Skinner (B. F.)
1904 – 1990
Psychologue américain
Béhaviorisme
Environnementalisme
* ENVIRONNEMENT *
La liberté et la dignité sont des valeurs mystificatrices ; l'esprit n'est qu'une fiction explicative ; le comportement est déterminé par l'environnement.
Le conditionnement opérant provient d'un environnement dont les
contingences agissent sur l'individu comme un renforcement positif ou
négatif de son comportement. Les sentiments sont un résultat et
non une cause.
La liberté est une illusion produite par une littérature dénonçant comme aversif le moindre indice de contrôle. Celle-ci a instillé l'idée qu'il fallait y échapper en déclarant tout contrôle comme mauvais. L'homme n'est pas attaché à la liberté mais ne cherche qu'à échapper aux aspect aversifs de l'environnement.
Dans un monde de facilité et de sécurité où les forces sauvages de la nature ont été maîtrisées, la bravoure, la loyauté et la dignité deviennent des sentiments difficile à démontrer. Nous admirons le plus souvent les gens par ignorance des véritables motifs qui les animent. L'homme autonome est une fiction dont il faut se détacher. C'est l'environnement qui détermine le comportement qui à son tour détermine les sentiments. Les pensées et les sentiments sont le résultat induit par le comportement, et non la cause de celui-ci. Et c'est l'environnement, aussi bien physique que social, qui détermine le comportement.
Les renforcements positifs sont préférables aux renforcements négatifs. Il vaut mieux inciter les gens à un comportement désirable que les décourager par des menaces. On obtient ainsi leur collaboration volontairement en évitant de froisser leurs sentiments de liberté et dignité.
Si l'homme était libre, il serait responsable de son comportement, donc punissable ou louable. Mais les comportements arbitraires le sont du fait que l'on ignore les causes ; tout comportement individuel, qu'il soit répréhensible ou non, est causé par l'environnement. Certains comportements sont désirables, d'autres néfastes. Ils sont déterminés par les contingences des lieux où l'on habite. Il importe donc de les aménager au moyen de renforcements opérants qui vont agir sans coercition pour mettre en place les contingences appropriées qui vont favoriser les comportements recherchés. Façonner les habitats, c'est induire les comportements. On peut bien sûr garer sa voiture dans le salon, manger dans la chambre à coucher, faire sa toilette dans la cuisine et dormir dans la salle de bains ; mais l'aménagement standard de ces pièces a favorisé une utilisation beaucoup plus appropriée qui déterminera le comportement des gens sans que personne ne se plaigne d'être lésé dans sa liberté et à sa dignité.
Le conditionnement « répondant », ou pavlovien se distingue du conditionnement « opérant » en ce sens que le premier vise à induire un réflexe conditionné machinal qui cherche à transformer l'individu sans tenir compte de sa volonté et même contre son gré. Le conditionnement « opérant » ne cherche pas à agir directement sur la personne sans passer par sa volonté ; il crée seulement un environnement propice aux actions désirables et impropice aux actions indésirables. Par exemple dans les pénitenciers on donne aux détenus des ustensiles en plastique : couteaux et fourchettes ne peuvent servir d'armes. On a ainsi créé un environnement sécuritaire, sans changer « l'essence personnelle » des individus. Dans d'autres domaines, comme en sécurité routière, on réduit la possibilité d'accidents mortels sur les autoroutes en aménageant une aire de dérapage dans un large terre-plein central . Dans les magasins on décourage le vol à l'étalage au moyen de caméras de surveillances.
L'homme autonome est une fiction invoquée pour expliquer ce que l'on ignore. L'homme lui-même est certes contrôlé par son environnement, mais cet environnement, il l'a presque entièrement construit de ses propres mains. L'environnement physique de la plupart des gens est pour une grande part de fabrication humaine. [1] Et puisque notre comportement est déterminé par l'environnement, en l'aménageant que nous exerçons notre liberté ; autrement nous laisserions au hasard le loisir de déterminer nos comportements et les sentiments qui en découlent.
[1] B. F. Skinner, Par delà la liberté et la dignité, Éditions Robert Laffont © 1972, p. 249.
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