030903

Méditations publiques, présentation

par François Brooks

Nous sommes influencés par une société à laquelle nous devons beaucoup plus que nous le voudrions. On aime se dire « libres » et « autonomes » alors que les ficelles médiatiques qui animent les pantins que nous sommes sont on ne peut plus évidentes. La boucle qui relie nos comportements collectifs aux instruments d'influences douces que sont la télévision, les journaux, la radio et les panneaux font que nous leur ressemblons de plus en plus.

On nous annonce que l'automobile est un gage de liberté et de bonheur. Nous adhérons aveuglément à ce credo même si cette liberté veut dire des heures d'attente assis dans un véhicule ralenti par des routes bondées en perpétuelles réparations au prix d'un effet de serre galopant qui réduit notre qualité de vie et rend notre avenir incertain. L'automobile est mon sujet fétiche mais combien d'autres viennent appuyer ma thèse? Que ce soit pour la mode, les objets utilitaires de notre vie courante ou les valeurs associées aux idées — mèmes actifs qui nous infectent — tout converge à diriger nos comportements vers la consommation, l'usage et le rejet.

Il se peut que cette influence soit un gage de paix sociale. Et à ce titre, une personne assise devant sa TV, ou bloquée dans un embouteillage, ou affairée à magasiner, est toujours moins à craindre que celle qui agite fiévreusement ses idées et cherche à transformer le monde en utilisant la violence. Mais à part le fanatisme et la « moutonnerie », n'y aurait-il pas une autre voie qui pourrait apporter à notre séjour sur terre le sentiment que cette vie vaut la peine d'être vécue?

C'est ce que je cherche à découvrir depuis que je m'intéresse aux très nombreuses avenues que nous propose la philosophie occidentale.

Bien des choses nous obsèdent et les médias entretiennent soigneusement ces obsessions : Nous sommes obsédés par la mort, par la misère, par la pauvreté, par l'esclavage, la haine et le sexe. Pas une pub qui ne fasse pas allusion à l'une ou l'autre de ces obsessions à longueur de journée. La tragédie grecque mettant en scène des personnages tourmentés qui vont vivre sous nos yeux successivement la naissance, le combat, l'amour, les déchirements et la mort se répète ad nauseam comme si rien d'autre ne pouvait intéresser nos structures mentales.

À chaque fois que nous sommes captivés par une activité, nous oublions tout le reste. Hypnotisés par cette réalité, nous agissons comme si rien d'autre n'était possible. Pour ma part, je n'ai jamais pu être tout à fait convaincu que la réalité dans laquelle je baigne n'est pas une manière de duperie. J'adore visiter l'envers du décor. J'éprouve une passion sans borne à taquiner la réalité qu'on nous présente. Chaque événement, chaque réalité, chaque duperie m'amuse. Dans ce recueil de Méditations publiques, j'ai essayé de voir les choses sous un aspect différent, de relever les jupes de la réalité pour montrer ses parties intimes en essayant toujours de n'être pas dupe du fait qu'à chaque fois qu'on visite l'envers du décor, c'est un nouveau décor qui apparaît.

Philo5...
                    ... à quelle source choisissez-vous d'alimenter votre esprit?