par Yvon Dallaire
Psychologue / sexologue / auteur / conférencier
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Note
au lecteur : Pour comprendre ce texte, il serait préférable de lire au
moins le sommaire du rapport en question dont vous trouverez une copie
intégrale sur le site de Condition Féminine Canada au :
http://www.swc-cfc.gc.ca/pubs/0662882857/200303_0662882857_1_f.html
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Je n'ai pas l'habitude de réagir
publiquement à ce genre de propos. Je me suis, jusqu'à maintenant, contenté de
travailler privément à l'harmonisation des relations homme-femme. Mais devant
tant de parti pris, ma conscience me pousse à rétablir les faits. Je dis bien les
faits. Je ne doute pas de votre bonne foi ; je suis même assuré que
vous croyez avoir raison dans votre analyse du discours hoministe ( ). J'ose
prétendre que ma propre analyse transcende votre polarisation féminin-masculin,
même si avec la publication de mon livre Homme et fier de l'être ( ),
j'ai redonné la parole aux hommes pour démontrer que la bêtise humaine n'était
pas sexuée et pour tenter de rétablir l'équilibre dans le rapport de forces
homme-femme.
Votre recherche (subventionnée par nos
impôts) est entachée, dès le départ, par votre prémisse : " En moins
de dix ans, une résistance sans précédent aux progrès scolaires des filles et
au mouvement des femmes s'est instaurée ".
Vous êtes des sophistes ( ) : que vous
utilisiez des résultats de recherches (surtout les vôtres) pour démontrer votre
point de vue, jusque-là, pas de problème. C'est très humain. Que vous défendiez
les intérêts des femmes, même à l'intérieur d'un mouvement politisé, je vous
encourage à continuer. Mais lorsque vous laissez entendre que ceux qui ne sont
pas d'accord avec votre analyse ou qui défendent, de leur côté, les intérêts
des hommes sont de mauvaise foi, alors là je m'objecte.
Que quelques hurluberlus frustrés et en
colère puissent déverser leur hargne contre le mouvement féministe, il n'y a
pas là de quoi se surprendre : tout mouvement ou personnage public risque
de devenir un bouc émissaire. J'en sais quelque chose. Mais de là à généraliser
leurs discours à l'ensemble du discours hoministe, il y a là un pas à ne pas
franchir. Ai-je mis toutes les féministes dans le même panier parce que
quelques-unes ont écrit à mon sujet des propos hargneux (quelques-unes et
quelques-uns l'ont même fait de façon anonyme en plus) ? Les masculinistes
que vous accusez de propos haineux envers les femmes et les féministes ne font
en fait que répéter l'histoire. Lisez ou relisez le chapitre deux de mon
livre : Ces femmes qui haïssent les hommes, pour vous en convaincre.
Je ne parle ici qu'en mon nom personnel et,
même si je suis en contact avec de nombreux groupes d'entraide pour hommes et
leur offre régulièrement mon aide à titre de conférencier ou
personne-ressource, je ne milite pour aucun de ces groupes, ceci afin de
préserver ma liberté de pensée et de parole. Je veux dire ce que je veux, à
eux comme à vous. Je parle en tant que personne humaine, père d'un garçon
et grand-père d'une petite fille. Qualifiez-moi de " traditionaliste
" si cela vous fait plaisir, mais il y a longtemps que j'ai compris que ce
n'est pas parce que c'est " vieux " que c'est mauvais et que les
socialistes et les gauchistes ne possèdent qu'un point de vue politique sur la
réalité, qui elle est multiple et complexe.
Je suis d'accord avec vous pour dire
qu'effectivement " l'examen des différences fait écran à l'examen des
similitudes ". Les hommes et les femmes ne viennent pas de deux planètes
différentes. En fait, la différence n'est que de 2,17 %, soit un chromosome sur
46, le fameux X ou Y. Quoique minime, toutefois, c'est cette différence qui est
au centre de l'incompréhension homme-femme et qui, malheureusement, crée la
méfiance que je sens tout au long de votre rapport.
Des faits prouvés
Ce que vous a
La moyenne des résultats scolaires est plus
élevée chez les filles ;
Le décrochage scolaire augmente sans cesse
chez les garçons ;
La prescription de Ritalin© a été multipliée
par dix depuis quelques années pour les garçons diagnostiqués
hyperactifs ;
Le taux de suicide des adolescents mâles
continue de croître ;
La délinquance masculine est devenue
épidémique ;
Le taux de divorce est passé de 5 %, en
1890, à près de 60 % actuellement (si l'on tient compte des unions de faits et
des couples recomposés) ;
65 % à 85 % des demandes de divorce sont
faites par les femmes ;
72 % à 92 % (dépendant des pays) des enfants
du divorce sont sous la garde exclusive des mères, souvent sans droit de visite
de leur père ;
la sociologue féministe française, Évelyne
Sullerot, pointe le " désappointement " des femmes face à leur couple
comme principale cause des demandes de divorce par les femmes, cause hautement
subjective ;
chaque augmentation de 1 % du taux de
divorce est reliée à une augmentation de 0,3 % du suicide des hommes ;
la seule cause de suicide des hommes
présente à tout âge est la " peine d'amour ", laquelle serait présente
dans 75 % des suicides ;
la multiplicité des fausses allégations
(sans coût férir et sans conséquences légales) de violences physique et
sexuelle de la part des hommes ;
la violence conjugale n'a pas de sexe, tout
comme la souffrance à la base des comportements violents ( ) ; la
principale source de cette violence serait la schismogenèse
complémentaire ;
Il existe de nombreux préjugés envers les hommes.
Que vous qualifiiez ces statistiques de
" mesquines " ne leur enlève rien de leur réalité. Un scientifique,
au lieu de juger, cherche plutôt à comprendre les causes de ces inégalités et à
y remédier. Des pères et des mères sont fiers du succès remporté par leurs
filles à l'école, mais ces pères et ces mères sont aussi sensibles au "
malaise " et aux insuccès de leurs garçons et voudraient les aider, plutôt
que les ostraciser. Aucun homme ou père digne de ce nom ne veut l'insuccès de
ses filles. Ce qu'ils veulent est exactement la même chose que le sain
féminisme met de l'avant : l'égalité.
Dire que des regroupements d'hommes font
" une mise en accusation des enseignantes du primaire, des mères seules et
des féministes, pour finalement aboutir à la remise en cause du système et de
l'école mixte " est à mon avis une interprétation fallacieuse. La seule conclusion
logique à laquelle nous mène l'observation du succès de nos filles et de
l'insuccès scolaire de nos gars est que l'école actuelle est mieux adaptée au
fonctionnement naturel des filles. Loin de nous l'idée d'un retour en arrière.
Mais il est évident que l'on ne règle pas une injustice (la non possibilité
d'antan des filles à l'éducation) par une nouvelle injustice (une école
inadaptée au fonctionnement naturel des garçons). La solution, là encore
logique, est de conserver les acquis à la base du succès de nos filles et de
voir comment améliorer les conditions d'apprentissage des garçons.
La dizaine d'expériences-pilotes de classes
non mixtes, où les résultats scolaires des garçons rejoignent ou dépassent la
moyenne des filles, prouve tout simplement que les garçons apprennent mieux
lorsque certaines conditions sont réunies. Oh ! Surprise. Les garçons de
classes non mixtes réussissent autant, peu importe que l'enseignant soit un
homme ou une femme (du moins à ma connaissance). L'insuccès des garçons ou le
succès des filles ne tient pas au sexe du titulaire, mais plutôt à la
méthodologie de l'enseignement. Oui, les gars ont besoin de dépenser leur
surplus d'énergie dans des sports " virils " pour être réceptif à
l'apprentissage intellectuel. Qu'y a-t-il de mal à ça ? Arrêtez de "
paranoïer " et de croire que l'on veut prendre vos jobs et avoir votre
peau ! Pourquoi voudrions-nous vous enlever ce que vous faites avec
tellement d'expertise ? Mais oui, je crois que nos garçons et nos filles
auraient avantage, dès leur plus jeune âge, à avoir des professeurs (des
parents) des deux sexes pour leur meilleur équilibre mental, émotif,
intellectuel et relationnel.
Alors pourquoi ne pas faire pour les dix
prochaines années ce que vous avez réussi avec un très grand succès pour les
femmes : engagement discriminatoire positif de titulaires masculins au
primaire et secondaire (même dans les garderies et autres jardins d'enfants).
Ne pas mettre les femmes dehors, engager plus d'hommes. L'égalité (l'équité)
sera atteinte dans l'enseignement le jour où l'école sera véritablement neutre.
Personne ne peut être contre l'idéal ou la vertu. Je m'engage à continuer à
travailler pour l'égalité des femmes là où c'est nécessaire et j'ose vous
demander de faire la même chose pour vos fils, vos maris, vos pères, vos
frères, vos cousins là où c'est nécessaire.
Votre rapport minimise (ridiculise) les
résultats de recherches biologiques, neuropsychologiques, sociologiques,
politiques, psychologiques, sexologiques, économiques, historiques sur les
différences sexuelles naturelles. Comme si, à vous trois, vous aviez raison
contre tous ces scientifiques. Il n'y a que vous qui êtes de bonne foi ?
Tous les journalistes qui se sont penchés sur ces questions sont évidemment
aussi de mauvaise foi. Vous traitez même de " présupposé sexiste " le
processus d'identification (au parent de même sexe) élaboré par la psychanalyse
et reconnu par l'ensemble des thérapeutes. Personnellement, j'ai toujours de la difficulté à
faire confiance à des gens qui doutent systématiquement de la bonne foi des
autres.
Vous ne trouvez pas curieux que (je vous
cite) : " Le discours masculiniste est à peu près le même partout au
Canada ". Je rajoute qu'il est aussi à peu près le même partout où l'on se
préoccupe de condition masculine. Cela ne prouve-t-il pas que la vérité est
une ?
La « victimisation »
Quelle différence existe-t-il entre
victimisation ( ) et injustice ? Poser la question est y répondre. Ce que
les groupes d'entraide pour hommes présentent comme de l'injustice est perçu
par vous trois et bien d'autres féministes comme de la victimisation. J'admets
que des hommes et des groupes d'hommes jouent à la victime pour attirer
l'attention et les subventions. Mais qui leur a montré le chemin ? Je
trouve très significatifs que de plus en plus de féministes parlent de "
ressac " plutôt que de « backlash » hoministe. D'après Larousse,
le ressac constitue le " retour violent des vagues sur elles-mêmes,
lorsqu'elles se brisent contre un obstacle ". Ce qui veut dire que la
vague revient sur elle-même aussi violemment qu'elle est arrivée. Être méchant,
je dirais que les féministes radicales n'ont que ce qu'elles méritent ( ), mais
où cela nous mènerait-il ? À une lutte pour le pouvoir sans fin.
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Analysons maintenant, à partir d'un extrait
de votre sommaire, votre interprétation de la soi-disant argumentation
hoministe :
(1) « Tout d'abord, elle (la
victimisation) occulte les rapports de pouvoir qui caractérisent les rapports
entre les hommes et les femmes (Foster, 1996) en nivelant le statut et la
position des hommes et des femmes, comme s'ils occupaient des places identiques
et interchangeables.
(2) Ensuite, elle invoque des
différences là où il s'agit de processus de différenciation et elle naturalise
des phénomènes qui sont fondamentalement des construits sociaux.
(3) Finalement, sous les dehors
d'une lutte à la discrimination, ce discours camoufle un fort courant de
résistance au changement demandé par les féministes. "
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(1) Oui, a existé, existe et continuera
d'exister un rapport de force entre les hommes et les femmes. Nul besoin de la
recherche de Foster (1996) pour démontrer ce fait. Tous les thérapeutes
conjugaux vous confirmeront qu'après la lune de miel à la base de toute union
vient nécessairement une lutte pour le pouvoir. Nos statistiques démontrent que
80 % des couples ne dépassent pas ce stade : 50 % divorcent, 30 %
s'endurent et se font la vie dure. À peine 20 % des couples réussissent à
garder le respect et la confiance mutuels nécessaires au partage du pouvoir,
troisième étape dans l'évolution d'un couple. Cette lutte pour le pouvoir
devrait permettre à chacun d'exprimer ses attentes légitimes face au couple,
attentes dont l'autre doit tenir compte sans se sentir
" attaqué ". Les couples heureux apprennent à gérer des
différends, la plupart du temps insolubles, et décident d'être heureux plutôt
que de chercher constamment à savoir qui a raison et qui a tort, ou qui a
commencé la dispute.
Projeté au plan social, cela veut dire qu'il
nous faudrait transcender le discours féministe (soi disant réactionnel au
patriarcat) et le discours hoministe (réactionnel au radicalisme féministe)
pour dévelo
Cette lutte pour le pouvoir pourrait devenir
très saine plutôt que destructrice, comme c'est malheureusement le cas tant au
plan social qu'au plan conjugal. Or, quand le couple va mal, la famille va mal,
et la société ne pourra qu'aller de mal en pis, à moins de transformer cette
lutte pour le pouvoir en partage du pouvoir. Les femmes demandent des
changements légitimes qui leur seraient favorables ; les hommes demandent
la même chose : utilisons donc nos ressources sociales, politiques et
financières pour y parvenir et cessons de tirer chacun de notre côté et
d'accuser l'autre d'être responsable de la situation de l'un. Devenons
conjointement responsables de l'évolution de la société et de l'humanité. Les
membres des couples heureux sont heureux parce qu'ils mettent le couple au
service de la satisfaction des besoins légitimes de l'un et l'autre, au lieu de
poursuivre une lutte désespérée pour le pouvoir de l'un sur l'autre. Deux
gagnants ou deux perdants.
(2) Votre deuxième conclusion part d'une autre
fausse prémisse: " elle naturalise des phénomènes qui sont
fondamentalement des construits sociaux ". Vous imaginez : la nature
serait un construit social ! Un tel discours est antiscientifique et fait
fi des découvertes récentes de la neuropsychologie, de la génétique, de la
physiologie hormonale et des études sur le cerveau (scanner, IRM) ( ). Demandez
aux médecins psychiatres et sexologues qui accompagnent les hommes et les
femmes qui veulent changer de sexe et ceux-ci, ainsi que les transsexués
eux-mêmes, vous confirmeront qu'existent réellement une nature féminine et
masculine sur lesquelles se construit la société, et non l'inverse. Si la
nature a inventé la bisexualité, elle devait certainement avoir des raisons
(entre autres économiques). Cessons de voir nos différences comme source de
différends et devenons ce que nous sommes, des sexes complémentaires (et non
opposés). Les différences homme-femme ne sont pas des stéréotypes ou des
préjugés : quoique minimes, elles existent réellement et prennent,
malheureusement, toute la place.
(3) Qui résiste à l'autre ? Votre
publication n'est-elle pas la preuve que votre discours camoufle un fort courant
de résistance au changement demandé par des hommes et des femmes de bonne
volonté qui veulent l'harmonie plutôt que la sexualisation à outrance. Vous
voulez l'égalité, mais combien d'études (subventionnées) avez-vous faites en
comparant les sexes entre eux pour démontrer l'hypothèse de base du mouvement
féministe : la femme victime, l'homme méchant. Vous êtes-vous demandé où
étaient et que faisaient vos grands-pères pendant que vos grands-mères
ployaient sous le poids des nombreuses familles et des multiples tâches
ménagères ?
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La question des priorités
Lorsque vous posez la question " À
quelles priorités devraient donc être accordés les fonds publics
disponibles ? " tout en mettant en opposition les demandes des femmes
et des hommes, vous semez la zizanie et, suivant le principe du ressac, vous ne
pourrez que récolter la zizanie ( ). Le radicalisme féministe fait fausse
route, tout comme les groupes d'hommes qui se liguent contre ce radicalisme, en
opposant féminisme et hominisme.
Il n'y a qu'une réponse, encore une fois
logique, à votre question : les deux. Nous serons tous gagnants à orienter
nos filles vers des métiers non traditionnels et à dévelo
Vous dites un peu plus loin, toujours dans
votre sommaire :
« les scientifiques se sont peu
penchés sur la critique des idéologies et l'analyse des discours. La présente
recherche, en s'y consacrant, montre la nécessité d'articuler l'analyse
sociopolitique et féministe aux théories de l'éducation pour générer des
connaissances qui permettent de formuler, d'orienter ou de défendre des
orientations publiques et politiques qui concernent au premier chef les femmes.
Son originalité consiste à mettre en lumière les étapes successives par
lesquelles s'élabore une dynamique de résistance au changement, comment elle se
construit, dans quel contexte social et à quelles fins. Trop souvent, ce type
de recherche intervient après le fait, à la suite de reculs importants pour les
femmes. »
Relisez cet extrait en changeant
féministe pour hoministe et femme pour homme, et vous saurez ce qu'est un
préjugé sexiste. Au moment où,
effectivement, des hommes et des femmes des deux côtés de l'Atlantique
commencent à vouloir faire la critique de l'idéologie et l'analyse du discours
féministe, vous menacez de les museler avec l'article 318 du Code Criminel. Si
vous proposez d'inclure les femmes, on devra aussi inclure les hommes, sinon
votre proposition devient discriminatoire, va à l'encontre de l'esprit du code
criminel et est purement anti-constitutionnelle ( ). Il me semblait que nous
vivions déjà dans une démocratie où existe la liberté d'expression et où nos
lois prévoient déjà que chaque citoyen(ne) doit agir en bon père ou mère de
famille et s'engager à vivre en paix. Nul besoin de créer une nouvelle loi ou
de la modifier au profit des femmes seulement.
Je trouve extrêmement dommage, mais
significatif, d'entendre autour de moi, des femmes de tout âge, mais surtout
des jeunes, se défendre d'être féministe : " Moi, je ne suis pas
féministe, j'aime les hommes ". Il me semble que toute femme devrait être
féministe, i.e. reconnaître la beauté et la bonté d'être femme et mettre de
l'avant les valeurs féminines, et en être fière. Mettre de l'avant les valeurs
féminines ne veut pas dire être contre les hommes, tout comme mettre de l'avant
les valeurs masculines ne veut pas dire être contre les femmes. On ne s'élève
pas en écrasant les autres, sinon gare à la descente. Enfin, ce que je
comprends dans ce refus des femmes, c'est le refus du radicalisme féministe qui
pourrit les relations homme-femme au lieu de les harmoniser. C'est aussi ce que
je comprends dans la réaction de nombreux hommes qui voudraient vivre en paix
avec leurs compagnes. Tout homme devrait être hoministe. Mais les deux
devraient d'abord et avant tout être humanistes. Tel devrait être la priorité
des priorités.
Vos recommandations
Il y a encore beaucoup à faire au Québec,
mais surtout ailleurs ( ), pour arriver à une réelle égalité entre les hommes
et les femmes et ce sur tous les plans : relationnel, émotif,
psychologique, sexuel, scolaire, social, économique, politique, légal. Dans
certains de ces domaines, les femmes sont discriminées et ont raison de
revendiquer ; dans d'autres, ce sont les hommes qui sont discriminés
(entre autres dans la violence conjugale, les divorces et la garde des enfants)
et ils ont aussi raison de revendiquer. C'est pourquoi je partage certaines de
vos recommandations en fin de rapport. Mais je m'objecte et m'objecterai
toujours à votre « unilatéralisme » :
Vous dites dans vos recommandations :
« Les filles (c'est moi qui souligne) font face à de nombreux
obstacles. »
Je
dis :
« Les garçons aussi. »
Vous dites :
« soutenir les initiatives qui permettent aux filles de
persévérer dans le système scolaire. »
Je
dis :
« soutenir aussi les initiatives qui
permettent aux garçons de persévérer dans le système scolaire. »
Vous dites :
« Cette attitude qui consiste à vouloir consacrer davantage
de ressources aux garçons nie les inégalités sociales entre hommes et
femmes. »
Je
dis :
« Cette attitude qui consiste à vouloir
consacrer davantage de ressources aux filles nie les inégalités sociales entre
hommes et femmes. » Aucune discrimination ne peut être positive, elle se
fait toujours au détriment de quelqu'un. André Gélinas ( ), ironisant la
perception féministe, distingue la « bonne » discrimination positive
(celle qui s'adresse aux femmes) et la « mauvaise » discrimination
positive (celle qui s'adresse aux hommes).
Vous dites :
« Concernant Internet, il serait également utile de tenir,
publier, diffuser et mettre à jour une liste des groupes misogynes. »
Je
dis :
« Les hommes ont déjà commencé à tenir,
publier, diffuser et mettre à jour une liste des groupes misandres. » Il y
en a plus que vous ne le soupçonnez et, dans ce sens, j'appuie votre
recommandation #5 parce que le mot personne y apparaît en lieu et place de
femme.
Vous dites :
« assurer la sécurité des personnes qui dénoncent
publiquement la propagande haineuse contre les femmes. »
Je
dis :
« assurer la sécurité des personnes qui
dénoncent publiquement la propagande haineuse contre les hommes. » ( )
Vous dites :
« l'article (318) ne prévoit pas qu'un groupe qui se
différencie des autres par son sexe, comme les femmes »
Je
dis :
« l'article (318) ne prévoit pas qu'un
groupe qui se différencie des autres par son sexe, comme les femmes ou les
hommes »
Vous dites :
« diffusion par les groupes de femmes de messages positifs et
égalitaires sur Internet »
Je
dis :
« Bravo ! »
Vous dites :
« que soit élaboré un axe principal d'information, de
références, de ressources et de données factuelles sur les femmes »
Je dis :
« Pourquoi seulement les
femmes ? Pourquoi pas aussi les hommes et les enfants, les couples et les
familles ? » Il n'y en a vraiment que pour vous. La générosité
naturelle des femmes est-elle en train de se transformer en égocentrisme ?
La nouvelle mode exhibant le nombril des femmes signifie-t-elle que le monde
devrait tourner uniquement autour de celui-ci ?
Vous dites :
« un réseau d'expertes et d'experts des domaines investis par
les masculinistes pour réagir à cette campagne de désinformation »
Je
dis :
« un réseau d'experts et d'expertes des
domaines investis par les féministes radicales pour réagir à cette campagne de
désinformation »
Vous dites :
« Concernant la collecte et la publication des données statistiques
sans cela, elles alimentent les discours masculinistes. »
Je
dis :
« Concernant la collecte et la
publication des données statistiques sans cela, elles alimentent les discours
féministes. »
Vous dites :
« Plusieurs femmes et groupes de femmes peuvent subir les
contrecoups de la propagation du discours masculiniste »
Je
dis :
« Plusieurs femmes et groupes de femmes
et plusieurs hommes et groupes d'hommes peuvent subir les contrecoups de la
propagation du discours féministe » Par exemple, sous estimer la violence
conjugale des femmes ne permet pas de venir en aide aux femmes aux prises avec
une agressivité impulsive.
Vous dites :
« viser une meilleure connaissance des actions exercées par
les groupes masculinistes auprès des décideurs politiques »
Je
dis :
« Je suis sûr que vous devinez ce que
je dis. »
Finalement, vous dites :
« Nous croyons enfin que d'autres recherches féministes
devraient être sollicitées, notamment dans les domaines de la " supposée
violence perpétrée par les femmes " et de la garde des enfants, ainsi que
dans celui de la santé, afin de jeter les bases empiriques des arguments,
concepts et statistiques invoqués par les masculinistes. »
Je
dis :
« Il existe déjà plus d'une centaine de
recherches qui démontrent que la violence conjugale n'est pas l'apanage d'un
seul sexe ( ). Que voulez-vous de plus ? De plus, tous les intervenants
s'entendent pour dire que l'enfant a besoin de son père ET de sa mère ( ),
simple question de logique élémentaire. L'on sait aussi depuis longtemps que le
système de santé est davantage orienté vers les femmes ( ), la différence
d'espérance de vie étant là pour le prouver. Il existe déjà d'excellentes bases
empiriques pour contrer les exagérations avancées par ce type de
féminisme. » Évidemment, vous vous opposez à ces messages et à leurs
messagers.
Divers
Je voulais me limiter à votre sommaire, mais
finalement j'ai lu votre rapport au complet. Voici pêle-mêle diverses réactions
que j'ai eu lors de cette lecture.
J'ai eu le désagréable sentiment tout au
long de ma lecture que de faire aujourd'hui pour nos garçons ce qui, par le
passé, a été fait pour nos filles n'est pas convenable.
Quotas et équité n'ont peut-être pas la même
origine étymologique, mais ces deux termes m'apparaissent avoir le même
objectif d'égalité.
Votre discours frise souvent la
paranoïa : " Psychose chronique
caractérisé par un délire bien construit dont les thèmes prépondérants sont le
sentiment de persécution et la revendication " (Larousse). Est
paranoïaque toute personne qui a tendance à se croire persécutée et agressée.
Les hoministes ne sont pas contre les femmes, ils sont pour les hommes, le
couple et la famille. Il est malheureux de constater que pour beaucoup de
féministes, la sexualité et la famille sont les principaux obstacles à la
libération des femmes et que les hommes sont tous des violeurs en puissance et
veulent enfermer les femmes dans leur rôle de mère. Relisez vos classiques.
Dans ce contexte d'attitude paranoïde, vous
croyez que « Ce mouvement de ressac
est porteur d'une autre interprétation des relations entre les sexes, soit la
négation entêtée que les filles ou les femmes sont victimes de discrimination,
en tant que groupe social, infligée par les hommes. » Pourtant, votre
critique du discours en éducation fait tout pour démontrer que le sexe n'a rien
à voir sur les écarts de réussite scolaire entre les garçons et les filles. Là,
le sexe n'a rien à voir, mais dans le domaine de discrimination, le sexe a tout
à voir. Deux poids, deux mesures, selon votre objectif.
Comment peut-on ridiculiser subtilement le
leitmotiv suivant « Il faut favoriser les mentors, les héros, les modèles
qui soutiennent la masculinité du garçon » et rester sérieuses ?
Comment peut-on être contre la masculinité complémentaire à la féminité ?
Pourquoi vouloir faire de l'homme et de la femme des sexes opposés, plutôt que
supplétifs ?
Votre féminisme, pourtant en quête
d'égalité, maintient sans cesse l'asymétrie des relations homme-femme en
présentant l'homme comme le bourreau, la femme comme la victime. L'homme ne
peut jamais avoir raison, il a toujours une mauvaise intention derrière la
tête : s'il veut la garde partagée des enfants après le divorce, c'est
qu'il ne veut pas payer de pension alimentaire. Ce n'est pas possible qu'il
veuille réellement garder un contact avec ses enfants et partager la
responsabilité (tant psychologique que financière) de leur éducation. (Je suis
ahuri par le nombre de fois où vous ramenez la question pécuniaire dans votre rapport.)
Vous parlez d'un contre-discours
masculiniste pour essayer de démontrer l'incohérence des groupes d'hommes. À ce
propos, je vous renvoie aux écrits de la sociologue féministe Evelyne Sullerot,
de la philosophe féministe Élizabeth Badinter, de la psychanalyste féministe
Christiane Olivier et de la sénatrice féministe Anne C. Cools, pour ne citer
qu'elles. Il existe aussi un contre-discours féministe.
Vous dites à la première page de votre
partie 5 : La critique du discours en éducation : « (Ces travaux) sont souvent délaissés
au profit d'approches binaires qui suscitent un débat ou le féminisme est pris
à partie, mais qui n'aident pas à solutionner le problème des écarts de
réussite. » Remplacez féminisme par hominisme et tournons en rond.
Imaginez-vous un court moment que vous êtes un homme et président d'un Conseil
du Statut de l'Homme et/ou rédacteur en chef de la Gazette des Hommes et/ou
chef d'un " Men's Studies Program " et réécrivez votre rapport en
vous mettant dans la peau d'un homme de bonne foi, et vous vous rendrez compte
qu'il est vain et non productif d'entretenir un combat entre les sexes. Mieux vaut construire sur ce qui
va bien pour améliorer ce qui va mal : arroser les fleurs, non les
mauvaises herbes. C'est là l'un
des secrets des couples heureux où le pouvoir est partagé ; il me semble
que l'on pourrait appliquer cette même thérapie au plan social.
Vous dites que « Ces commentaires révèlent une vision traditionnelle
étriquée des relations entres les sexes selon laquelle les filles sont
tentatrices et les garçons soumis à leurs pulsions sexuelles ». Dans quel monde vivez-vous ? Depuis quand les
filles et les femmes ne veulent plus être séduisantes et seraient devenues
insensibles au regard et aux compliments des hommes ? Et pour les pulsions
sexuelles masculines, je vous dénie toute capacité de l'évaluer. Je vous
propose même de vous faire injecter pendant trois mois, à l'instar du Dr
Patricia Love, auteure de Hot Monogamy (1999), la quantité moyenne de
testostérone circulant dans les veines d'un jeune adolescent, soit vingt fois
plus que celle circulant dans les vôtres, et sans l'effet neutralisant des
oestrogènes. Après, on pourra reparler de cette " vision traditionnelle
étriquée ". Tout garçon doit apprendre à gérer cette puissance, ce que la
majorité des filles n'ont pas à faire. Cet apprentissage est facilité par la
présence du père ( ).
Discutez-en aussi avec des femmes transsexuelles et ra
Là, le vase a débordé lorsque, dans votre
relevé des porte-parole du mouvement hoministe, vous réussissez le tour de
force d'associer Guy Corneau et son Réseau Homme Québec (qui a essaimé en
Europe) avec l'extrême droite parce qu'un meurtrier voulait rallier ce réseau
et qu'il " détenait le livre de
Guy Corneau, Pères manquants, fils manqués, et considérait celui-ci comme son
père spirituel ". Mais vous avez la sagesse de faire faire cette
association par Dufresne (1998). Belle entourloupette. Tant qu'à y être,
consacrez donc M. Corneau « Père du masculinisme » et grand
responsable du mouvement de résistance dont VOUS parlez. Pourquoi pas :
son livre a été publié en 1988 et traduit dans de nombreuses langues.
Croyez-vous que son livre serait devenu un best-seller mondial s'il avait tout
faux ?
Vous accusez les hommes d'utiliser un moyen
de communication ( ) créé par eux, soit Internet, pour s'unir, se réseauter,
établir des liens, pour fraterniser, pour clavarder et vous laissez entendre
que les groupes de femmes sont défavorisés au niveau non seulement d'Internet,
mais de l'ensemble des médias. Que les médias n'en ont que pour le discours
hoministe. Laissez-moi rire. Savez-vous c'est quoi la " presse
féminine " ? Et la " Gazette des femmes " ( ), vous
l'oubliez ? Et vous oubliez aussi tous les sites féministes
suivants : www.swc-cfc.gc.ca
, www.sos-sexisme.org/index1.htm,
http://sisyphe.levillage.org
, pour ne citer que ceux-là. À ma connaissance, aucun site Internet ni aucune
publication consacrée à la condition masculine (et j'en connais beaucoup) ne
sont subventionnés. Tous ces écrits sont faits bénévolement. Y compris le mien.
Ah ! Oui. Quand l'humour s'exerce
à l'encontre des hommes, c'est drôle. Quand l'humour (les caricatures de
Votre recherche est « fondée sur un corpus de 612 articles de journaux et revues » sur un total de 800, parce que ceux-ci « ont été reconnus pertinents ». Et vous concluez votre rapport par « L'effet sensationnaliste recherché par les médias, est de
créer un conflit entre les sexes (Foster, 1996) : ce sont les filles
contre les garçons ».
Où est votre logique interne ? Votre rapport est basé sur ces articles.
Dois-je comprendre que tel est aussi votre objectif ? Si les articles
écrits par des journalistes attisent la guerre des sexes, pourquoi avoir
investi tant de temps, d'énergie et de fonds publics à l'analyse de ces dits
articles pour produire votre rapport ? Sinon pour confirmer votre propre
thèse : « En moins de dix
ans ». Pourquoi ne pas
avoir fait un relevé de la littérature du discours rassembleur, celui qui
cherche, au-delà des différences sexuelles, à aplanir les inégalités ?
Pourquoi entretenir le ressac ? Pourquoi n'avoir fait que des
recommandations basées sur la perception de la femme victime du mauvais
homme ?
En conclusion
Le féminisme serait-il borgne ? Le
sexisme n'est peut-être pas toujours là où on le voit. Pourquoi féminisme
serait-il « politiquement correct » et masculinisme ou hominisme
devrait-il être « politiquement incorrect ». Assez, c'est
assez ! « L'homme est le
meilleur ami de la femme » (Élizabeth Badinter). Encore faut-il le
respecter dans ce qu'il est pour obtenir son amitié et sa dévotion. Et
vice-versa.
En vingt-cinq ans de thérapie
conjugale, le principal reproche que j'ai entendu de la part des hommes envers
leur femme, c'est que « Peu importe,
ce que je fais, je ne suis jamais correct ». Votre rapport leur
donne raison.
J'espère que tous et toutes avez
compris que ce texte est un a
_________________
P.S.
Je ne vous connais pas personnellement, je ne connais que vos écrits. Mais, je
me suis souvent demandé, tout au long de ma lecture, si vous aviez des fils.