020405
par François Brooks
Lorsque je mourrai, le temps s'arrêtera. Si je devais renaître, que ce soit dans cent ans, mille ans ou dix millions d'années, mon sentiment subjectif[1], au moment de ma renaissance, sera que ma vie n'aura arrêté qu'un instant. L'instant d'après, je serai en vie à nouveau. La mort, je l'ai déjà dit, c'est le néant, le non-être. C'est aussi le moment où le temps s'arrête, et où, paradoxalement, l'éternité ne dure même pas une seconde puisque, pour avoir accès au temps, il faut être en vie. La première horloge, c'est nous, notre constitution biologique cellulaire qui naît, vit, vieillit et meurt. Quand nous mourrons, l'horloge s'arrête. Le temps passe donc à une vitesse incalculable, infinie.
Mais puisque, hors du temps, il n'y a pas d'être, je veux dire pas de sujet, cette réflexion est un peu inutile puisque celui que je serai en renaissant n'aurait rien à voir avec celui que j'ai été auparavant. Cependant, cette réflexion me fait mesurer l'ampleur de l'absurdité de l'angoisse face à la mort, cette inconnue inconnaissable, puisqu'il faut être vivant pour connaître. Je conçois néanmoins l'angoisse devant l'agonie, moment de vie qui peut être pénible. Mais la mort fait voyager dans le temps à une vitesse vertigineuse.
Comme le beau pari de Pascal sur Dieu, il peut être réconfortant de faire le même pari sur la vie (ou la renaissance) après la mort. Y croire, ou parier dessus, peut calmer l'angoisse. Si c'est vrai, c'est fabuleux de penser que la mort ne dure qu'un instant. Si c'est faux, rien à craindre puisque pour craindre, il faut être en vie.
[1] Augustin avait démontré que le temps n'a pas d'autre réalité que la réalité subjective que lui confère notre conscience ainsi que le résume Yannick Rub par ce court texte trouvé sur son site http://membres.lycos.fr/yrub/augustincitedieutemps.htm :
Dans
« Les Confessions », Saint Augustin développe une intéressante
conception du temps. S'opposant à la conception classique, qui faisait du temps
une dimension des choses, Saint Augustin montre que le temps n'a pas d'être
puisque le passé n'est plus, l'avenir n'est pas encore et le présent est cet
instant infinitésimal immédiatement retourné au néant. Ainsi le temps n'a pas
d'autre réalité que la réalité subjective que lui confère ma conscience, par ma
mémoire (passé), mon attente (avenir) ou mon attention (présent). Il n'est
nulle part ailleurs que dans l'esprit des hommes. Ce qui distingue le temps de
l'éternité divine est que cette dernière échappe à la succession.