010812

L'antisyndicalisme de La Presse [1]

par François Brooks

Bonjour Robert

Merci pour cet envoi de l'article de Michèle Ouimet, « Syndicat de bananes », paru dans La Presse du 8 août.

Comme on peut le constater, Michèle Ouimet gagne sa vie parce qu'un patron antisyndicaliste la paye pour écrire des articles contre les syndicats bien organisés. Je ne sais pas si les journalistes à La Presse sont syndiqués (ça m'étonnerait) mais, dans un cas comme dans l'autre, elle a sans doute toutes les raisons d'être jalouse. Elle n'a jamais répondu à mon invitation ni plus que les autres qui s'acharnent contre nous. Sans couilles et désinformée elle ne peut compter que sur la grosse diffusion que lui donne le journal propagandiste qu'elle représente pour faire passer les opinions de son boss. Elle n'a sans doute pas d'autre choix. Après tout, il faut bien qu'elle paye son épicerie comme tout le monde. Ce n'est pas tout le monde qui peut gagner sa vie sans avoir à prostituer sa liberté de penser à un boss. Elle est sans doute plus à plaindre qu'à blâmer.

À cet effet, j'ai mis la main sur le livre de Pierre Berthiaume, Le journal piégé ou l'art de trafiquer l'information [2]. L'auteur explique en détail comment les journaux « fabriquent » littéralement la réalité qu'ils nous présentent pour favoriser leurs thèses politiques. Tout journal ou média est une action politique. L'aberrant dans tout ça, c'est qu'ils se présentent comme des défenseurs de la liberté d'opinion alors que nos opinions, ce sont eux qui les fabriquent à partir des articles qu'ils nous donnent à lire. Articles toujours courts et amputés des contextes complexes qui font naître les événements. Et pour cause, ces articles doivent représenter l'opinion des commanditaires qui payent ce journal sans lesquels il n'existerait pas.

Mais ça, c'est peu dit ; pour le voir, il faudrait que nos valeurs sociales soient basées sur autre chose que le capital, comme par exemple, les relations humaines, le désir de comprendre, l'entraide. Comment Michèle Ouimet pourrait-elle comprendre alors qu'elle pense avoir tout compris ? Laissons-la à son ignorance et comptons sur le fait que la plupart des lecteurs sont assez intelligents pour savoir discerner. Après tout, son opinion compte-t-elle tant que ça ? Ses articles chantent toujours le même refrain propagandiste antisyndical peu documenté et partisan. Laissons-la gloser.

En passant, savais-tu qu'après avoir attendu plus de deux mois avant de faire paraître mon texte « La Haine du col bleu », La Presse l'a amputé de la moitié ne conservant que la partie allant dans le sens de ce qu'ils cherchent à provoquer et qu'aussitôt, le lundi suivant, ils ont fait paraître deux textes d'opinions allant dans le sens de leurs idéaux politiques ? J'ai eu ma preuve personnelle de la manipulation de l'information journalistique à laquelle ils se livrent, et, pour moi, ils n'ont plus aucune crédibilité. Même ma conjointe qui est toujours très réservée s'est étonnée que l'on n'ait pas publié dans les réponses un texte pour et un texte contre, afin de laisser au lecteur juger par lui-même. Il faut dire que des Maurice Bourassa et des Michel Brunelle (les deux auteurs des textes qui me critiquent [3]), l'annuaire téléphonique en comporte plusieurs (et plusieurs dizaines de M. Bourassa et de M. Brunelle). Autant dire qu'ils ont publié deux textes anonymes. Ces textes ne sont ancrés dans rien. On ne connaît rien des auteurs, ni leur métier ni où ils habitent ni courriel : des fantômes. Ils auraient aussi bien pu être écrits par Michèle Ouimet ou son boss lui-même.[4]

J'ai envoyé les deux textes « Le col bleu fabriqué par les médias » et « Le mythe du col bleu », mais ceux là, jamais ils ne les feront paraître. Quand un texte est bien structuré, les idées claires et articulées, ils l'amputent et le dénaturent. Ensuite, ils opposent des textes ironique Un cerne autour du col ») et moralisateur Essayez-donc un examen de conscience... »). Voilà tout ce dont ils sont capables : manipuler l'information, créer l'opinion, inventer une réalité à leur convenance. Le réel pouvoir appartient aux médias et personne ne s'en aperçoit. Chacun pense vivre dans une démocratie de liberté d'expression alors que nos idées ne sont que les régurgitations de celles que les médias nous suggèrent inlassablement.

Au fait, savais-tu que La Presse a volé sa caisse de retraite à un vieux typographe qui est posté devant l'entrée du journal et qui fait du piquetage depuis plusieurs années pour se faire rembourser son dû ? Il fait parti d'un groupe de typographe (les anciens du Montréal Matin qui, à la fermeture, sont venus travailler à La Presse) qui ont subi le même vol et dont plusieurs sont déjà morts. Gageons que ce travailleur va mourir aussi sans que jamais aucun journaliste de La Presse n'en parle. Ils ont peur du syndicalisme parce qu'ils n'ont pas les mains propres.

N'hésite pas à me faire parvenir les textes publiés qui nous concernent. Il me fera plaisir d'y répondre.

Je t'adresse, Robert, mes salutations fraternelles

François Brooks
Électricien d'éclairage col bleu au service de la Ville de Montréal

[1] Réponse au courriel de Robert Dinelle, confrère col bleu.

[2] Pierre Berthiaume, Le journal piégé ou l'art de trafiquer l'information, Éditions VLB © 1981 (épuisé).

[3] Maurice Bourassa, Un cerne autour du col, La Presse 18 juin 2001
Michel Brunelle, Essayez-donc un examen de conscience... , La Presse 18 juin 2001.

[4] M. Michel Brunelle existe bel et bien. Il s'est manifesté deux ans plus tard. Voici notre échange courriel :
Antisyndicalisme de La Presse, réaction de Michel Brunelle
(Échange qui en dit long sur les méfaits d'une presse qui fabrique les opinions de ses lecteurs.)

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