1543

Des révolutions des orbes célestes [1]

par Micolaj Kopernik (Nicolas Copernic)

 Extrait de « Des révolutions des orbes célestes, Livre I, chap.8 »

Mais laissons aux disputations des philosophes [de décider] si le monde est fini ou infini ; nous sommes [en tout cas] certains que la terre entre ses pôles, est limitée par une surface sphérique. Pourquoi donc hésiterions-nous plus longtemps de lui attribuer une mobilité qui peut s'accorder par sa nature avec sa forme, plutôt que d'ébranler le monde entier dont on ignore et ne peut connaître les limites? Et n'admettrions­-nous pas que la réalité de cette révolution quotidienne appartient à la terre, et son apparence seulement au ciel! Et qu'il en est par conséquent comme lorsque Énée (chez Virgile) dit : nous sortons du port et les terres et les villes reculent.

En effet, lorsqu'un navire flotte sans secousses, les navigateurs voient se mouvoir, à l'image de son mouvement, toutes les choses qui lui sont extérieures et inversement ils se croient être en repos, avec tout ce qui est avec eux. Or, en ce qui concerne le mouvement de la terre, il se peut que c'est de façon pareille que l'on croit le monde entier se mouvoir autour [d'elle]. Mais que dirons-nous donc touchant les nuages et les autres choses flottant dans l'air, ainsi que celles qui tombent ou inversement tendent vers le haut ? Tout simplement que, non seulement la terre, avec l'élément aqueux qui lui est joint, se meut ainsi mais encore une partie non négligeable de l'air et toutes les choses qui, de la même manière, ont un rapport avec la terre. Soit que l'air proche de la Terre, mélangé de matière terrestre et aqueuse, participe de la même nature que la terre, soit que ce mouvement de l'air soit un mouvement acquis, dont il participe sans résistance par suite de la contiguïté et du mouvement perpétuel de la terre.

[...]

Le Soleil est fixe au centre de l'Univers et la Terre ainsi que les planètes tournent autour de lui.


[1] Nicolas Copernic, Des révolutions des orbes célestes, 1543. Extrait de Josiane Boulad-Ayoub et François Blanchard, Les grandes figures du monde moderne,  Les Presses de l'Université Laval © 2001, page 84.