PENSER PAR SOI-MÊME 

 

Conclusion :
champ philosophique
et sculpture de soi

 

Là encore ce sont des pratiques que j'assimile à la sculpture : les corps, le temps, les gestes, les mots, les actions, l'espace, le réel tout entier sont considérés comme des matériaux.

Michel Onfray, La sculpture de soi , p. 94

Un philosophe, ça pense à quoi ?

Champ philosophique

De la pensée passive à la sculpture de soi

Un philosophe, ça pense à quoi ?

Il est rare que l'esprit soit vacant. Notre pensée fonctionne comme la respiration. Nous pouvons la contrôler volontairement, mais, occupés à autre chose, nous respirons tout seul, sans y prêter attention ; ça respire. L'esprit fonctionne de manière analogue : si nous ne l'employons pas volontairement, il pense tout seul, rêve, erre. Mais à quoi nos pensées s'occupent-elles ? Volontairement ou non, quelles sont celles qui nous occupent le plus souvent ? Est-ce le dernier média auquel nous avons été exposés, les études, le sport, l'amant, les parents, l'automobile ; à quoi notre temps de cerveau est-il occupé ?

Pour leur part, les philosophes chérissent huit thèmes utilisés à différents degrés pour expliquer l'univers et la place occupée par l'humain. Comme le font les musiciens avec la gamme musicale, ils composent des symphonies ontologiques qui permettent de connaître une grande variété de perspectives sur le monde et ce que nous sommes.

Champ philosophique

 

Thème

 

 

 

1. Être

l'Être, l'existence, l'objet, le sujet, les sens, la conscience

 

 

2. Physique

la matière et les phénomènes qui la régissent,
l'espace, le temps, l'atome, le corps, la quantité

 

 

3. Éthique

le bien, le mal, la morale, le devoir, la liberté

 

 

4. Dieu

la métaphysique, la foi, les doctrines, le sublime, l'infini, l'absolu

 

 

5. Bonheur

l'individu, le comportement, les prédispositions

 

 

6. Politique

l'État, la culture, la société, la famille, les relations sociales, l'histoire,

 

 

7. Logique

la pensée, l'esprit, le raisonnement, les idées, les concepts, le langage, les mathématiques

 

 

8. Ordre

dans chacun des sept thèmes qui précèdent :
les causes (causes premières, finales, efficientes, matérielles, formelles), le sens

 

On se demande parfois ce qui est « philosophique » et ce qui ne l'est pas. Si l'on peut déceler l'un ou l'autre des huit thèmes dans la conversation, celle-ci poursuit un intérêt philosophique. Ce n'est pas tant le contenu qui est philosophique que le regard porté sur ce qui se dit. Pour qu'elle soit philosophique, une conversation doit laisser de l'espace à ma pensée et à celle de l'autre en tant que volontés autonomes. Si je dis « passe-moi le beurre » et que vous répondez à ma demande, il n'y a rien là de philosophique. Mais si la question « Pourquoi le ferais-je ? » surgit, vous entrez dans le champ philosophique. Si je regarde la télévision passivement laissant les émotions me bercer au gré des images, rien de philosophique ; si mes pensées réagissent par le questionnement, je sors de l'inertie pour élargir le champ télévisuel : j'entre alors dans l'espace philosophique.

Dans notre monde culturel hypermédiatisé, chaque source essaie de capter le cursus mental et me faire agir dans un intérêt présenté comme mien. Cible d'une conquête acharnée, mon cerveau est assiégé sans relâche ; la lutte pour mon attention est féroce. M'interroger à savoir si ce qu'on me propose m'intéresse ou non n'a rien de philosophique. Ce type de question me confine au champ commercial. Le champ philosophique est beaucoup plus vaste ; c'est le seul lieu où je peux exercer une liberté digne de ce nom et m'appartenir véritablement.

Le champ philosophique donne les repères pour reconnaître à quelle source je choisis d'alimenter mon esprit.

De la pensée passive à la sculpture de soi

Pourquoi devenir l'artisan de nos propres pensées ? L'humain est ainsi fait qu'il est constitué de deux fonctions complémentaires. En anatomie on parle de sensitif / moteur (voir l'homoncule) ; en philosophie il est question de passion/action. Penser par soi-même est l'engagement philosophique par excellence. Le concept vise à agir volontairement sa vie plutôt que de la subir passivement. C'est ce à quoi nous convie une lignée ininterrompue de philosophes depuis Socrate jusqu'à Sartre. Ils nous proposent de tenter d'échapper au destin ou, tout au moins, d'en apprivoiser les aléas. C'est la seule façon de s'approcher de la véritable liberté.

Philo5
                À quelle source choisissez-vous d'alimenter votre esprit ?