d’Alain Soral
En
exclusivité, deux belles interviews censurées d'Alain SORAL
Interview
commandée par le magazine CITRON, finalement censurée par le rédac chef,
monsieur TÉTINGER, un ami du peuple!
Je suis un déclassé de la moyenne bourgeoisie de
province qui a eu la chance, sur le plan de l'éveil et de l'apprentissage, de
rencontrer beaucoup de malheurs : ruine familiale, violences parentales, études
écourtées chez les bons pères, mère suicidaire, père en prison, montée à Paris,
solitude, petits boulots… Je raconte un peu tout ça dans mes divers bouquins :
"Sociologie du dragueur", "La Vie d'un vaurien"… Quant à ma
formation, elle est purement de terrain, beaucoup de lectures, de rencontres…
Mon seul diplôme à ce jour étant celui "d'instructeur fédéral de
boxe"!
Sur ce sujet, je reprends la thèse du trop méconnu Michel
Clouscard dont j'avais préfacé "Néo-fascisme
et idéologie du désir"; la voici : après guerre, les capitalistes
marchands, pour étendre le marché fatalement saturé de l'utilitaire, ont eu
l'intelligence de lancer, en surfant sur le vent de liberté venu d'Amérique, le
"marché du désir". Un marché de l'inutile dont le mécanisme
fonctionne comme suit : un, réduire
la liberté au désir, deux, réduire le désir à l'acte d'achat. Achat de
quoi? Des objets de désir promus par la mise en scène permanente du corps de la
femme… Voilà en bref comment nous en sommes arrivés là : partout des gadgets
inutiles et pour nous pousser à les acheter, des photos de femmes nues à côté!
Le lecteur post-adolescent le sait, ce qui le meut
d'abord, c'est son désir d'être aimé, de posséder des femmes… Mais pour arriver
à cette fin, sa stratégie se doit d'être indirecte : se faire une place dans la
société, s'enrichir, accéder à un certain standing culturel pour optimiser son
potentiel de conquête. Ce qui implique deux choses pas très belles à dire : un,
que c'est plus dur de trouver la femme de ses rêves quand on est pauvre, et ce,
quelles que soient nos qualités d'âme ; deux : que les femmes ne sont pas
insensibles au charme du prestige social et de l'argent!
Le sexe est
aujourd'hui ce qui meut le marché et aussi l'objet de consommation ultime, soit la photo
de la mannequin en attendant la mannequin en chair et
en os! (En os surtout d'ailleurs). Pour se cacher la médiocrité de cette course
à la fesse dans un monde ou tout nous y pousse, le tartuffe s'est inventé la
"transgression". Au lieu d'avouer sa médiocrité de baiseur, de
conquérant à la petite semaine, il prétend braver l'"interdit"… Ce
fameux interdit judéo-chrétien dont il ne reste plus rien depuis au moins 20
ans… D'où ce côté un peu risible, effectivement, quand la mère Breillat monte sur ses grands chevaux pour nous raconter
ses banales histoires d'adolescentes à problèmes, aussi risible que le vieux Cohn-Bendit nous parlant avec des trémolos dans la voix de
sa révolution de 68! La seule chose que l'on doit reconnaître c'est que cette révolutionnette du "désir 68" est effectivement
ce qui a le mieux protégé la bourgeoisie de tout risque de révolution sur le
plan autrement sérieux de la production et de la gestion ; d'autant plus que ce
désir était, comme nous l'avons dit, le moteur même de la société de
consommation!
Je tente d'expliquer dans mon bouquin que le phallus c'est bien sûr
la violence, mais c'est
aussi sa sublimation historique dans le politique, la science, la métaphysique…
Toutes disciplines qui ont tendance à éloigner de la consommation,
tandis que le féminin a tendance à y ramener par le "psy-cul"…
Ce qu'on comprend très bien en lisant ELLE, le magazine pour ménagères
embourgeoisées à prétention culturelle : recherche du confort et déco
d'intérieur, prime à l'amour et régimes amaigrissants… Bref, le marché, et qui
plus est le marché du désir, préfère la vision féminisée des choses, c'est
pourquoi il nous dit que la femme et le gay sont notre avenir… Ce qui n'est pas
sans lien avec cette actuelle arrogance des séductrices et des gays qui se
savent, plus ou moins consciemment, les chouchoux du
système!
Je raconte là, revisitée et remise à la sauce
actuelle, la plus vieille histoire du monde, ce que la sociologie a
C'est la conclusion inévitable de l'essai ; une conclusion qu'on ne doit
tirer, bien sûr, qu'à la fin du processus, sinon ce qui se prétend sagesse ne
serait, en fait, que de la frustration déguisée! Oui, le but n'est pas de se soumettre à la tyrannie du
désir, ce qui est le contraire de la souveraineté et de la liberté, mais de la domestiquer,
progressivement, notamment par le couple, afin de pouvoir s'adonner adulte à
ces passions autrement valorisantes que sont la culture, la science, la
politique… Quant à l'amour, il n'est pas à réinventer, mais plutôt à libérer
des violents mensonges du Marché!
Alain SORAL
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Une
autre interview non publiée en janvier 2004 (pas par Citron)
1- Suite à la sortie de votre dernier livre, Socrate à Saint-Tropez, un commando d'Act
Up a brûlé les fonds de votre éditeur. Fait divers ou signe grave?
Malgré le côté ridicule de folles
dévastant à 20 le bureau d'un éditeur en hurlant des slogans débiles (genre les
livres d'Alain SORAL propagent le Sida!), malgré l'a
2- Justement,
vos livres tournent tous autour de l'attaque du communautarisme. Celui-ci
n'est-il pas pourtant un moyen de lutter contre l'uniformisation?
Dans uniformisation il y a uniforme, or
qu'est-ce que le communautarisme sinon le port obligatoire de l'uniforme
communautaire? La panoplie gay pour l'homosexuel, le voile pour le maghrébin,
la kippa pour le juif… Autant l'universalisme ouvre à la personnalité : à la
diversité et aux choix individuels, parfois paradoxaux, autant le
communautarisme produit des stéréotypes collectifs qui restreignent l'espace de
liberté. Demain, si ça continue, un juif ne pourra
plus mettre les pieds en banlieue, un arabe sera en danger rue des Rosiers, un
hétéro obligé de contourner le ghetto du Marais… Les seuls qu'intéresse
réellement ce marquage rétrograde ce sont les commerçants et les publicitaires
pour qui ces nouvelles communautés constituent autant de marchés
"captifs" facilement traçables. La
juxtaposition de communautés, dans laquelle certains snobs ne voient qu'un
patchwork haut en couleur, nous ramène en réalité au monde insécure
du Moyen Âge et de l'octroi, en attendant, vue la montée des tensions, les
ambiances de guerre civile qui ont détruit le Liban et la Yougoslavie… Pour
voir un progrès dans cette régression, il faut être sacrément pervers ou très
con…
3- De quand datez-vous l'émergence
du communautarisme?
Difficile à dire, c'est un processus qui
s'accélère… sans doute nous vient-il de notre imitation de plus en plus serrée
de la société néo-libérale américaine, une imitation qui s'est accélérée durant
les années 90 avec les cultures de ghettos du rap et des gays…
4- Comment expliquez-vous que,
vous réclamant de la gauche, celle-ci vous reproche à l'inverse d'être
poujadiste?
Je ne me réclame pas de la
"gauche" au sens actuel du mot mais du marxisme, et la gauche ayant tourné
le dos, depuis 1983 et la rigueur, à tout ce qui faisait son sérieux : rapports
de classe, raison universaliste… a beau jeu de traiter de poujadiste, de
populiste, de "réactionnaire de gauche" (cf. Libé) quiconque la ra
5- Parallèlement, le Fig Mag lui aussi vous colle
cette étiquette…en même temps qu'à Isabelle Alonso, une de vos têtes de turc
favorite!
Le dossier du Fig
Mag sur les "nouveaux poujadistes" était
particulièrement incohérent, la présence d'Alonso, surtout, pour qui
"poujadiste" est encore un compliment! Dans notre social-démocratie
néo-libérale en crise, très peu de choses séparent désormais les socio-démocrates libéraux de Libé (les fameux libéraux
libertaires), des néo-libéraux d'ouverture du Fig-Mag
(la droite branchée). Tout autant maastrichtiens et atlanto-sionistes,
ils finissent fatalement par avoir les mêmes ennemis qu'ils désignent à la
vindicte - à défaut d'argumentation - par les mêmes qualificatifs. Au passage
m'est-il permis de faire remarquer qu'il est pour le moins contradictoire de
traiter de "pétomane" un intellectuel dont on ne partage pas les
idées, tout en prétendant que c'est l'autre - comme dirait Finkielkraut
- qui est poujadiste?
6- Vos deux ABCdaires critiquent un grand
nombre de personnes. Si vous deviez établir un podium des personnalités qui
vous agacent le plus?
Sans réfléchir pour être sûr d'exprimer
la vérité je "nominerai" en 1) Bernard-Henri Lévy dont toute la pseudo-pensée de Khâgniard à
brushing s'articule sur la haine du peuple de France et la défense
inconditionnelle d'un mythique Israël, en 2) Phili
7- Et les trois personnalités que
vous admirez?
Pour ne citer que des contemporains :
Emmanuel Todd, pour le sérieux matérialiste de ses analyses socio-économiques
et sa capacité de vision globale, Serges Halimi pour son attachement sans
faille au rôle traditionnel du clerc, Jean-Claude Michéa
pour sa très bonne connaissance de l'histoire du libéralisme libertaire comme
du populisme américain.
8- Vos idées depuis quelques
années semblent de plus en plus mainstream. À tel
point que Daniel Lindenberg a cru devoir publier un
livre sur les néo-réacs. Vous sentez-vous des points communs avec Nabe, Dantec, Camus ou Houellebecq?
Des points communs sans doute par le
refus du fatalisme euro-social-démocrate… mais,
malgré son courage sur l'affaire Irakienne, je trouve Nabe
trop ado littéraire pour être vraiment crédible, Dantec,
beaudruche déjà dégonflée par son mentor Sollers,
n'est qu'un graphomane fumeux, au style nouveau riche, dont la référence à
Joseph de Maistre sent plus le meurtre du père chez le fils de coco d'Ivry que
la culture historique, Renaud Camus, même si sa persécution par les juifs me le
rend d'emblée sympathique est quand même un peu bête : il parle de génie de la
race, croit encore au dandysme… quant à Houellebecq,
trop de célébrité l'ont rendu ces derniers temps plus calculateur que
talentueux : sa mini-fatwa provoquée, quand on
connaît le rapport de force entre pro-arabe et pro…israélien dans le milieu du
livre, relevait moins du courage que du teasing… Même
si c'est au départ le plus doué de tous, j'ai peur que le meilleur de l'œuvre
soit déjà derrière lui… Je tiens par ailleurs à préciser que je me sens tout le
contraire d'un nouveau réactionnaire, "nouveau réactionnaire" c'est
aussi con que" nouveau philosophe" ou "beaujolais nouveau",
ça pue le marketing… Moi
je suis un vieux progressiste, lecteur assidu de Marx, de Lukacs, de Goldmann,
de Piaget, de Clouscard, de Leroi-Gourhan, de Wallon…
Je n'ai pas encore renoncé au bien sur cette terre…
9- Si oui, pensez-vous que cela aura
une influence sur l'évolution politique et idéologique dans les années à venir,
comme les idées 68ardes ont influencé les trente années qui suivirent mai?
Ça aura surtout une influence sur les
nouvelles promotions de journalistes politiques accrédités : les "nouveaux
réactionnaires" c'est Alain Finkielkraut et
Elisabeth Lévy du Figaro Magazine qui prennent le relais des Cohn-Bendit et autres Annette Lévy-Villard
de Libé… Pour le reste, le sérieux, ces gens là ont bien pris soin de ne jamais
parler gestion, en fait - hormis leur défense inconditionnelle d'Israël, ce qui
est nouveau pour des intellectuels se réclamant des valeurs de la République -
ils ne font pas de politique, mais de l'animation, ce que Finkielkraut
a
10- Que vous inspirent
les difficultés américaines en Irak?
Beaucoup de satisfaction… La
satisfaction d'abord d'être de ceux qui ont eu finalement raison contre tout
les va-t-en guerre, dont le minuscule Romain Goupil
qu'on n'entend plus beaucoup d'ailleurs (sans doute son chèque encaissé est-il
retourné rater un nouveau film?). La satisfaction ensuite de voir enfin les
américains punis par là où ils ont pêché. Depuis le retrait soviétique
d'Afghanistan, ils n'avaient fait que garder la main en jouant partout le
chaos, en Russie, en Afrique, en ex-Yougoslavie… À chacun son tour de payer
pour ses fautes, c'est moral, sinon où irait le monde?
11- Vous étiez où, le 11 septembre
2001?
J'étais chez moi à mon bureau
en train d'écrire une pige de psy-cul sous pseudo
pour un magazine féminin afin de gagner ma vie, le téléphone
a sonné et un vieux pote avec qui j'étais fâché depuis plusieurs années, un
vieux pote qui fait le même boulot débilitant sous un autre pseudo, dans un
autre magazine, m'a crié dans le combiné : "allume la télé c'est
génial!". J'ai allumé, c'était si beau que nous nous sommes réconciliés;
du coup j'ai a