Textes références

Gilbert Natan

2010-01-02

 

© 2010

Le Judaïsme [1]
Comprendre ce qu'est le judaïsme

SOMMAIRE

1. Préliminaires

2. Histoire

3. Religion

4. Quelques prescriptions religieuses

5. Principales fêtes juives

6. Quelques personnalités juives

7. Histoire de l'écriture hébraïque

On parle souvent des juifs ou des israélites, ce qui revient au même. Quel non juif n'a pas déjà fréquenté un juif ? Le judaïsme est à l'origine des deux grandes religions monothéistes : chrétienne et musulmane. Qu'ont-ils en commun ? La religion juive apparaît à beaucoup comme complexe et surannée. Peut-on la comprendre ? Elle est aussi loin d'être homogène, ce dont on ne se rend souvent pas compte. Mon but dans cette page est de faire comprendre ce que sont le juif et sa religion.

* * *

1. Préliminaires

1. Le Judaïsme n'est pas une religion, mais un état, une confession. On naît juif si l'on est de mère juive. Le fait d'être juif est indépendant de toute pratique religieuse. On ne peut devenir juif que très difficilement (voir plus loin).

2. Il y a environ 13 millions de Juifs dispersés dans le monde.
Les États-Unis en accueillent près de la moitié, soit 5 728 000. Israël compte 3 350 000 Juifs. En ex-URSS, il y en a 1 811 000. Les autres sont dispersés dans le monde entier. En France, on en compte 650 000, en Grande-Bretagne, 450 000, en Argentine, 500 000, au Canada, 296 000. En Belgique, quelques dizaines de milliers de Juifs sont de nationalité belge, parfois établis depuis le siècle dernier.

3. Quelle est la différence entre Sémites, Israéliens, israélites, Juifs, Hébreux ?

Sémite : (Sem, fils de Noé)
C'est quelqu'un appartenant à un ensemble de peuples du Proche-Orient (Akkadien  (Assyro-Babylonien), Amorrite, Araméen, Phénicien, Arabe, Éthiopien, Hébreu), parlant ou ayant parlé, dans l'Antiquité, des langues sémitiques.

Israélien :
Provenant de l'État moderne d'Israël.

Israélite :
Relatif à l'Israël biblique ou = Juif.

Juif :
Personne appartenant à la communauté israélite, au peuple juif.

Hébreu :

a) Peuple sémitique de l'Orient ancien, dont la Bible retrace l'histoire à partir de 2000 - 1770 av. J.-C., avec les tribulations d'Abraham, le patriarche, venant l'Ur et amenant sa tribu vers la Terre promise. Une des grandes étapes fut la sortie d'Égypte sous la conduite de Moïse qui, dans le désert du Sinaï, reçut de Dieu (Yahvé) les Tables de la Loi. C'est le début de la confession juive.

b) Langue sémitique parlée autrefois par les Hébreux et qui est aujourd'hui la langue officielle de l'État d'Israël.

Qui est juif ?

Une mère juive et un père (juif ou non) donnent automatiquement un enfant juif. En effet, c'est la mère qui détermine la confession. C'est elle aussi qui se chargera principalement de l'éducation religieuse.

Toute personne peut devenir juive, la chose est cependant difficile, car la personne candidate doit prouver son désir profond de vivre une vie juive. À cet effet :

1º Elle doit suivre l'instruction religieuse et lire l'hébreu.

2º Elle doit passer les tests auprès du Consistoire central des Juifs de Belgique.

3º Puis, elle passera des examens en Israël et sera jugée par le Haut Rabbinat.

4º Si elle a réussi toutes ces étapes, elle poursuivra de longues études en étudiant la Thora, le Talmud ...

5º Si c'est un homme, il doit être circoncis.

5. Aspect : Un Juif n'est pas nécessairement quelqu'un avec des papillotes et un grand chapeau, comme on en voit à Anvers ou au mur des Lamentations. L'aspect, le type, les coutumes des juifs varient fortement d'après leurs origines et traditions.

6. Il y a deux grandes communautés juives :

a. les Ashkénazes, originaires des nombreuses communautés qui vivaient au nord et à l'est de l'Europe. Ils s'exprimaient entre eux en Yiddish, langue judéo-germanique. (Ashkénaze signifie « allemand » en hébreu.)

b. les Sépharades, originaires du sud de l'Europe et de l'Afrique du Nord. (Sépharade désignait à l'origine, en hébreu, la péninsule ibérique.) Les juifs d'Espagne et du Portugal s'exprimaient en Ladino, langue judéo-espagnole.

c. À l'intérieur de ces deux grands groupes, il y a diverses communautés distinctes par la rigueur de leurs pratiques religieuses. Du point de vue des pratiques religieuses, on distingue à une extrémité, les Juifs ultras orthodoxes, à l'autre, les Juifs libéraux. Entre les deux, divers degrés existent. En Belgique, on trouve des orthodoxes en nombre à Anvers. Ils sont reconnaissables à leurs vêtements noirs typiques. Les juifs libéraux habitent surtout dans les pays anglo-saxons, leurs moeurs religieuses sont beaucoup plus libres au point que certaines femmes peuvent devenir rabbines, mais elles ne sont pas reconnues par le grand rabbinat d'Israël.

7. Il existe aussi divers mouvements issus du Judaïsme. Le plus important actuellement est celui des Hassidim (en hébreu « les pieux »). C'est en 1740 que le Rabbin Israël Ben Elieser fonda en Pologne l'école hassidique. Cette communauté prit une extension considérable en Russie et en Roumanie. Ceux-ci ont immigré depuis en Israël et aux États-Unis. Les tenants du hassidisme prônent un judaïsme joyeux où la danse tient une grande place de même que le contact avec la nature. C'est un mouvement d'origine populaire, où les récits symboliques et les paraboles rencontrent la faveur des croyants. Le hassidisme constitue un des mouvements religieux actuels des plus profonds et des plus curieux. Ses adeptes sont reconnaissables à leur aspect physique marginal et à leurs habitudes vestimentaires (chapeau large et habits noirs). Ils sont généralement très pieux.

8. Les juifs « laïcs » :
Un juif qui se qualifie de laïque, est une personne qui revendique son appartenance au peuple juif, peuple qui lui-même est déterminé par une histoire, un présent et un avenir. Le juif laïc rejette toute croyance religieuse et fait clairement la distinction entre « peuple » et « confession ou religion ». Il entretient un rapport de solidarité privilégié avec les Juifs dans le monde et avec Israël.
        Jean-Philippe Schreiber décrit la laïcité juive comme « symptomatique de la crise qui a traversé le judaïsme après la Shoah : il s'agissait d'offrir une réponse à ceux qui ne pouvaient plus avoir la foi, mais qui voulaient garder un lien avec la vie communautaire juive ». Le même Schreiber observe avec intérêt que le judaïsme laïc a voulu conserver les rites de passage, ce qui lui permet de perpétuer la tradition juive : naissance, bar-mitsvah, mariage et de laïciser certaines fêtes religieuses (voir ch. 5.).
        À propos, Noël n'est-il pas devenu pour beaucoup une fête laïque où l'on célèbre uniquement la Paix ? En Belgique, le judaïsme est officiellement considéré comme une confession religieuse. Les juifs laïcs sont donc rangés officiellement dans la conviction philosophique agnostique. À noter qu'environ 50 % des juifs en Israël se définissent comme « laïcs ».

2. Histoire

1. Le calendrier juif remonte à 3 754 ans av. J.-C., date convenue de la Création du Monde, c'est-à-dire la venue sur terre de l'homme accompli et pensant. Le calendrier juif est basé sur les cycles de la lune, comme celui de beaucoup de civilisations anciennes. L'année juive comporte donc 12 mois de 29 ou 30 jours, pour rester plus ou moins en phase avec l'année solaire.

2. Quelques dates clés de l'histoire du Judaïsme (avant et après J.-C.) :

-1850 : Abraham s'installe en Canaan et épouse Sara. Malheureusement celle-ci est stérile. Abraham aura alors un premier fils de sa servante Agar : c'est Ismaël. Ismaël et sa mère seront écartés de la tribu. Ils formeront la branche des Hébreux ismaélites, d'où naîtra Mahomet, prophète de l'Islam. À l'âge de 100 ans, Abraham aura un fils de Sara : Isaac, patriarche de la branche des israélites.

-1300 : Les Hébreux sont réduits en esclavage en Égypte.

-1240 (?) : Les Hébreux s'enfuient d'Égypte vers le Sinaï.

-1230 : Moïse reçoit la Thora sur le mont Sinaï.

-1010 à -970 : Règne de David.

-1000 : Conquête de Jérusalem par les Juifs.

-973 à -931 : Construction du premier Temple par Salomon, roi d'Israël.

-931 : Deux royaumes : Israël et Juda.

-587 : Destruction du Temple par Nabuchodonosor, roi de Babylone et
déportation des juifs en Babylonie (exil).

-537 à -515 : Retour en Palestine et construction du second Temple.

  -63 : Pompée conquiert Jérusalem.

   70 : Prise de Jérusalem par les Romains + destruction du Temple + DIASPORA.

 132 à 1948 : PÉRIODE DE LA GRANDE DIASPORA.

 312 : L'empereur romain Constantin se convertit au catholicisme. À partir
de ce moment, le judaïsme sera de moins en moins toléré dans l'empire.

1492 : L'Inquisition pousse les « Rois Catholiques » à chasser les juifs d'Espagne, où ils vivaient très nombreux. Les musulmans sont aussi chassés. De là les juifs migreront essentiellement dans tous les pays méditerranéens. D'autres rejoindront les communautés d'Angleterre et des Pays-Bas.

1555 : Le pape Paul IV oblige les juifs à résider dans des quartiers spéciaux
qui reçoivent en Italie le nom de Ghetto.

Depuis, dans divers pays d'Europe et du Moyen-Orient, l'histoire du peuple juif a été ponctuée à intervalles réguliers par des pogromes (mot russe = émeute), accompagnés de pillages et de meurtres, dirigés contre une communauté juive. Souvent ils sont relégués dans des ghettos. Aussi, pendant le Moyen Âge, les Juifs ne pouvaient pas cultiver la terre. Ils sont donc devenus marchands et banquiers. On les a accusés d'être des usuriers.

1933 : Les persécutions des juifs ont culminé en 1933. Hitler et ses « sbires » ont pris le pouvoir en Allemagne nazie et les mesures anti-juives ont commencé. Pendant 12 ans, jusqu'en 1945, Hitler et sa clique ont systématiquement, scientifiquement, exterminé six millions de Juifs ainsi d'ailleurs que des milliers de Tziganes. C'est la SHOAH, l'holocauste.

1948 : Le 14 mai, création de l'État d'Israël.

3. Religion

1. Généralités : C'est à tort que l'on parle de religion, pour le Judaïsme, il faut parler de confession. La particularité du Judaïsme est le monothéisme dans un monde ancien où les religions étaient animistes ou polythéistes. Le judaïsme est très marqué par son Alliance privilégiée avec Dieu. Toutefois, il reconnaît que si un non juif pratique les Commandements, il sera reconnu « juste parmi les nations » et aura droit au Monde futur. C'est pourquoi le judaïsme ne cherche pas à convertir. Dans la vision judaïque, la cause de nos malheurs est à rechercher en nous-mêmes et non uniquement dans les éléments extérieurs. Cette « culpabilité » de l'homme se retrouve ainsi dans le christianisme.

Il y a plusieurs manières de pratiquer le Judaïsme. Depuis les Juifs orthodoxes de stricte observance et les sectes issues du Judaïsme en passant par les Juifs libéraux jusqu'aux Juifs athées.

L'influence du Judaïsme est grande, encore que la plupart des Israéliens se disent non religieux. Ils observent les traditions juives, sans pour autant partager la foi de leurs ancêtres.

Dans la confession israélite, il n'y a pas de sacrements, mais des rites.

2. Principaux ouvrages de base du Judaïsme :

a. L'essentiel du Judaïsme repose sur les écrits sacrés. Le « Peuple du Livre » se réfère, bien entendu, à la Bible qui relate l'histoire des Hébreux durant les deux millénaires avant le Christ.

b. La Thora : c'est la loi fondamentale. Elle comprend cinq livres écrits, selon de nombreux historiens, par Moïse lui-même, et formant le Pentateuque. La Thora fait apparaître un Dieu personnalisé, qui régit le monde. Le monothéisme juif, qui donnera naissance au christianisme et à l'Islam, nous présente un Dieu volontaire, maître du monde, coléreux et paternel.

Ses rapports avec le peuple élu sont ceux du créateur avec ses créatures. Dieu ordonne ou punit selon son bon vouloir. Dieu conclut des alliances avec les ancêtres des Juifs. La première avec Noé, la deuxième avec Abraham, la troisième avec Jacob. Le signe de l'Alliance, c'est la circoncision pratiquée depuis Abraham.

La Thora, c'est le livre d'histoire du peuple juif. Par les Dix Commandements remis à Moïse sur le mont Sinaï, c'est aussi un code religieux, moral, social et familial. La Thora donne la totalité des prescriptions de la religion juive : ce sont les Lois de Moïse.

Les Prophètes (les Nebiim) Samuel, Élie, Élisée, Deborah, Isaïe, Ézéchiel, Jérémie, Daniel, tels sont les noms des grands prophètes d'Israël. Les prophètes exercent une importante activité politique et sociale. Ils sont les « sages » inspirés par Dieu. Agissant d'égal à égal avec les rois et les princes, les prophètes ne sont pas seulement des voyants. Ils jugent leur époque, la critiquent et la commentent. Ils sont des éléments de stabilité alors que les Rois s'entre-déchirent. Ils croient à la marche vers la lumière. L'idée de progrès est leur leitmotiv, ainsi que l'idée de justice dans le monde.

c. La Mishna, ou doctrine des Pères, transmise uniquement par voie orale jusqu'en 30 av. J.-C.

d. Le Midrash, ensemble des commentaires de rabbins sur la Thora. Écrits de 200 à 1550 après J.-C.

e. Le Talmud renferme toutes les interprétations et tous les commentaires de la Bible. Écrit du Ve siècle avant J.-C. au XVe siècle de notre ère, c'est un ouvrage d'adaptation de la Thora au judaïsme vécu, quotidien. Écrit tantôt en hébreu, tantôt en araméen, c'est un ouvrage fait à la fois de transcription de la tradition orale, de commentaires et de discussions de tous genres.

Le Talmud envisage tous les aspects de la vie pratique sous l'angle du judaïsme. Un même texte de la Thora peut y être commenté jusqu'à cinq ou six fois par des rabbins différents.

Son principe fondamental est que chaque texte de la Thora renferme un message. Le but du Talmud est de découvrir et d'expliquer ce message. Ceci n'est pas toujours facile. En hébreu, en effet, seules les consonnes sont écrites. Les voyelles sont sous-entendues. Le même mot, selon les voyelles que l'on y adapte, peut donc avoir des significations totalement différentes, voire opposées.

f. La Cabale (de l'hébreu Kabbalah, la tradition) est le résultat d'une réflexion profonde, assez ésotérique concernant l'origine du monde, la connaissance et la contemplation du Divin.

Ce que le christianisme appelle L'Ancien Testament se compose de trois sortes d'Écrits : la Thora, les Prophètes et les Écrits des Sages : Ketubim.

4. Quelques prescriptions religieuses

Les prescriptions de base sont la prière, les prescriptions alimentaires, la bienfaisance et l'étude de la Loi.

1. Prière

La prière individuelle et collective la plus importante est appelée « Le Schema » : « Écoute Israël, L'Éternel est notre Dieu, L'Éternel est Un ». Pour la prière en commun, il faut être dix hommes (minyane).

Le lieu de prédilection pour les prières communes est la Synagogue. La synagogue est orientée vers Jérusalem. Son architecture est généralement influencée par celle des édifices religieux du pays où elle se trouve. L'intérieur de ce lieu de culte (aussi appelé temple) est dénué de toute représentation humaine, afin d'éviter les tentations idolâtres.

Ce qui tient lieu d'autel est la teba, sorte de tabernacle où sont tenus les rouleaux des écrits religieux. L'officiant est le rabbin, mais il peut être remplacé par un homme initié à la religion et ses rites. À l'intérieur du temple, la tête des assistants doit rester couverte, par marque de respect, contrairement aux églises, où les hommes doivent se découvrir. Les femmes sont séparées des hommes. La kippa est un couvre-chef réduit dont l'usage est essentiellement religieux, mais il y a des juifs qui le portent en permanence, en signe d'identité. Lors de certains offices, les juifs revêtent un châle de prière : le talith, objet qui comporte de nombreux signes symboliques.

Trois objets nécessaires aux offices pour chaque fidèle : une petite calotte (un chapeau de ville convient aussi), un livre de prières en hébreu, avec ou sans traduction en regard et le talith, châle de prière muni de petits cordons aux extrémités (tsitsits). Ils sont destinés à rappeler au croyant les commandements du Seigneur.

Aux fins de se rappeler la grandeur et l'unicité du divin, les juifs fixent à leur porte un petit étui (Mezouza) qui contient deux citations extraites du Deutéronome. Il contient au minimum le texte de l'acte de foi essentiel du croyant : L'Éternel est notre Dieu, l'Éternel est Un. Ici il contient un résumé des commandements.

2. Prescriptions alimentaires
Comme les Juifs ont été choisis par Dieu pour être des modèles d'humanité, ils doivent préserver leur dignité et respecter scrupuleusement les règles alimentaires prescrites. Elles se résument en une phrase : « il faut manger des choses pures » (kasher en hébreu). Beaucoup de ces prescriptions sont partagées par les musulmans. Elles correspondent, d'ailleurs, à des règles d'hygiène.

Une nourriture qui respecte les prescriptions religieuses en la matière est dite « Kasher ». Ces règles sont proches de celles qu'on retrouve dans la religion musulmane : nourriture « halâl » ou « hallal ».

a. La viande : Très important : toute consommation d'animal vivant est interdite. De plus, l'abattage doit suivre des règles strictes : pour tuer l'animal sans qu'il souffre il faut trancher la carotide avec un outil bien affûté et ensuite saigner complètement l'animal. En effet, le sang ne peut être consommé, car il représente la vie. Divers animaux sont interdits de consommation : en particulier les porcs. (Dans les pays chauds et dans les pays d'hygiène élémentaire, ils transmettaient des parasites et en particulier le ténia (vers solitaire). Il fut et reste donc particulièrement interdit, comme chez les musulmans d'ailleurs). Plus largement, on peut manger tout animal ruminant au sabot fendu de part en part. Donc la vache et le mouton, mais pas le porc, ni le cheval, ni le chameau. La volaille est autorisée, le lapin ne l'est pas.

b. Les poissons doivent avoir des écailles et des nageoires (pas d'anguilles, pas de crustacés).

c. Pas de rapaces, car ils se nourrissent de cadavres.

d. Pas d'insectes, pas de reptiles.

e. Les bêtes doivent avoir été abattues rituellement (la gorge doit être tranchée net, ce qui évite de faire souffrir les animaux) et leur viande doit avoir été saignée. Le sang n'est pas consommable. Pas d'animal malade ou mort avant abattage.

f. Pas de mélange entre produits carnés et laitiers.

Il y a des restaurants « kasher » à Bruxelles et dans toutes les grandes villes où vivent suffisamment de juifs, ainsi que des traiteurs, par exemple, Benisti et Sarfati à Bruxelles. Anvers est riche en restaurants et pâtisseries dont la qualité et la « kashruth » sont reconnues. À Paris, il y a des restaurants très célèbres, en particulier situés en plein quartier juif, rue des Rosiers. On peut y déguster de la soupe aux choux, du bortsch, de délicieux desserts, des cous d'oies farcis aux poivrons. Citons aussi, à Paris, le restaurant des diamantaires (cuisine sépharade).

g. Respect de certaines périodes de jeûne.

3. Bienfaisance

Respect et amour du prochain sont un héritage direct d'Abraham. Ceci va jusqu'à placer le respect de la vie au-dessus de toutes les prescriptions religieuses. L'aide aux plus démunis (une des mitsvah) est une prescription essentielle de la loi et de la philosophie juives.

4. Étude de la Loi

C'est la prescription essentielle : il est recommandé aux fidèles de pousser toujours plus avant l'étude de la Loi et des livres saints. De là l'existence d'écoles spéciales, les « Yechivas », à apparenter avec les écoles coraniques ou les Séminaires.

5. Autres prescriptions

La loi de Moïse n'en dénombre pas moins de 611 dont celles évoquées ci-dessus. « Les dix commandements » ne sont que des regroupements. Cela fait du judaïsme orthodoxe une religion très difficile à observer.

Un juif croyant doit au minimum réciter en toute adhésion les paroles : « Écoute Israël, l'Éternel est ton Dieu, l'Éternel est Un », bannissant ainsi toute forme d'idolâtrie. Cet article est à la base de toutes les religions issues d'Abraham. (Voir plus bas l'arbre généalogique des religions en question.)

À noter : Il n'est pas fait mention de « Diable » dans la religion juive. On y parle de « Satan », serviteur un peu particulier du Seigneur : Satan veut dire « obstacle » ; c'est donc celui qui pose les épreuves.

5. Principales fêtes juives

1. JOUR DU SABBAT (du vendredi soir au samedi soir)
C'est un jour de repos. Sabbat signifie « cesser » : cesser de travailler, d'utiliser des objets. C'est donc un jour de repos, mais aussi de prière. Pour un Juif pieux et de stricte observance, il convient de ne pas : fumer, allumer de feu, rouler en voiture, de ne pas cuisiner et de ne pas toucher d'argent. En Israël, ni les bus, ni les trains ne roulent le samedi. Les bateaux nationaux n'accostent pas à Haïfa ce jour-là. Les avions israéliens restent à l'aérodrome pour la même raison.

2. ROCH HACHANA (entre le 15 septembre et le 15 octobre)
C'est la fête du Nouvel An. Elle rappelle aussi la libération d'Égypte et la révélation du Seigneur à Moïse.

Les cornes de bélier dans lesquelles les rabbins soufflent sont désignées sous le nom de « chofar ». La Bible raconte que c'est au son du chofar, au sommet du Mont Sinaï, que le Seigneur s'est révélé à Moïse. Le son strident du chofar, très particulier, est destiné à remuer les êtres jusqu'au plus profond d'eux même. Le son du chofar marque de manière solennelle la fin des offices de Roch Hachana et de Yom Kippour.

3. YOM KIPPOUR (8 jours après Roch Hachana)
Jour du grand Pardon, consacré uniquement à la prière. Jeûne complet du lever au coucher du soleil et prières du lever au coucher du soleil. Du temps des Hébreux, à la fin de la fête, on sacrifiait un bouc et l'on chargeait symboliquement un autre de tous les péchés d'Israël. Ce dernier était alors chassé dans le désert. L'expression « bouc émissaire » vient de là.

4. SOUCCOTH (5 jours après Yom Kippour)
Dure 7 jours, dont les deux premiers sont fériés. On prend ses repas à l'air libre — si possible. Souvenir des 40 ans d'errance des Hébreux dans le désert du Sinaï. C'est aussi la fête de la récolte.

5. HANOUCCA (8 jours, non fériés, en décembre)
Commémore la victoire de Juda Maccabée en 167 av. J.-C. contre les Syriens (voir « dates clés »). Le Temple avait été pillé. Restitué au culte, pour le purifier, il fallait faire luire un chandelier. On ne retrouva qu'une petite fiole d'huile, mais elle brûla 8 jours. En souvenir de ces événements, le chandelier prit une branche de plus. Lors de Hanoucca, on allume chaque jour un des 8 cierges d'un chandelier à 9 branches, le neuvième servant à l'allumage.

6. POURIM (un jour en février / mars)
Rappelle que la reine Esther sauva son peuple, Israël de l'extermination par Aman, roi de Perse, au Ve siècle av. J.-C.

7. PESSAH (8 jours, dont les deux premiers et les deux derniers sont fériés en mars / avril)
Rappelle le passage du Seigneur par-dessus les maisons des enfants d'Israël pour les préserver de la dixième plaie d'Égypte : tous ceux qui avaient enduit la porte d'entrée de sang d'agneau virent préserver leur enfant aîné. De là, la coutume de consommer l'agneau pascal. La fameuse cène du repas de Jésus et des apôtres se passait au repas de Pâques. Les repas du soir des deux premiers jours de la Pâque juive ont une ordonnance traditionnelle et s'appellent « Seder ». Durant la période de la Pâque juive, on consomme du pain sans levain nommé « Matsoth ».

8. CHAVOUOTH (2 jours, 7 semaines après Pessah)
Rappelle la révélation de la Thora à Moïse au mont Sinaï. Comme elle tombe au début de l'été, en Israël, on y remerciait aussi le Seigneur pour la récolte. Dans les Évangiles, c'est à Chavouoth que l'Esprit-Saint descendit sur les apôtres (Pentecôte : du grec Pentekostè, 50e — 50 jours après Pâques).

Manifestations en Fonction des circonstances :

9. BAR-MITSVA
La bar-mitsva est une cérémonie religieuse qui officialise l'entrée du garçon comme membre majeur au sein de la communauté d'Israël. À 13 ans, les jeunes gens, après une préparation d'un an, sont honorés par un office. On peut faire une équivalence avec la cérémonie de la confirmation catholique, mais la fête ressemble plus à la Communion solennelle. Depuis le début du XXe siècle, une cérémonie identique a été créée pour les jeunes filles : la bat-mitsva.

10. MARIAGE
Comme dans toutes les religions, dans le judaïsme ancien, il y avait une possibilité pour un homme d'épouser une seconde femme, par exemple en cas d'infertilité avérée de la première. Depuis le XXe siècle, plus aucune communauté n'admet la polygamie. Le divorce peut être prononcé dans certains cas, assez rares.

11. INHUMATION
Le corps doit être mis en terre dans une tenue simple et un cercueil de facture sommaire. C'est symbolique de l'abandon des biens terrestres et de l'attente de la résurrection des morts. La cérémonie religieuse se tient uniquement au cimetière. On ne met pas de fleurs sur la tombe.

Petit récipient d'huile pour faire brûler une flamme en souvenir d'un défunt. Il existe une version plus moderne avec une lampe électrique.

12. CIRCONCISION (Brith-Mila) Tout nouveau-né mâle qui est né de mère juive doit être circoncis à l'âge de 8 jours si la santé de l'enfant le permet. C'est ce que l'on appelle « le signe de l'alliance divine » perpétué depuis qu'Abraham l'avait exécuté sur son fils Isaac. Cette pratique se retrouve dans nombre de religions et ethnies. Lors de la cérémonie, c'est le parrain de l'enfant qui tient celui-ci dans ses bras. L'opération ne peut être faite que par un spécialiste ou le rabbin, s'il l'est. Intéressant : La médecine moderne reconnaît que cette opération procure une meilleure défense contre les contaminations via l'organe génital.

6. Quelques personnalités juives

Le peuple juif a généré une quantité impressionnante de savants, musiciens, artistes, philosophes et interprètes. En voici quelques exemples :

Maïmonide (Théologien, philosophe et médecin espagnol du XIIe s.)
 

Albert Einstein (physicien)
 

Sigmund Freud (médecin, neurologue, psychanalyste)
 

Karl Marx
(philosophe, économiste, idéologue)
 

Léon Trotsky
(idéologue et homme politique)
 

Steven Spielberg (cinéaste)
 

 

Felix Mendelssohn (compositeur, pianiste)
 

Vladimir Horowitz (compositeur, pianiste)
 

Yehudi Menuhin (violoniste, chef d'orchestre)
 

Leonard Bernstein
(compositeur, chef d'orchestre)
 

Jean-Jacques Goldman
(chanteur-auteur)
 

Neil Diamond
(chanteur-auteur)
 

 

Theodor Herzl (auteur de L'État juif)
 

Franz Kafka (écrivain)
 

Joseph Kessel (écrivain, journaliste)
 

Marc Chagall (peintre, graveur)
 

et bien sûr...
Jésus-Christ (Yesuah Ben Yussef)


 

7. Histoire de l'écriture hébraïque

L'alphabet ici reproduit donne une valeur numérique pour chaque lettre. Les cabalistes utilisent beaucoup ces valeurs pour leurs interprétations des messages bibliques. De plus, en comparant chaque lettre avec celles de l'alphabet latin, on peut constater la différence ou le rapprochement calligraphique de cet alphabet qui contient en tout 27 caractères.

L'hébreu écrit, pour ceux qui ne le connaissent pas, paraît impénétrable, au même titre que l'arabe. Et pourtant, notre alphabet a les mêmes origines ! Voilà ce que je compte vous faire découvrir à travers quelques étapes historiques :

-1850 Les Hébreux arrivent au pays de Canaan (entre le Jourdain et la Méditerranée) et découvrent là-bas un art de l'écriture basée sur les sons et non les signes ou les idéogrammes.

-1500 L'alphabet phénicien « moderne », s'il n'est pas le premier basé sur une représentation des sons, est celui d'où vont dériver tous les systèmes alphabétiques du monde ! Il est basé sur des consonnes et s'écrit de gauche à droite.

 -950 De cette date remontent les premières traces trouvées en Syrie. Les Hébreux adoptent ce système, nommé actuellement « protohébraïque » (Tablette de Gerer, -950, époque du roi Salomon ; stèle du roi de Moab, -850 ; stèle « de la maison de David » de -800.)

-800 L'écriture des Hébreux a évolué. Ils adoptent désormais ce qu'on nomme « l'hébreu carré ». Il a 22 consonnes. Chacune a un nom et une valeur chiffrée.

-500 L'Araméen devient la langue et l'écriture officielle de l'empire Perse. À ce titre, il se répand dans toute la population du moyen orient.

-200   À cette date, on constate que l'alphabet araméen, dérivé du Phénicien, a donné naissance à 3 types fondamentaux d'écritures :
consonantique : hébreu carré, syriaque, arabe ;
vocalique : grec, latin (ici les Grecs adoptent le sens de gauche à droite) ;
syllabique : Asie centrale, Inde.

 135  Après la dernière révolte des Juifs contre les Romains, ceux-ci chassent définitivement les Juifs de Palestine.

 200 L'hébreu devient, dans la diaspora juive, une langue et une écriture uniquement religieuse et savante. Le latin subira le même sort à la chute de l'Empire Romain. Les juifs adoptent la langue de leur pays d'adoption.

1500 Les juifs des pays de l'est de l'Europe (juifs Ashkénazes) parlèrent une langue qui mélangea successivement de l'hébreu, de l'allemand, du slave, et du polonais lors de leur expansion en Pologne vers 1500 : c'est le « Yddish ». C'est vers 1500 que les Juifs adoptent l'alphabet hébreu.

1891 De nombreux juifs se sont établis en Palestine, alors sous mandat britannique. Un de ces juifs, Éliézer Ben-Yehouda, rassemble l'ensemble des connaissances relatives à l'hébreu, et sous son impulsion, un « Comité de la langue » est créé. Cette date est retenue comme étant celle de la résurrection de la langue hébraïque.

1922 Éliézer Ben-Yehouda parvient au bout de multiples efforts à faire en sorte que l'Angleterre accepte que l'hébreu devienne une des trois langues officielles de la Palestine, aux côtés de l'arabe et de l'anglais.

1948 L'hébreu devient la langue officielle de l'État juif.

Et depuis, l'écriture évolue pour en faciliter l'usage. La langue s'enrichit également du vocabulaire propre au XXe siècle. C'est l'hébreu moderne. Mais l'ancienne écriture reste toujours enseignée.

[1] [Gilbert Natan est un ami Juif-Belge de longue date. Il a gracieusement offert ce texte pour les références de philo5.com. (note F. B.)]

Références

      BENIZRI Chalom, grand Rabbin, Enseignements pour les Offices.
GUIGUI Albert, grand Rabbin, Les Fêtes Juives : Hymne à la joie (ouvrage pour l'éducation des jeunes)
ISRAËL Gérard, La Question chrétienne — Une pensée juive du christianisme, Payot et Rivages 2008.
JARRASSE Dominique, Synagogues, une architecture de l'identité juive, Soc. Nouvelle Adam Biro, 2001.
LAURENTIN René, L'Église et les juifs à Vatican II, Casterman, 1967.
NATAN Daniel, Interviews.
RASKIN Isabelle et JEANMART Adeline, Le Judaïsme.
RIFFLET Jacques, Les Mondes du Sacré, Editions Mols, Autres Regards, 2000.
David Susskind et Nicolas Zomersztajn, Revue Regards, nov. 2008.
Émission du dimanche matin sur FR2, Judaïca, animée par le rabbin Josy Eisenberg.
Michèle Lachowsky et Diane Winaver, Aspects psychosomatiques de la consultation en gynécologie,
                                                                                                                                       Elsevier Masson, 2007.
Wikipedia (anglais) Women in Judaism, (10 pages très documentées et très bien référencées).
Jewish Virtual Library

Remerciements

    Je remercie tout particulièrement :

Mon frère Daniel Natan, qui m'a fourni les informations de base pour réaliser ce livret. En habitué des visites guidées de notre synagogue, il sait utilement faire la part de ce qui intéresse la plupart des non juifs de l'ensemble du savoir des initiés.

Ma filleule Armelle Simon-Larue, qui a pris résolument en main la correction, la mise en page et la présentation de cet ouvrage. Son regard de non juive fut également très utile.

Mon ami François Brooks de Montréal, qui a mis une première mouture de ce texte il y a déjà quelques années sur son site philosophique philo5.com . C'est lui qui m'a fait remarquer que la page « judaïsme » était fort consultée, ce qui montrait l'attente d'un ouvrage de vulgarisation en français.

Excuses :
Les rabbins et les juifs élevés dans leur religion auront trouvé nombre de manques et d'approximations. Je reste à l'écoute de leurs remarques, même si l'ouvrage ne s'adresse ni à eux ni à l'éducation de leurs enfants.

Philo5
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