Texte référence 1987

 Fable du Petit Coq Rouge [1]

(Rien n'est gratuit)

par la Fédération Canadienne de l'Entreprise Indépendante

Il était une fois un Petit Coq Rouge qui grattait un peu partout et qui découvrit quelques grains de blé. Il appela ses voisins de basse-cour et leur dit: « Si nous travaillons ensemble à planter du blé, nous aurons du bon pain à manger. Qui va m'aider à planter le blé? » « Pas moi », dit la Vache. « Pas moi », dit le Canard. « Pas moi », dit l'Oie. « Alors je vais le faire », dit le Petit Coq Rouge, et il le fit.

Après que le blé eut commencé à pousser, le sol s'assécha alors qu'on ne prévoyait pas de pluie. « Qui va m'aider à arroser le blé? », dit le Petit Coq Rouge. « Pas moi », dit la Vache. « Je perdrai ma compensation des accidents du travail », dit le Cochon. « Droits égaux », dit l'Oie. « Alors je vais le faire », dit le Petit Coq Rouge, et il le fit.

Le blé poussa très haut et mûrit en grains dorés. « Qui va m'aider à récolter le blé? », demanda le Petit Coq Rouge. « J'attends un salaire annuel garanti », dit la Vache. « Pas moi », dit le Canard. « Ce n'est pas dans mes cordes », dit le Cochon. « Pas moi », dit l'Oie. « Alors c'est moi qui vais le faire », dit le Petit Coq Rouge, et il le fit.

Quand arriva le moment de moudre la farine, « Pas moi », dit la Vache. « Je perdrais mon assurance-emploi », dit le Canard.

Au moment de cuire le pain, « C'est du temps supplémentaire pour moi », dit la Vache. « J'ai quitté l'école tôt et je n'ai jamais appris à le faire », dit le Canard. « Je perdrais mes prestations du bien-être social », dit le Cochon. « Si je suis seule à aider, c'est de la discrimination », dit l'Oie. « Alors je vais le faire », dit le Petit Coq Rouge, et c'est lui qui le fit. Il fit cuire cinq belles miches de pain et les montra à ses voisins.

« J'en veux un peu », dit la Vache. « J'en veux un peu », dit le Canard. « J'en veux un peu », dit le Cochon. « J'exige ma part », dit l'Oie. « Non », dit le Petit Coq Rouge. « Je peux maintenant me reposer un peu et manger tout seul mes cinq pains. »

« Profits exorbitants! », cria la Vache. « Sangsue capitaliste! », s'écria le Canard. « Vendu à la compagnie! », grommela le Cochon. « Droits égaux! », hurla l'Oie. Et ils se dépêchèrent de préparer des pancartes et défilèrent autour du Petit Coq Rouge, en chantant « Nous vaincrons ». C'est ce qui se passa.

Lorsque le Fermier vint voir ce qui provoquait une telle agitation, il dit: « Tu ne dois pas être trop avide, Petit Coq Rouge. Regarde la Vache opprimée. Regarde le Canard désavantagé. Regarde le Cochon défavorisé. Regarde l'Oie qui a eu moins de chance. Tu es coupable d'en faire des citoyens de seconde classe! » « Mais... mais... mais j'ai gagné ce pain par mon travail », protesta le Petit Coq Rouge. « Très juste », dit le sage cultivateur. C'est le merveilleux système de la libre entreprise ; tout le monde dans la basse-cour peut gagner autant d'argent qu'il le désire. Tu devrais être bien heureux de jouir d'une telle liberté. Dans d'autres basses-cours, il faudrait que tu donnes les cinq pains au Fermier, alors qu'ici tu donnes quatre pains à tes voisins qui souffrent. »

Et ils vécurent heureux. Y compris le Petit Coq Rouge, qui sourit et chanta : « Je suis reconnaissant, je suis reconnaissant. » Mais ses voisins ne comprirent jamais pourquoi il ne fit plus jamais de pain.


[1] Texte publié dans les années '80 (1987) sur une affiche de la Fédération Canadienne de l'Entreprise Indépendante, un organisme sans but lucratif représentant alors plus de 97 000 entreprises indépendantes, et qui se consacre au maintien de la libre entreprise. Le pays traversait alors une phase d'endettement publique prodigieuse.


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