2006-12-03

À l'académie de Toulouse, les filles sont-elles plus égales que les garçons?

par François Brooks

(Lettre ouverte à egalite@ac-toulouse.fr.)

Bonjour à vous, académiciens de Toulouse (région bien aimée de mes ancêtres).

En faisant une recherche sur Hypathie d'Alexandre, je suis tombé par hasard sur votre page qui propose des « Des outils pour construire l'égalité Filles/Garçons » (page consultée le 3 déc. 2006).

Un petit diable en moi s'est amusé à dénombrer, respectivement, les fois qu'on y retrouve les dénominations « fille(s) », « garçon(s) », femme(s) et homme(s). Voici le résultat :

Fille(s) : 21

Garçon(s) : 12

Femme(s) : 41

Homme(s) : 11

La gente féminine y est interpellée 62 fois alors que la masculine ne l'est que 23 fois seulement.

Ça me laisse songeur ...

Il me semble que votre page s'adresse d'abord aux filles pour leur envoyer le message clair de « prendre leur place » et peut-être aussi, accessoirement, aux garçons pour leur dire qu'ils auront peut-être à vivre avec l'idée qu'ils auront la leur, à l'avenir, dans une moindre part. On ne dit pas « Bravo! Les filles arrivent, ça va développer de nouveaux marchés et faire avancer la société comme jamais auparavant. » (ce qui serait encore discutable [1]) ; mais je sens plutôt le message « Tassez-vous les gars, les filles arrivent! (galanterie oblige) ».

Chaque fois que l'Histoire nous a produit un « sauveur idéologique », il s'est avéré qu'en prenant « sa place légitime », il ne s'est jamais arrêté à l'égalité. Le féminisme aurait de nos jours une occasion de nous prouver la supériorité de la gente féminine sur l'homme en agissant autrement, mais les faits constatés depuis les dernières 40 années de militantisme actif nous démontrent que dans le domaine de la conquête, les femmes sont malheureusement égales aux hommes : elles ne se sont pas s'arrêtées à l'égalité, loin de là. Si bien que la notion même d'« égalité » sonne maintenant à mes oreilles d'hommes comme le mot « conquête ».

Au Québec, nous sommes plutôt en avance dans cette conquête. Notre Féminisme triomphant pourrait peut-être inspirer le vôtre... et peut-être même essayer d'éviter notre triste record du monde de suicide de la gente masculine : 4 hommes pour une femme se suicident ici (plus de 1200 hommes par année). La dévalorisation personnelle des hommes, le décrochage scolaire, l'itinérance en bas âge, sont des phénomènes sociaux qui se sont développés en même temps que le féminisme gagnait sa place. Bien sûr, on ne va pas reprocher aux femmes de s'être émancipées. Mais ne serait-il pas temps d'équilibrer les forces avec un masculisme qui serait garant de l'égalité réclamée par le féminisme?

Aussi, face à votre démarche, j'aimerais savoir si vous avez l'intention de contrebalancer cette manifestation féministe par une page qui inviterait les garçons à militer aussi activement pour devenir aussi égaux que les filles? Les filles ont besoin que l'on s'occupe d'elles, et c'est très bien. Mais quelle place désormais les garçons auront-ils? Et si on voulait véritablement parler d'égalité, ne chercherions-nous pas plutôt à éliminer complètement la distinction homme-femme en parlant plutôt d'êtres humains sans tenter le diable qui va compter combien de fois on interpelle l'un et l'autre sexe?

Je vous remercie de m'avoir fourni l'occasion d'approfondir ma réflexion sur le sujet. Je vous invite à approfondir la vôtre en visitant le dossier sur lequel je travaille depuis dix ans : Féminisme-Masculisme.

Mes plus cordiales salutations.

François Brooks
www.philo5.com

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[1] Le genre d'émancipation de la femme qu'on nous propose actuellement semble servir davantage les intérêts économique d'une société marchande que l'épanouissement personnel tant promis. La marchandisation de l'être a tôt fait de vendre son agenda à un féminisme naïf et servile.

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