MES LECTURES - Passages choisis 

Timothy Greenfield-Sanders

2004

Éd. Bulfinch © 2004

XXX 30 Porn-Star Portraits [1]

 

Deux filles vertueuses ayant mal tourné

Depuis Mon jardin secret en 1973, les livres de Nancy Friday ont introduit une approche féministe novatrice de la sexualité.

Nina Hartley est une actrice pornographique légendaire.

* * *

Nancy Friday s'entretient avec Nina Hartley

p. 24-28

N. F. : Nina, dites-moi, considérez-vous votre travail d'actrice porno comme un métier ordinaire, ou êtes-vous comme Superman ? Je veux dire, est-ce que vous enfilez ce costume — ou plutôt cette absence de costume — pour ensuite l'enlever et retrouver votre vie « normale » ?

       

N. H. : J'ai beaucoup de chance, mon travail est le prolongement naturel de ma personnalité. Lorsque j'ai créé le personnage de Nina au début des années 80, j'ai soigneusement et délibérément puisé dans certains aspects de ma personnalité — mon exhibitionnisme, mon besoin de plaire, mon ouverture et ma curiosité sexuelles, mon féminisme et mon désir d'éduquer — pour créer quelque chose que les gens aimeraient regarder : une femme nue. Je connaissais parfaitement le pouvoir d'une femme nue dans notre culture et je savais que si j'avais quelque chose à dire, les gens seraient prêts à écouter.

N. F. : Mais, dites-moi, vous avez été une petite fille ; donc soumise à l'influence de votre mère sur le corps et le goût de vous exhiber. Votre mère était-elle exhibitionniste ? Ou, plus précisément, comment réagissait-elle à cette envie de vous exhiber ? En était-elle consciente ?

N. H. : Ma mère a une très forte personnalité, et j'ai grandi avec des parents communistes — mon père était sur la liste noire. J'ai donc grandi sous les conséquences de cette liste noire. Comme vous pouvez l'imaginer, ceci a entraîné leur mariage dans une crise terrible quand il a perdu son travail. Ma mère est passée du rôle de travailleuse à temps partiel à celui de seul soutien familial. J'ai alors grandi sous les conséquences de cette situation pendant qu'ils négociaient la dynamique du pouvoir dans leur relation conjugale.
     J'ai toujours vu ma mère habillée en tout temps, bien qu'il y ait de la nudité occasionnelle parmi les femmes dans la famille. Je voyais ma grand-mère nue parce que je l'aidais tout le temps à s'habiller. Mon père était plus discret ; je ne le voyais pas souvent sans vêtements. Mais mes parents étaient enfermés dans leurs douleurs et souffrances, et ils étaient plutôt narcissiques.

N. F. : Quand êtes-vous née ?

N. H. : En 1959. J'ai grandi dans les années '60 et '70 à Berkeley, en Californie. Enfant, j'observais mes parents essayer — pêle-mêle — le Reiki, le cri primal, le marriage encounter, le biofeedback, la bioénergie, la thérapie de groupe, la conciliation matrimoniale et le Taï Chi tout nu sur la plage Stinson.

N. F. : Avez-vous des frères et soeurs ?

N. H. : Oui, j'ai deux frères aînés et une soeur aînée. À ma connaissance, ils ont tous une vision assez traditionnelle. Je crois qu'ils sont hétérosexuels et monogames. Ils savent comment je gagne ma vie depuis près de vingt ans, et ils ont du mal à l'accepter.

N. F. : Alors vos parents l'acceptent, mais vos frères et soeurs ont du mal à accepter que vous soyez actrice de films pornographiques ?

N. H. : Oui, ma mère, après dix-huit ans de méditation sur son coussin, dans les derniers huit mois, a enfin compris ce que je fais en réalité et a abandonné ses interrogations initiales. Elle est finalement capable de me voir, non pas comme sa fille, mais comme une femme dont le message trouve un écho favorable.

N. F. : Quand j'écrivais mon premier livre Mon jardin secret, je savais que ma mère sauterait au plafond. Et ce n'était pas seulement ma mère. La plupart des gens que je connaissais étaient scandalisés.

N. H. : Tout le monde ! Oui, je m'en souviens bien.

N. F. : Mais j'écris ce que je suis. Dès l'instant où il est devenu acceptable de s'« exhiber » — et je le fais avec des mots — je me suis dit : « Oh là là ! » Et je me suis mise à écrire sur l'exhibitionnisme féminin par le biais des fantasmes sexuels.

N. H. : Je dois vous remercier d'avoir écrit Mon jardin secret parce que ce fut une oeuvre extrêmement importante dans mon propre développement sexuel. Je lisais des textes féministes au début des années '70 et la théorie lesbienne sur la chosification et Our Bodies, Ourselves et The Joy of Sex ; c'est alors que votre livre est paru. Ce fut comme Oui ! J'ai appris que je n'étais pas la seule avec mes pensées dévergondées. Avant 18 ans, je n'ai pas eu de relation sexuelle avec qui que ce soit, sauf moi-même ; ma vie sexuelle était toute dans ma tête. Je n'ai eu aucune relation amoureuse au lycée.

N. F. : Dans Mon jardin secret, vous sentiez-vous touchée personnellement par le chapitre sur l'exhibitionnisme, ou bien vous identifiiez-vous seulement avec l'idée que les femmes avaient des pensées dévergondées ?

N. H. : C'était surtout l'idée que des femmes avaient de telles pensées et qu'elles acceptaient de les partager avec quelqu'un, qu'elles les exprimaient ouvertement.

N. F. : J'entends souvent dire : « Je pensais être la seule. » L'entendez-vous aussi dans votre travail ?

N. H. : Oui, je l'entends. Je suis infirmière de formation, et une partie de la formation consiste à défendre les intérêts du patient et à lui servir de miroir. Et c'est réellement important pour moi d'être simplement là me disant : « J'aime ça. Je fais ça parce que j'aime ça. » Et de donner aux gens la permission de se laisser aller à être eux-mêmes dans l'intimité. Je dis toujours aux gens que je suis authentique. « Waouh, Nina, je ne pourrais jamais être comme toi, tu es tellement... » — et ils complètent. Ils m'attribuent toutes ces qualités merveilleuses dont ils croient être dépourvus. Et mon travail est de les aider à rentrer chez eux et à être eux-mêmes. Alors oui, je suis heureuse parce que je suis authentique : une personne qui assume publiquement sa sexualité, une enseignante, une éducatrice, une artiste. Et votre tâche est de rentrer chez vous et d'être telle avec votre partenaire. Seuls, à l'abri des regards.

N. F. : Vous savez, je me dis parfois que s'il existait un symbole pour ce que vous faites, ce serait un oeil. Les yeux. Vous devez sentir le regard des gens sur vous.

N. H. : Absolument ! Vous savez, tous les artistes sont exhibitionnistes. Il se trouve que je suis une exhibitionniste nue. Suis-je narcissique ? Probablement. Mais j'ai trouvé un moyen de le projeter pour que ça serve réellement les intérêts des autres. Ce que les gens perçoivent de moi, ce que j'apprécie dans leur regard, c'est qu'il me contraint à l'honnêteté. Parce que je parle de sexualité : c'est tellement ancré, tellement universel. Je suis à la fois une source d'inspiration pour la gratification sexuelle immédiate et une icône, une image de la liberté — de ce qu'ils considèrent comme la liberté. « Si elle peut le faire, je peux aussi le faire. »

N. F. : Quelle est la différence entre vos fans masculins, les hommes de votre public, et les femmes ? Sentez-vous que leurs yeux sont d'un genre différent ? Vous apparaissent-ils en imagination ou pendant la performance ? Avez-vous l'impression qu'ils perçoivent quelque chose de différent de ce que vous faites ?

N. H. : C'est très intéressant ce que vous dites. Je ne perçois pas beaucoup de différence entre le regard des hommes et celui des femmes. La plupart des lettres que je reçois ne concernent pas mon physique. Le thème le plus fréquent pour les hommes est : « On dirait vraiment que vous prenez du plaisir à ce que vous faites. » C'était quand la croyance dans les années 70 voulait qu'il soit fautif de « vouloir faire mal à l'objet ». C'était faux. Ils me chosifiaient, non pas par malveillance, mais désirant le plaisir et cherchant à en profiter un peu aussi puisque ça semble être un bonheur immense. Les femmes aussi me regardent et s'inspirent de cette force : « Je peux faire ça ! Je peux le faire, c'est sûr ! Je peux faire cette danse pour mon homme à la maison ». Alors elles gagnent confiance en elle parce que je ne suis pas parfaite : je n'ai pas 21 ans, je ne suis pas mince. Je suis à échelle humaine. [rire] Alors, ça leur donne de l'espoir.

N. F. : Il y a encore tellement d'hommes qui ne croient pas que les femmes désirent baiser autant qu'eux ; qu'elles n'y prennent pas autant de plaisir.

N. H. : Et beaucoup de femmes s'empêchent encore de jouir pleinement à cause de ce double standard. Je dis toujours que les hommes ont été amputés de leurs émotions et les femmes amputées de leur clitoris. Je suis différente parce que j'ai le goût de l'expérience sexuelle sans devoir être en amour. Mes émotions passent par le physique, par le corps, et maintenant j'ai trouvé l'amour avec un bon partenaire. La plupart des femmes ont été conditionnées sans la permission de désirer la relation physique. Ceci produit de nombreux couples confus et conflictuels parce que parfois, tout ce qu'une femme désire est se faire le mec et rentrer chez elle ! Pour ne pas se sentir coupable et honteuse, elle doit se convaincre qu'elle l'aime. Et je m'énerve toujours contre les femmes qui exigent que les hommes leur disent qu'ils les aiment, et qui ensuite leur reprochent de mentir. Parce qu'elles sont incapables d'assumer leur propre désir.

N. F. : Que ressentez-vous à propos des femmes et de la sexualité aujourd'hui ? Pensez-vous que nous avons régressé ?

N. H. : C'est deux pas en avant, deux pas en arrière. D'un côté, il y a le néoconservatisme issu des années '80 qui dit : « Le sexe tue » et « Refusez toujours ». Du coup, toute une génération de 20 à 30 ans ne connaît rien d'autre que Danger, danger, attention ! De l'autre côté, il y a les filles rebelles sur tous les sites Internet avec l'idée que je peux être sexy par moi-même, bien autonome. Alors les femmes essaient désespérément de tracer leur chemin dans ce monde fracturé. Heureusement pour nous, même face à ce nouveau conservatisme, contrairement aux années '60, nous avons maintenant trois décennies d'histoire sociale sur lesquelles nous appuyer. Nous avons votre livre, nous avons le Boston Women's Health Book Collective, nous avons les trente dernières années de publications sur la sexualité.

N. F. : Mais vous savez comme moi que le féminisme, à ses débuts, était très anti-hommes.

N. H. : Ah ! Ne m'en parlez pas !

N. F. : Ce fut un revers terrible, un recul épouvantable pour les femmes, et nous ne nous en sommes jamais vraiment remises. Les femmes restent encore très divisées sur la question des relations sexuelles avec les hommes.

N. H. : Ça me rend dingue. J'étais furieuse à l'époque parce que je développais ce concept de « ton corps, ton monde ». Ça sonne bien ! Alors j'ai cherché un endroit sûr pour le mettre en pratique. Il se trouve que c'était un club d'effeuillage. Et me voilà à décider de mon corps, de ce que je veux faire pour moi-même, et je ne serais pas féministe ? Je serais une marionnette du patriarcat ? Je serais endoctrinée, je me détesterais ? Pardon ? Vous avez dit que c'était normal ! Certains disent : « Tu n'es pas obligée de le faire en public, tu peux le faire en privé. » Mais pour une raison que j'ignore, l'idée de faire ça devant tout le monde me convient. Mais non, c'est hors de question ! Vilain fantasme, vilain fantasme ! Alors, même si je suis toujours féministe, je réalise que certaines d'entre elles n'étaient et ne sont toujours pas mes amies. C'est très agaçant. Ça l'est encore aujourd'hui.

N. F. : Cette attitude est encore très courante.

N. H. : C'est dans les universités ! Ces femmes, mes collègues, dirigent les départements d'études féministes de toutes les grandes universités. Je les appelle les féministes négativo-sexuelles, féministes puritaines. Elles sont prudes. [rires] Des coincées, tout simplement.

N. F. : Que pensez-vous que la plupart des femmes éprouvent pour le pénis ?

N. H. : Ce que j'ai constaté, c'est que les trente dernières années de discours féministes enflammés et de diatribes, loin de nécessairement encourager les femmes à aimer leur corps, ont inculqué aux hommes une aversion pour le leur. Elles ont aussi, d'une manière générale, engendré chez eux une méfiance, une haine et une aversion pour leur propre sexualité et leur propre érection. Je rencontre beaucoup d'hommes qui ont désespérément honte de leurs désirs, de leur essence masculine et de leur énergie masculine.

N. F. : Et où pensez-vous qu'ils apprennent ça ?

N. H. : De leur mères et des trente dernières années de dénigrement des hommes. On ne peut plus dénigrer les femmes. On ne peut plus faire de blagues sur les races, mais on peut très bien se moquer des hommes. Et on peut les dénigrer : Ils n'ont qu'une seule chose en tête, ce sont tous des chiens, tous des porcs.

N. F. : Revenons à vous et à votre corps. Quand vous êtes en scène, vous êtes évidemment consciente du regard du public qui vous observe. Vous voyez-vous pendant votre performance ?

N. H. : Oui, je vois toujours une image de moi-même comme si j'étais debout à l'arrière de la pièce. J'ai aussi grandi dans le milieu théâtral, plus spécifiquement le théâtre musical ; je sais donc comment projeter une ambiance, une énergie. C'est pourquoi je suis avant tout une danseuse. Alors mes performances devant la caméra, sur scène, visent à transmettre humeur et émotion par le mouvement. Je fais en sorte que même le spectateur du fond de la salle perçoive ce que je ressens, qu'il comprenne ce que j'essaie de communiquer. Est-ce que je ressens toujours ce que je joue ? Non, je suis une comédienne. Mais tout s'enracine toujours dans la réalité. Je ne fais rien devant la caméra ou sur scène que je ne fasse chez moi gratuitement et avec plaisir. Chacun le reconnaît.

N. F. : Permettez-moi de vous interroger sur le regard du voyeur, du spectateur. Dites-moi si cela vous excite et comment. Leurs yeux sont rivés sur vous. Vous êtes vue. Être vu est si important pour chacun d'entre nous. L'Homme invisible en perd la tête. À présent, vous êtes vue de la manière la plus intime, la plus sensuelle, la plus importante qu'une femme puisse être vue. Qu'est-ce que cela vous fait ?

N. H. : C'est très libérateur. Pour moi, être vue de façon sexuelle est important, car je m'efforce toujours de valider le désir du spectateur. J'essaie toujours d'accueillir son regard. C'est une boucle de rétroaction. Chaque exhibitionniste a besoin d'un voyeur. Pour ressentir du plaisir, du pouvoir, de la satisfaction ; en tout, j'ai besoin que quelqu'un me regarde. Et pour que le voyeur ou la voyeuse ait son compte, ils ont besoin de quelqu'un qui leur dise : « Oui, absolument, approche, regarde. Tu vois ? Voici mon clitoris. Voici ma lèvre. Voilà ce que tu peux faire à ta copine, et voilà ce que tu peux te faire à toi-même. N'est-ce pas formidable ? » C'est ce dont ils ont besoin. Ils ont besoin que quelqu'un leur dise que c'est bien, bien et formidable. Et j'ai découvert que les hommes ne sont pas ces horribles créatures qui veulent vous blesser et vous violer à la moindre occasion. Ils sont tout aussi confus face au sexe que les femmes. Et ils sont toujours là, comme demandant : « Puis-je regarder ? » Et ils sont fascinés, captivés. Complètement figés.

N. F. : Et ils vous adorent pour cela.

N. H. : Et ils m'adorent parce que je leur dis : « Oui, viens, regarde ! » Enfin, voici une femme qui ne dit pas : « Ne fais pas ça ! »

N. F. : Ceci peut sembler une question naïve, mais vous arrive-t-il d'approcher l'orgasme sur scène, ou êtes-vous trop consciente du public ? Ou bien le public contribue-t-il effectivement à votre orgasme imminent ?

N. H. : Je suis excitée sur scène, c'est certain, surtout pendant les spectacles où je suis autorisée à me masturber. On me permet effectivement de toucher ma vulve nue. Chaque scène pose ses propres limites sur les parties de mon corps que j'ai le droit de toucher — et le réalisateur doit m'en informer. Puis-je toucher ma poitrine comme ceci ou comme cela ? Me permet-on de pincer mes mamelons ? Puis-je me toucher de l'extérieur de mon cache-sexe ? Le patchwork de règles est absolument dément. Apparemment, les hommes seraient si bestiaux que le simple fait de voir une chatte nue les rendrait fous, et ils ne sauraient plus se contrôler.

N. F. : Qui verra où vont vos doigts ?

N. H. : Les flics ! Il y a toujours au moins un flic par semaine à un de mes spectacles. Ils débarquent, ils achètent un Coca et ils s'assoient pour surveiller. Et c'est moi qui me ferai arrêter.

N. F. : Ensuite ils rentrent chez eux et se masturbent.

N. H. : Probablement. Donc, ça m'excite, c'est certain, et mon rôle est de les entraîner avec moi. Mais mon orgasme est un processus assez complexe et long, et il est hors de question que je puisse y arriver sur scène. Vous savez, j'ai besoin... d'environ vingt minutes. [rires]

N. F. : Et dans vos fantasmes les plus intimes ? Vous ne voudrez peut-être pas me le dire, mais qu'est-ce qui vous allume après tant d'exhibition publique ?

N. H. : Ce qui fonctionne toujours pour moi, c'est de fantasmer sur des moments intimes avec mon mari, qui est le meilleur amant. Mais en ce qui concerne mes fantasmes personnels, j'ai toujours aimé, et j'aime encore, les fantasmes de sexe à plusieurs. Les orgies. J'aime jouer l'hôtesse dans une partouze et m'assurer que tout le monde est en sécurité, heureux, et dispose de toutes ses petites choses. Je suis infirmière. Je suis hôtesse, vous voyez ? J'aime beaucoup les plans à trois, j'aime le sexe avec les femmes. J'ai aussi des fantasmes d'actes sexuels extrêmes — je joue avec le consentement et le non-consentement, pour ainsi dire.
     Pendant vingt ans, j'ai vécu un mariage où ma vie publique était formidable, mais ma vie privée désastreuse. Maintenant, j'ai un partenaire qui est... eh bien, pour ainsi dire, nous pratiquons notre foi ensemble. Nous avons des convictions similaires concernant la sexualité et nous nous efforçons de maintenir une connexion physique, émotionnelle et, disons, spirituelle. Nous y sommes tous les deux engagés.

N. F. : Y a-t-il sexuellement quoi que ce soit d'interdit dans vos fantasmes ?

N. H. : Aucun fantasme. Il n'y a pas de mauvaise pensée, seulement de mauvaises actions.

N. F. : Je ne veux pas dire mauvais...

N. H. : Je ne m'interdis rien en pensée. En public, absolument. Avec consentement, absolument. Avec des adultes.

N. F. : Je constate que, dans la vie des femmes, quels que soient les changements survenus dans leur vie réelle, leurs fantasmes, lorsqu'elles souhaitent atteindre l'orgasme, remontent très souvent à loin.

N. H. : Oui, c'est le premier...

N. F. : C'est le premier garçon, c'est le désir de ses mains, de sa bouche, de son corps...

N. H. : Son corps collé à toi, yéé.

N. F. : Et ne pas pouvoir céder totalement à lui, ta retenue de gentille fille. C'est cette guerre, cette guerre excitante entre la gentille fille et la méchante fille que tu as menée dans chaque voiture, dans les bras de chaque garçon où tu as été ! [rires] Et même quarante ans plus tard, on s'en sert encore.

N. H. : La vertu féminine est la plus grande invention de l'homme. Ça n'a jamais eu aucun sens pour moi.

N. F. : Dans la vie, votre activité professionnelle concorde-t-elle avec ce que vous êtes ?

N. H. : Absolument, tout à fait. Mon mari est un pornographe de carrière : scénariste, monteur, producteur et réalisateur. Notre appartement est décoré comme on peut s'y attendre de la part de personnes travaillant dans ce secteur, donc les mineurs n'y sont pas admis. C'est un mode de vie entièrement réservé aux adultes.

N. F. : Et votre opinion de vous-même est-elle si solidement ancrée que vous soyez imperméable à un commentaire obscène, vulgaire ou blessant, venant d'un homme ou d'une femme ?

N. H. : Cela ne m'a jamais touchée, parce que je sais que ces commentaires sont le fruit de leur propre souffrance, de leur propre confusion. Je comprends que la réaction d'une personne à mon égard en dit long sur elle et rien sur moi.

N. F. : Et leur envie pour votre audace d'aller aussi loin et d'en jouir ?

N. H. : Oui, les femmes envient l'attention que je reçois des hommes, et elles envient mon absence d'ambivalence sur ce que je fais. Les femmes, comme vous le dites, sont toujours en conflit entre leurs fantasmes et les enseignements de leur mère.

[1] Timothy Greenfield-Sanders, X X X, Bulfinch © 2004, p. 24-28. (Tr. : F. Brooks.)

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