ou la biologie de
l’amour
par Dr Marc Schwob
Hachette © 1984
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p. 26 – DEUX SUBSTANCES CLEFS DANS L’HUMEUR
p. 67 – L’AMOUR : REMÈDE UNIVERSEL
p. 99 – LES HORLOGES DE L’AMOUR
p. 121 – LE BONHEUR AMOUREUX : UNE DROGUE
p. 123 – L’HABITUDE TUE L’AMOUR
p. 125 – LE CHAGRIN D’AMOUR : UN MANQUE D’ENDORPHINES
p. 148 – LES MÉDICAMENTS DU CHAGRIN D’AMOUR
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Deux substances
sont en effet principalement utilisées par le
système limbique pour mettre en mémoire les impacts émotionnels qu'il
reçoit : la dopamine, qui est la substance clef du
système de plaisir du cerveau, et la sérotonine ou 5 HT, qui joue
un rôle fondamental dans la régulation de l'humeur (c'est ainsi qu'il
existe un déficit important de sécrétion de sérotonine lors des dépressions
nerveuses, de même que lors des chagrins
d'amour, dont la
correction par certains
médicaments est primordiale pour un retour rapide de l'humeur à la normale).
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L'activité
des morphines endogènes, endorphines et encéphalines, se répartit de la façon
suivante :
les encéphalines agissent uniquement
contre la douleur ;
l'« alpha-endorphine
» a un effet tranquillisant en plus de
son action antalgique ;
la « gamma-endorphine
» a, de surcroît, une fonction de régulation des comportements agressifs ;
enfin, la « bêta-endorphine
» possède des propriétés euphorisantes et sédatives.
Le rôle que peuvent jouer les
morphines naturelles de notre cerveau, au sein d'un ensemble nerveux et
hormonal centré sur les phénomènes
de la douleur et du plaisir, ainsi que sur l'émotivité et l'affectivité,
comporte des implications formidables. C'est en effet toute la régulation de notre
comportement, envers
nous-mêmes, mais surtout envers les autres, qui se trouve ainsi liée à
ce que l'on a a
Ainsi, on estime à l'heure
actuelle que les
endorphines :
— agissent
contre les sensations
douloureuses, non seulement en bloquant le passage de l'influx douloureux
dans la moelle épinière, mais aussi en augmentant la tolérance individuelle à
la souffrance par leur action au niveau du cerveau ;
— permettent de ne plus sentir la douleur en cas de stress intense mettant en jeu la vie de l'individu (cas du soldat blessé et en danger de mort et qui
ne sent pas sa blessure) ;
— modulent la sécrétion par le cerveau de
certaines substances utilisées par les neurones, a
— régulent leur propre sécrétion par la glande
hypophyse, mais elles y modifient également la synthèse des hormones de stress qu'elles
ont tendance à diminuer (donnant ainsi à l'organisme une « détente »
nerveuse et hormonale) ;
— agissent au niveau de notre cerveau émotionnel, le système limbique, mais aussi au
niveau de notre cerveau « intelligent » en induisant dans les deux cas une amélioration des performances et
des comportements accompagnée d'une tendance à l'euphorie.
Cet effet sur le comportement
des endorphines est certainement à la fois l'aspect qui reste encore le plus
mystérieux, tout en étant aussi le plus riche de promesses. C'est également
pourtant celui que chacun et chacune d'entre nous peut connaître sans
difficultés. En effet, la paix des sens et de l'âme, cette « petite mort » dont parlait
Colette, qui suit l'acte sexuel et son aboutissement dans l'orgasme, cette
impression de plénitude, d'apaisement qui mène à la fois vers l'assoupissement
et la détente tout en laissant paradoxalement l'esprit plus clair et plus
dispos, ce sentiment de bonheur et d'euphorie que procure l'acte amoureux, tout
cet ensemble qui s'apparente aux effets ressentis par les fumeurs d'opium, tout
être humain ayant fait l'amour l'a connu : il est le résultat de la
formidable sécrétion d'endorphines (vérifiée par de nombreuses expériences et
analyses) qui se produit à ce moment-là dans notre cerveau. L'amour, une drogue
universelle? Et si l'amour était le véritable « opium du peuple »? Révolutionnaire? Non, peut-être...
Ce qu'est le génie?
L'orgasme, qui provoque une brutale augmentation du taux d'endorphines
dans l'organisme, et le système de plaisir ont leur siège dans le cerveau émotionnel.
Le génie humain y a-t-il également sa place ?
C'est ce que prône un psychiatre français, le Dr Amoroso dans un ouvrage récent
« Les Mécanismes
du génie » (Presses de la Cité). Se penchant sur le plaisir de la création
et sur l'excitation cérébrale qu'elle produit, il en rapproche les effets produits
expérimentalement par la stimulation du système de plaisir avec en particulier
la sécrétion à ce niveau de neurotransmetteurs particuliers, les
catécholamines. Au premier rang d'entre elles, la dopamine, cette substance utilisée
par les synapses hédoniques, aussi a
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La décharge
hormonale, sexuelle et nerveuse entraînée par l'acte sexuel a des effets
positifs chez tout individu : elle stimule le tonus de l'organisme,
augmente sa vitalité et apaise ses tensions de manière remarquable. Et contrairement
à bien des médicaments prétendument revitalisants sans aucun effet secondaire.
L'amour, comme remède
universel ? Cette notion de l'« Amour médecin » ne date pas de Molière : elle
lui est en fait bien antérieure, et nous ne faisons actuellement que
redécouvrir des vérités vieilles de plus de… deux mille ans! Socrate
et Platon,
à la différence d'Épicure, qui préférait raréfier le plaisir pour mieux le
savourer, avaient en effet, comme leurs concitoyens helléniques, vis-à-vis de
l'amour physique une attitude faite de sérénité et de joie, dénuée de toute
gêne et de tout complexe.
L'amour était une manière de
fusionner avec la vie et de retrouver l'harmonie de l'univers établie par les
dieux. C'était aussi parvenir à un idéal d'existence où l'acte amoureux avec
l'autre était indispensable, non seulement à la plénitude de soi, mais aussi
tout simplement à la bonne santé de l'individu et ce, dès sa jeunesse, jusqu'à
son plus grand âge. Ces vérités premières, la civilisation judéo-chétienne
et le Moyen Âge vont les effacer, en faisant découvrir à l'Occident le péché,
la peur du physique et la culpabilisation de l'amour, jusqu'au XIXe siècle. C'est alors qu'un «
obscur » psychiatre viennois, Sigmund
Freud, va amorcer la grande révolution sexuelle de notre époque en nous
faisant redécouvrir la nécessité de l'acte sexuel pour l'équilibre de notre
organisme, le caractère naturel — même chez les petits enfants — du désir et de
la libido et l'aspect bénéfique de la jouissance amoureuse pour le corps comme
pour l'esprit, car l'esprit est loin d'être oublié dans l'amour physique :
il en est même le grand bénéficiaire.
L'amour antidéprime
Faire l'amour a de
tout temps été reconnu comme un des meilleurs remèdes contre le spleen, le
cafard, la tristesse, la dépression. En nous permettant de retrouver le rythme naturel de notre corps dans un
de ses instincts les plus puissants et les plus profondément ancrés en nous,
l'instinct amoureux, l'acte sexuel nous donne une arme antidéprime
d'une remarquable efficacité. Il nous oblige, en douceur, à reprendre la communication
avec autrui, à le retrouver, à s'en faire écouter, caresser, câliner, aimer,
tout ce dont nous avons besoin pour nous sortir du chagrin lorsqu'il nous
envahit. Mais faire l'amour agit aussi comme « remède préventif » de
la dépression : c'est surtout lorsque nous sommes surmenés, épuisés,
harassés, en proie aux doutes, à la peur et à la solitude que l'acte d'aimer,
en nous restituant nos premières sensations affectives et physiques, celles que
nous avons ressenties au tout début de notre vie, la peau contre la peau de
notre mère, l'oreille bercée par sa voix et le corps par l'étreinte de ses
bras, nous rend notre sérénité et nous rassure.
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« Le
temps est un grand maître… »
« … Il règle bien des
choses », écrivait Corneille. En particulier nos sécrétions hormonales et
neurohormonales, si fondamentales pour notre comportement.
Nos cellules et nos glandes ne font pas n'importe quoi n'importe quand, bien au
contraire. Le rythme de nos sécrétions hormonales, de notre fabrication de
protéines, de notre synthèse de substances neurotransmettrices
se fait avec une régularité extraordinaire, non seulement dans la journée,
mais également dans l'année.
C'est ainsi que l'on a pu
constater, de façon tout à fait formelle depuis une vingtaine d'année que
— chaque hiver,
vers janvier-février, existait dans la race
humaine un pic de mortalité, alors
— qu'à l'inverse, un pic de natalité se
produisait au mois de mai.
Hasard, coïncidence? Non.
Puisqu'à toute naissance correspond une conception, donc un acte sexuel,
cherchons quelle est la période d'activité sexuelle maximale dans l'année.
C'est le mois d'août, soit… neuf mois plus tôt que le pic des naissances. Rien que
de très logique cependant à cela, de même que le chiffre de vente maximal
annuel des contraceptifs (masculins comme féminins) qui se situe également au
mois d'août.
Mais cela devient troublant
lorsque l'on considère les taux d'hormones sexuelles circulant dans le sang.
Elles augmentent chez l'homme à partir du mois de juin. Or, c'est la période à
laquelle l'activité sexuelle humaine commence à augmenter avec le maximum
aoûtien, jusqu'en décembre, époque à laquelle elle ralentit considérablement.
Faut-il y lier le fait que
c'est également de juin (pour le trichomonas et les gonococcies) à décembre
(pour la syphilis) qu'apparaissent des pics de maladies sexuellement
transmissibles, et ce chaque année invariablement?
La sécrétion des hormones
mâles est à son maximum aux mois d'août et de septembre. Ne doit-on pas noter
que ce sont aussi les mois de l'année pendant lesquels sont commis le plus
grand nombre de viols? La vie amoureuse de l'être humain semble donc bien
suivre un rythme annuel dont nous sommes inconscients, mais auquel notre
organisme est tout à fait soumis.
Cependant les rythmes
hormonaux sexuels de la femme apparaissent différents de ceux de l'homme. Ils
en sont même l'opposé : à leur maximum en mars, c'est de janvier à juin
que les neurohormones sexuelles hypophysaires
féminines, qui stimulent la sécrétion en œstrogènes et en progestérone des
ovaires, sont fabriquées en grande quantité, alors qu'elles diminuent de juin à
décembre! Cette discordance hormonale entre les deux sexes a pour conséquence
essentielle, compte tenu du rôle excitant pour la libido et la sexualité féminine
de ces neurohormones (a
Le grand responsable de cette « dispute »
des rythmes annuels amoureux de l'homme et de la femme est le Soleil, qui
intervient sur la sécrétion neurohormonale féminine.
Mais comment, malgré cet effet solaire « néfaste » à la rencontre
amoureuse, l'espèce humaine a-t-elle pu se perpétuer? Grâce à deux éléments qui
sont deux autres rythmes amoureux :
• Tous les mois, au quatorzième jour de son
cycle menstruel, la sécrétion neurohormonale
féminine, subit une brutale élévation. Les stimulines, nommées FSH et LH, sécrétées en grande quantité, entraînent alors, non seulement l'ovulation,
mais provoquent également une poussée de désir sexuel chez la femme qui
favorise donc les chances de sa fécondation.
• Tous les jours,
le système de
plaisir, situé dans le système limbique, se trouve stimulé par la sécrétion en
fin de nuit de substances neuroexcitantes a
Établir la « carte
temporelle » de la vie amoureuse
de l'être humain, son biorythme affectif, apparaît alors comme une tâche passionnante,
mais ô combien complexe!
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Don Juan : une malédiction, une anomalie
génétique ou hormonale?
« Mais, en Espagne, elles sont 1300 » MOZART,
Don Giovanni
L'histoire de Don Juan, revue par la psychanalyse, a donné naissance à une
affection psychologique : le « donjuanisme ». En souffrent ceux ou celles
qui ne peuvent rester longtemps unis à un seul être, et qui, de séduction en
séduction, de conquête en conquête, accumulent les cœurs brisés. La théorie
freudienne rattache ce comportement volage, toujours insatisfait, en amour, à un
complexe d'Œdipe mal résolu lors de la petite
enfance, qui laisse dans l'esprit de la personne devenue adulte un vide
affectif impossible à combler malgré tous ses « efforts ».
Mais le donjuanisme ne reposerait-il pas
sur un trouble neurohormonal d'origine génétique concernant
les synapses du système de plaisir? En effet, la dopamine sécrétée
dans ces synapses est normalement inactivée de façon très rapide par une enzyme :
la mono-amine-oxydase (ou MAO). Cela permet au cerveau
émotionnel de contrôler sa propre stimulation. La sécrétion de MAO varie selon les
personnes : certaines en sécrètent plus que d'autres, cela dépendant de
leur « programme génétique ». On peut le constater par une simple
prise de sang, en dosant le taux de MAO existant dans les plaquettes sanguines :
il s'agit là d'un bon témoin du taux de MAO cérébral. Or, il apparaît que les
sujets au comportement de Don Juan ont un taux de MAO plus faible que la
normale. Cela aurait pour résultat une stimulation chronique de leur système
de plaisir entraînant une accoutumance. Pour ressentir un réel plaisir
amoureux, il leur faut donc hyerstimuler ce système en
hypersécrétant des catécholamines lors de cette phase
privilégiée de la rencontre amoureuse : la conquête. Don Juan ne serait-il
donc qu'un être génétiquement condamné par son système de plaisir à tomber
amoureux de façon répétée pour pouvoir le satisfaire?
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Une fois passée la phase d'excitation
due aux catécholamines du « choc amoureux », le cerveau émotionnel
s'installe dans un état que l'on pourrait qualifier d'euphorie-dépendance.
En effet, cette
phase correspond, pour la personne amoureuse, à une période de bonheur liée à
la présence de l'autre : à elle seule, elle suffit à donner une joie
intérieure, tout à fait différente de l'excitation amoureuse initiale, faite de
calme et de sérénité. Mais cette présence, de suffisante, devient peu à peu
nécessaire, puis indispensable. L'absence de l'être aimé crée un état
d'angoisse que seul son retour apaise ; les séparations, même temporaires,
entraînent un état de malaise psychologique, fait d'ennui, d'anxiété, de désintérêt
pour le monde extérieur, mais aussi physique : troubles de l'appétit, du sommeil,
irritabilité et énervement. Seules les retrouvailles calment cet état, mais en
revanche de façon remarquablement rapide, avec réapparition quasi immédiate de
l'euphorie et du bonheur.
Tout cela représente l'exemple même du phénomène a
Il faut se ra
De surcroît, comme chez eux,
la recharge des synapses en substances morphiniques après une période de
sevrage (lors des retrouvailles qui suivent une séparation, par exemple)
provoque un effet plus vif que l'effet habituel : c'est le phénomène du « rebond ».
Le manque de morphines sensibilise les récepteurs morphiniques du cerveau qui
y étaient accoutumés, et leur réaction est plus forte lorsque la drogue est de
nouveau administrée. Les endorphines sécrétées par le système limbique jouent
par conséquent un rôle important qui a d'ailleurs été mis en évidence chez
l'animal dans un autre sentiment d'amour exclusif, celui du tout-petit envers
sa mère. Sa similitude avec le phénomène d'attachement affectif très puissant
existant dans une relation amoureuse adulte réussie ne laisse que peu de doute
quant à la
place qu'occupent les morphines
endogènes dans le mécanisme du bonheur amoureux : elle est fondamentale.
Il existe à ce moment une dépendance du système limbique
à ses propres morphines. Le « lien » amoureux n’est donc pas
seulement psychologique, il est aussi biologique. L'amour est une drogue. Et nous pourrions dire avec Voltaire :
« Qui que tu sois, voici ton Maître
Il l'est, le fut ou le doit être. »
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« Bien sûr, nous eûmes des orages, Vingt ans d'amour et l'amour passe… »
dit Jacques Brel dans un de ses plus remarquables
poèmes chantés.
Il est certain que l'habitude, la vie commune, mais en fait la connaissance même de l'autre,
diminue souvent progressivement le sentiment amoureux jusqu'à ce que la
brillante flamme du départ ne soit plus qu'une étincelle qui s'éteint un jour
sans bruit.
Mais il est vrai aussi que
certains aiment à la façon des feux de paille : vite embrasés, vite
disparus, leur sentiment amoureux lassé en l'espace de quelques semaines, voire
de quelques jours seulement. Ils laissent alors souvent l'autre désemparé, en
proie à l'angoisse, à l'incompréhension, puis à la tristesse. Comment cela
s'explique-t-il? C'est que le cerveau émotionnel de chacun fonctionne selon un
rythme d'activation différent. Dans le système limbique, la « lassitude amoureuse »,
devrait-on dire, correspond à une diminution de la stimulation du système de
plaisir qui fonctionne peu à peu de moins en moins souvent. Les causes en sont
multiples : diminution du nombre des rapports sexuels par « habitude
physique », des événements excitants comme les soirées, les sorties
imprévues, les cadeaux dont la cause essentielle — « faire la cour » — a
disparu (l'autre semblant
maintenant « attaché » à soi), disparition aussi du plaisir ressenti
à conquérir l'autre[1]. Tout cela contribue à un même effet :
le système de récompense
ne joue plus, n'étant plus activé. Par là même, c'est la stimulation de tout le
système de plaisir qui diminue et avec elle la production des morphines
naturelles. Cela alors même
que le cerveau émotionnel en a le plus grand besoin.
Il se produit en effet avec les endorphines le même
phénomène qu'avec toutes les morphines : l'accoutumance. C'est-à-dire que
pour obtenir un même effet de joie, d'euphorie et de plénitude, la dose de
morphiniques stimulantes doit être de plus en plus grande. Or l'organisme ne
peut sécréter des endorphines de façon illimitée : il atteint au bout
d'un certain temps un palier maximal, qu'il ne peut dépasser alors que de façon
exceptionnelle.
Le cerveau
émotionnel connaît alors une phase de satisfaction progressivement décroissante.
L'accoutumance précède l'habitude, qui précède l'ennui, qui précède la rupture
d'avec le partenaire habituel pour en rechercher un autre qui stimulera à
nouveau le système de plaisir.
À moins que l'on
n'ait su compenser cette accoutumance aux endorphines par une stimulation
régulière du système de récompense par le biais des synapses du plaisir. On
sait que ces dernières fonctionnent, non avec des endorphines, mais avec de la
dopamine. Celle-ci est une des principales catécholamines, hormones sécrétées
par l'organisme, dans toutes les situations de stress. Le stress doit être ici
considéré dans son bon sens : une situation excitante pour le système
nerveux et hormonal du corps. Danser, chanter, faire du sport, peindre, créer,
découvrir des activités nouvelles ou des pays inconnus sont ainsi autant de
stress positifs pour l'individu qui, amené à s'adapter ainsi à un nouvel
environnement, sécrète alors des catécholamines excitantes pour son système de
plaisir. C'est pourquoi le renouveau, la surprise, les changements dans la vie
commune sont bénéfiques aux amoureux qui commencent à se lasser l'un de
l'autre. Savoir combattre
l'accoutumance de son système de plaisir, c'est savoir se servir de « ces
petits riens qui font tout ».
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« Un seul être vous
manque, et tout est dépeuplé… » L'hypothèse de la saturation du cerveau
émotionnel en endorphines lors du bonheur amoureux expliquerait le phénomène
que représente le chagrin d'amour qui suit une rupture amoureuse.
En effet, le comportement de la personne
abandonnée par l'être qu'elle aime présente des signes tout à fait
ressemblants avec ceux observés chez les drogués en manque de morphine :
anxiété permanente, insomnie, agitation, irritabilité, agressivité à l'égard de
son entourage, troubles auxquels succède une phase de repli, de prostration,
de désintérêt pour le reste du monde.
Ne peut-on alors
concevoir, toujours dans l'hypothèse « morphinique » de l'amour, que
la rupture amoureuse corresponde à un véritable « sevrage » brutal en
endorphines du cerveau émotionnel et le chagrin d'amour à un « manque »
en morphines endogènes?
Raisonnement
théorique certes, mais que l'expérimentation semble laisser entrevoir comme
valable. Ainsi, le petit singe privé soudainement de sa mère, puis consolé par
la présence, dans sa cage, de camarades de jeu du même âge, présente tous les
signes de la rupture affective si on lui administre une substance antimorphine qui fait chuter le taux cérébral des
endorphines : la naloxone. Exemple frappant de
ce lien entre les morphiniques et le bonheur affectif.
Autre exemple : toutes
les personnes ayant subi un choc affectif ou un abandon amoureux brutal parlent
de la « souffrance » qu'elles ressentent. Cette souffrance, morale
et non physique, est bien connue des psychiatres qui soignent des déprimés.
Elle est tout aussi réelle que la douleur ressentie sur un membre ou un organe,
si ce n'est plus. L'âme humaine est infiniment plus vulnérable que le corps et
les traumatismes qu'elle subit ô combien plus pénibles.
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Si le chagrin
d'amour repose sur une perturbation biochimique, il doit être possible de le
traiter. C'est effectivement le cas. Nous disposons à l'heure actuelle de
médicaments, nommés thymo-analeptiques, c'est-à-dire
stimulants de l'humeur, qui agissent sur les trois principaux
neurotransmetteurs impliqués dans la tristesse et la dépression : ce sont
les antidépresseurs.
Ils agissent sur des synapses
des circuits nerveux utilisant ces catécholamines — dopamine, sérotonine,
noradrénaline — a
— diminuer leur dégradation dans la fente synaptique
par une enzyme, la MAO ou mono-amine-oxydase (il
s'agit alors d'inhibiteurs de la mono-amine-oxydase
ou IMAO ; très efficaces, ils posent cependant de nombreux problèmes de
tolérance — baisse de la tension artérielle — et interdisent la prise simultanée
de très nombreux médicaments et aliments ; ils ne sont donc guère d'une
utilisation pratique) ;
— augmenter
la sécrétion initiale par le neurone de ces neurotransmetteurs ou bloquer le « recaptage économique » qu'il effectue normalement
immédiatement après les avoir largués dans la synapse (en empêchant ce recaptage, ils augmentent la quantité en action dans la
fibre synaptique ; on a
— intervenir sur l'un ou l'autre de ces
mécanismes ou rendre plus sensible le récepteur aux neurotransmetteurs, (ce sont
les dérivés des
tricycliques, ou d'autres antidépresseurs plus récents, les tétracycliques, qui n'ont quasiment aucun effet
secondaire).
Mais comment choisir
l'antidépresseur qui convient à la forme d'état dépressif que présente une
personne? La solution classique consiste à évaluer deux « pôles » de
troubles chez la personne en les opposant : le pôle de prostration,
d'inhibition et le pôle d'anxiété. Dans le premier cas, on emploiera un
médicament très stimulant, qualifié du terme de désinhibiteur,
dans le second un antidépresseur calmant aussi l'anxiété, du type dit sédatif.
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[1] Ce qui explique la durée paradoxalement plus longue
en général des couples « orageux »
ou « passionnels » aux ruptures fréquentes, toujours recommencées.