050515
Par Yvon Dallaire
Extrait
de « S’aimer
longtemps », Éditions Option Santé, © 1996
Paru sur : http://www.canoe.qc.ca/artdevivrecorpsetame/dec3_etapes_a-par.html
La relation
amoureuse évolue selon des étapes qui ont été très bien analysées :
1.
La passion
4. L’engagement
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Pendant la
séduction qui culmine dans la phase de la passion, première étape de la
relation amoureuse, vous n'êtes pas encore certain que la relation est bien
établie ; hommes et femmes se montrent alors sous leur plus beau jour afin
de séduire et de conquérir l'autre. C'est pendant cette phase que les hommes
sont les plus communicatifs et les plus attentifs : ils soignent leur
image et sont intéressés par tout ce que vous dites ; ils n'ont d'yeux que
pour vous et vous complimentent sans cesse. C'est pendant cette phase que la
femme regarde et écoute l'homme avec la plus grande admiration : elle est
toujours prête à se coller et à faire l'amour avec vous, aussi souvent que vous
le désirez ; elle ne vous critique jamais et est prête à vous suivre dans
tous vos projets.
En même temps, vous auréolez la personne
convoitée : c'est votre âme soeur, votre prince, votre princesse et
l'amour que vous éprouvez l'un pour l'autre surmontera toutes les épreuves.
Vous passez vos nuits à bavarder et à faire et à refaire l'amour. Vous ne
pouvez plus vous passer l'un de l'autre : vous êtes éperdument amoureux, peut-être même pour
la véritable première fois de votre vie. C'est la phase que nous voudrions
faire durer toujours.
Les biochimistes [?] ont démontré que, pendant cette phase, le cerveau humain produisait une hormone a
Par contre, si
vous acceptez la baisse de la passion, votre cerveau remplacera la production
de phényléthylamine par la production d'endorphines qui, elles, possèdent les
mêmes propriétés que la morphine. Vous vivrez alors des jours de bonheur
tranquille : vous pourrez dormir en paix, en silence, dans les bras l'un
de l'autre. Vous n'aurez jamais été aussi bien, aussi en harmonie de toute
votre vie. Votre couple vous comblera.
Hélas, la
passion... passe ! En fait, pendant la phase de passion, vous n'étiez pas
réellement amoureux de l'autre personne : vous étiez amoureux des
sensations provoquées dans votre corps et votre tête par l'idée que vous vous
faisiez de l'autre personne. Vous avez ignoré tous ses petits défauts ;
vous n'avez vu et entendu que ce qui faisait votre affaire ; vous avez mis
de côté tout ce qui pouvait émousser votre passion. Et vous vous êtes mariés
ou, comme disent les Espagnols, vous vous êtes « mis en maison »
(casarse), vous avez commencé à cohabiter.
Mais voilà que
votre corps et votre tête se sont accoutumés aux effets de la phényléthylamine et des endorphines.
Vous êtes toujours heureux, heureuse, mais l'intensité de votre bonheur s'est atténuée et vous
revenez progressivement sur terre. Surpris vous vous rendez compte que
votre prince charmant se conduit parfois comme un crapaud, que votre princesse
charmante sort de plus en plus régulièrement ses griffes et ses crocs. Vous
prenez contact avec la personnne réelle avec laquelle vous êtes en amour.
Vous entrez dans
la deuxième phase de votre relation de couple : la lutte pour le pouvoir.
L'anxiété et l'insécurité de la séduction et de la passion vous forçaient à
vous montrer sous votre meilleur jour ; la sécurité de votre bonheur et la certitude que l'autre
vous aime vous permettent de vous laisser aller et de vous montrer sous votre
vrai jour. Vous ne faites plus semblant, vous êtes vous-mêmes et vous
commencez à dire et même à exiger ce que vous attendez de votre relation de
couple. Vous l'aviez déjà dit, mais l'autre vous admirait et il(elle) n'avait
pas réellement entendu ce que vous disiez. S'il est vrai que l'amour est
aveugle, il rend sourd aussi.
C'est alors que
vous vous apercevez que l'autre ne partage pas tout
à fait vos points de vue sur les loisirs, l'argent, le choix de la maison, la
répartition des tâches ménagères, le nombre et l'éducation des enfants, les
ami(e)s, la fréquence des rapports sexuels, le type et l'endroit de vos
vacances, le choix des films... en fait, la façon d'aimer et de s'investir dans
le couple.
Vous vous rendez
compte qu'il met l'accent
sur sa carrière, alors que vous voudriez qu'il s'occupe davantage de la
famille. Vous constatez qu'elle
veut bien faire l'amour, mais à sa manière. Vous êtes méticuleuse, il
laisse tout traîner. Vous adorez les argumentations serrées, elle met de
l'émotion partout. Vous
aimez les grands rassemblements de famille, il préfère aller à la chasse ou à
la pêche avec ses amis. Vous aimez lire votre journal le matin, elle a
toujours quelque chose à vous reprocher. Vous aimez les téléromans ; il préfère les émissions
sportives. Il projette une retraite dans le sud ; vous préféreriez
être près de vos petits-enfants Ainsi de suite.
Cette lutte pour
le pouvoir est inévitable et même nécessaire. C'est cette lutte qui nous permet de savoir à qui nous avons affaire
et qui nous permet d'affirmer nos besoins et nos attentes face au couple. Cette
lutte amène les deux
partenaires à se
situer l'un par rapport à l'autre. Malheureusement la majorité des
couples s’enlise dans cette lutte et s’engage dans des impasses :
« C'est toi
qui as commencé ! » « Non, c'est toi ! »
« Si tu
m'écoutais aussi quand je te parle. »
« Toi et ta
maudite famille ! Vous êtes tous pareils. »
« Si
t'arrêtais de critiquer pour faire changement. »
« Si tu ne
remettais pas toujours tout à demain. »
« Si tu te
ramassais, aussi. »
« Si tu faisais
un homme (une femme) de toi. »
« Qu'est-ce
j'ai fait au bon Dieu pour me retrouver avec toi? »
« On dirait
que tu le fais exprès. »
« Je te
l'avais bien dit. »
« Tu les (en parlant des enfants)
laisses toujours en faire à leur tête. »
« Tu n'as qu'à
t'en occuper un peu plus (des enfants). »
« Tu veux
toujours avoir raison. »
« De toute
façon, tu ne comprendras jamais rien. »
« Bon, c'est
reparti ! »
« C'est ça,
va-t-en ! »
Ces paroles vous
sont familières. Ne vous en faites pas, vous êtes normaux. Nos deux amants
intimes et passionnés deviennent, lors de cette phase, deux ennemis intimes.
Tous les deux s’aiment et veulent continuer à s’aimer, mais les frictions sont
de plus en plus nombreuses. Ces
frictions sont dues aux différences existant entre les hommes et les
femmes, aux différences existant entre cet homme particulier et cette femme
particulière ; nais elles sont aussi dues à nos attentes frustrées face à
la vie de couple et au
paradoxe de la passion [voir plus loin, page 9].
Les ennemis intimes : Chacun des
deux cherche à convaincre l’autre d’adopter SA conception du couple Nous Toi Moi
À ce stade, se
joue l’avenir du couple. Plus de la moitié des couples divorceront et beaucoup répéteront
la même dynamique avec un nouveau partenaire. Trente pour-cent 30% des couples
se résigneront, dévelo
Pour bien
comprendre la dynamique du couple, comparons-le à une journée. Une journée est
constituée d'un jour et d'une nuit dont la durée varie selon les saisons. Le
jour est rempli de lumière et d'activités. La nuit est remplie d'obscurité et
de repos. À l'aube et au crépuscule, le jour et la nuit se rencontrent. Ces
deux périodes sont remplies d'harmonie et de paix : il ne fait ni jour, ni
nuit, il ne vente pas, les oiseaux ne chantent plus, le temps est comme
suspendu. Nous le voyons, le jour et la nuit se complètent pour former la
journée, comme le yin et le yang le font pour constituer le Tao.
L'homme possède des facultés qui lui sont uniques et une
façon bien à lui d'envisager la vie et le couple ; la femme possède des
facultés qui lui sont uniques et une façon bien à elle d'envisager la vie et le
couple. La femme peut remplir des fonctions (grossesse, enfantement et
allaitement, séduction, préoccupations relationnelles, réceptivité, capacité de
relation symbiotique) que l'homme ne peut remplir, ni même comprendre. L'homme
possède des capacités (force physique, créativité matérielle, esprit de
compétition, intrusivité[1], instinct de chasseur,
besoin d'indépendance) que la femme ne peut égaler ni même comprendre.
On ne peut
demander à l'homme de remplir les fonctions féminines et vice-versa, tout comme
on ne peut demander à la nuit de remplir les fonctions du jour et vice-versa.
On ne peut demander aux deux que de se compléter pour former un tout. La femme ne peut demander à
l'homme de vibrer en symbiose avec elle comme elle peut le faire avec son
foetus ; l'homme ne peut s'attendre à ce que la femme
« embarque » dans ses activités comme il peut le vivre avec ses amis
ou ses associés. Ces deux attentes sont des illusions parmi tant d'autres.
Dans le partage
du pouvoir, l'un et l'autre, après avoir pris connaissance des particularités
individuelles de cet homme et de cette femme, acceptent d'utiliser ces
particularités, différentes et parfois contradictoires, pour former leur
couple. L'un et l'autre ne cherchent plus à transformer l'autre pour répondre à
ses attentes propres ; l'un et l'autre n'accusent plus l'autre d'être le
responsable de la frustration de ses illusions adolescentes face au couple. Les
deux prennent conscience qu'ils
sont amants et ennemis intimes (il y aura toujours des différends, même
dans les couples les plus heureux), mais les deux mettent dorénavant l'accent
sur l'intimité et l'apport personnel, quoique différent, de chacun dans ce
couple unique. Les deux
exploitent les qualités de l'autre au profit du couple (et de la famille).
Les deux partagent le pouvoir qu'ils transfèrent maintenant au couple,
comprenant que seul le couple, et non pas l'autre, peut satisfaire les besoins
de chacun.
L'un des
principaux indices démontrant que le couple a partagé le pouvoir, et qu'il est
prêt à entrer dans la quatrième phase de son évolution, est qu'il lui est
redevenu maintenant plus facile de dire « Je t'aime ». Durant la
lutte pour le pouvoir, « Je t'aime » était souvent étouffé par
« Je te déteste ». Durant cette phase, dire « Je t'aime »
équivalait à donner plus de pouvoir à l'autre. Le « Je t'aime » de la troisième phase n'a plus
du tout la même signification que le « Je te mangerais » de la
passion fusionnelle. Il signifie plutôt « Je m'engage. »
« Je connais
maintenant tes défauts et tes qualités, tes forces et tes
faiblesses, et je les accepte, même si des fois... »
« Tu n'es
plus la belle princesse charmante à laquelle j'avais rêvé, tu n'es plus le
prince charmant et fort de mes rêveries, ton corps a même subi l'épreuve du
temps, mais je suis si bien avec toi. »
« Je connais un peu mieux tes besoins et tes
attentes face à Nous et je m'engage à tout faire pour les satisfaire ;
nous savons très bien que je n'y parviendrai pas, mais je sais que tu vas
apprécier mes efforts. »
« Je ne veux plus te changer, je t'accepte tel(le)
que tu es. »
« Tu n'es
pas le(la) partenaire idéal(e), j'aurais pu vivre avec quelqu'un d'autre, mais je
suis content(e) du chemin que nous avons parcouru et je veux continuer de
vieillir avec ce Nous. »
Le « Je
t'aime » de la quatrième phase signifie en fait « Je Nous
aime ».
Les deux amants
sont devenus de réels complices. C'est à cette étape-ci que l'on devrait
contracter mariage et non au moment de la passion aveuglante.
Il est facile, au
restaurant par exemple, de différencier les vieux couples qui s'aiment de ceux qui
se sont fait la guerre et qui ne parviennent plus à communiquer. Les couples
heureux se touchent, se regardent, se parlent ; leurs yeux sont
pétillants ; ils sont animés. Ils respirent l'harmonie et la paix et
deviennent, pour nous, des exemples que la vie à deux est possible. C'est ce
que j'a
D'ailleurs, ces
couples, souvent à la retraite, s'impliquent socialement, font du travail
bénévole ou sont tout simplement toujours prêts à partager leur bonheur avec
leurs enfants, leurs petits-enfants, leur entourage immédiat et lointain. Ils
font preuve d'une très grande réceptivité, ayant été, malgré les épreuves
inévitables de la vie, comblés par celle-ci. Ils deviennent des modèles à imiter
et sont souvent des modèles enviés.
À l'inverse, il
est facile aussi d'identifier, toujours au restaurant, les couples qui en sont
encore à l'étape de la passion ou ceux qui n'ont jamais surmonté la lutte pour
le pouvoir. Ces derniers échangent à peine quelques propos; l'homme lit souvent
un journal ou jette des regards tout autour ; la femme, tête baissée,
regarde son mari par en dessous, espérant qu'il s'intéresse à elle et lui en
voulant de ne pas le faire. La tension entre les deux est évidente, tout comme,
pour les jeunes couples, la passion est évidente parce que rien n'existe autour
d'eux.
* * *
[…] Au début des histoires d’amour,
les deux partenaires sont dans le même état : désireux de construire la
relation et incertains de pouvoir le faire. Les deux augmentent alors leurs
comportements séducteurs afin de s’assurer le contrôle émotionnel de
l’autre : ils conjurent ainsi la peur d’être rejetés et dévelo
[…] Sauf qu’après
un certain temps votre besoin de fusion se trouve satisfait et vous commencez à
éprouver le besoin de prendre une certaine distance. En effet, la satisfaction du besoin de
fusion fait disparaître cette nécessité. Vous devez alors vous retirer
pour qu’à nouveau, puisse renaître le besoin de fusion. La passion tue le désir
et le désir ne peut renaître que de la frustration du désir : je désire ce
que je n’ai pas, pas ce que je possède. « Quand tu es loin, je veux me
rapprocher de toi ; quand je suis satisfait [rassasié] de toi, je veux
m’éloigner » : tel est le paradoxe de la passion.
[…] C’est dans
l’étape du partage du pouvoir que le couple doit créer ce que Delis et Phillips[2] a
Tous les couples
doivent donc apprendre à gérer un certain déséquilibre dans leur relation
émotionnelle car il y a dans tout couple une certaine lutte pour le pouvoir,
pour contrôler la source de satisfaction et les besoins amoureux. Ceci est tout
à fait normal. Mais parfois, ce déséquilibre augmente et les conflits se dévelo
[…] Donner de
l’affection satisfait et rassure le dominé qui devient alors moins exigeant. La loi fondamentale du paradoxe dit
que, lorsque votre besoin de fusion est satisfait, le besoin d’autonomie
augmente.