par Hugo Grotius
Extrait de « Du droit de guerre et de paix »[1]
[...] [Le droit naturel se définit comme] un décret de la droite raison indiquant qu'un acte, en vertu de sa convenance ou de sa disconvenance avec la nature raisonnable et sociable, est affecté moralement de nécessité ou de turpitude et que, par conséquent, un tel acte est prescrit ou proscrit par Dieu, auteur de cette nature.
[...]
Il est bon encore de savoir que le Droit Naturel ne roule pas seulement sur des choses qui existent indépendamment de la Volonté Humaine, mais qu'il a aussi pour objet plusieurs choses qui sont une suite de quelque acte de cette Volonté. Ainsi, par exemple, la Propriété des biens, telle qu'elle est aujourd'hui en usage, a été introduite par la volonté des Hommes : mais dès le moment qu'elle a été introduite, ç'a été une règle du Droit même de Nature, qu'on ne peut sans crime prendre à quelcun, malgré lui, ce qui lui appartient en propre.
[...]
Le droit naturel est immuable [...] Dieu même n'y peut rien changer [...] Il est impossible à Dieu même, de faire que deux fois deux ne fassent pas quatre ; il ne lui est pas non plus possible de faire que ce qui est mauvais en soi et de sa nature ne soit pas tel.
[...]
Tout ce que nous venons de dire aurait lieu en quelque manière, quand même on accorderait, ce qui ne se peut sans un crime horrible, qu'il n'y a point de Dieu.
[1] Hugo Grotius, Du droit de guerre et de paix, Livre I chap. I, 1625. Extrait de Josiane Boulad-Ayoub et François Blanchard, Les grandes figures du monde moderne, Les Presses de l'Université Laval © 2001, pages 128-129.