040413

Un homme, une femme... le même avenir [1]

par François Brooks

Article paru : Un gars, une fille... deux avenirs

Ma réaction à l'article

Réponse de Martine Turenne : Vous semblez avoir mal compris 

Ma réponse à Mme Turenne

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13 avril 2004

Un homme une femme... le même avenir

Lettre ouverte à Madame Martine Turenne.

Si les garçons « raccrocheurs » finissent par se tirer d'affaire, pourquoi les femmes devraient-elles en être jalouses? Les filles décrocheuses n'ont-elles pas les mêmes chances de réussir si elles suivent le même circuit? À ce que je sache, le Ministère de l'Éducation n'impose pas de normes sexistes face aux « raccrocheuses ».

C'est connu, on peut faire dire ce qu'on veut à des statistiques. Vous n'y manquez pas. Vous « démontrez » que les filles qui ont obtenu de bons résultats au DEC n'ont pu décoller financièrement parce que l'ensemble des Québécoises ne gagne pas plus de 64% des salaires des hommes québécois. Est-ce à dire que vous ne tenez pas compte du fait que dans cette masse salariale, les qualifications des hommes et des femmes, de même que la valeur des postes qu'ils occupent, peuvent grandement varier hors des limites du DEC? Il ne nous a pas fallu lire plus de trois paragraphes pour trouver tout de suite votre mauvaise foi intellectuelle.

Vous poursuivez en essayant de nous indigner avec une nouvelle statistique : l'augmentation salariale 1990-2001 favorisant les hommes. Pourrait-on savoir si vous considérez comme acceptable qu'un métier à haut risque soit mieux rémunéré ou bien pensez-vous que nous devrions tous gagner le même salaire?

La photo de l'article annonce vos couleurs. Un homme et une femme de 30 ans assis chacun sur sa chaise dos à dos. (Vision féministe éculée des relations hommes-femmes.) Juste à côté, vous comparez leur salaire : elle, 36 500 $ DEC (réussi du premier coup avec brio) en technique d'échographie et lui, 48 500$, électricien ancien décrocheur (qui ne le mérite pas, le cancre). Savez-vous madame que pour toucher ce salaire il faut être électricien licencié, et que quatre années d'apprentissage sont nécessaires à raison de 2 000 heures par année payées à un taux inférieur à celui que vous annoncez. De plus, ce type de travail comportera des exigences, des dangers et des conditions de travail autrement contraignantes que le confortable cégep ou la douillette clinique médicale? Si on ajoute l'année de formation académique de base en électricité aux quatre années d'apprentissage du métier, nous devons traverser cinq ans de formation avant de devenir électricien licencié. De plus, rien n'empêche une femme au Québec de devenir électricienne. Alors, si je vous comprends bien, il faudrait que les hommes et les femmes gagnent tous le même salaire sans égard au type d'emploi. Les hommes doivent continuer comme toujours à faire les tâches les plus exigeantes physiquement et les femmes bien au chaud et en sécurité. Puis-je vous faire remarquer que ce n'est pas très féministe ce partage des rôles?

Je sais de quoi je parle, je suis électricien et je côtoie tous les jours des hommes, des vrais, des gars de métier qui ne s'opposeraient nullement à voir arriver parmi eux des femmes de métier. Mais voilà, comment se fait-il que les femmes ne toffent pas la run? Depuis quinze ans que je suis dans le métier, j'ai vu trois femmes y travailler. Celle qui en avait la force est restée, les deux autres sont parties. Le rêve féministe de l'égalité ne peut pas s'appliquer sans tenir compte des exigences particulières à chaque métier. Soit dit en passant, ma compagne est enseignante et gagne un salaire de 25% plus élevé que le mien et je n'en suis nullement jaloux. Je suis heureux de mon sort et rien ne m'empêche d'en changer si je le voulais. Et vous-même, pourquoi ne deviendriez-vous pas électricienne, ou menuisière ou plombière? Manque de couilles? Je pari que vous avez une peur bleue de l'électricité. Si ça se trouve vous n'avez peut-être jamais pris un seul choc 120V dans votre vie.

Pour être crédible, vous devriez comparer des pommes avec des pommes et des bananes avec des bananes. À ce que je sache, vous ne vous plaignez pas que la chirurgienne Louise Choinière gagne moins que ses confrères. Les éboueuses à la Ville de Montréal gagnent le même salaire que leurs confrères. Moi aussi je peux essayer de faire une généralité à partir d'un cas particulier. Avec votre logique, aux jeux olympiques, devrions-nous faire compétitionner les hommes et les femmes ensemble? Devrions-nous faire payer le passage en avion selon le poids du passager? Dans la vie, il y a des inégalités incontournables. Faut faire avec sans toujours jalouser ceux qui ont les avantages qui nous manquent.

Vous auriez avantage à lire un peu Élisabeth Badinter qui a dénoncé l'attitude victimiste des féministes. Vous nous pondez un article dont le principal but est de dénoncer les hommes qui, aussi bêtes que celles-ci, ont emboîté le pas de la victimisation. Avez-vous peur qu'ils vous ravissent votre chasse gardée? En fait, si vous avez raison de vous plaindre, en toute égalité, pourquoi les hommes n'auraient-ils pas aussi des raisons se plaindre? Tout le monde a des problèmes. À quoi cela sert-il de nous mettre à brailler comme des bébés la-la? Si vous enviez le salaire d'un électricien, arrêter de brailler, enhardissez-vous et devenez électricienne que diable! Sinon, acceptez vos limites, et de grâce, arrêtez d'ennuyer les honnêtes gens qui ont autre chose à faire de plus valable que d'agiter la jalousie du peuple avec des statistiques biaisées.

Il faut voir qui vous consultez pour alimenter votre papier fielleux :

Pierrette Bouchard, professeure de sciences de l'éducation à l'Université Laval et titulaire de la chaire d'étude Claire-Bonenfant sur la condition des femmes.

Francine Descarries, professeure de sociologie à l'UQAM et membre de l'Institut de recherches et d'études féministes.

Madeleine Gauthier, chercheuse à l'INRS-Urbanisation, Culture et Société.

Ruth Rose-Lizée, professeure de sciences économiques à l'UQAM et membre de l'IREF.

Paul Beaudry, économiste à l'Université de Colombie-Britannique et directeur d'une chaire de recherche en macroéconomie.

Daniel Parent, professeur au Département de sciences économiques de McGill et spécialiste de l'économie du travail.

Claudine Baudoux, professeure à la faculté des sciences de l'éducation de l'Université Laval.

Jeannine David-McNeil, professeure honoraire d'économie à HEC Montréal.

Anne Cormier, architecte associée de BigCity et professeure à l'Université de Montréal.

Pierre Fortin, économiste professeur à l'UQAM.

Sur dix personnes, sept sont des femmes et il faut attendre à la toute fin pour qu'un homme, Pierre Fortin, nous donne l'heure juste : à comparaison égale, il reste une différence résiduelle de 10% de salaire en faveur des hommes. À 90% du salaire des hommes, on est loin du 64% que vous annonciez au début de votre article.

Je me demande un peu quel est votre avantage à écrire un papier qui va vous mettre à dos la moitié de la population. Quelle solution proposez-vous? Où est le côté positif dans votre article? On sait que le système scolaire officiel est mieux adapté aux filles qu'aux garçons. Un garçon sécrète de la testostérone, il a besoin de se dépenser physiquement davantage qu'une fille. S'il fallait faire une modification pour améliorer les performances des garçons à l'école, applaudiriez-vous en pensant que leur succès améliorerait l'ensemble de la société ou, en bonne féministe, vous victimiseriez vous en criant « inégalité » comme si on vous enlevait quelque chose?

Si vous pensez que votre revue a une certaine valeur sociale, peut-être aurions-nous avantage à lire des articles qui visent à ce que les choses s'améliorent pour l'ensemble de la population plutôt qu'au détriment de la moitié des gens. En effet, à travail égal, pensez-vous que ce sont les femmes qui ne gagnent pas assez ou bien les hommes qui gagnent trop? La stratégie de votre argumentation laisse croire  que vous avez besoin d'inventer un homme cancre pour valoriser une femme douée. Pourquoi une femme ne pourrait-elle pas se valoriser par son seul talent sans avoir à se comparer à un homme de « moindre valeur ».

Compte tenu du fait que les femmes ont raflé les deux tiers des nouveaux emplois créés entre 1976 et 1995 et de la dilution de la masse salariale depuis que les femmes ont envahi le marché du travail [2], que diriez-vous si un mouvement masculiste [3] se formait pour dénoncer cet état de fait et fasse des pression pour remettre les femmes à « leur place » dans la maison, à jouer leur honorable rôle de mère au foyer? Parce qu'après tout, aujourd'hui, ça prend maintenant deux salaires pour faire vivre une petite famille alors que mon grand-père et ma grand-mère ont élevé une famille de 11 enfants avec le seul salaire de chauffeur d'autobus de mon grand-père. Le féminisme était supposé améliorer les choses. Je me demande où est l'avantage d'être deux à devoir travailler et à faire élever ses enfants par l'État dans des micro-familles où l'enfant est chanceux s'il a un frère ou une soeur?

Il se forme actuellement des groupes d'hommes qui commencent à réclamer, comme vous le faites maintenant depuis 30 ans mesdames, l'égalité. La société qui s'annonce ne va probablement pas revenir en arrière. Mais pour les femmes, s'il ne reste plus que 10% de salaire à rattraper sur les hommes, il y a dans d'autres domaines un rattrapage très important que les hommes vont bientôt faire. La femme sera l'égale de l'homme le jour où elle se fera systématiquement rabrouer en tenant des propos anti-hommes, ou qui, dans leur essence, cherchent à minimiser la valeur des hommes de leur travail ou de leurs sentiments. Elle sera égale lorsque la garde des enfants partagée sera donnée automatiquement après une séparation ; lorsque le harcèlement psychologique entraînera les mêmes peines au criminel que l'agression physique ; lorsque l'on reconnaîtra la gravité des agressions physiques des femmes sur les hommes ; lorsque les organismes de bienfaisance se verront obligés par la loi d'accorder un montant égal pour venir en aide autant aux hommes qu'aux femmes dans le besoin ; et autres inégalités qui ne me viennent pas encore à l'esprit.

Vous nous cherchez mesdames depuis trente ans. Je ne suis pas certain que vous serez beaucoup plus avancées lorsque la loi imposera l'égalité que vous réclamez si haut et si fort. Nous serons alors assis chacun sur notre chaise dos à dos comme dans votre article, madame Martine Turenne, à nous creuser la tête pour essayer de débusquer encore une inégalité pour justifier notre frustration due, non pas à l'inégalité, mais au manque d'amour.

Par chance, il y aura toujours l'amour pour nous démontrer que la jalousie ne mène nulle part. Votre monde égalitaire ne m'intéresse pas. J'aime ma compagne avec, et à cause de toutes nos différences. À vous entendre, je devrais jalouser son salaire. Mon salaire me suffit. En plus, c'est pour moi une joie de pouvoir suppléer, lorsque l'occasion se présente, par mes forces à ses faiblesses sans attendre la réciproque. Je n'admets aucune égalité. Je ne pense qu'en terme de complémentarité dans l'amour. L'égalité, c'est de la foutaise. Seul l'amour compte. Je ne m'intéresse pas tant de recevoir que de donner à ma compagne. Son sourire est mon salaire.

Je vous remercie sincèrement, Mme Turenne d'avoir provoqué en moi cette réflexion.

François Brooks

www.philo5.com

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21 avril 2004

Vous semblez avoir mal compris...

par Martine Turenne

Monsieur Brooks,

Vous semblez avoir mal compris l'article que j'ai écrit et que vous commentez à votre étrange réseau. L'économiste Pierre Fortin ne dit pas, en conclusion de l'article, qu'il ne reste que 10% d'écarts salariaux entre les hommes et les femmes. Il dit que ce 10% demeure inexplicable (il appelle ça de la discrimination résiduelle), alors que le reste, cet autre 10% (total 20% d'écarts) s'explique par plusieurs façons (conciliation famille-travail, choix de carrière, arrêt pour grossesse, etc).

Les chiffres ne mentent pas, M. Brooks. Par contre, vous semblez induire votre réseau en erreur. Si vous avez relevé de véritables faussetés dans cet article, peut-être pourriez-vous nous les communiquer?

Martine Turenne

Journaliste

L'actualité

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21 avril 2004

Un homme, une femme... le même avenir (2)

par François Brooks

Bonjour madame Martine Turenne

C'est tout?! Moi qui pensait que j'avais affaire à une intellectuelle solide... Je m'attendais à une réplique plus ferme. Si je m'en tiens à votre timide réplique, je sens que j'ai gagné plusieurs points. Il en reste cependant un sur lequel vous ne semblez pas encore d'accord : les pourcentages fallacieux. Je ferai donc un petit effort supplémentaire.

Juste avant que nous divorcions, je gagnais 217$ par semaine. Ma femme suivait des cours au cégep et elle travaillait à temps partiel. Elle gagnait 45$ par semaine. J'avais charge de famille — deux enfants en bas âge — et je payais tous les frais de subsistance de celle-ci, incluant mon épouse. Il me restait 20$ en poche après avoir tout payé. Ma femme gardait son 45$ pour elle toute seule en m'avançant exactement le même argument que vous avancez dans votre article : « Comment peux-tu avoir le culot de me demander de contribuer aux charges familiales alors que je ne gagne que 20% de ton salaire? », me disait-elle.

Votre article nous balance des chiffres qui, même s'ils peuvent être "vrais" (comment pourrais-je les vérifier?) nous présentent un point de vue sur une situation générale qui ne tient aucunement compte de l'immense variété des situations personnelles qui, si elles nous étaient connues cas par cas, nous apporteraient un portrait qui a toutes les chances de nous amener à une évaluation bien différente de celle que vous nous présentez.

Je suis étonné que vous vous soyez laissée leurrer par la simplicité de votre calcul statistique de premier degré qui, en soi, ne supporte pas bien votre argument. Il ne s'agit pas ici de relever une simple erreur de calcul dans vos chiffres. Je vous dis que vos arguments sont une insulte à l'intelligence de vos lecteurs et lectrices. Tout le monde sait qu'on peut faire dire ce que l'on veut à des statistiques. Votre article aurait eu plus de chance de convaincre s'il ne prétendait pas tirer sa force uniquement de celles-ci. Nous avons tous été leurrés par des statistiques fallacieuses à propos des « femmes victimes de violence conjugale » ces dernières années et qui ont par la suite été dénoncées ad nauseam, pensez-vous que vous pouvez encore utiliser la même voie avec quelque crédibilité que ce soit? 

De plus, cet article n'apporte rien de constructif au problème que vous soulevez, bien au contraire. Si ça se trouve, il ne fait qu'envenimer les choses : susciter l'envie, la jalousie, l'égoïsme. Je vous répète que je ne suis pas jaloux de ma compagne qui gagne un salaire plus élevé que le mien et j'ai fort à parier que nombre de femmes ne sont pas jalouses du salaire des hommes. Statuer d'emblée que ce fait soit une injustice, c'est vous arroger le droit de juger de ce qui est bien ou mal sans même consulter les gens concernés. Ceci est une lacune évidente dans vos statistiques puisque celles-ci n'en font aucune mention.

Et pour finir, votre message n'est pas clair. Êtes-vous en train de nous dire que ce sont les hommes qui gagnent trop ou bien les femmes qui ne gagnent pas assez? Si j'étais chef d'entreprise, devrais-je réduire le salaire des hommes ou augmenter celui des femmes? Mes intérêts axés sur le profit ne viseraient-ils pas à diminuer ma masse salariale? À quoi servira votre pavé dans la mare si les chefs d'entreprises décident de diminuer le salaire de tous les hommes pour satisfaire votre soif de statistiques égalitaires? On aura appauvri les hommes et satisfait la jalousie des femmes? Bel objectif que celui qui consiste à faire baisser le niveau de vie de 50% d'une population. C'est d'ailleurs ce qui s'est produit graduellement depuis trente ans que les femmes ont envahi le marché du travail. Le travailleur n'a cessé de voir son revenu baisser et de s'endetter pour maintenir son niveau de vie. N'est-ce pas assez? Faut-il empirer les choses?

En référant au titre que vous mettez sur le texte de votre réponse, laissez-moi vous rappeler que c'est le propre des dictateurs totalitaires de se sentir insultés lorsqu'on exprime une opinion contraire à la leur. Contrairement à vous, je suis pour la liberté d'opinion et je suis content de vivre dans un pays qui vous laisse dire ce que vous pensez. D'ailleurs, plus vous dites de bêtises, plus facile est ma tâche de les dénoncer. Si le sujet sur lequel vous vous exprimez me concerne et que vous usez du pouvoir d'influence que vous procure le magazine L'actualité pour faire passer vos vues sectaires et tendancieuses, vous me trouverez toujours là pour vous laisser savoir que j'estime avoir mon mot à dire. Le temps où les hommes se taisaient tire à sa fin.

Mais peut-être me suis-je leurré depuis le début. En fait, vous travaillez pour une revue qui, pour survivre, doit se vendre. Que votre article soit bon ou mauvais, sectariste ou humaniste qu'il recherche la vérité ou non n'a aucune importance. Seul le titre vendeur est important. Dans ce cas-ci, j'espère que vos patrons ont atteint leurs objectifs mais quant à moi, il me faudrait autre chose qu'un article comme le vôtre pour susciter mon abonnement. Pourrez-vous faire recette encore longtemps à casser du sucre sur le dos de la moitié de la population?

Je vous remercie sincèrement, Mme Turenne, de m'avoir fourni l'occasion de préciser ma pensée.

François Brooks

www.philo5.com

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[1] Réflexion suite à l'article de Mme Martine Turenne « Un gars, une fille... deux avenirs » paru dans le magazine L'actualité, avril 2004.

[2] Selon Madeleine Gauthier, chercheure à l'INRS-Urbanisation, Culture et Société.

[3] Je préfère masculiste à « masculiniste » par souci d'égalité. En effet, on ne dit pas « fémininisme » (voir texte « Distinguons masculisme et masculinisme »)

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