre
nous. Une nouvelle tradition prend forme depuis quelques siècles en Occident,
ou plutôt renoue avec celle née en Grèce aux sixième et cinquième siècles avant
ce que l’on a
Alors,
que croyons-nous donc sur les grandes et « indécidables » questions?
« Faut-il croire en dépit de tout », comme le propose le théologien
dominicain Jean-
« Voici donc, disait
Jean Rostand, ce que je crois, parce qu’on ne peut jamais que croire, et que
toute la différence est entre les téméraires qui croient qu’ils savent et les
sages qui savent qu’ils croient.
Voici ce que je crois, parce qu’on ne peut s’empêcher de croire quelque chose,
même quand la raison suprême serait peut-être de suspendre le jugement… Voici
ce que je crois, quand je suis seul avec moi-même, et non pas en présence des
autres, qui trop souvent nous altèrent en nous provoquant au consentement ou à
la contradiction. Voici ce qui, tout compte fait, me paraît le moins
invraisemblable, ce pour quoi, très honnêtement, je parierais si j’avais, sur
les grandes et indécidables questions, à tenir un pari, non pas un pari
frauduleux à la Pascal,
où l’on nous fait le coup de l’angoisse et de l’infini, mais un bon pari
honnête et paisible où l’on peut garder toute sa tête ». Quel pourrait donc être le credo d’un non
chrétien, d’un humaniste athée, au début
de ce millénaire? En voici un parmi d’autres. Et je ne le donne pas pour plus
qu’il ne vaut. « On ne peut souvent, disait Freud, se retenir
de dire ce que l’on pense, et l’on s’en excuse alors en ne le donnant pas pour
plus que cela ne vaut ».
Je
crois qu´il est souhaitable et possible de connaître les « lois »
simples qui
Je
crois que ces lois sont progressivement connues des humains, qu’elles ne sont
pas de pures créations de leur cerveau, et qu´elles ne sont pas la propriété de
l´un ou de l´autre sexe, ou de quelques cultures particulières.
Je
crois que tous les humains peuvent y avoir accès et que, si d´aventure il y a
d´autres roseaux pensants dans l´univers, ils découvriront les mêmes lois de la
nature que nous et expliqueront de la même manière la naissance et la mort des
étoiles, l´explosion des supernovas, la formation des trous que l´on dit noirs,
et la structure des protons, des atomes ou de l´ADN.
Je
crois que notre destin est de ce monde, où nous pourrions être seuls, et où
nous avons fait irruption par la plus grande des chances et le plus incroyable
des hasards.
Je
crois comme Aristote
que ce qui est engendré par hasard n´est pas engendré en vue d´un but ; et
je crois comme Stephen
Jay Gould que les humains sur cette planète sont de simples possibles et
non pas le but recherché et nécessaire de l´univers, semblables en cela aux
abeilles, aux dinosaures, aux roses et aux nénuphars, aussi bien, hélas, qu´aux
rats, à la mouche tsé-tsé, à la peste, à la variole et aux plantes vénéneuses.
Je
crois comme Parménide
que l´univers est incréé et éternel, je crois comme Martin Rees
et Andrei Linde qu´un multivers
est possible, et je crois comme Bertrand Russell qu´il est sans compagnon divin
inutile.
Je
crois comme Pascal,
Lao-Tseu et le Bouddha qu´il y a un infini et que nous en ignorons la raison
d’être et la nature; et je crois comme la Bible qu´il ne faut pas invoquer le
nom de dieu en vain. Je veux dire, ici, qu´il est, en effet, vain et inutile de
se référer à un dieu pour expliquer le monde.
Je
crois que la planète Terre et la vie qu´elle supporte sont pour nous ce qu´il y
a de plus précieux dans l´Univers, que notre lot, notre devoir, notre souci, ou
même notre mission, est de prêter vie, notre vie, si l´on peut, à cet univers
pour le temps qu´il durera dans le multivers; que c´est là la plus sacrée de
nos tâches de Terriens, notre joie, notre passion et notre dramatique aventure.
Je
crois que rien de nous ne subsistera après notre mort que les descendants et
les souvenirs que nous laisserons après nous, et que les atomes dont nous
étions faits et qui seront recyclés dans l´Univers ; je crois que nous
serons éternellement anéantis, quoiqu’en pensait Pascal et espérait
Socrate, et
qu´il faut accepter notre destin sans se plaindre, et sans trop gémir comme
Cioran.
Je
crois que nous devons nous reconnaître pour ce que nous sommes, des êtres finis
et mortels qui participons tous de l´infirmité commune : rien ne pourra
jamais totalement nous satisfaire, et nous serons toujours irrémédiablement
ignorants du secret ultime des choses. Nobliau ou grand seigneur de l´Univers,
notre destin est fait de joies et de peines terrestres passagères, et de
connaissances limitées. Évitons les peines, si l´on peut, et combattons notre
ignorance. Sachons nous contenter de notre condition ; sortis de
l´Univers, connaissons l´Univers. Là est notre tâche et notre destin, là est la
sagesse humaine, là, le bonheur des Terriens.
Je
crois que nous ne savons pas pourquoi il en est ainsi. Mais je crois qu´il en
est ainsi. Voilà mon credo. Ma foi n’est pas absolue mais relative et
progressive; on peut l’étudier, la remettre en question et la changer. Ma foi
n’est pas basée sur de prétendus textes révélés, sur la fantaisie, le rêve ou
sur une vaine espérance, mais sur la réalité, quelque problématique et obscure
qu’elle puisse être.
Je
ne crois pas en un Dieu qui aurait créé le Ciel et la Terre; on sait assez
comment la Terre a été formée et les cieux étoilés ont été allumés au-dessus de
nos têtes. Et nous n´avons pas besoin de « cette hypothèse » pour
expliquer le Big Bang.
Je
ne crois pas à la fable du dénommé Jésus-Christ,
Fils unique de ce que l´on appelle le Père Éternel, qu´il ait été conçu d’un
Saint-Esprit, et soit né d´une vierge de Palestine il y a 2000 ans pour le
salut du genre humain.
Je
peux admettre qu´un Galiléen ait souffert sous Ponce-Pilate,
ou sous un autre, qu´il ait été crucifié, qu´il soit mort et ait été enseveli;
ce sont là des choses que l´on peut vérifier, qui peuvent donc être vraies ou
fausses, et qui arrivent lorsque l´on n´est pas raisonnable et que l´on se
prend pour le fils de Dieu et le Roi des Juifs.
Il
est absurde de dire que ce crucifié soit descendu aux enfers, qu´il soit
ressuscité, et qu´il ait monté au ciel.
Il
est extravagant d´affirmer qu´un faux prophète de Palestine soit assis à la
droite d´un être éternel, et qu´il viendra juger les vivants et les morts.
Il
est inutile et absurde de croire à un saint-esprit, troisième personne d´un
dieu trine.
Je
n´estime guère l´Église catholique qui se qualifie elle-même de sainte, et je
lis son histoire avec tristesse, horreur, colère et indignation.
J´admire
sans réserve les croyants en une divinité qui vouent leur vie au soulagement
des maux qui affligent les Terriens, mais je trouve inutile de faire
accompagner ce dévouement admirable de dogmes absurdes ; j´ai en sainte
horreur les fables, les censures, les mensonges, les fabrications de faux, les
inquisitions et les excommunications ; et je n´ai que faire d´un dieu qui
nous menace des feux de l´enfer tout en disant nous aimer.
Je
ris franchement de la communion des saints et de la résurrection de la chair,
comme je ris de la transmigration des âmes, mais je crois de tout mon être en
la solidarité nécessaire de tous les humains sur terre.
Je
trouve inadmissible d´affirmer sans preuve qu´il y a une vie éternelle.
Enfin,
je crois que notre vie sera plus belle et plus riche, plus vite nous
réaliserons que la mort est un terme, une fin, et non un commencement, que
« le ciel est sous nos pas et non au-dessus de nos têtes, que le seul dieu
que nous devons adorer est notre frère et sœur en humanité » (Vivekananda),
qu’il n’y a pas de Providence qui nous guide et nous protège, pas de Christ qui
nous aime et qui nous sauve, pas de résurrection des corps ni de transmigration
des âmes, qu’il n’y aura pas de Paradis pour nous accueillir et nous procurer
un bonheur éternel (ni d’enfer pour nous rôtir éternellement), que la vie que nous
vivons est la seule qui nous sera donnée. Dura lex, sed lex. Dures vérités mais vérités tout de même.
Abandonnons
ces mysticismes débilitants qui troublent les coeurs et qui égarent les
esprits, ces dogmes et ces dévotions inutiles qui distraient les humains de la
vérité la plus haute : l´Univers est comme un temple et la vie est sacrée;
il n´y a pas d´autre dieu à chercher; seul est véritablement religieux, qui
sert, qui respecte et qui sauve les vivants.
Je
ne vois pas ce que l´affirmation gratuite d´un dieu caché, silencieux, muet et
sourd, donc à toutes fins utiles inexistant, vient ajouter de lumières à ce
monde ténébrescent qu´il nous faut, ombres
noctiluques, illuminer de nos désirs et de nos amours, de nos rêves et de nos
chants, de nos connaissances et de nos créations.