Extrait de «De la Nature »(Fragments)[1]
5. Mais c'est toujours le fait des esprits bas de ne pas croire ceux qui valent mieux qu'eux. Apprends, toi, comme te l'ordonnent les sûrs témoignages de ma Muse, en divisant l'argument dans ton cœur.
[...]
9. Mais quand les éléments ont été mélangés sous la figure d'un homme, et viennent à la lumière du jour, ou sous la figure d'une espèce de bêtes sauvages ou de plantes ou d'oiseaux, alors les hommes disent que ceux-ci naissent ; et quand ils sont séparés, ils donnent à cela le nom de mort douloureuse. Ils ne le nomment pas d'un nom juste ; mais, moi aussi, je suis la coutume et je l'appelle ainsi moi-même.
10. Mort vengeresse.
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16. Car vraiment ils (l'Amour et la Haine) étaient avant les temps, et ils seront ; et jamais, à ce que je crois, le temps infini ne sera vide de ce couple. – R. P. 166 c.
17. Je vais t'annoncer un double discours. À un moment donné, l'Un se forma du Multiple ; en un autre moment, il se divisa et de l'Un sortit le Multiple. Il y a une double naissance des choses périssables et une double destruction. La réunion de toutes choses amène une génération à l'existence et la détruit ; l'autre croît et se dissipe quand les choses se séparent. Et ces choses ne cessent de changer continuellement de place, se réunissant toutes en une à un moment donné par l'effet de l'Amour, et portées à un autre moment en des directions diverses par la répulsion de la Haine. Ainsi, pour autant qu'il est dans leur nature de passer du Plusieurs à l'Un, et de devenir une fois encore Plusieurs quand l'Un est morcelé, elles entrent à l'existence, et leur vie ne dure pas. Mais, pour autant qu'elles ne cessent jamais d'échanger leurs places, dans cette mesure, elles sont toujours immobiles quand elles parcourent le cercle de l'existence.
Mais allons, écoute mes paroles, car c'est l'étude qui augmente la sagesse. Comme je le disais déjà auparavant, quand j'exposais le but de mon enseignement, je vais t'exposer un double discours. À un moment donné, l'Un se forma du Multiple, à un autre moment, il se divisa, et de l'Un sortit le Multiple – Feu, Eau et Terre et la hauteur puissante de l'Air ; la Plaine redoutée aussi, à part de ceux-ci, de poids égal à chacun, et l'Amour parmi eux, égal en longueur et en largeur. Contemple-le avec ton esprit, et ne reste pas assis, les yeux éblouis. C'est lui que nous savons implanté dans les membres des mortels ; c'est lui qui leur inspire des idées d'amour, et qui leur fait accomplir les travaux de la paix. Ils s'appellent des noms de Joie et d'Aphrodite. Aucun mortel ne l'a encore vu se mouvoir en cercle parmi eux, mais toi prête l'oreille à l'ordre de mon discours, qui ne trompe point.
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18. Amour,
19. Amour enlaçant.
20. Celui-ci (le conflit de l'Amour et de la Haine) est manifeste dans la masse des membres mortels. À un moment donné, tous les membres qui font partie du corps sont réunis par l'Amour au point culminant de la vie florissante ; à un autre moment, séparés pur la Haine cruelle, ils errent chacun pour soi sur les écueils de la mer de la vie. Il en est de même des plantes et des poissons qui ont leur demeure dans les eaux, des bêtes qui ont leurs repaires sur les collines, et des oiseaux de mer, qui cinglent avec leurs ailes. – R. P. 173 d.
21. Allons maintenant, contemple les choses qui portent témoignage pour mes discours précédents, s'il était vrai qu'il y eût quelque insuffisance quant à la forme dans ma première énumération. Considère le soleil, partout clair et chaud, et toutes les choses immortelles qui sont baignées dans la chaleur et dans l'éclat rayonnant. Considère la pluie, partout sombre et froide, et de la terre sortent des choses compactes et solides. Quand elles sont en lutte, elles sont toutes diverses de formes et séparées ; mais elles se réunissent dans l'amour, et se désirent mutuellement.
Car de celles-ci sont sorties toutes les choses qui furent, qui sont et qui seront – arbres, hommes et femmes, bêtes et oiseaux, et les poissons qui habitent dans l'eau, oui vraiment, et les dieux qui vivent de longues vies et sont grandement honorés. – R. P. 166 i.
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22. Car tous ceux-ci – soleil, terre, ciel et mer – sont un avec toutes leurs parties, qui sont dispersées loin d'eux dans les choses mortelles. Et pareillement toutes les choses qui sont plus portées au mélange sont semblables les unes aux autres et unies dans l'amour par Aphrodite. Mais les choses qui diffèrent le plus quant à l'origine, au mélange, et aux formes qui leur sont imprimées, sont hostiles au plus haut point les unes aux autres, étant entièrement inaccoutumées à s'unir, et très tristes de l'ordre de la Haine, qui a donné lieu à leur naissance.
[1] Empédocle d'Agrigente, De la Nature (Fragments), Traduction A. Reymond, 1919.