MES LECTURES - Passages choisis 

Jean-Claude Guillebaud

130121

Éditions du Seuil © 2005

La force de conviction

SOMMAIRE

Les sectes : un combat incertain

L'homélie publicitaire

La tyrannie de l'efficacité

Quelques crédulités devenues folles

En fait, toute religion est une secte qui a réussi. On donne d'ailleurs le nom de secte à toute église non officielle qui concurrence les églises officielles.

Jean-François Kahn, Dictionnaire incorrect,
Plon © 2005 [2]

* * *

Les sectes : un combat incertain

p. 149

Cette extrême — et très paradoxale — vulnérabilité de nos sociétés postmodernes aux formes de magie ou de croyances irrationnelles explique en grande partie l'embarras qui accompagne toute réflexion sérieuse sur les sectes. En droit, la lutte contre ces dernières est sérieusement organisée et codifiée. Des institutions spécialisées, des associations, des missions parlementaires, notamment la Mission interministérielle de lutte contre les sectes, créée en 1998, en ont désormais la charge. Ladite mission est venue remplacer un « Observatoire » à qui l'on reprochait son manque de fermeté. La lutte s'est donc sensiblement durcie et se mène de façon quotidienne à visage découvert. En outre, un énorme effort de documentation a été accompli depuis une vingtaine d'années. Le phénomène est maintenant assez convenablement cerné et la documentation ne fait plus défaut.

Dans la sphère médiatique, le discours antisecte s'est durci lui aussi jusqu'à devenir virulent. Cela semble indiquer qu'on n'établit aucun lien entre les crédulités qui sont jugées « pittoresques » et les sectes que l'on considère comme dangereuses. À propos de ces dernières, on parle de « pieuvre », de « décervelage », de « danger fatal », de « nouvel esclavage », avec une unanimité aussi troublante que trompeuse. Dans l'ensemble de l'Europe, en effet, la réflexion théorique et l'élaboration de critères à propos des sectes, tout cela bute sur des contradictions. Elles exigeraient une analyse plus circonspecte et mieux réfléchie. Qu'est-ce qu'une secte ? Comment la distingue-t-on d'une Église ? Sur quoi peut-elle fonder sa légitimité institutionnelle ? Au nom de quoi la condamner dans une société dite « ouverte » ? Comment combattre les sectes tout en respectant la liberté de croyance inscrite dans la Constitution ? Ces questions dérangeantes alimentent une guérilla incessante entre les sectes qui refusent d'être classées dans cette catégorie et les associations qui les combattent. Cette guérilla débouche régulièrement sur le terrain judiciaire.

Elle est tout sauf paisible.

Il est vrai que certains textes législatifs visant les sectes et votés à la hâte sous la pression de l'opinion se fondent sur des notions attrape-tout comme la « manipulation mentale » (inscrite dans la loi du 12 juin 2001) qui pourrait s'appliquer, à la limite, à n'importe quelle Église constituée, au premier mouvement associatif venu, voire à un club sportif soucieux de conditionner ses joueurs pour qu'ils gagnent. Le même concept de « manipulation mentale » pourrait encore être transposé dans le domaine de l'économie et des affaires et appliqué, par exemple, aux méthodes de conditionnement de leurs cadres ou vendeurs par les entreprises adeptes du nouveau management. Pensons aux séances de motivations, aux sauts à l'élastique, aux jeux de rôles, etc.

[...]

Sur tous ces chapitres, une société démocratique prétendument pluraliste, tolérante, voire indifférente à la croyance, qu'elle relègue au domaine privé, se trouve prise au piège de ses propres principes. Comment pourra-t-elle mener, elle qui récuse toute idée de croyance collective ou de religion officielle, le combat contre les sectes ? Comment engager en définitive contre les sectes une lutte qui ne soit pas elle-même sectaire ? Ces dernières n'appliquent-elles pas, au fond, le principe de privatisation et d'individualisation des croyances ?

Certaines d'entre elles, d'ailleurs, ne font pas que cela. Elles affirment prendre au mot le projet très postmoderne d'épanouissement de soi, de libération psychique, d'écologie intégrale et de panthéisme, projet qui s'accorde avec la sensibilité dominante. Certaines sectes, comme l'Église de Scientologie fondée par Ron Hubbard, prétendent s'inscrire dans ce nouveau rapport au monde qu'annonce l'ère du Verseau. À tort ou à raison, elles se sentent en totale harmonie avec cette postmodernité qui a émergé après le déclin des grandes croyances institutionnelles, et même grâce à lui. Au nom de quoi la société moderne, qui se prétend « anomique » (sans normes morales imposées), peut-elle combattre des sectes de cette nature ?

La contradiction n'est pas si facile à surmonter. Pour certains observateurs, c'est cet embarras qui explique la violence du débat entre les sectes et la société démocratique. « L'une des raisons de la fureur antisecte vient sans doute de là : elles tranchent sur les idées et les pratiques dominantes de nos sociétés ouvertes et tolérantes, qui sont incapables de les contrer sans se contredire elles-mêmes. Pluralisme et libertés individuelles, tolérance et relativisme se doivent de laisser vivre, croître et s'exprimer des forces et des groupes bâtis sur d'autres valeurs. Le cas des sectes n'est pas foncièrement différent, sur ce point, de groupements politiques qui prospèrent en démocratie, tout en condamnant la démocratie. [3] »

Les sectes sont bel et bien devenues « le » problème emblématique de la société moderne. Elles renvoient en effet à celle-ci, et de plein fouet, la question irrésolue du pluralisme, de la croyance collective et de la croyance tout court. Le nombre et le succès des sectes signalent bien, en creux, l'intensité du besoin de croire et la persistance, dans les sociétés les plus modernes, d'une crédulité instinctive qui laisse le champ libre à toutes les manipulations. Les espoirs que l'on fondait sur l'émancipation individuelle et la liberté de jugement se voient là battus en brèche. Confiée au libre arbitre de chacun, détachée de tout encadrement institutionnel, l'aspiration à la croyance fait de chacun une proie facile. Le conditionnement des esprits, souvent flagrant dans le cas des sectes, se retrouve dans bien d'autres domaines.

L'homélie publicitaire

p. 153

Prenons comme exemple la notion de « manipulation mentale » inscrite dans la loi de juin 2001. On peut en retrouver trace un peu partout. Cette appétence pour le merveilleux, le mystérieux, le « signe » ou le marquage symbolique flotte autour de nous. Les raisons qui poussent nos contemporains vers les sectes les prédisposent à quantité d'autres consentements dociles. Ces consentements ne relèvent pas, en théorie, de la crédulité, mais, dans la pratique, ils n'en sont pas éloignés. L'esprit critique abdique plus souvent, et plus facilement qu'on ne le croit, devant des « offres » intéressées qui représentent, pour reprendre une expression de Régis Debray, autant « d'imbécillités toniques [4] ».

C'est le cas de la publicité, ou plus exactement de ce qu'on pourrait appeler la liturgie publicitaire. Dans les sociétés avancées, la publicité emploie maintenant des techniques très élaborées et s'appuie sur une connaissance toujours plus fine des ressorts psychologiques qui déclenchent l'acte d'achat. Appliquant des méthodes de marketing sans cesse plus « intelligentes », ses promoteurs en viennent à construire un environnement psychique qui n'est pas si éloigné du sacré et du culte. Comme on le sait, il s'agit moins de vendre des « produits » au sens concret du terme que des symboles. Intrinsèquement, les produits de différentes marques sont à peu près équivalents. Ce n'est donc pas — ou pas seulement — sur leurs qualités comparées que se jouera la concurrence, mais sur l'immatérialité des symboles représentés par les marques. Les publicitaires, pour le compte des entreprises clientes, s'efforceront par conséquent d'élaborer ou de valoriser une imagerie pieuse, destinée à capter l'adhésion — irrationnelle — du consommateur.

Une bonne partie du commerce quotidien se ramène ainsi à un subtil enchevêtrement de codes et de symboles, ample réseau, déployé comme un filet pour prendre les clients et usagers au piège de leur propre crédulité. Or, si la compétition entre les marques fait rage et s'apparente à une nouvelle « guerre des dieux », le dispositif publicitaire en lui-même fait l'objet d'une dévotion globale. Il est le deus ex machina. Il préside à notre bonheur. Il célèbre notre prospérité. On considère en outre — à tort — qu'il symbolise tout à la fois la modernité sociale et la liberté individuelle. À ce titre, il s'apparente à une religion séculière. Il assure en quelque sorte l'homélie permanente (au sens de « commentaire » de l'Évangile) de la consommation de masse. Il est notre nouveau catéchisme ou, plus exactement, une nouvelle machinerie mystificatrice, destinée à produire du consentement. Or, une telle machinerie se fonde sur la crédulité supposée des « fidèles ». Personne n'est autorisé à chuchoter pendant la prédication.

Face à de nouveaux dispositifs d'essence cléricale, la résistance, la lucidité combative, la réflexion critique — celle des mouvements « antipubs » — peinent à triompher de la piété ambiante. Un nouvel activisme antipublicitaire est pourtant apparu au tout début des années 2000. Il a déjà produit des réflexions et des livres de qualité [5]. Il a ses propres références et ses théoriciens. Il a tenté quelques actions ou campagnes de sensibilisation. Mais il se heurte à forte résistance. Le discours publicitaire en tant que tel est devenu une doxa aussi douce que contraignante. Il n'est jamais de bon ton d'en dénoncer le principe. Il est malséant de s'en prendre à la publicité, comme il était malvenu, jadis, de se démarquer d'une religion ou d'une foi majoritaire. La publicité, en tant qu'idéologie invisible, bénéficie encore d'une adhésion mimétique dont la quasi-unanimité impressionne. Les dissidents, dans ce cas particulier, ne peuvent jamais espérer autre chose que des victoires partielles, marginales ou différées.

Cela ne doit pas nous empêcher d'être attentif à ce qu'ils disent. Le plus remarquable, dans cette contre-offensive encore très minoritaire, c'est que les critiques les mieux argumentées de l'idéologie publicitaire sont celles qui proviennent de l'intérieur même du système. Il est vrai qu'il y a là une constante dans l'histoire des idées, des partis politiques ou des Églises : les plus fortes dénonciations ont en général pour auteurs des dissidents « de l'intérieur », bien informés et connaissant mieux que personne les procédés en usage au coeur de la forteresse. Il n'y a pas d'anticléricalisme plus violent que celui d'un prêtre en rupture ou d'un ancien élève des « bons pères ». Il n'y a pas adversaire politique plus farouche qu'un militant qui a changé de bord. Les contempteurs de l'idéologie publicitaire, de ses méthodes et de sa vanité se recrutent souvent dans les agences de publicité elles-mêmes. Qu'on se souvienne de l'impétuosité roborative du livre 99 francs de Frédéric Beigbeder, ancien publicitaire devenu romancier [6].

On rangera dans cette catégorie, bien qu'il soit seulement « professeur de marketing à l'école de management de Lyon », le sémiologue Benoît Heilbrunn. Dans des analyses à l'emporte-pièce, il n'hésite pas à dénoncer ce qu'il appelle le « fascisme des marques ». Le mot est-il trop fort ?

À ses yeux, les messages publicitaires fondés sur les marques fonctionnent selon une rhétorique binaire (ancien contre nouveau, branchés contre ringards, etc.) qui appuie en réalité un discours monolithique destiné à « mettre au pas » le langage et à empêcher toute dénégation. « Le pouvoir idéologique des marques est donc d'obédience politique en ce qu'il vise à canaliser le désir de façon à instaurer une sorte de désir commun se substituant à la coexistence de désirs additifs séparés et spécifiques. Il s'agit donc, ni plus ni moins, d'une totalitarisation des esprits et des corps qui vise à promouvoir un système dont on ne peut s'extraire, car il englobe de façon dialectique tout argument et son contraire [7]. »

La charge est peut-être outrée. Elle vient cependant à point nommé nous remettre à l'esprit une vérité simple : la crédulité est une proie offerte à des idéologies ou à des conditionnements infiniment plus diversifiés qu'on ne le croit. Il est bien d'autres cléricalismes que celui d'Église. L'exemple de Voltaire est éclairant sur ce point. Lui, l'infatigable ennemi de « l'infâme », lui l'adversaire vigilant de tout catéchisme, trouvait malgré tout des intonations terriblement dévotes pour célébrer les vertus quasi religieuses de l'argent et la grandeur inégalée de la Bourse de Londres. « Entrez à la Bourse de Londres, cette place plus respectable que bien des Cours ; vous y voyez rassemblés les députés de toutes les nations pour l'utilité des hommes. Là, le juif, le mahométan et le chrétien traitent l'un avec l'autre comme s'ils étaient de la même religion, et ne donnent le nom d'infidèle qu'à ceux qui font banqueroute [8]. »

La tyrannie de l'efficacité

p. 156

Une question de principe reste posée : la crédulité contemporaine serait-elle plus forte que par le passé ? Par l'effet d'un extraordinaire coup du sort, la décroyance et la désillusion généralisées, loin de nous rendre plus lucides, auraient-elles fait de nous des humains plus vulnérables encore, et plus crédules que ne le furent les générations précédentes ? Le sentiment — illusoire — d'avoir rompu avec les prodiges consolateurs de la religion ou de l'idéologie nous aurait-il conduit à baisser la garde et ferait-il de nous des êtres plus désarmés encore ?

Ce qui est sûr, c'est que, renvoyé à la sphère privée, réduit à n'être plus qu'une option individuelle, le besoin de croyance s'est trouvé livré à lui-même, désarrimé de toute discipline argumentative, de tout contrepoids ou encadrement collectif. Il est désormais solitaire face aux tentations qui l'habitent et aux pathologies qui le guettent. Toujours prêt à succomber à la crédulité, il est confronté à des discours et à des transcendances inédites, c'est-à-dire à des pièges, qu'il n'a pas appris à déjouer. C'est dans cette perspective qu'on doit réfléchir aux techniques nouvelles de conditionnement des esprits, à la façon dont la parole elle-même peut se trouver aujourd'hui manipulée. Si on ne le fait pas, on risque de s'épuiser à combattre des idoles depuis longtemps édentées en négligeant de s'attaquer à celles, très carnassières, qui nous entourent.

Dans cette réciprocité vertigineuse qui oppose, tout en les réunissant, le besoin de croire et l'esprit critique, il importe que soient définis une sorte de règle du jeu, un principe de surplomb, une référence minimale. Ce pourra être une certaine idée du vrai et du faux, un recours à l'expérimentation scientifique, la convocation de « preuves », la cohérence d'une délibération, mais surtout, en définitive, la probité d'une parole. La confrontation — y compris intime — entre la croyance et le doute implique une confiance préalable : celle qu'on accorde au langage lui-même, aux codes qui le fondent, aux principes qui lui donnent sa pertinence, etc. Cette nécessité de structurer l'argumentation correspond à une discipline de l'esprit à laquelle on accordait jadis de l'importance : la rhétorique. Dans son acception première, la discipline ainsi nommée régit l'art de bien parler, mais aussi de bien argumenter. Pour Aristote, l'un de ses plus anciens défenseurs, elle est une « dialectique des vraisemblances ». Aujourd'hui le mot n'est plus guère employé que dans un sens ironique. On parle de rhétorique pour qualifier un discours ennuyeux, trop solennel ou même vide de sens. Or, c'est sa signification originelle qu'il nous faudrait réapprendre. Pourquoi ?

Parce que toute parole tend aujourd'hui à ne plus obéir qu'à une seule règle : celle de l'efficacité. Un discours sera jugé à ses résultats, et non aux détours et procédés qu'il utilise. Le langage, en somme, n'a plus vraiment de référent académique ou rhétorique. Sa légitimité et même sa vérité seront mesurées à l'aune de son efficacité. Peu importe, dès lors, qu'il soit cynique ou manipulateur. L'essentiel est qu'il triomphe, que ses « fruits » soient immédiatement palpables. Dans cette optique, nul ne reprochera au discours public, quel qu'il soit, de tirer avantage de la crédulité ambiante. Qu'il s'agisse de la politique, de l'économie, de l'appareil médiatique ou même du prétoire, le principe organisateur de la parole, c'est désormais ce discret cynisme axé sur les seuls résultats.

Le sociologue Philippe Breton, auteur de plusieurs ouvrages sur la manipulation de la parole, emploie une formule bienvenue pour évoquer la vulnérabilité de nos contemporains, dont la crédulité est laissée sans défense face à la généralisation du discours cynique. « À une intense liberté d'expression, écrit-il, correspond une très faible "liberté de réception". Lorsqu'elle n'obéit que très peu à des normes, la liberté d'expression se réduit à être un instrument de pouvoir au service des puissants, de ceux, en tout cas, qui ont les moyens institutionnels ou financiers d'influencer sans limite l'opinion. » Insistant sur les conséquences du culte moderne de l'efficacité, il ajoute : « Transposé dans le domaine de la parole pour convaincre, le souci d'efficacité fait préférer le recours à des techniques de raccourci, d'évitement du détour argumentatif, de la mobilisation de tout ce qui permet d'obtenir un résultat immédiat, sans le risque que l'auditoire puisse être tenté par un choix alternatif. Il est souvent plus efficace, au moins à court terme, de manipuler que d'argumenter [9]. »

[...]

Quelques crédulités devenues folles

p. 159

Les fondamentalismes ou intégrismes contemporains sont une parfaite illustration de ce péril. C'est dans cette optique qu'on peut tenter d'y réfléchir à nouveaux frais. Pour ce faire, il faut d'abord se déprendre des analyses trop simples, celles qui se fondent sur l'idée d'un pur et simple « retour du religieux ». D'ordinaire, ces fondamentalismes intolérants — et surtout celui qui affecte l'islam — sont interprétés comme une régression vers la tradition, une marche en arrière vers les origines fondatrices, favorisée par une relecture littérale du Coran. Il s'agirait en somme du resurgissement au coeur de la modernité d'une religion inaugurale, auprès de laquelle les croyants seraient invités à se ressourcer.

[...] Les groupes en question sont apparus, en réalité, dans le contexte d'un islam décomposé par la modernité. La plupart des activistes qu'on y trouve sont d'abord passés par un stade d'occidentalisation et d'émancipation personnelle. Nombre d'entre eux ont fait leurs études aux États-Unis ou en Europe. Ils ont une interprétation individualiste de la religion, se révèlent mobiles, capables de passer d'un groupe à l'autre. Ils interprètent l'appartenance à une communauté comme le produit d'un choix volontaire, et non d'un héritage.

[...]

Le plus intéressant dans ce type d'analyse est qu'elle est peu ou prou applicable à d'autres formes de religiosités « intégralistes » ou activistes, qu'elles soient catholiques, protestantes, juives ou hindoues. On y invoque d'autant plus bruyamment la « tradition » qu'on a rompu avec elle en se détachant des institutions qui, tant bien que mal, la transmettaient. On est loin, en tout cas, de la problématique mille fois répétée du « retour de la religion ». La croyance a bien cédé la place à la crédulité. Du coup, une question se pose : est-on encore dans la religion ?

Ce n'est pas sûr.

[1] Lecture : Jacques Languirand, Par 4 chemins, Radio-Canada, 2 oct. 2005.

[2] La citation est de J.-F. Khan, mais l'idée a été développée par Ernest Renan, dans La vie de Jésus, 1863, Classiques des sciences sociales - UQAC, (#876) p. 205.

[3] Jean-Louis Schlegel, Les sectes à l'âge démocratique, Études, décembre 1999, p. 604.

[4] Régis Debray et Jean Bricmont, À l'ombre des Lumières. Débat entre un philosophe et un scientifique, Odile Jacob © 2003, p. 173.

[5] Citons quelques titres, parmi les plus novateurs :
Naomie Klein, No Logo, Babel, 2002 ;
Dominique Quessada, La Société de consommation de soi, Verticales, 1999 ;
Florence Amalou, Le Livre noir de la pub, Stock, 2001 ;
Paul Ariès, Putain de ta marque, Golias, 2003 ;
François Brune, De l'idéologie aujourd'hui. Analyse, parfois désobligeante, du « discours » médiatico-publicitaire, Parangon, 2004.

[6] Frédéric Beigbeder, 99 francs, Gallimard - Folio © 2004.

[7] Benoît Heilbrunn, « Le fascisme des marques », Le Monde, 24 avril 2004.

[8] Voltaire, Lettres anglaises, Pauvert © 1964.
Sur la dévotion de Voltaire à l'endroit de l'argent et des « affaires », voir
Pierre Lepape, Voltaire le Conquérant. Naissance des intellectuels au Siècle des Lumières, Seuil © 1994,
p. 48-49.
[Voir aussi l'article « Tolérance » du Dictionnaire philosophique de Voltaire.]

[9] Philippe Breton, « Plaidoyer pour une nouvelle rhétorique. Les normes du convaincre dans l'espace public », Études, juin 1998. Du même auteur, on lira avec profit La Parole manipulée, La Découverte © 1997-2004.

Philo5
                À quelle source choisissez-vous d'alimenter votre esprit ?