Passages choisis 060101

Enquête sur les idées contemporaines [1]

par Jean-Marie Domenach

Éditions du Seuil © 1981

La systémique

Le système a des pères dans toutes les époques, toutes les sciences et tous les pays, et c'est pourquoi il est si difficile de cerner son avènement. Le mot, qui s'employait jadis en philosophie, en cosmologie et en anatomie, déborde maintenant sur toutes les disciplines et en suscite une nouvelle : la « systémique », ou le « systémisme ». Désormais, le système a ses théoriciens, ses vulgarisateurs et ses poètes, en si grand nombre que je serais bien en peine d'en citer la moitié. Quelle richesse, le système! Quelle ivresse! « Une explosion luxuriante », dit M. Serres. Mais aussi, ajoute Y. Barel, quelle « désinvolture théorique »! « Le systémisme a échoué dans l'entreprise (...) de donner pertinence et crédibilité au mot clef de sa construction. » Étrange aventure d'un mot qui naguère évoquait rigueur, clôture et parfois dogmatisme, et qui maintenant s'ouvre à tous les vents, à tous les flux, à tous les temps.

« Ensemble d'éléments liés par un ensemble de relations » (J. Lesourne), le système désignait le mouvement des planètes ou le fonctionnement du corps humain. Aujourd'hui, on lui demande de rendre compte de tous les phénomènes de la nature, qu'ils relèvent du physique ou du vivant. Va-t-il nous livrer enfin ce point de vue global qui nous permettra de comprendre l'univers, en comprenant – en y comprenant – l'homme et ses sociétés? Nous met-il sur la voie d'une autre logique, qui n'est plus celle d'Aristote et de Descartes ; d'une autre science, qui n'est plus celle de Newton et de Carnot [2]?

Les fondateurs du système tel que nous l'entendons aujourd'hui sont, à mes yeux, Marx et Cournot [3]. Marx parce qu'il a conçu, le premier, la société comme un agencement complet où individus et représentations, groupes humains et forces productives se relaient et se transforment dans un « métabolisme général » (J.-L. Petit). L'interaction des hommes et des structures réagit sur les idéologies, qui réagissent sur les conditions concrètes de production. Système dynamique, qui s'efforce d'intégrer la totalité, mais qui confie à un sujet collectif, le prolétariat, l'initiative du changement... Moins connu, Cournot nous introduit à une autre vision, plus actuelle, du système : selon lui, la raison l'emporte sur la passion, faisant prédominer le mécanique sur l'organique et la science sur la politique, laquelle n'est au fond que le résidu de notre ignorance. D'où une civilisation qui parvient à sa « phase théorique », c'est-à-dire à une forme presque stable, mais ultra complexe, et protégée par sa complexité même : qui se risquerait à détruire un mécanisme aussi délicat?

Deux visions bien différentes : le premier système asservit le vital à une philosophie matérialiste ; le second, à la rationalité mathématique. Le premier a débouché sur le collectivisme planifié ; le second façonne aujourd'hui la civilisation de l'informatique. Ils sont opposés mais ils avancent dans la même direction, vers ce stade où le système, devenu sa propre idéologie, aura réduit les oppositions et intégré les différences, contrôlant ainsi la société tout entière. Mais est-ce bien le dernier mot du système? Ceux qui en fabriquent ont généralement le tort d'aller trop vite et de viser trop court, et négligent ainsi des facteurs essentiels, qui sont précisément ceux qui mettront leur construction par terre. Tel est, en effet, le drame prométhéen du système : si vaste qu'on le conçoive, il y en a toujours un plus vaste qui peut l'englober. Ascension frustrante vers une vision totale qui est le privilège de Dieu seul. Mais pourquoi ne pas essayer? Notre siècle, déjà, a grimpé d'un seul élan beaucoup plus haut que les précédents. Il accède à un sommet d'où il entrevoit, comme à la Renaissance, l'unité profonde des connaissances et où, pour reprendre le titre d'un livre récent, une « nouvelle alliance » s'ébauche entre les sciences de la nature et notre culture.

Il est vrai que nos doctrines sociales et politiques semblent simplistes, stériles, dérisoires, à côté de ce double infini qui, en une quarantaine d'années, s'est creusé à tel point qu'il donnerait le vertige à Pascal. Il est vrai que le contraste entre la découverte de notre programme génétique et notre prétention à la liberté est si flagrant que notre culture éclatera si elle ne retrouve pas les bases d'une cohérence, sinon d'une dignité.

Il serait trop long de raconter comment s'est formée l'idée de système ; je ne peux qu'indiquer grossièrement les étapes. La cybernétique puis la recherche opérationnelle ont d'abord, dès les années quarante, commencé à changer la façon de considérer le milieu dans lequel opèrent les décisions humaines. La notion de causalité systémique se substitue progressivement à celle de causalité linéaire, incluant les interactions et rétroactions que comporte un système asservi. Logique concrète, relationnelle, qui rompt avec la logique cartésienne. De là on passera à la considération de l'écosystème, où les exemples d'autorégulation sont célèbres (histoires connues de l'équilibre entre les prédateurs et leurs proies) et où l'homme – on en prend une conscience angoissante – intervient pour déstabiliser et détruire. L'écologie est une pensée du système. Joël de Rosnay nous éloigne et nous décentre pour mieux nous donner une vision globale du monde où nous sommes. J. Fontanet rapproche le social du vivant. Le Club de Rome et d'innombrables colloques cherchent à intégrer tous les paramètres d'une action de sauvetage qui ne parvient plus à se concevoir dans les cadres des idéologies rationalistes ou polémiques. Certains penseurs difficiles (Varela, Thom) vont à l'essentiel : une formulation logique ou mathématique qui rend compte du paradoxe et situe les points d'oscillation et de retournement (« catastrophe »). On en est à essayer de penser les contraires et de réintégrer la finalité à la causalité. Mais il faut pousser encore plus loin et, avec Lupasco, Morin, Beigbeder et bien d'autres, concevoir que l'observateur lui-même est partie de l'observation, fait système avec elle, et imaginer « une théorie de la signification dont la nature soit telle que l'acte même de connaître soit une conséquence de la théorie » (R. Thom).

Fantastique effort vers une pensée de la totalité. Car c'est à ce mot, j'en suis convaincu, qu'on rattachera plus tard l'horreur et la grandeur de notre siècle, lequel a manifesté à la fois son ambition de plier les sociétés à un dogme unitaire et celle d'atteindre à une vision globale de la réalité. Mais la bifurcation s'opère justement à l'intérieur de ce concept. L'ancienne totalité, partant de la coupure entre l'homme et la nature, prétendait ou bien faire de la nature une chasse gardée de l'homme (c'est l'humanisme dominateur de Descartes), ou bien faire de l'homme un prolongement de la nature (c'est le structuralisme de Lévi-Strauss). Dans les deux cas, la science ne laisse à la poésie, à l'art et à la religion qu'un statut misérable : l'exil ou l'illusion, l'absurde ou le rêve. Dans les deux cas, on vient buter contre cette aporie :  comment se fait-il que l'homme soit capable de connaître ce qui est en dehors de lui, de comprendre les mécanismes d'un univers qu'il n'a pas fabriqué? Kant avait osé affronter la question et lui donner une réponse : c'est un « hasard heureux ». Au fond, la pensée systémique veut forcer cette impasse en montrant que les structures du vivant ne sont pas radicalement étrangères à celles du physique, que l‘autonomie est déjà incluse dans l'organisation et que c'est un combat dépassé que celui du réductionnisme contre la complexité, du déterminisme contre la liberté. Nombreux sont les savants et les penseurs qui, depuis vingt-cinq ans, s'y sont employés : Costa de Beauregard, D'Espagnat, Lupasco et, plus récemment, Atlan, Prigogine et Stengers, Serres...

Comment les suivre tous? Un homme a entrepris la tâche herculéenne de rassembler cet acquis dans une synthèse dont le titre – mais non le volume, hélas! – rappelle Descartes : la Méthode, d'Edgar Morin [4]. Avec l'enthousiasme juvénile que met un nouveau propriétaire à faire visiter son domaine, Edgar nous entraîne dans une exploration de cette « nouvelle science », qui appréhende les phénomènes par systèmes bouclés en « rétroaction ». Les romantiques, les existentialistes opposaient la liberté humaine à « l'hostilité primitive du monde » (Camus). Mais voici que prolifèrent les « auto » et qu'on les introduit au cœur du système : auto-organisation, autoréférence, autocentrisme... Autos signifie en grec « même », au sens où le français dit « moi-même ». Mais comment puis-je, individu singulier, prétendre être « le même » que moi? La linguistique y achoppait déjà : comment « se dire », être à la fois celui qui parle et celui qui est parlé? Comment (objection radicale aux prétendues sciences de l'homme) être à la fois celui qui observe et celui qui est observé, sujet et objet? Pour y parvenir, il nous faut une « logique du paradoxe », dont Barel, après Von Fœrster, Varela et les théoriciens du double bind, nous montre qu'elle nous entraîne loin de la dialectique qui dépasse les contradictions. Penser quelque chose et son contraire est facile, puisque la proximité des contraires gît au sein du langage comme de tous les phénomènes naturels et passionnels : chaud et froid, grand et petit, mâle et femelle ne font qu'indiquer un écart au sein de l'identique. Mais penser des phénomènes antagoniques à des niveaux différents, voilà qui nous pousse à dériver hors de la logique classique. Ainsi la possibilité pour un individu d'être à la fois l'acteur et le terrain de son action ; pour un organe, le produit et le producteur d'une évolution ; pour un système, d'avoir ses frontières à l'intérieur ; pour quoi que ce soit, d'être à la fois la partie et le tout, l'indicateur et l'indiqué, le représentant et le représenté...

Cela, la pensée sauvage pouvait le concevoir et le figurer, la religion aussi. Lévi-Strauss n'a tiré d'elles que des systèmes réducteurs qui ramènent l'immense trésor des cultures à un logiciel d'ordinateur – ultime effort de la rationalité occidentale pour réduire le monde à sa mesure. Mais le systémisme qui s'élabore est aux antipodes du structuralisme, lequel ne procède que par décodage – décalcomanie forcenée, qui est à l'origine de simplifications polémiques qui déshonorent actuellement la vie intellectuelle française. Prenons la reproduction sociale vue par des structuralistes plus ou moins marxisés : une classe s'engendre elle-même à travers les appareils qu'elle contrôle... Le nouveau systémisme, lui, sait que tout système renvoie à un « métasystème » et que cette reproduction ne se réalise qu'à travers une référence extérieure. Ainsi ne peut-on espérer (ou craindre) qu'un système « meure de ses contradictions ». Tout au contraire, il vit de ses contradictions, qui signifient que plusieurs systèmes sont à l'œuvre au sein d'une réalité quelconque. Et s'il meurt, c'est parce que l'ensemble se disloque, ou perd le contact avec sa métaréférence. Dès lors se trouvent justifiés les nouveaux historiens dans leur prétention de suivre des filons différenciés et pourtant liés, et de traiter l'histoire comme quelque chose qui se regarde tout en regardant : l'oeil se voit, l'oreille s'écoute, le cerveau se pense... Mystère du verbe réfléchi, mystère du même.

Ici se découvrent des horizons que je ne puis qu'indiquer. Le nouveau système répudie la séparation que pratiquait l'ancien entre les parties et le tout. Pour lui, il y a des parties qui reflètent et génèrent le tout, et des totalités ouvertes sur d'autres systèmes. On le voit en cosmologie et en biologie. Mais parlons plutôt du social où, à force d'organisation, de contrôle, de télécommunication et d'informatique, se met en place un système autorégulé, homéostatique – la civilisation mécanique annoncée par Cournot. Son précédent avatar était la cybernétique, qui « rassure parce qu'elle permet d'éviter le débat politique », nous disent Crozier et Friedberg, qui affirment le « caractère non asservi » des systèmes humains. L'intérêt de cette position est de soustraire le système à la tentation d'en faire une idéologie, pour le considérer d'abord comme un montage à la disposition des « acteurs » – hommes qui agissent, hommes dans leur rôle humain. Nul n'est moins idéologue que Michel Crozier, même s'il a pu passer un moment pour l'inspirateur de la tentative de Chaban-Delmas, de combattre la « société bloquée ». Depuis longtemps, à l'écart des ivresses abstraites, mais solidement engagé dans la réforme, ce sociologue tranquille établit les bases d'une science empirique des organisations. Là où des penseurs pressés mettent en scène des batailles de concepts, il expose des stratégies réelles. La liberté a sa chance, non pas dans le ciel des idées, mais dans le jeu concret des intérêts et des rôles. L'acteur garde un pouvoir parce qu'il a, dans certaines limites, une autonomie d'action : « Ce ne sont pas les hommes qui sont structurés et régulés, mais les jeux qui leur sont offerts. » J'ajoute que ces jeux, nous ne pouvons les analyser et les pratiquer que si nous concevons l'acteur lui-même, c'est-à-dire faisant déjà société, par son organisme, son hérédité, sa mentalité.

Arrêtons-nous une minute sur ce pont aux ânes du système. Toutes les pensées de l'organisation se heurtent en effet au problème du changement. Si le système est stable, comment pourra-t-il évoluer? Ce fut la cosmologie de Galilée, complétée par Newton, qui, deux siècles durant, fournit le modèle du système équilibré même à ceux qui voulaient le changer. Révolution, c'est un terme d'astronomie ; et Fourier construit son phalanstère sur l'analogie de la gravitation céleste. Mais dans les laboratoires du XIXe siècle s'élabore la thermodynamique dont les principes viennent d'abord à l'appui de la conception mécaniste. Gravitation et conservation de l'énergie sont les deux axiomes de l'univers. Certes, le principe de l'entropie introduit l'axe de la durée, mais d'une durée qui va vers le probable et l'homogène, alors que Darwin avait déjà jeté les bases d'une évolution qui va vers l'improbable et le différent. Dès lors, le système de type mécanique et réversible reculera devant le système irréversible (« genèse continuée », dit Barel). Mais l'opposition demeure, car, si le temps de l'entropie apparaît réducteur et mortifère, le temps de la biologie apparaît inventif et ressuscitant.

Néguentropie contre entropie... Une belle bataille qu'éclipse aujourd'hui cette nouvelle science dont Atlan, Prigogine et Serres sont les hérauts contestés. Chacun à sa manière explique comment se surmonte l'opposition entre la désorganisation entropique et le jaillissement des organisations vivantes. Joël de Rosnay nous invitait à prendre un macroscope. C'est au microscope que Prigogine, prix Nobel pour ses travaux sur les structures dissipatives, nous invite, avec I. Stengers, à découvrir un « ordre par fluctuation » qui, à l'inverse de l'ordre entropique, surgit des états d'équilibre... À partir d'un certain seuil, des flux minuscules déclenchent des évolutions considérables : ainsi, dans la nature comme dans la société, d'infimes minorités changent parfois un destin. Le physique et le vivant rapprochent leurs structures et leurs genèses à partir de cette notion, inventée par Von Fœrster, de l'order from noise, l'ordre par le bruit. L'indifférencié n'est pas toujours entropique. S'il intègre la redondance, il est une part essentielle de l'information. Et nous voilà ramenés près du chaos créateur et de la nature anthropomorphique des Anciens.

Celui qui donne à cette vision le tour le plus allègre est assurément Michel Serres [5]. Avec lui, on ne médite plus sous le pommier gravitationnel, ni devant le pissenlit à la sphère étoilée [6] ; on va sur la digue voir tourbillonner les remous immuables et changeants, monter et redescendre la houle toujours recommencée. Nul n'était mieux désigné que cet ancien officier de marine pour chanter l'ordre par fluctuation jusqu'à nous donner le mal de mer. « Il n'est plus incompréhensible que le monde soit compréhensible. [...] Nous dérivons ensemble vers le bruit et le fond noir de l'univers. [...] Turbulence presque stable parmi l'écoulement. » Ivresse d'apercevoir « les îles fortunées », de célébrer les noces du hasard et de la nécessité, de l'objet et du sujet –, de porter enfin le coup de grâce à Parménide en montrant que l'Être est amalgamé au Non-Être.

Un autre systémiste, venu de la plus rigoureuse des mathématiques, René Thom, a sorti 1'alcootest, et contre cette « épistémologie populaire », a brandi le panneau : « Halte au hasard! Silence au bruit! » Thom se méfie de ces « zélateurs du hasard », lequel est « un concept négatif, vide, donc sans intérêt scientifique ». Prigogine et Morin lui répondent que la mathématique ne suffit plus et qu'il faut faire appel à « d'autres structures qui permettent de prendre en compte l'éphémère, le fluctuant » : belle et féconde dispute! Rapprocher la loi et l'histoire, l'organisation et le changement, la trajectoire et le processus, c'est apprendre à penser plus loin, c'est entrer dans le XXIe siècle – et c'est aussi prendre le risque de se tromper.

« Qu'est-ce que c'est que le système ? – Je ne sais pas. – Alors pourquoi tu en as peur? » Ce dialogue de l'enfant et de la femme dans le film de Cassavetes, Gloria, résume notre problème. On ne sait pas bien ce qu'est le système, et pourtant on s'en méfie parce qu'il nous enserre de ses réseaux subtils qui contraignent l'individu à l'« exil intérieur » (A. Moles) s'il veut sauver sa liberté. Mais le système de la mafia, celui des totalitaires, ou même celui de l'informatique, dépendent d'une logique linéaire et binaire qui est à l'opposé de la nouvelle logique d'un système qui relie les structures aux autonomies et vit de sa propre transformation. Pour le penser, il faut en appeler à la poésie, à l'art, à la religion. Ce n'est pas un hasard si la mythologie fait un retour dans l'épistémologie. Et que la partie, d'une certaine façon, contienne le tout, cela ne vaut-il pas le mystère de la Sainte Trinité?

BIBLIOGRAPHIE [7]


[1] Jean-Marie Domenach, Enquête sur les idées contemporaines, Éditions du Seuil, collection Points No.157, © 1981, pages 89 à 99.

Le slogan « Si nous n'avons pas de pétrole, nous avons des idées » n'est pas aussi dérisoire qu'il en a l'air. Il y a, en France, beaucoup plus d'idées qu'on ne croit. Mais la plupart des gens vivent à côté de ces gisements sans pouvoir y puiser, sans même les soupçonner. Cette incompréhension entre penseurs et grand public, J.-M. Domenach ne s'y résigne pas. C'est pourquoi il a voulu tenter une première : appliquer les techniques du journalisme aux idées en écrivant pour les lecteurs de l'Expansion une série d'articles sur les grands courants qui transforment notre paysage intellectuel. Marxisme et structuralisme s'effacent, tandis qu'apparaissent nouveaux historiens, nouveaux philosophes, nouveaux libéraux, la pensée du système et celle de René Girard... Un moment intimidée par les sciences de l'homme, la réflexion prend un nouveau départ et ne craint pas de chercher appui sur les sciences de la nature et de la vie pour refonder la liberté.

Ce guide bref, en forme de défi aux livres pesants, n'a qu'un but : par une présentation vivante suivie d'une bibliographie pratique, initier les lecteurs à ces idées qui nous préparent à entrer dans le XXe siècle.

[2] Carnot (Nicolas Léonard Sadi) (Paris, 1796 ­ id., 1832), physicien français, fils de Lazare Nicolas Carnot. Il est l'auteur de Réflexions sur la puissance motrice du feu et des machines propres à développer cette puissance (1824), ouvrage fondateur de la thermodynamique.
PHYS :
Principe de Carnot : un moteur thermique ne peut fournir du travail que s'il emprunte de la chaleur à une source chaude et en restitue à une source froide.
Théorème de Carnot : deux moteurs thermiques réversibles qui fonctionnent avec deux sources de chaleur dont les températures de source froide sont égales, et celles de source chaude aussi, ont le même rendement.
Cycle de Carnot : cycle composé de deux isothermes et de deux adiabatiques.
 © Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2001

[3] Cournot (Antoine Augustin) (Gray, 1801 ­ Paris, 1877), mathématicien, économiste et philosophe français. Il est connu pour ses travaux sur le calcul des probabilités et pour sa théorie du hasard défini comme « rencontre de deux séries causales indépendantes ». Auteur de : Considérations sur la marche des idées et des événements dans les temps modernes (1872), Matérialisme, vitalisme, rationalisme (1875).
© Ibid.

[4] Morin (Edgar) (Paris, 1921), sociologue français : le Paradigme perdu (1973), la Méthode (4 vol. parus de 1977 à 1991).
© Ibid.

[5] Serres (Michel) (Agen, 1930), philosophe français. S'appuyant sur un savoir encyclopédique (mathématiques, biologie, physique, navigation maritime) et recourant à une méthode structurale originale, il a établi des relations insoupçonnées et fécondes entre les sciences exactes et les sciences humaines. Œuvres : le Système de Leibniz et ses modèles mathématiques (1968), la série des Hermès (5 vol., 1969-1980), Jouvences sur Jules Verne (1974), Détachement (1983). Acad. française (1990).
© Ibid.

[6] Claude Lévi-Strauss a raconte à la télévision que l'idée de la structure lui vint en 1940, alors que, sur la ligne Maginot, il contemplait un pissenlit.

[7] BIBLIOGRAPHIE

Henri Atlan, Entre le cristal et la fumée, Seuil. Cf. aussi L'Expansion, 7 mars 1980 (Jean-Marie Domenach, « Le mal de notre siècle ».

Yves Barel, Le Paradoxe et le Système, Presses universitaires de Grenoble.

Marc Beigbeder, La Bouteille à la mer, publication irrégulière, chez l'auteur, 8, rue Th.-Renaudot, 75015 Paris.

Olivier Costa de Beauregard, Le Second Principe de la science du temps, Seuil.

Michel Crozier et E. Friedberg, L'Acteur et le Système, Seuil.

J.-P. Dupuy et al, L'Auto-organisation. De la physique au politique» Seuil.

B. d'Espagnat, A la recherche du réel, Gauthier-Villars.

Hans von Fœrster, Interpersonnal Relational Networks, Cidoc.

Joseph Fontanet, Le Social et le Vivant, Plon.

Jacques Lesourne, Les Systèmes du destin, Dalloz. Cf. aussi France-Forum, numéro spécial, oct.-nov. 1976.

S. Lupasco, L'Énergie et la Matière vivante, Julliard.

Abraham Moles, « Analyse systémique de la société machinique », Revue philosophique, juil.-sept. 1980.

Edgar Morin, La Méthode, Seuil, 2 vol.

J.-L. Petit, Du travail vivant au système des actions, Seuil.

I. Prigogine et I. Stengers, La Nouvelle Alliance, Gallimard.

Joël de Rosnay, Le Macroscope, Seuil.

Raymond Ruyer, L'Humanité de l'avenir d'après Cournot, F. Alcan.

Michel Serres, Hermès, Minuit, 5 vol.

René Thom, Modèles mathématiques de la morphogenèse, 10-18. « Halte au hasard! Silence au bruit! » Le Débat, juil.-août 1980, suivi des réponses de Morin et Prigogine, Le Débat, novembre 1980.

René Thom, Paraboles et Catastrophes, Flammarion.

Francisco Varela, En attendant la traduction de Principles of biological autonomy au Seuil, on se reportera à ce qu'en dit Jean-Pierre Dupuy dans L'Enfer des choses, Seuil.


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