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Un cerne autour du col [1]

par Maurice Bourassa

À la lecture des propos de monsieur Brooks (La Presse, 11 Juin) sur le sort peu enviable des cols bleus, j'aurais voulu verser une larme...

Si si, et peut-être deux.

Vous comprenez, les odeurs pestilentielles les, le jogging constant derrière un camion d'éboueurs, le froid sibérien, le soleil brûlant, les bruits, la pollution, tout cela sous le regard méprisant d'une population odieusement manipulée par les médias, ça vous fait une définition de tâches à tout le moins... discutable.

Aurore n'a plus qu'à aller se rhabiller.

Je me suis tout à coup senti coupable d'avoir porté attention, il y a quelques années, à ce reportage sur les cols bleus montréalais qu'on avait surpris à écourter systématiquement leurs journées de travail de quelques heures.

J'avais été choqué.

Je n'avais pas compris. En réalité, on les exploitait. Ces grèves sauvages. Et ces centaines de milliers de citoyens qui allaient souffrir.

Je croyais qu'on voulait le chaos. Grossière erreur.

C'était un cri de détresse de nos cols bleus.

Et quand, un certain soir, Jean Lapierre et sa horde ont forcé l'entrée de l'Hôtel de ville en en altérant quelque peu le décor, il ne s'agissait ni d'intimidation, ni de vandalisme.

C'était un processus normal de sensibilisation des citoyens au calvaire quotidien des cols bleus.

Maintenant je sais.

Se faire traiter de la sorte pour 12,50 $ de l'heure après déductions (ou 17,00 $ avant déduction), est proprement inhumain. Tous en conviendront. Travailler au déneigement sept jours sur sept, à raison de 12 heures par jour, c'est se farcir 84 heures de torture dont 44 à tarif horaire double. Allons-nous supporter davantage pareil crime contre l'humanité. Je vous invite donc, camarades honnis, à quitter votre travail puisqu'il va de soi que personne ne voudrait prendre la relève. Libérez-vous de cette convention qui vous avilit. Rejoignez les travailleurs occasionnels, les journaliers, les manutentionnaires de tous ordres, les ouvriers de manufacture, ceux qui gagnent entre 7,10 $ et 9,00 $ de l'heure avant déductions, ceux qui n'ont aucune protection syndicale et qui vous regardent avec envie, bêtement, sans comprendre l'enfer de votre quotidien. Racontez votre désespoir aux travailleurs agricoles qui ont certes un soleil beaucoup plus clément que le vôtre, aux préposés d'entretien qui n'ont que des toilettes propres à récurer.

Dites-leur bien surtout qu'ils ne connaissent pas leur bonheur.

Ah ! tristesse !...

Cette idée aussi d'aller se fourrer dans une pareille galère !

[1] Publié dans le journal La Presse, édition du 18 juin 2001

Philo5...
                    ... à quelle source choisissez-vous d'alimenter votre esprit ?