(Faire ou ne pas faire,
voilà la question!)
par François Brooks

Récemment, une émission télévisée faisait
l'éloge de madame Denise Filiatrault. Parmi les commentaires, une des personnes
interviewées disait d'elle, qu'elle n'était pas dans le pourquoi mais dans le comment. Comme si ces deux mots pouvaient
représenter deux positions existentielles opposées, cette remarque a attiré mon
attention. J'ai ensuite imaginé que je pouvais situer chacune de mes actions
sur un axe aux extrémités duquel se place le pourquoi et le comment.
Quand je me propose de faire quelque
chose, pour donner un sens à mon action, la question du pourquoi se pose immédiatement. Par exemple :
Pourquoi irais-je à l'école? , Pourquoi suis-je en vie? , Pourquoi est-ce que
je fais telle ou telle action? , Pourquoi est-ce que j'élabore tel ou tel
projet? Cette question oblige un arrêt de l'action et celle-ci ne peut
reprendre que si on s'est donné une réponse qui nous satisfasse. Elle peut
devenir encombrante puisqu'elle bloque l'action. Depuis maintenant presque 20
ans, je n'ai pas pu répondre à la question : « Pourquoi devrais-je m'acheter
une automobile? » Ainsi, depuis tout ce temps, je vis sans. Aussi, chaque fois
que je vois une pub qui cherche à m'inciter à en acheter une — Dieu sait s'il y
en a — je cherche à y trouver la réponse. Je suis étonné de penser que depuis
20 ans, on a dépensé des milliards de dollars en publicité et qu'on ne m'ait
jamais présenté une raison qui me semble suffisante pour contrer les
inconvénients qu'elle représente pour moi.
L'autre question, le comment, pose un obstacle d'une toute autre
nature. Par exemple : Comment vais-je m'y prendre pour aller à l'école?
, Comment se fait-il que je sois en
vie? , Comment devrais-je m'y prendre pour exécuter telle ou telle action? ,
Comment devrais-je élaborer tel ou tel projet? Cette question peut aussi
bloquer l'action mais le blocage est plutôt circonstanciel. Par manque d'argent,
de ressources ou d'information, un projet peut se trouver bloqué. S'il n'y
avait que cette question à me poser, il y a belle lurette que j'aurais acheté
une voiture. J'ai l'argent, je saurais sur quels critères me baser pour faire
le meilleur choix et je saurais où en trouver une qui me convienne. Je peux
mais je ne veux pas. Et pour que l'action se produise, il faut un double oui ; c'est une question de vouloir et de pouvoir.
Bien des gens voudraient arrêter de
fumer, mais ils ne le peuvent pas. Ils savent que le pourquoi ils fument est sans fondement puisqu'il y a souvent
longtemps que les raisons qui les ont amenés à contracter cette habitude ne
tiennent plus. Mais ils doivent trouver la réponse à la question comment arrêter. Tant qu'ils n'auront pas les ressources
et l'information nécessaire sur les moyens de se défaire de ce narcotique sans
en ressentir les désagréments physiques que la carence de nicotine va leur
faire subir, ils vont continuer de fumer.
Dans le feu de l'action, lorsque je suis
passionné pour quelque chose, mon esprit est entièrement occupé à répondre aux comment successifs que posent la réalisation de
la chose qui me passionne. La joie que je ressens est une motivation suffisante
pour répondre au pourquoi de mon désir de réaliser cette chose.
Pourquoi? « Pour le fun. »
Comment? « Trouvons la procédure. » La réponse au comment alimente souvent le fun ainsi, le pourquoi
disparaît et ne se pose même plus. De nombreux gadgets électroniques me
passionnent, ne serait-ce que pour le plaisir qu'ils me procurent à découvrir
leur fonctionnement. Aussi, j'en achète même si je n'en ai aucun besoin,
c'est-à-dire, même si je n'arrive pas à répondre au pourquoi.
Lorsque je me sens
fatigué, dépressif ou indécis, si je veux agir, arriver à quelque chose, je
dois, comme Denise Filiatrault, occulter le pourquoi des choses, refuser de trouver une
raison ou un sens à la vie, car celle-ci me semble dérisoire et je n'arrive pas
à agir. Je dois m'attarder et me concentrer sur le comment et je suis heureux, plus tard, d'avoir
réalisé quelque chose, lorsque la bonne humeur me revient. Dans ces moments-là,
le temps s'arrête et cette humeur envahit tout mon être. Je crois, être coincé
à tout jamais dans cette impasse émotive. Je dois bloquer l'influence de mon
humeur sur moi, en sachant que celle-ci n'est pas immuable même si je me sens
submergé par elle. L'action que j'entreprends alors m'est salutaire puisqu'elle
détourne l'attention de mon esprit et cette action va participer à faire
changer mon humeur. La mauvaise humeur étant une sorte d'hormone qui me circule
dans les veines et produit mon état d'âme, j'ai tout avantage à bouger si je
veux l'améliorer. En attendant qu'elle passe, j'essaie aussi d'appliquer une
bonne hygiène de vie. (Alimentation, sommeil, activité physique, amour)
