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Essayez-donc un examen de conscience... [1]

par Michel Brunelle

M. François Brooks,

Je désire répondre à votre texte d'opinion paru dans La Presse du 11 juin, intitulé « La haine des cols bleus ».

Je ne hais pas les cols bleus mais n'essayez pas de me faire pleurer sur leur sort. Vous parlez comme si ces gens avaient été condamnés à exercer de force leur métier. Je ne pense pas que les municipalités, Montréal en particulier, aient la moindre difficulté à recruter tous les cols bleus dont elles ont besoin – et même, serais-je tenté d'ajouter, ceux dont elles n'ont pas besoin !

Vous demandez qui voudrait faire ces tâches que vous décrivez pathétiquement, pour un salaire horaire que vous prenez soin de ramener au salaire NET, afin qu'il paraisse moins gras (manœuvre qui en dit long sur votre honnêteté intellectuelle, à l'image de celle de votre héros, Jean Lapierre). Je vous répondrai que tous ceux qui exercent des métiers aux difficultés semblables dans le secteur privé seraient prêts demain matin à vous remplacer, et il sont nombreux. Eux travaillent pour les salaires que vous affichez, mais BRUTS. Et ne parlons pas d'horaires ou d'avantages sociaux. Ni surtout de sécurité d'emploi : un col bleu peut écraser un collègue avec un camion de la Ville « pour faire une farce », il ira en prison, mais ne sera pas congédiable.

Parlant de mépris, c'est vous qui employez le terme « s'abaisser » pour évoquer ceux qui œuvrent au chargement des camions d'ordures. Pensez-y !

Toujours au chapitre du mépris, des préjugés et des clichés sur divers corps de métiers, je trouve que vous ne donnez pas votre place en traitant les chauffeurs de taxi d'assassins. Par ailleurs, à la lecture de vos litanies, je conclus que VOUS seriez tout à fait incapable d'affronter leurs conditions de travail.

Quant à Lapierre, votre président « démocratiquement élu », c'est vous-même qui affirmez être fier de lui, et de ses méthodes qui, toujours de votre propre aveu, reflètent le mandat que vous lui avez donné. Défoncer les portes de l'Hôtel de Ville – où siègent démocratiquement les élus de TOUTE la population de Montréal – investir violemment le congrès d'un parti politique, menacer des ministres – élus démocratiquement par TOUTE la population du Québec – jusque devant leur domicile, séquestrer des contremaîtres et les agresser physiquement, voilà ce que vous endossez sans réserve. En appelant ça du courage.

Je passe sur les déjeuners à la taverne qui s'étirent jusqu'à 11 heures, les journées qui se terminent à 14 heures, l'utilisation des véhicules et équipements publics à des fins personnelles, et autres aberrations largement démontrées. Après, vous vous étonnerez que la population que vous prenez régulièrement en otage nourrisse du ressentiment envers vous. En réponse aux critiques, au lieu d'essayer ridiculement de vous faire passer pour des martyrs, essayez-donc un examen de conscience. Il y a toujours une première fois.

Je ne hais pas les cols bleus, mais je n'aime pas beaucoup ceux d'entre eux qui trouvent encore le moyen de passer leur temps à se plaindre. Sortez de la bulle de vos assemblées syndicales et revenez à la réalité il est grand temps !

[1] Publié dans le journal La Presse, édition du 18 juin 2001

Philo5...
                    ... à quelle source choisissez-vous d'alimenter votre esprit ?