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La philosophie Rajneesh [1]

par Bhagwan Shree Rajneesh

Éditions Dangles © 1981

Voilà un autre type de situation. Je vous dis des choses absurdes. Je vous parle d'accomplir quelque chose, et pourtant nie l'existence de toute méthode. C'est absurde! Comment puis-je dire une chose et affirmer en même temps que cela ne peut pas être exprimé? Mais c'est précisément l'absurdité qui peut créer la situation. Si j'arrive à vous convaincre, je ne créerai pas de situation ; cette conviction s'intégrera au « moi », à votre savoir. Et votre « moi » insistera pour demander : comment? Quel est le moyen? Je nierai qu'il y en ait un mais continuerai de parler de transformation. Alors la situation semble si irrationnelle, que votre esprit est mécontent. À ce moment-là seulement les régions qui le dépassent peuvent le submerger.

Je crée des situations sans cesse. Pour les intellectuels, c'est l'absurdité qui doit servir de situation. La conscience ne vient qu'avec une situation où la continuité est rompue. L'absurdité, le caractère irrationnel même de la situation est ce qui doit créer le vide, qui est censé ébranler et troubler l'individu au point qu'il y a prise de conscience.

Je me rappelle une anecdote de la vie de Bouddha. Un matin, alors qu'il entrait dans un village, quelqu'un lui dit : « Je crois dans le suprême. Dites-moi, je vous prie, où est Dieu? »

Bouddha se mit à rétorquer : « Dieu n'existe pas. Il n'a jamais existé et n'existera jamais. Cessez donc de dire des sottises! » L'homme était ébranlé, mais la situation était ainsi créée.

Dans l'après-midi, un autre homme s'approcha de Bouddha et lui dit : « Je suis athée. Je ne crois pas en Dieu. Est-ce qu'il existe? Qu'avez-vous à dire sur ce sujet? »

Bouddha répondit : « Dieu seul est. Rien n'existe hormis lui. » Et l'homme en fut ébranlé.

Plus tard, dans la soirée, un troisième homme vint trouver Bouddha pour lui dire : « Je suis agnostique. Je ne crois ni ne crois pas en Dieu. Dites-moi, y a-t-il ou non un Dieu? »

Bouddha garda le silence. Et l'homme s'en trouva ébranlé.

Mais il y avait un moine au nom d'Anand, qui jamais ne quittait Bouddha d'une semelle et qui était le plus ébranlé des quatre. Le matin, Bouddha avait dit : « Il n'y a pas de Dieu » ; dans l'après-midi, il disait : « Seul Dieu existe », et le soir, il avait gardé le silence. La nuit arrivée, Anand s'adressa à Bouddha, disant : « Avant d'aller dormir, je vous demanderai de répondre à ma question. J'ai perdu ma paix d'esprit. Je ne sais plus où j'en suis. Que signifie ces réponses absurdes et contradictoires que vous avez faites? »

Bouddha lui répondit : « Aucune des trois ne t'était destinée. Pourquoi donc les avoir écoutées? Chaque réponse s'adressait à l'une des personnes qui m'avaient interrogé. Si ces réponses sèment en toi le trouble, c'est parfait. C'est la réponse qu'il te fallait. »

Ainsi, des situations peuvent être créées. Un moine zen crée des situations à sa manière. Peut-être vous poussera-t-il hors de la pièce ou vous frappera-t-il au visage. Cela paraît absurde. Vous posez une question spécifique et l'on vous répond à côté. Quelqu'un demande : « Quelle est la Voie? », et le moine zen vous répond qu'il ne s'occupe pas de la Voie. Il dira par exemple : « Regardez la rivière », ou « Regardez cet arbre! Il est bien grand! ». Ce sont des réponses absurdes.

L'esprit recherche la continuité. Les absurdités lui font peur. Il craint ce qui n'est pas rationnel, ce qui est inconnu. Or la vérité n'est pas un sous-produit de l'intellectualisation. Elle n'est compréhensible ni par déduction ni par induction. Elle n'est pas logique ; elle n'est pas une conclusion.

Je ne vous transmets rien. Je ne fais que créer des situations. Celles-ci ayant été créées, ce qui n'est pas transmissible peut l'être. N'allez pas demander comment. Soyez. Si vous le pouvez, soyez conscient ; sinon, soyez conscient du fait que vous n'êtes pas conscient. Soyez attentif à ce qui est. Et si vous ne pouvez l'être, soyez attentif à votre inattention. Et la chose se produira. Elle se produit.


[1] Bhagwan Shree Rajneesh, L'éveil de la conscience cosmique,  Éditions Dangles © 1973, page 152-153.

J'ai été introduit à la philosophie Rajneesh en 1983 par le livre de Mitsou Naslednikov, Les chemins de l'extase : Tantra, vers une nouvelle sexualité. On y propose une pratique sexuelle éthérée où chakras, conscience, abandon et respect se mêlent aux émotions pour provoquer un état extatique sublime où l'union sexuelle est utilisée pour rencontrer la divinité du partenaire. Après une éducation catholique chaste et rationnelle, l'idée de sacraliser l'érotisme et les sentiments qui s'en dégagent me semblait séduisante. L'expérience décrite accompagnée d'images indiennes sacrées faisait sauter tous les tabous. Je n'avais jamais rencontré une telle ouverture d'esprit pour la sexualité. Mais, faute de trouver une partenaire consentante, cette découverte est restée livresque.

 J'ai, par la suite, approfondi la philosophie de Rajneesh en lisant L'éveil de la conscience cosmique. Dans cet extrait, il s'attaque à un tabou occidental plus fort encore : l'inéluctable rationalité.

Sans jamais y adhérer personnellement, j'avais ensuite approché le groupe Rajneesh (officiellement appelé le mouvement Osho) qui vivait en commune ouverte à Montréal. Ils s'adonnaient à la sympathique coutume d'échanger d'affectueux « hugs » à tout moment. Au moins deux personnes étaient toujours en train de se « hugger » quelque part dans la pièce. C'était contagieux. On s'y laissait prendre ; ce geste devient vite naturel. La glace brisée, ce contact physique perdait le caractère exclusivement sexuel que notre culture à souvent tendance à lui attribuer.

Leur vie de groupe comprenait aussi des méditations « dynamiques ». Celles-ci se présentaient, selon l'occasion, de deux manières différentes. La première consistait à se faire vibrer sur place pendant trente minutes. Il s'agissait simplement de se secouer debout dans tous les sens (exercice cardio-vasculaire plutôt intense). La seconde consistait à provoquer volontairement des séances de rires ou de pleurs pour une période semblable. Il y avait toujours un animateur pour ces exercices et des gens présents pour supporter ceux qui pourraient rencontrer certaines difficultés.

Ils n'avaient une attitude rigide face à rien de ce pour quoi nous nous imposons généralement une attitude stricte. Le sexe, la drogue, le tabagisme, l'alcool, chez eux, rien n'était tabou. Ce groupe ne semblait pourtant pas constitué de décrocheurs décadents pervers et débauchés. Ils semblaient accueillir leurs désirs et leurs pulsions comme les choses les plus naturelles du monde. Rajneesh enseignait que les interdits créent les obsessions que l'expérimentation nous aide à dépasser. La controverse suscitée par ses idées l'avait auparavant fait expulser de plusieurs pays. On lui a reproché sa richesse. À sa mort, en 1990, le mouvement de Montréal s'est dispersé et depuis, je n'en ai plus vu la trace. Je n'ai pour ma part jamais été sollicité d'aucune façon par le groupe dont je ne suis resté qu'un observateur passif.

F. B.


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