Mise
à jour le 11 août 2003
Réponse
à Pierrette Bouchard, Isabelle Boily et
Marie-Claude Proulx.
Objet : La
réussite scolaire selon le sexe : catalyseur des discours masculinistes.
Note au lecteur : Pour comprendre ce texte, il
serait préférable de lire au moins le sommaire du rapport en
question dont vous trouverez une copie intégrale sur le site de
Condition Féminine Canada au :
http://www.swc-cfc.gc.ca/pubs/0662882857/200303_0662882857_1_f.html
Je n'ai pas
l'habitude de réagir publiquement à ce genre de propos. Je me
suis, jusqu'à maintenant, contenté de travailler privément
à l'harmonisation des relations homme-femme.
Mais devant tant de parti pris, ma conscience me pousse à
rétablir les faits. Je dis bien les faits. Je ne doute pas de
votre bonne foi ; je suis même assuré que vous croyez avoir raison
dans votre analyse du discours hoministe ( ). J'ose
prétendre que ma propre analyse transcende votre polarisation féminin-masculin, même si avec la publication
de mon livre Homme et fier de l'être ( ), j'ai redonné la
parole aux hommes pour démontrer que la bêtise humaine
n'était pas sexuée et pour tenter de rétablir
l'équilibre dans le rapport de forces homme-femme.
Votre recherche
(subventionnée par nos impôts) est entachée, dès le
départ, par votre prémisse : " En moins de dix ans, une
résistance sans précédent aux progrès scolaires des
filles et au mouvement des femmes s'est instaurée ".
Vous êtes
des sophistes ( ) : que vous utilisiez des résultats de recherches
(surtout les vôtres) pour démontrer votre point de vue,
jusque-là, pas de problème. C'est très humain. Que vous
défendiez les intérêts des femmes, même à
l'intérieur d'un mouvement politisé, je vous encourage à
continuer. Mais lorsque vous laissez entendre que ceux qui ne sont pas d'accord
avec votre analyse ou qui défendent, de leur côté, les
intérêts des hommes sont de mauvaise foi, alors là je
m'objecte.
Que quelques
hurluberlus frustrés et en colère puissent déverser leur
hargne contre le mouvement féministe, il n'y a pas là de quoi se
surprendre : tout mouvement ou personnage public risque de devenir un bouc
émissaire. J'en sais quelque chose. Mais de là à
généraliser leurs discours à l'ensemble du discours hoministe, il y a là un pas à ne pas
franchir. Ai-je mis toutes les féministes dans le même panier
parce que quelques-unes ont écrit à mon sujet des propos hargneux
(quelques-unes et quelques-uns l'ont même fait de façon anonyme en
plus) ? Les masculinistes que vous accusez de propos
haineux envers les femmes et les féministes ne font en fait que
répéter l'histoire. Lisez ou relisez le chapitre deux de mon
livre : Ces femmes qui haïssent les hommes, pour vous en convaincre.
Je ne parle ici
qu'en mon nom personnel et, même si je suis en contact avec de nombreux
groupes d'entraide pour hommes et leur offre régulièrement mon
aide à titre de conférencier ou personne-ressource, je ne milite
pour aucun de ces groupes, ceci afin de préserver ma liberté de
pensée et de parole. Je veux dire ce que je veux, à eux comme
à vous. Je parle en tant que personne humaine, père d'un
garçon et grand-père d'une petite fille. Qualifiez-moi de "
traditionaliste " si cela vous fait plaisir, mais il y a longtemps que
j'ai compris que ce n'est pas parce que c'est " vieux " que c'est
mauvais et que les socialistes et les gauchistes ne possèdent qu'un
point de vue politique sur la réalité, qui elle est multiple et
complexe.
Je suis d'accord
avec vous pour dire qu'effectivement " l'examen des différences
fait écran à l'examen des similitudes ". Les hommes et les
femmes ne viennent pas de deux planètes différentes. En fait, la
différence n'est que de 2,17 %, soit un chromosome sur 46, le fameux X
ou Y. Quoique minime, toutefois, c'est cette différence qui est au
centre de l'incompréhension homme-femme et
qui, malheureusement, crée la méfiance que je sens tout au long
de votre rapport.
Des faits prouvés
Ce que vous
appelez " résistance " est plutôt la conscientisation
d'une situation préjudiciable à nos garçons et aux hommes
aux prises avec des difficultés relationnelles avec leurs conjointes
(devrais-je plutôt dire ex-conjointes). De nombreuses études
universitaires menées ces dix dernières années par des équipes
scientifiques formées d'hommes et de femmes non politisés et
n'ayant aucun intérêt à défendre, sauf leur
éthique, ont démontré à maintes reprises les faits
suivants :
La moyenne des résultats scolaires est plus
élevée chez les filles ;
Le décrochage scolaire augmente sans cesse chez
les garçons ;
La prescription de Ritalin©
a été multipliée par dix depuis quelques années
pour les garçons diagnostiqués hyperactifs ;
Le taux de suicide des adolescents mâles
continue de croître ;
La délinquance masculine est devenue
épidémique ;
Le taux de divorce est passé de 5 %, en 1890,
à près de 60 % actuellement (si l'on tient compte des unions de
faits et des couples recomposés) ;
65 % à 85 % des demandes de divorce sont faites
par les femmes ;
72 % à 92 % (dépendant des pays) des
enfants du divorce sont sous la garde exclusive des mères, souvent sans
droit de visite de leur père ;
la sociologue féministe française,
Évelyne Sullerot, pointe le "
désappointement " des femmes face à leur couple comme
principale cause des demandes de divorce par les femmes, cause hautement
subjective ;
chaque augmentation de 1 % du taux de divorce est
reliée à une augmentation de 0,3 % du suicide des hommes ;
la seule cause de suicide des hommes présente
à tout âge est la " peine d'amour ", laquelle serait
présente dans 75 % des suicides ;
la multiplicité des fausses allégations
(sans coût férir et sans conséquences légales) de
violences physique et sexuelle de la part des hommes ;
la violence conjugale n'a pas de sexe, tout comme la souffrance
à la base des comportements violents ( ) ; la principale source de cette
violence serait la schismogenèse
complémentaire ;
Il existe de nombreux préjugés envers les hommes.
Que vous qualifiiez ces statistiques de " mesquines " ne leur
enlève rien de leur réalité. Un scientifique, au lieu de
juger, cherche plutôt à comprendre les causes de ces
inégalités et à y remédier. Des pères et des
mères sont fiers du succès remporté par leurs filles
à l'école, mais ces pères et ces mères sont aussi
sensibles au " malaise " et aux insuccès de leurs
garçons et voudraient les aider, plutôt que les ostraciser. Aucun
homme ou père digne de ce nom ne veut l'insuccès de ses filles.
Ce qu'ils veulent est exactement la même chose que le sain
féminisme met de l'avant : l'égalité.
Dire que des
regroupements d'hommes font " une mise en accusation des enseignantes du
primaire, des mères seules et des féministes, pour finalement
aboutir à la remise en cause du système et de l'école
mixte " est à mon avis une interprétation fallacieuse. La
seule conclusion logique à laquelle nous mène l'observation du
succès de nos filles et de l'insuccès scolaire de nos gars est
que l'école actuelle est mieux adaptée au fonctionnement naturel
des filles. Loin de nous l'idée d'un retour en arrière. Mais il
est évident que l'on ne règle pas une injustice (la non
possibilité d'antan des filles à l'éducation) par une
nouvelle injustice (une école inadaptée au fonctionnement naturel
des garçons). La solution, là encore logique, est de conserver les
acquis à la base du succès de nos filles et de voir comment
améliorer les conditions d'apprentissage des garçons.
La dizaine d'expériences-pilotes de classes non mixtes, où
les résultats scolaires des garçons rejoignent ou
dépassent la moyenne des filles, prouve tout simplement que les
garçons apprennent mieux lorsque certaines conditions sont
réunies. Oh ! Surprise. Les garçons de classes non mixtes
réussissent autant, peu importe que l'enseignant soit un homme ou une
femme (du moins à ma connaissance). L'insuccès des garçons
ou le succès des filles ne tient pas au sexe du titulaire, mais
plutôt à la méthodologie de l'enseignement. Oui, les gars
ont besoin de dépenser leur surplus d'énergie dans des sports
" virils " pour être réceptif à l'apprentissage
intellectuel. Qu'y a-t-il de mal à ça ? Arrêtez de " paranoïer " et de croire que l'on veut prendre
vos jobs et avoir votre peau ! Pourquoi voudrions-nous vous enlever ce que vous
faites avec tellement d'expertise ? Mais oui, je crois que nos garçons
et nos filles auraient avantage, dès leur plus jeune âge, à
avoir des professeurs (des parents) des deux sexes pour leur meilleur
équilibre mental, émotif, intellectuel et relationnel.
Alors pourquoi ne
pas faire pour les dix prochaines années ce que vous avez réussi
avec un très grand succès pour les femmes : engagement
discriminatoire positif de titulaires masculins au primaire et secondaire
(même dans les garderies et autres jardins d'enfants). Ne pas mettre les
femmes dehors, engager plus d'hommes. L'égalité
(l'équité) sera atteinte dans l'enseignement le jour où
l'école sera véritablement neutre. Personne ne peut être
contre l'idéal ou la vertu. Je m'engage à continuer à
travailler pour l'égalité des femmes là où c'est
nécessaire et j'ose vous demander de faire la même chose pour vos
fils, vos maris, vos pères, vos frères, vos cousins là
où c'est nécessaire.
Votre rapport
minimise (ridiculise) les résultats de recherches biologiques,
neuropsychologiques, sociologiques, politiques, psychologiques, sexologiques,
économiques, historiques sur les différences sexuelles
naturelles. Comme si, à vous trois, vous aviez raison contre tous ces
scientifiques. Il n'y a que vous qui êtes de bonne foi ? Tous les
journalistes qui se sont penchés sur ces questions sont évidemment
aussi de mauvaise foi. Vous traitez même de "
présupposé sexiste " le processus d'identification (au
parent de même sexe) élaboré par la psychanalyse et reconnu
par l'ensemble des thérapeutes. Personnellement, j'ai toujours de la difficulté
à faire confiance à des gens qui doutent systématiquement
de la bonne foi des autres.
Vous ne trouvez
pas curieux que (je vous cite) : " Le discours masculiniste
est à peu près le même partout au Canada ". Je rajoute
qu'il est aussi à peu près le même partout où l'on
se préoccupe de condition masculine. Cela ne prouve-t-il pas que la
vérité est une ?
La "
victimisation "
Quelle
différence existe-t-il entre victimisation ( ) et injustice ? Poser la
question est y répondre. Ce que les groupes d'entraide pour hommes présentent
comme de l'injustice est perçu par vous trois et bien d'autres
féministes comme de la victimisation. J'admets que des hommes et des
groupes d'hommes jouent à la victime pour attirer l'attention et les
subventions. Mais qui leur a montré le chemin ? Je trouve très
significatifs que de plus en plus de féministes parlent de " ressac
" plutôt que de " backlash " hoministe. D'après Larousse, le ressac constitue le
" retour violent des vagues sur elles-mêmes, lorsqu'elles se
brisent contre un obstacle ". Ce qui veut dire que la vague revient sur
elle-même aussi violemment qu'elle est arrivée. Être
méchant, je dirais que les féministes radicales n'ont que ce
qu'elles méritent ( ), mais où cela nous mènerait-il ?
À une lutte pour le pouvoir sans fin.
Analysons
maintenant, à partir d'un extrait de votre sommaire, votre
interprétation de la soi-disant argumentation hoministe
:
(1) " Tout
d'abord, elle (la victimisation) occulte les rapports de pouvoir qui
caractérisent les rapports entre les hommes et les femmes (Foster, 1996)
en nivelant le statut et la position des hommes et des femmes, comme s'ils
occupaient des places identiques et interchangeables.
(2) Ensuite, elle
invoque des différences là où il s'agit de processus de
différenciation et elle naturalise des phénomènes qui sont
fondamentalement des construits sociaux.
(3) Finalement,
sous les dehors d'une lutte à la discrimination, ce discours camoufle un
fort courant de résistance au changement demandé par les
féministes. "
(1) Oui, a
existé, existe et continuera d'exister un rapport de force entre les
hommes et les femmes. Nul besoin de la recherche de Foster (1996) pour
démontrer ce fait. Tous les thérapeutes conjugaux vous
confirmeront qu'après la lune de miel à la base de toute union
vient nécessairement une lutte pour le pouvoir. Nos statistiques
démontrent que 80 % des couples ne dépassent pas ce stade : 50 %
divorcent, 30 % s'endurent et se font la vie dure. À peine 20 % des
couples réussissent à garder le respect et la confiance mutuels
nécessaires au partage du pouvoir, troisième étape dans
l'évolution d'un couple. Cette lutte pour le pouvoir devrait permettre
à chacun d'exprimer ses attentes légitimes face au couple,
attentes dont l'autre doit tenir compte sans se sentir
" attaqué ". Les couples heureux apprennent à
gérer des différends, la plupart du temps insolubles, et
décident d'être heureux plutôt que de chercher constamment
à savoir qui a raison et qui a tort, ou qui a commencé la dispute.
Projeté au
plan social, cela veut dire qu'il nous faudrait transcender le discours
féministe (soi disant réactionnel au patriarcat) et le discours hoministe (réactionnel au radicalisme
féministe) pour développer un discours humaniste. Nous ne
pourrons jamais y parvenir sans confiance et respect réciproques.
Cette lutte pour
le pouvoir pourrait devenir très saine plutôt que destructrice,
comme c'est malheureusement le cas tant au plan social qu'au plan conjugal. Or,
quand le couple va mal, la famille va mal, et la société ne
pourra qu'aller de mal en pis, à moins de transformer cette lutte pour
le pouvoir en partage du pouvoir. Les femmes demandent des changements
légitimes qui leur seraient favorables ; les hommes demandent la
même chose : utilisons donc nos ressources sociales, politiques et financières
pour y parvenir et cessons de tirer chacun de notre côté et
d'accuser l'autre d'être responsable de la situation de l'un. Devenons
conjointement responsables de l'évolution de la société et
de l'humanité. Les membres des couples heureux sont heureux parce qu'ils
mettent le couple au service de la satisfaction des besoins légitimes de
l'un et l'autre, au lieu de poursuivre une lutte
désespérée pour le pouvoir de l'un sur l'autre. Deux
gagnants ou deux perdants.
(2) Votre
deuxième conclusion part d'une autre fausse prémisse: " elle
naturalise des phénomènes qui sont fondamentalement des
construits sociaux ". Vous imaginez : la nature serait un construit social
! Un tel discours est antiscientifique et fait fi des découvertes récentes
de la neuropsyhologie, de la génétique,
de la physiologie hormonale et des études sur le cerveau (scanner, IRM)
( ). Demandez aux médecins psychiatres et sexologues qui accompagnent
les hommes et les femmes qui veulent changer de sexe et ceux-ci, ainsi que les transsexués eux-mêmes, vous confirmeront
qu'existent réellement une nature féminine et masculine sur
lesquelles se construit la société, et non l'inverse. Si la
nature a inventé la bi-sexualité, elle
devait certainement avoir des raisons (entre autres économiques).
Cessons de voir nos différences comme source de différends et
devenons ce que nous sommes, des sexes complémentaires (et non
opposés). Les différences homme-femme
ne sont pas des stéréotypes ou des préjugés :
quoique minimes, elles existent réellement et prennent, malheureusement,
toute la place.
(3) Qui
résiste à l'autre ? Votre publication n'est-elle pas la preuve
que votre discours camoufle un fort courant de résistance au changement
demandé par des hommes et des femmes de bonne volonté qui veulent
l'harmonie plutôt que la sexualisation à outrance. Vous voulez
l'égalité, mais combien d'études (subventionnées)
avez-vous faites en comparant les sexes entre eux pour démontrer
l'hypothèse de base du mouvement féministe : la femme victime,
l'homme méchant. Vous êtes-vous demandé où
étaient et que faisaient vos grands-pères pendant que vos
grands-mères ployaient sous le poids des nombreuses familles et des
multiples tâches ménagères ?
La question des
priorités
Lorsque vous posez
la question " À quelles priorités devraient donc être
accordés les fonds publics disponibles ? " tout en mettant en
opposition les demandes des femmes et des hommes, vous semez la zizanie et,
suivant le principe du ressac, vous ne pourrez que récolter la zizanie (
). Le radicalisme féministe fait fausse route, tout comme les groupes
d'hommes qui se liguent contre ce radicalisme, en opposant féminisme et hominisme.
Il n'y a qu'une
réponse, encore une fois logique, à votre question : les deux.
Nous serons tous gagnants à orienter nos filles vers des métiers
non traditionnels et à développer des programmes scolaires mieux
adapté aux garçons, à soutenir les filles et les
mères en difficultés tout en permettant aux garçons et aux
hommes de canaliser leur agressivité naturelle vers le sport et
l'amélioration de nos conditions de vie par l'informatique ou autrement.
Garçons et filles seront gagnants si nous organisons, à
l'intérieur d'écoles mixtes, quelques (pas toutes)
activités d'apprentissage et de loisirs non mixtes, respectant ainsi la
tendance naturelle des garçons et des filles à s'exclure
mutuellement pendant une certaine période de leur enfance et
adolescence. Cette exclusion n'est ni un stéréotype, ni une
attitude sexiste, c'est une observation maintes fois démontrée
par les psychologues du développement. Pourquoi les gars et les filles,
les hommes et les femmes devraient-ils toujours être ensemble ? ( )
Égalité ne signifie pas similarité, ni mimétisme.
Vous dites un peu
plus loin, toujours dans votre sommaire :
" les
scientifiques se sont peu penchés sur la critique des idéologies
et l'analyse des discours. La présente recherche, en s'y consacrant,
montre la nécessité d'articuler l'analyse sociopolitique et
féministe aux théories de l'éducation pour générer
des connaissances qui permettent de formuler, d'orienter ou de défendre
des orientations publiques et politiques qui concernent au premier chef les
femmes. Son originalité consiste à mettre en lumière les
étapes successives par lesquelles s'élabore une dynamique de
résistance au changement, comment elle se construit, dans quel contexte
social et à quelles fins. Trop souvent, ce type de recherche intervient
après le fait, à la suite de reculs importants pour les femmes.
"
Relisez cet extrait en changeant féministe pour hoministe et femme pour homme, et vous saurez ce qu'est un
préjugé sexiste. Au moment
où, effectivement, des hommes et des femmes des deux côtés
de l'Atlantique commencent à vouloir faire la critique de
l'idéologie et l'analyse du discours féministe, vous menacez de
les museler avec l'article 318 du Code Criminel. Si vous proposez d'inclure les
femmes, on devra aussi inclure les hommes, sinon votre proposition devient
discriminatoire, va à l'encontre de l'esprit du code criminel et est
purement anti-constitutionnelle ( ). Il me semblait que nous vivions
déjà dans une démocratie où existe la
liberté d'expression et où nos lois prévoient
déjà que chaque citoyen(ne) doit agir en bon père ou
mère de famille et s'engager à vivre en paix. Nul besoin de
créer une nouvelle loi ou de la modifier au profit des femmes seulement.
Je trouve
extrêmement dommage, mais significatif, d'entendre autour de moi, des
femmes de tout âge, mais surtout des jeunes, se défendre
d'être féministe : " Moi, je ne suis pas féministe,
j'aime les hommes ". Il me semble que toute femme devrait être
féministe, i.e. reconnaître la beauté et la bonté
d'être femme et mettre de l'avant les valeurs féminines, et en
être fière. Mettre de l'avant les valeurs féminines ne veut
pas dire être contre les hommes, tout comme mettre de l'avant les valeurs
masculines ne veut pas dire être contre les femmes. On ne
s'élève pas en écrasant les autres, sinon gare à la
descente. Enfin, ce que je comprends dans ce refus des femmes, c'est le refus
du radicalisme féministe qui pourrit les relations homme-femme
au lieu de les harmoniser. C'est aussi ce que je comprends dans la
réaction de nombreux hommes qui voudraient vivre en paix avec leurs
compagnes. Tout homme devrait être hoministe.
Mais les deux devraient d'abord et avant tout être humanistes. Tel devrait
être la priorité des priorités.
Vos
recommandations
Il y a encore
beaucoup à faire au Québec, mais surtout ailleurs ( ), pour
arriver à une réelle égalité entre les hommes et
les femmes et ce sur tous les plans : relationnel, émotif, psychologique,
sexuel, scolaire, social, économique, politique, légal. Dans
certains de ces domaines, les femmes sont discriminées et ont raison de
revendiquer ; dans d'autres, ce sont les hommes qui sont discriminés
(entre autres dans la violence conjugale, les divorces et la garde des enfants)
et ils ont aussi raison de revendiquer. C'est pourquoi je partage certaines de
vos recommandations en fin de rapport. Mais je m'objecte et m'objecterai
toujours à votre " unilatéralisme " :
Vous dites dans
vos recommandations :
" Les filles (c'est moi qui souligne) font face
à de nombreux obstacles. "
Je dis :
" Les
garçons aussi. "
Vous dites :
" soutenir les initiatives qui permettent aux
filles de persévérer dans le système scolaire. "
Je dis :
" soutenir
aussi les initiatives qui permettent aux garçons de
persévérer dans le système scolaire. "
Vous dites :
" Cette attitude qui consiste à vouloir
consacrer davantage de ressources aux garçons nie les
inégalités sociales entre hommes et femmes. "
Je dis :
" Cette
attitude qui consiste à vouloir consacrer davantage de ressources aux
filles nie les inégalités sociales entre hommes et femmes. "
Aucune discrimination ne peut être positive, elle se fait toujours au
détriment de quelqu'un. André Gélinas
( ), ironisant la perception féministe, distingue la " bonne "
discrimination positive (celle qui s'adresse aux femmes) et la " mauvaise
" discrimination positive (celle qui s'adresse aux hommes).
Vous dites :
" Concernant Internet, il serait également
utile de tenir, publier, diffuser et mettre à jour une liste des groupes
misogynes. "
Je dis :
" Les hommes
ont déjà commencé à tenir, publier, diffuser et
mettre à jour une liste des groupes misandres. " Il y en a plus que
vous ne le soupçonnez et, dans ce sens, j'appuie votre recommandation #5
parce que le mot personne y apparaît en lieu et place de femme.
Vous dites :
" assurer la sécurité des personnes
qui dénoncent publiquement la propagande haineuse contre les femmes.
"
Je dis :
" assurer la
sécurité des personnes qui dénoncent publiquement la
propagande haineuse contre les hommes. " ( )
Vous dites :
" l'article (318) ne prévoit pas qu'un
groupe qui se différencie des autres par son sexe, comme les femmes
"
Je dis :
" l'article
(318) ne prévoit pas qu'un groupe qui se différencie des autres
par son sexe, comme les femmes ou les hommes "
Vous dites :
" diffusion par les groupes de femmes de messages
positifs et égalitaires sur Internet "
Je dis :
" Bravo !
"
Vous dites :
" que soit
élaboré un axe principal d'information, de références,
de ressources et de données factuelles sur les femmes "
Je dis :
" Pourquoi seulement les femmes ? Pourquoi pas aussi
les hommes et les enfants, les couples et les familles ? " Il n'y en a
vraiment que pour vous. La générosité naturelle des femmes
est-elle en train de se transformer en égocentrisme ? La nouvelle mode
exhibant le nombril des femmes signifie-t-elle que le monde devrait tourner
uniquement autour de celui-ci ?
Vous dites :
" un réseau d'expertes et d'experts des
domaines investis par les masculinistes pour
réagir à cette campagne de désinformation "
Je dis :
" un
réseau d'experts et d'expertes des domaines investis par les
féministes radicales pour réagir à cette campagne de
désinformation "
Vous dites :
" Concernant la collecte et la publication des
données statistiques sans cela, elles alimentent les discours masculinistes. "
Je dis :
" Concernant
la collecte et la publication des données statistiques sans cela, elles
alimentent les discours féministes. "
Vous dites :
" Plusieurs femmes et groupes de femmes peuvent
subir les contrecoups de la propagation du discours masculiniste
"
Je dis :
" Plusieurs
femmes et groupes de femmes et plusieurs hommes et groupes d'hommes peuvent
subir les contrecoups de la propagation du discours féministe " Par
exemple, sous estimer la violence conjugale des femmes ne permet pas de venir
en aide aux femmes aux prises avec une agressivité impulsive.
Vous dites :
" viser une meilleure connaissance des actions
exercées par les groupes masculinistes
auprès des décideurs politiques
Je dis :
" Je suis
sûr que vous devinez ce que je dis. "
Finalement, vous
dites :
" Nous croyons enfin que d'autres recherches
féministes devraient être sollicitées, notamment dans les
domaines de la " supposée violence perpétrée par les
femmes " et de la garde des enfants, ainsi que dans celui de la
santé, afin de jeter les bases empiriques des arguments, concepts et
statistiques invoqués par les masculinistes
".
Je dis :
" Il existe
déjà plus d'une centaine de recherches qui démontrent que
la violence conjugale n'est pas l'apanage d'un seul sexe ( ). Que voulez-vous
de plus ? De plus, tous les intervenants s'entendent pour dire que l'enfant a
besoin de son père ET de sa mère ( ), simple question de logique
élémentaire. L'on sait aussi depuis longtemps que le
système de santé est davantage orienté vers les femmes (
), la différence d'espérance de vie étant là pour
le prouver. Il existe déjà d'excellentes bases empiriques pour
contrer les exagérations avancées par ce type de
féminisme. " Évidemment, vous vous opposez à ces
messages et à leurs messagers.
Divers
Je voulais me
limiter à votre sommaire, mais finalement j'ai lu votre rapport au
complet. Voici pêle-mêle diverses réactions que j'ai eu lors
de cette lecture.
J'ai eu le
désagréable sentiment tout au long de ma lecture que de faire
aujourd'hui pour nos garçons ce qui, par le passé, a
été fait pour nos filles n'est pas convenable.
Quotas et
équité n'ont peut-être pas la même origine
étymologique, mais ces deux termes m'apparaissent avoir le même
objectif d'égalité.
Votre discours
frise souvent la paranoïa : "
Psychose chronique caractérisé par un délire bien
construit dont les thèmes prépondérants sont le sentiment
de persécution et la revendication " (Larousse). Est paranoïaque
toute personne qui a tendance à se croire persécutée et
agressée. Les hoministes ne sont pas contre
les femmes, ils sont pour les hommes, le couple et la famille. Il est
malheureux de constater que pour beaucoup de féministes, la
sexualité et la famille sont les principaux obstacles à la
libération des femmes et que les hommes sont tous des violeurs en
puissance et veulent enfermer les femmes dans leur rôle de mère.
Relisez vos classiques.
Dans ce contexte
d'attitude paranoïde, vous croyez que "
Ce mouvement de ressac est porteur d'une autre interprétation des
relations entre les sexes, soit la négation entêtée que les
filles ou les femmes sont victimes de discrimination, en tant que groupe
social, infligée par les hommes ". Pourtant, votre critique du
discours en éducation fait tout pour démontrer que le sexe n'a
rien à voir sur les écarts de réussite scolaire entre les
garçons et les filles. Là, le sexe n'a rien à voir, mais
dans le domaine de discrimination, le sexe a tout à voir. Deux poids, deux
mesures, selon votre objectif.
Comment peut-on
ridiculiser subtilement le leitmotiv suivant " Il faut favoriser les
mentors, les héros, les modèles qui soutiennent la
masculinité du garçon " et rester sérieuses. Comment
peut-on être contre la masculinité complémentaire à
la féminité ? Pourquoi vouloir faire de l'homme et de la femme
des sexes opposés, plutôt que supplétifs ?
Votre
féminisme, pourtant en quête d'égalité, maintient
sans cesse l'asymétrie des relations homme-femme
en présentant l'homme comme le bourreau, la femme comme la victime.
L'homme ne peut jamais avoir raison, il a toujours une mauvaise intention
derrière la tête : s'il veut la garde partagée des enfants
après le divorce, c'est qu'il ne veut pas payer de pension alimentaire.
Ce n'est pas possible qu'il veuille réellement garder un contact avec
ses enfants et partager la responsabilité (tant psychologique que
financière) de leur éducation. (Je suis ahuri par le nombre de
fois où vous ramenez la question pécuniaire dans votre rapport.)
Vous parlez d'un contre-discours masculiniste pour
essayer de démontrer l'incohérence des groupes d'hommes. À
ce propos, je vous renvoie aux écrits de la sociologue féministe Evelyne Sullerot, de la
philosophe féministe Élizabeth Badinter, de la psychanalyste
féministe Christiane Olivier et de la sénatrice
féministe Anne C. Cools, pour ne citer
qu'elles. Il existe aussi un contre-discours
féministe.
Vous dites
à la première page de votre partie 5 : La critique du discours en
éducation : " (Ces travaux)
sont souvent délaissés au profit d'approches binaires qui
suscitent un débat ou le féminisme est pris à partie, mais
qui n'aident pas à solutionner le problème des écarts de
réussite ". Remplacez féminisme par hominisme
et tournons en rond. Imaginez-vous un court moment que vous êtes un homme
et président d'un Conseil du Statut de l'Homme et/ou rédacteur en
chef de la Gazette des Hommes et/ou chef d'un " Men's Studies
Program " et réécrivez votre
rapport en vous mettant dans la peau d'un homme de bonne foi, et vous vous
rendrez compte qu'il est vain et non productif d'entretenir un combat entre les
sexes. Mieux vaut
construire sur ce qui va bien pour améliorer ce qui va mal : arroser les
fleurs, non les mauvaises herbes. C'est là l'un des secrets des
couples heureux où le pouvoir est partagé ; il me semble que l'on
pourrait appliquer cette même thérapie au plan social.
Vous dites que "
Ces commentaires révèlent une vision traditionnelle
étriquée des relations entres les sexes selon laquelle les filles
sont tentatrices et les garçons soumis à leurs pulsions sexuelles
". Dans quel monde vivez-vous ? Depuis quand les filles et les femmes
ne veulent plus être séduisantes et seraient devenues insensibles
au regard et aux compliments des hommes ? Et pour les pulsions sexuelles
masculines, je vous dénie toute capacité de l'évaluer. Je
vous propose même de vous faire injecter pendant trois mois, à
l'instar du Dr Patricia Love, auteure de Hot Monogamy (1999), la quantité moyenne de
testostérone circulant dans les veines d'un jeune adolescent, soit vingt
fois plus que celle circulant dans les vôtres, et sans l'effet
neutralisant des oestrogènes. Après, on pourra reparler de cette
" vision traditionnelle étriquée ". Tout garçon
doit apprendre à gérer cette puissance, ce que la majorité
des filles n'ont pas à faire. Cet apprentissage est facilité par
la présence du père ( ).
Discutez-en aussi avec des femmes transsexuelles et rappelez-moi.
Là, le vase
a débordé lorsque, dans votre relevé des porte-parole du
mouvement hoministe, vous réussissez le tour
de force d'associer Guy Corneau et son Réseau Homme Québec (qui a
essaimé en Europe) avec l'extrême droite parce qu'un meurtrier
voulait rallier ce réseau et qu'il " détenait
le livre de Guy Corneau, Pères manquants, fils manqués, et
considérait celui-ci comme son père spirituel ". Mais
vous avez la sagesse de faire faire cette association par Dufresne (1998).
Belle entourloupette. Tant qu'à y être, consacrez donc M. Corneau
" Père du masculinisme " et grand
responsable du mouvement de résistance dont VOUS parlez. Pourquoi pas :
son livre a été publié en 1988 et traduit dans de
nombreuses langues. Croyez-vous que son livre serait devenu un best-seller
mondial s'il avait tout faux ?
Vous accusez les
hommes d'utiliser un moyen de communication ( ) créé par eux,
soit Internet, pour s'unir, se réseauter,
établir des liens, pour fraterniser, pour clavarder
et vous laissez entendre que les groupes de femmes sont
défavorisés au niveau non seulement d'Internet, mais de
l'ensemble des médias. Que les médias n'en ont que pour le
discours hoministe. Laissez-moi rire. Savez-vous
c'est quoi la " presse féminine " ? Et la "
Gazette des femmes " ( ), vous l'oubliez ? Et vous oubliez aussi tous les
sites féministes suivants : www.swc-cfc.gc.ca
, www.sos-sexisme.org/index1.htm,
http://sisyphe.levillage.org , http://sisyphe.levillage.org , pour ne
citer que ceux-là. À ma connaissance, aucun site Internet ni
aucune publication consacrée à la condition masculine (et j'en
connais beaucoup) ne sont subventionnés. Tous ces écrits sont
faits bénévolement. Y compris le mien.
Ah ! Oui. Quand l'humour s'exerce à l'encontre des
hommes, c'est drôle. Quand l'humour (les caricatures de Serge Ferrand,
par exemple) s'exerce à l'encontre des femmes, c'est haineux. Encore
deux poids, deux mesures. Pourtant la bande dessinée ( ) en question, Les
vaginocrates, a remporté le Prix Humour en 1999 au Salon
international de la bande dessinée de Québec. Cette
année-là, le salon avait même une présidente qui
dirigeait le jury. L'album s'est également très bien vendu au
grand Salon international de la bande dessinée d'Angoulême en
France. La récente publicité ci-jointe des meubles Fly© où on voit un homme recevoir
différents objets par la tête, dont des couteaux, elle, elle est
censée être drôle.
Votre recherche
est " fondée sur un corpus de
612 articles de journaux et revues " sur un total de 800, parce que
ceux-ci " ont été
reconnus pertinents ". Et vous concluez votre rapport par " L'effet sensationnaliste
recherché par les médias, est de créer un conflit entre
les sexes (Foster, 1996) : ce sont les filles contre les garçons ".
Où est votre logique interne ? Votre rapport est basé sur ces
articles. Dois-je comprendre que tel est aussi votre objectif ? Si les articles
écrits par des journalistes attisent la guerre des sexes, pourquoi avoir
investi tant de temps, d'énergie et de fonds publics à l'analyse
de ces dits articles pour produire votre rapport ? Sinon pour confirmer votre
propre thèse : " En moins de
dix ans ". Pourquoi ne pas avoir fait un relevé de la
littérature du discours rassembleur, celui qui cherche, au-delà
des différences sexuelles, à aplanir les inégalités
? Pourquoi entretenir le ressac ? Pourquoi n'avoir fait que des recommandations
basées sur la perception de la femme victime du mauvais homme ?
En conclusion
Le
féminisme serait-il borgne ? Le sexisme n'est peut-être pas
toujours là où on le voit. Pourquoi féminisme serait-il
" politiquement correct " et masculinisme
ou hominisme devrait-il être "
politiquement incorrect ". Assez, c'est assez ! " L'homme est le meilleur ami de la femme "
(Élizabeth Badinter). Encore faut-il le respecter dans ce qu'il est pour
obtenir son amitié et sa dévotion. Et vice-versa.
En vingt-cinq ans de thérapie conjugale, le
principal reproche que j'ai entendu de la part des hommes envers leur femme,
c'est que " Peu importe, ce que je
fais, je ne suis jamais correct ". Votre rapport leur donne raison.
J'espère
que tous et toutes avez compris que ce texte est un appel à la
collaboration entre hommes et femmes de bonne volonté qui ont
transcendé la colère consécutive à la frustration
de ne pas avoir trouvé le partenaire idéal, celui qui n'existe
que dans notre tête.
_________________
P.S. Je ne vous connais pas personnellement, je ne connais que vos
écrits. Mais, je me suis souvent demandé, tout au long de ma lecture,
si vous aviez des fils.