1969

L'universel est une chose

Jean Jolivet a dit sur Guillaume de Champeaux

 Extrait de « Histoire de la philosophie 1 vol.2 » [1]

[Il ne nous est parvenu que des fragments de Guillaume de Champeaux, mais voici ce qu'en rapporte Jean Jolivet :]

Dans le domaine de la dialectique, il professe deux doctrines successives. Selon la première, l'universel est une chose, essentiellement la même, présente à la fois dans tous les individus ; si l'on privait ces derniers de leurs accidents, ou formes, toute différence entre les choses s'abolirait, elles seraient réduites à leur matière universelle commune. On a reconnu la première des thèses critiquées par Abélard ; signalons que celui-ci, dans les Gloses de Lunel (ses troisièmes gloses sur Porphyre), trouve un argument nouveau, tiré de la théologie : si les formes fondent seules les différences individuelles, il y a identité entre la substance divine, qui ne reçoit pas d'accidents, et la substance universelle, premier des prédicaments ; c'est là une « détestable hérésie ».

La position sur laquelle Guillaume se replie après ses discussions malheureuses avec Abélard lui est offerte par la théorie de l'indifférence : chez deux hommes, Pierre et Paul, l'humanité n'est pas identique, mais semblable, c'est-à-dire non différente.

[1] Texte de Jean Jolivet, Histoire de la philosophie 1 vol.2, Brice Parain, Éd. Gallimard © 1969, page 1305.