Extrait de « Traité décisif sur l'accord de la religion et de la philosophie », de « Grand commentaire » et de « Colliget »
Donc, cela est évident maintenant, l'étude des livres des Anciens est obligatoire de par la Loi divine, puisque leur dessein dans leurs livres, leur but, est précisément le but que la loi divine nous incite à atteindre ; et celui qui en interdit l'étude à quelqu'un qui y serait apte, c'est-à-dire à quelqu'un qui possède ces deux qualités réunies, en premier lieu la pénétration de l'esprit, en second lieu l'orthodoxie religieuse et une moralité supérieure, celui-là ferme aux gens la porte par laquelle la Loi divine les appelle à la connaissance véritable de Dieu. C'est là le comble de l'égarement et de l'éloignement du Dieu Très-Haut. De ce que quelqu'un erre ou bronche dans ses spéculations, soit par faiblesse d'esprit, soit par vice de méthode, soit par impuissance de résister à ses passions, soit faute de trouver un maître qui dirige son intelligence dans ses études, soit par le concours de toutes ces causes d'erreur ou de plusieurs d'entre elles, il ne s'ensuit pas qu'il faille interdire ce genre d'études à celui qui y est apte. [...] Puisque tout cela est établi, et puisque nous avons la conviction, nous, musulmans, que notre divine Loi religieuse est de bon aloi, et que c'est elle qui rend attentif et convie à ce bonheur, à savoir la connaissance de Dieu, Grand et Puissant, et de ses créatures, cette fin est donc assurée pour tout musulman par la méthode qu'exige, pour acquiescer, sa tournure d'homme d'esprit. Car les caractères des hommes s'échelonnent au point de vue de l'assentiment : les uns donnent leur assentiment à la démonstration ; l'assentiment que ceux-ci donnent à la démonstration, d'autres l'accordent aux arguments dialectiques, leur caractère ne comportant rien de plus ; enfin, l'assentiment que les premiers donnent aux arguments démonstratifs, d'autres l'accordent aux arguments oratoires. [...] C'est pour cela qu'il a été spécifié au sujet du Prophète (sur lui soit le salut!), qu'il était envoyé vers le blanc et le noir, je veux dire parce que sa Loi contient les diverses méthodes pour appeler au Dieu Très-Haut.
1. Ce point [à propos de l'âme] est si difficile que si Aristote n'en avait parlé, il eût été très difficile, impossible peut-être, de le découvrir – à moins qu'il ne se fût trouvé un autre homme comme Aristote. Car je crois que cet homme a été [...] un modèle que la nature a inventé pour faire voir jusqu'où peut aller la perfection humaine en ces matières. [2]
2. La raison humaine est incapable de saisir le comment de l'opération par laquelle les corps célestes émanent du Premier principe bien qu'elle en atteste l'existence. [3]
3. L'aveugle se détourne de la fosse où le clairvoyant se laisse tomber. [4]
4. Dieu ignore les singuliers. [5]
5. Il existe des conceptions vulgaires tout à fait suffisantes pour la vie pratique ; elles doivent même être la nourriture des hommes. Elles ne suffisent cependant pas à l'intelligence. [6]
6. Les preuves de l'existence du créateur se réduisent à deux genres : la preuve tirée de la providence et la preuve tirée de la création. [7]
7. Interdire la philosophie, sous prétexte qu'elle risque d'éloigner les fidèles d'Allah, c'est comme interdire l'eau à un assoiffé sous prétexte qu'elle pourrait le noyer. [8]
[1] Ibn Rushd, dit Averroès, Traité décisif sur l'accord de la religion et de la philosophie. Extrait de Jean Bor, Errit Petersma et Jelle Kingsma, Histoire universelle de la philosophie et des philosophes, Flammarion © 1995, page 160.
[2] Ibn Rushd, dit Averroès, Grand commentaire et Colliget. Extrait du Site pédagogique de la Bibliothèque Nationale de France, Citations.
[3] Ibid.
[4] Ibid.
[5] Ibid.
[6] Ibn Rushd, dit Averroès, Physique. Extrait de evene.fr, Citations de Averroès.
[7] Ibn Rushd, dit Averroès, Manahidj. Extrait de Ibid.
[8] Ibn Rushd, dit Averroès, cité par Luciano De Crescenzo, Les grands philosophes du Moyen-Âge, Éditions de Fallois © 2003, p. 125.