Pratiques philosophiques 

par François Brooks

2009-08-31

 

 

L'Art du questionnement philosophique [1]
4e Séminaire d'été d'Oscar Brenifier

Aimez-vous les questions ? Préférez-vous les poser ou y répondre ? Que diriez-vous de m'accompagner à un séminaire sur l'art du questionnement philosophique dans un des décors les plus enchanteurs de France ?

Comment avons-nous pu, pendant toute une semaine sortir de notre état mental affirmatif et penser en terme de questionnement ? Est-ce le décor qui nous a aidé ou est-ce le génie d'Oscar Brenifier qui, après nous avoir invité à pratiquer l'agôn [2] nous mit en garde contre les exigences ? Jeu ? Compétition ? Agonie ? Est-on prêt à se découvrir sous le regard interrogatif d'un Brenifier qui accouche notre être qui va naître devant 38 personnes venues de 14 pays ? Seriez-vous moins timoré à l'idée que vous ne reverrez peut-être jamais ces gens sympathiques, vacanciers philosophes, prêts à offrir un regard neuf et impartial sur ce que vous êtes ?

Une question nécessite-t-elle toujours une réponse ? Peut-on questionner une question ? Combien de poupées russes sont imbriquées dans la question : " Does a teacher speaks only to defend himself? "

1. Un enseignant ne parle-t-il que pour se défendre ?

2. Est-ce qu'un enseignant doit se justifier ?

3. Est-ce que tous les enseignants éprouvent des doutes sur leurs connaissances ?

4. Pourquoi serait-il interdit de réfuter leurs enseignements ?

5. L'enseignant fait-il autre chose que de parler pour informer ses étudiants ?

6. Quelle différence y a-t-il entre un fait, une théorie, un dogme et une possibilité ?

7. Les enseignants sont-ils piégés par leurs croyances ?

8. ...

Quelles questions aimeriez ajouter ? Quel type de discours allez-vous adopter pour répondre à ces questions ? Des trois types de discours, préférez-vous l'assertif (affirmation), l'apodictique (nécessité) ou le problématique (possibilité) ?

Quel est votre mode de pensée le plus courant ?

1. Nécessaire ? Mais comment vous sentez-vous à voir vos assertion détruite par une seule exception ?

2. Possible ? Êtes-vous plus à l'aise dans le « peut-être » où une seule possibilité vous donne raison ?

3. Probable ? Ou vous sentez-vous l'esprit démocratique d'une majorité variable (rare, souvent, parfois) ?

Et après mille questions je me suis demandé : Pourquoi n'ai-je aucune question à poser à propos de l'atelier de ce matin ? Était-ce une question de trop ? Le silence bienfaiteur du calme mental m'indiquant que j'avais enfin échappé aux discours assertif, apodictique et interrogatif n'était-il pas le but ultime, comme le jogging salutaire qui fait battre le coeur rapidement pour rien, mais n'en aboutit pas moins à une subséquente relaxation bienfaisante ?

Mais n'y aurait-il pas plus, beaucoup plus ? Quand la question rebondit sans cesse, ne suis-je pas plus présent aux autres ? Et réciproquement, quand je réponds à leurs questions, n'ai-je pas la magnifique sensation d'exister pour eux ? Parce que, après tout, une fois mes besoins essentiels assurés, que puis-je demander de plus satisfaisant que d'exister pour les autres ? Mais si j'existe, suis-je celui que je pense être ? Lorsqu'on me renvoie une autre image de moi-même que celle que j'attends, ne suis-je pas confronté, déçu, choqué, esseulé, rejeté ? Mais comment puis-je exister pour les autres en leur posant l'exigence de me renvoyer l'image que je pense être sans m'isoler davantage ? Le coût de l'existence serait-il d'être ce que les autres perçoivent de moi ?

Et si le mode interrogatif était simplement un état d'esprit, accepteriez-vous de l'adopter comme Socrate l'avait fait pour accoucher la pensée de ses concitoyens ? Nous sommes nés dans des corps, notre pensée ne serait-elle qu'un perpétuel accouchement l'être ? Et pour rester vivant l'état d'esprit interrogatif n'est-il pas le plus approprié ? L'art du questionnement d'Oscar Brenifier serait-il l'art de donner à notre vie le maximum de valeur ajoutée ?

[1] Le 4e séminaire d'été d'Oscar Brenifier et d'Isabelle Millon s'est déroulé du 13 au 19 juillet 2009 dans le magnifique village de La Chapelle-Saint-André, en Bourgogne, France. Plus de 40 personnes étaient présentes, enfants et adultes, provenant de 14 pays (Portugal, Espagne, France, Hollande, Belgique, Italie, Croatie, Israël, Arabie, Algérie, Islande, Angleterre, Canada, États-Unis) et de milieux professionnels variés (enseignants, psychanalyste, étudiants, artisans, gestionnaires, massothérapeute, etc.). Les ateliers se déroulaient en anglais avec un accueil chaleureux aux autres langues.

[2] agôn : racine grecque du mot agonie. En reliant l'agôn à l'agonie, Oscar Brenifier rappelle que le véritable combat philosophique n'est pas dirigé contre l'autre pour avoir raison (ce qui serait de la rhétorique ou de la simple argumentation), mais contre nos propres rigidités mentales. C'est une lutte de soi sur soi pour s'alléger du poids des fausses évidences.

Philo5
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