|
||||
|
1999-09-14 |
||||
|
|
Éd. Dangles © 1981 |
|||
|
La Philosophie de Rajneesh [1] |
||||
|
|
||||
|
p. 152 * * * Voilà un autre type de situation. Je vous dis des choses absurdes. Je vous parle d'accomplir quelque chose, et pourtant nie l'existence de toute méthode. C'est absurde ! Comment puis-je dire une chose et affirmer en même temps que cela ne peut pas être exprimé ? Mais c'est précisément l'absurdité qui peut créer la situation. Si j'arrive à vous convaincre, je ne créerai pas de situation ; cette conviction s'intégrera au « moi», à votre savoir. Et votre « moi » insistera pour demander : comment ? Quel est le moyen ? Je nierai qu'il y en ait un, mais continuerai de parler de transformation. Alors la situation semble si irrationnelle, que votre esprit est mécontent. À ce moment-là, seulement les régions qui le dépassent peuvent le submerger. Je crée des situations sans cesse. Pour les intellectuels, c'est l'absurdité qui doit servir de situation. La conscience ne vient qu'avec une situation où la continuité est rompue. L'absurdité, le caractère irrationnel même de la situation est ce qui doit créer le vide qui est censé ébranler et troubler l'individu au point qu'il y a prise de conscience. Je me rappelle une anecdote de la vie de Bouddha. Un matin, alors qu'il entrait dans un village, quelqu'un lui dit : « Je crois dans le suprême. Dites-moi, je vous prie, où est Dieu ? » Bouddha se mit à rétorquer : « Dieu n'existe pas. Il n'a jamais existé et n'existera jamais. Cessez donc de dire des sottises ! » L'homme était ébranlé, mais la situation était ainsi créée. Dans l'après-midi, un autre homme s'approcha de Bouddha et lui dit : « Je suis athée. Je ne crois pas en Dieu. Est-ce qu'il existe ? Qu'avez-vous à dire sur ce sujet ? » Bouddha répondit : « Dieu seul est. Rien n'existe hormis lui. » Et l'homme en fut ébranlé. Plus tard, dans la soirée, un troisième homme vint trouver Bouddha pour lui dire : « Je suis agnostique. Je ne crois ni ne crois pas en Dieu. Dites-moi, y a-t-il ou non un Dieu ? » Bouddha garda le silence. Et l'homme s'en trouva ébranlé. Mais il y avait un moine au nom d'Anand, qui jamais ne quittait Bouddha d'une semelle et qui était le plus ébranlé des quatre. Le matin, Bouddha avait dit : « Il n'y a pas de Dieu » ; dans l'après-midi, il disait : « Seul Dieu existe », et le soir, il avait gardé le silence. La nuit arrivée, Anand s'adressa à Bouddha, disant : « Avant d'aller dormir, je vous demanderai de répondre à ma question. J'ai perdu ma paix d'esprit. Je ne sais plus où j'en suis. Que signifient ces réponses absurdes et contradictoires que vous avez faites ? » Bouddha lui répondit : « Aucune des trois ne t'était destinée. Pourquoi donc les avoir écoutées ? Chaque réponse s'adressait à l'une des personnes qui m'avaient interrogé. Si ces réponses sèment en toi le trouble, c'est parfait. C'est la réponse qu'il te fallait. » Ainsi, des situations peuvent être créées. Un moine zen crée des situations à sa manière. Peut-être vous poussera-t-il hors de la pièce ou vous frappera-t-il au visage. Cela paraît absurde. Vous posez une question spécifique et l'on vous répond à côté. Quelqu'un demande : « Quelle est la Voie ? », et le moine zen vous répond qu'il ne s'occupe pas de la Voie. Il dira par exemple : « Regardez la rivière », ou « Regardez cet arbre ! Il est bien grand ! ». Ce sont des réponses absurdes. L'esprit recherche la continuité. Les absurdités lui font peur. Il craint ce qui n'est pas rationnel, ce qui est inconnu. Or la vérité n'est pas un sous-produit de l'intellectualisation. Elle n'est compréhensible ni par déduction ni par induction. Elle n'est pas logique ; elle n'est pas une conclusion. Je ne vous transmets rien. Je ne fais que créer des situations. Celles-ci ayant été créées, ce qui n'est pas transmissible peut l'être. N'allez pas demander comment. Soyez. Si vous le pouvez, soyez conscient ; sinon, soyez conscient du fait que vous n'êtes pas conscient. Soyez attentif à ce qui est. Et si vous ne pouvez l'être, soyez attentif à votre inattention. Et la chose se produira. Elle se produit. |
||||
|
[1] Bhagwan Shree Rajneesh, L'Éveil de la conscience cosmique, Dangles © 1981, p. 152-153.
J'ai par la suite approfondi la philosophie de Rajneesh en lisant L'Éveil de la conscience cosmique. Dans l'extrait reproduit ci-haut, il s'attaque à un tabou occidental encore plus enraciné : l'inéluctable rationalité. Sans y adhérer personnellement, j'avais ensuite approché le groupe Rajneesh (rebaptisé plus tard « Mouvement Osho ») qui vivait en commune ouverte à Montréal. Ils s'adonnaient à la sympathique coutume d'échanger d'affectueux câlins à tout moment. La glace brisée, le contact devenait aussi banal qu'une poignée de main. La vie du groupe était centralisée sur les méditations « dynamiques ». Celles-ci, selon l'occasion, prenaient deux formes. La première consistait à se faire vibrer sur place pendant trente minutes comme les Shakers du Maine. La seconde consistait à provoquer volontairement des séances de rires ou de pleurs pour une égale période. L'animateur et quelques adeptes entraînés supervisaient les exercices. Ils présentaient une attitude étonnamment ouverte envers les interdits. Aucune rigidité face à ce que l'on avait l'habitude de regarder avec sévérité. Sexe, drogue, tabac, alcool ; rien n'était tabou . Le groupe ne semblait pourtant pas constitué de décrocheurs décadents pervers et débauchés. C'étaient de jeunes travailleurs végétariens pacifiques plus ou moins en couples et sans enfants, qui partageaient une immense maison sur la rue Côte-Ste-Catherine. Ils semblaient accueillir leurs désirs et leurs pulsions comme les choses les plus naturelles du monde, mais loin de se vautrer dans les excès que les journalistes à sensation recherchent. Rajneesh enseignait que les interdits créent les obsessions que l'expérimentation aide à dépasser. On lui a reproché sa richesse et la licence sexuelle de son idéologie. Suite aux méfaits de certains membres et à la controverse, on l'a expulsé de plusieurs pays. Il retourna en Inde où il fut bien accueilli. À sa mort, en 1990, le mouvement de Montréal était déjà dispersé. Je n'ai pas été sollicité pour faire partie du groupe dont je ne fus que l'observateur occasionnel, curieux et neutre. Je n'y suis jamais retourné parce que l'odeur de la cigarette me gêne et que les effusions spontanées et les activités de groupe ne sont pas ma tasse de thé. Avec le temps et la pratique de la philosophie, je me suis plutôt défini comme un électron libre. Mais j'estime toujours que le fondement idéologique de Rajneesh est d'une sagesse appréciable. F. Brooks, sept. 2026.
|
||||