PHILOSOPHIES DE LA NATURE 

Thalès de Milet

par Diogène Laërce

Texte fondateur

IIIe s. apr. J.-C.

Ont dit sur Thalès de Milet [1]

Fragments

C'est encore lui qui fixa à trente jours la durée du mois [...] Il soupçonna que l'eau était le principe des choses, que le monde était animé et rempli de démons. On dit qu'il découvrit les saisons de l'année, et qu'il la divisa en trois cent soixante-cinq jours. [...]

[...] On lui attribue encore les sentences suivantes : de tous les êtres, le plus ancien, c'est Dieu, car il n'a pas été engendré ; le plus beau, c'est le monde, car il est l'ouvrage du dieu ; le plus grand, c'est l'espace, car il contient tout ; le plus rapide, c'est l'esprit, car il court partout ; le plus fort, c'est la nécessité, car elle vient à bout de tout ; le plus sage, c'est le temps, parce qu'il découvre tout. La mort, dit-il, ne diffère en rien de la vie. [...] On lui demandait ce qui était difficile : « Se connaître » dit-il ; ce qui était facile : donner un conseil à autrui ; ce qui était le plus doux : jouir ; ce que c'était que la divinité : un être sans commencement ni fin ; encore une chose difficile : voir un tyran âgé ; comment supporter aisément l'infortune : en voyant ses ennemis plus malheureux encore ; comment vivre vertueusement : en ne faisant pas ce que nous reprochons à autrui ; qui est heureux : l'homme bien portant, riche, courageux et instruit.

Il disait encore que l'on doit penser à ses amis aussi bien en leur absence qu'en leur présence, que la beauté ne vient pas d'un beau visage, mais de belles actions. « Ne t'enrichis pas injustement, conseillait-il, et veille à ne pas être cité en justice pour de mauvaises paroles contre tes proches et tes amis. Comme tu traites tes parents, tes enfants te traiteront. »

Thalès est l'auteur du fameux « connais-toi toi-même » [...]

[1] Diogène Laërce, Vie doctrines et sentences des philosophes illustres TOME 1, GF-Flammarion #56 © 1965, pp. 52,53,56,57, traduction Robert Genaille.

Il ne nous est parvenu aucun texte original des trois premiers philosophes de la nature que sont Thalès de Milet (l'eau), Anaximandre (l'apeiron : l'indéfini, l'illimité, l'infini) et Anaximène (l'air). Ce qu'on sait d'eux nous a été rapporté par les textes d'historiens anciens ou d'autres philosophes, en l'occurrence, Aristote et ici, Diogène Laërce.

Si les premiers philosophes ont produit des théories qui nous semblent aujourd'hui simplistes ou erronées, il faut cependant reconnaître qu'elles représentent les tout premiers pas de l'humanité dans l'élaboration rationnelle d'une explication du monde hors des croyances mythiques. Comme tout arbre commence sa vie par une brindille chétive, leurs fragiles théories perçaient dans la direction de la pensée raisonnée. Ils initiaient alors le long débat fertile qui se poursuit toujours entre la foi et la raison.

Philo5
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